Une plate-forme de communication de savoirs vivifiants, jour après jour

21022009

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Chers Mayaques et sympathisants mayaques

Voici le blog mayaque pour détailler au jour le jour les travaux de notre « plate-forme de communication de savoirs vivifiants ».

La revue-livre, les petites éditions, le site (qui est en restructuration et sera bientôt accessible dans sa nouvelle mouture, avec une newsletter bimensuelle), ces « interventions culturelles » comme disaient les surréalistes sont le fruit de tout un travail que plusieurs personnes mènent dans le dialogue. Cabanon d’expos, salon du livre de Tournai, oui, des interventions… Nous voulions en rendre compte et susciter des réactions, des échos, des propositions, des connexions, des ramifications, des surgeons…

Le blog, une autre forme de communication, plus familière. L’humour sous-jacent à la revue serait plus au premier plan peut-être ? C’est à espérer. C’est vrai qu’à « communiquer du complexe sans les complications en usage dans certains milieux du savoir » exclusifs, il ne manquerait plus que nous soyons pédants ou ânes solennels… 

À bientôt…

Hugues Robaye




EXPO ce week-end: Faezeh Afchary.

16052012

EXPO ce week-end: Faezeh Afchary. dans ceramique Fazy-069retfb-150x112

Ce week-end, 19/20 mai. FAEZEH AFCHARY dans 2 lieux d’expo de céramistes.

À 1190 Forest (Bruxelles). De 10 à 18h.

CERAMIC MARKET (32 céramistes). Place Saint-Denis.

« TENDANCES » : 11 céramistes. Rue de l’eau, 56A. 

Fazy-067-retblog-150x112 dans Faezeh Afchary




Faezeh Afchary. Porcelaine papier poétique, fragile et vitale.

15052012

 Faezeh Afchary. Porcelaine papier poétique, fragile et vitale. dans ceramique Fazy-081ret-fb2-150x112  Fazy-083-retfb2-150x112 dans Faezeh Afchary

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En Iran, dans le peuple, la poésie est quotidienne et flux continu. En Iran, la poésie est sagesse et réconfort. La poésie est dans les corps et sort spontanément par la parole pour glorifier chaque instant de la vie.

Un homme vous bouscule dans la rue et des vers anciens (ou modernes) viennent dire ce trouble, ce manque de respect pour ton corps. Et parfois, c’est la voix du petit vendeur « pauvre » et « analphabète » qui te dit cela, témoin de l’incident. Et cet incident est oublié et un sourire plus large te revient.

J’ai compris cela quand ma chère amie, Faezeh Afchary, m’a parlé de son pays.

Et j’ai vu et senti cela dans ses porcelaines papier moulées et cuites trois fois, sur lesquelles elle écrit (après la deuxième cuisson et avec un très fin pinceau trempé dans des pigments) cette poésie du quotidien qui est nourriture du corps. Et qui fait que le monde tient.

Pour Fazy, cette inscription sur la fine terre cuite, c’était d’abord pour célébrer et rendre éternel le compagnon poète qui était mort, puis c’est devenu écrire cette parole qui traverse les âges et les soutient, parole belle, gratuite et utile des poètes persans d’hier et d’aujourd’hui.

Bol ou table, c’est le moment de se nourrir…

Porcelaine papier translucide, légère, vivante…

HR

www.afchary-kord.com




Alice Bossut

15052012

Alice Bossut dans Alice Bossut alice-003-150x112    alice-011-150x112 dans parcours d'artistes Saint-Gilles

En avril et début mai les fleurs des fruitiers craignent les gelées encore, espèrent des abeilles. Malgré ces aléas  le  renouveau du printemps  me revigore toujours  plus que les certitudes de l’été.  Il y a quelque chose comme ça aussi dans la création: on peut être plus touché par de jeunes artistes qui se cherchent encore que par l’assurance de talents reconnus.

C’est ainsi qu’il y a peu de temps j’étais impressionné par un duo de tout  jeunes musiciens -un trompettiste, un guitariste- dans une rue aux abords du vieux Lille. Ce dimanche j’ai rendu visite à la jeune graphiste Alice Bossut, dans le cadre du parcours d’artistes de Saint-Gilles.

Alice écrit: « Adopter un langage une logique.  Chaque fois, c’est s’aventurer de nouveau sur un chemin inconnu, le rebrousser, essayer ailleurs… Malgré le doute, cette errance permet une forme de liberté. Je ne cours pas, je m’égare… »  Il n’y pas de terme à cette exploration.  Elle me dit: « On ne parvient jamais à épuiser un sujet. »

Suspendus à la vitrine du rez-de-chaussée, des dessins qui donneront peut-être la matière d’un ouvrage. A l’intérieur, un livre, Savon, qui vient de sortir aux éditions Tandem, un loup qui hurle aux étoiles, une assemblée foisonnante…

A voir encore le we prochain, de 14 à 19h, au 135A rue Antoine Bréart.

Xavier Vanandruel




Rayonnement endogène (bis, voire Ter(re)…)

4052012

Rayonnement endogène (bis, voire Ter(re)...) dans Aminata Traore P1230026-ret-fb-150x106 P2060127-ret2-fb-150x110 dans architecture/urbanisme Raoul Soma, Mady Sankara, Laetitia Kiemtoré et sa mère

P1210003-fb-150x112 dans Bomavé Konaté P1190009-recad-fb-150x110 dans Burkina Faso Victor Démé, Séri Youlou et Thomas Zida

Boromo-18-1-8-ret-103x150 dans economie roommusic-150x74 dans Muriel Logist Bomavé Konaté et la pochette du cd qui accompagne le MaYaK6, œuvre de Muriel Logist

Laurence-et-le-Burkina-FB-et-blog-150x104 dans Patrick Armand Pognon Bendogo, Laurence Warnier

Je viens de terminer le texte qui figurera sous le dessin de Laurence Warnier, en dernière page du MaYaK6 qui se pointe à l’horizon. Enfin ! Il y a du retard… Est-ce grave ? Un numéro de MaYaK, pour moi, est une chose organique qui se métamorphose au cours du temps. Toutes ces matières mots et images s’associent et les significations de ces proximités un peu hasardeuses viennent avec le temps. Comme si l’intuition devait mûrir.

Publier, c’est arrêter un moment un processus intuitif, celui de la composition mouvante. Mais aussi en commencer un autre, un autre moment/mouvement, celui de la réception par le public qui va faire d’autres associations. Je crois que nous vivons MaYaK ainsi, nous qui le faisons et y sommes tout ce temps… Je ne sais pas si c’est compréhensible ce que je raconte. Enfin, cette dernière page évoque ce voyage au Burkina que j’ai fait en janvier février passé. Encore ! Voyage déterminant en ce sens que j’ai envie de rester dans ce Burkina que nous avons composé, tous les gens que j’ai rencontrés, tous les auteurs que j’ai lus et moi…

Dans son petit chantier ensoleillé de Banfora, l’ébéniste Raoul Soma m’a montré un ouvrier sous l’ombre d’un manguier, occupé à sculpter avec un maillet des plus primitifs (un simple pieu) et un ciseau à bois l’accoudoir d’un futur fauteuil de salon. Le grand sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo nous (avec Ramata Nafissatou Ouédraogo) a parlé des écoles rurales d’antan, une réponse didactique adaptée à l’économie agraire du pays, où le paysan était respecté dans sa langue et dans son amour de la terre. Il nous a parlé des Groupements qu’il a mis sur pied progressivement et de toutes les productions inventives que ses encourageants animateurs de village avaient suscitées. « Nos femmes ont inventé le couscous de pomme de terre ! Savez-vous tout ce qu’elles tirent du fruit du nime? » (Eh bien, je ne pouvais même pas l’imaginer…). La jeune diplômée en tourisme Pingdwende Kaboré veut promouvoir la cuisine traditionnelle burkinabè et la construction en banco (terre crue), des formes de tourisme où le voyageur peut sentir l’habitat traditionnel des ethnies du Burkina. Le nutritionniste Barthélémy Kaboré construit une ferme pédagogique pour sensibiliser les petits Ouagalais au terreau rural. Nous avons rencontré le « coach à l’africaine » Patrick Armand Pognon qui développe à travers l’Afrique un réseau d’ambassadeurs du développement pour promouvoir des projets no budget basés sur l’entraide de cette toile. Le musicien Ousmane Dembélé veut construire une école de musique pour conserver les anciennes musiques que seuls les maîtres en voie de disparition habitent encore vraiment. Le chanteur Victor Démé me demandait ce que sa génération trop souvent coupée de ses racines va léguer aux enfants et petits enfants et chante à cela et irrigue son auditoire. L’économiste Aminata Ouoba nous disait que son boulot à la banque ne lui plaisait pas tant que ça mais, ses jus naturels, ses savons, ses tenues traditionnelles ; ah, s’y remettre avec sa petite équipe de femmes ! Le jeune hôtelier Wendyamb Zongo de Banfora me racontait ses projets au service des voyageurs de passage : faire un petit restaurant dans cette jolie cour, avec des kiosques en paille (« Annexe Jackson », chambres avec ventilo). Le grand avocat Titinga Pacere me parlait des Indignés du Nord et du calme de la vie africaine recherché par les Occidentaux. L’instituteur Mady Sankara me montrait les produits naturels qu’il commercialise et des photos des bâtiments de son association où s’établira bientôt une crèche. La professeur de didactique, Laetitia Kiemtoré me parlait de l’action de son association encourageant le développement, en support aux petites associations villageoises. Le chef de chantier Thomas Zida me disait combien le projet de la Voûte Nubienne permettait au paysan burkinabè de construire sainement et à peu de frais ; et son cofondateur Séri Youlou me racontait les origines de cette belle aventure… « Puissance est plus importante que magie » nous disait le sculpteur de masques Bomavé Konaté, à Boromo. Le sociologue Abdramane Sow nous racontait comment on fait des enquêtes sur les ressources des villages, permettant à son association d’écotourisme de « développer sans abîmer », selon les mots de son grand collègue, Bernard Lédéa Ouédraogo.  Etc., etc.

Qu’elles fassent, pensent, créent, toutes ces personnes m’ont émerveillé par ce rayonnement en elles, communicatif, transformateur, créateur de société… Rayonnement endogène… MaYaK, Observatoire des Rayonnements Endogènes…

C’est bien pour cela que j’ai eu envie de remplacer le mot « développement » par le mot « rayonnement ». Comme si tout était déjà présent. Et simplement à valoriser comme le font Aminata Traoré qui parle de « modernité africaine » ou Joseph Ki-Zerbo qui disait « postmodernité africaine », évoquant cette économie sociale pas spécialement industrielle qu’il sentait revenir en force dans les pays du Nord et qu’il savait encore en puissance et en acte dans les pays du Sud. Laissons donc ces forces du Sud nous aider…

Un Nègre blanc, cousin trop éloigné des des « Blancs-Noirs » (Bernard Lédéa Ouédraogo).




L’impossible L’autre journal

2052012

L'impossible

« Par quel mépris de soi juge-t-on impossible de balayer cette économie qui programme son anéantissement en accaparant et en saccageant le monde? [...] La vie prime l’économie. La liberté du vivant révoque les libertés du commerce. » Ces propos de Raoul Vaneigem,  semblables à ceux qu’il tient avec  la même vigueur depuis de nombreuses années*, je les ai trouvés dans les pages du deuxième numéro d’un nouveau magazine, L’impossible L’autre journal **. Outre la plume de  Raoul Vaneigem, j’y ai reconnu celle  de Francis Marmande, écrivain et critique de jazz,  et le crayon de Benoît Jacques, figure mythique de la littérature jeunesse, qui, assoiffé de liberté, décida un jour de quitter les grands éditeurs pour s’autoéditer.

Le lancement du mensuel L’impossible, d’abord prévu pour le printemps 2011, fut d’abord repoussé à l’automne de cette même année. Le premier numéro sort en définitive le 14 mars 2012:  « Il est né de ce  sentiment finalement assez rare, d’un pari: la confiance ».  Patatras! l’absence ce jour du numéro dans les kiosques gâche la joie : le diffuseur avait fait défaut, sans prévenir du retard.

Mais les rédacteurs persévèrent,  s’obstinant à vivifier des mots semblés morts sur  la grande scène de la marchandise : « sincérité, engagement, morale, foi dans les oeuvres- toutes choses très sérieuses qui n’excluent ni la gaieté ni la légèreté, toutes choses très graves qui n’excluent ni l’ironie ni l’intelligence. Il s’agit de l’espoir qu’un journal entre dans la vie de chacun et, à sa façon, la bouleverse. »

Mots que les Mayaques comprennent.

Bonne chance à L’impossible !

Xavier Vanandruel

* voir en particulier le MaYaK4

** www.limpossible.fr

 

 




Andrei Zviaguintsev, « Le bannissement »

2052012

Andrei Zviaguintsev, Konstantin Lavronenko et dans le miroir, Maria Bonnevie

Mon cher Xavier,

Merci de m’avoir rappelé de regarder les films d’Andrei Zviaguintsev. Le dernier, ce sera pour plus tard, tu sais je suis immobilisé. Mais j’ai revu Le retour (2003) et vu Le bannissement (2007). Et c’est ce dernier qui m’a empêché de bien dormir cette nuit… Je ne l’ai vu qu’une fois donc pas vraiment vu. J’ai vu quelque chose disons, sur ces 150 minutes… Mais j’avais envie de te répondre. Je me souviens de ce que tu disais des décors des films d’aujourd’hui, combien l’architectonique des pays riches en arrière-plan d’un film t’agaçait. Je comprends bien cela, c’est comme si rien de vrai ou de spirituel ou de méditatif ( ?) ne pouvait se vivre dans ce cadre. J’exagère, évidemment. Mais comme presque tout est choix dans un film, dans les images qu’un réalisateur choisit de montrer, d’assembler… Les mondes des premiers films de Iosseliani en Géorgie, c’est bel et bien fini quand il tourne en France… Évidemment ici, chez Zvia avec cette Russie tarkovskienne, entre Stalker et Le miroir ; la ville industrielle, puis ce genre de vieille demeure qu’il aimait ; ces paysages de petite steppe, vallonnés, ces plans d’ensemble hyper bien cadrés, on est ailleurs ! Ces longs plans séquences où intervient dans le champ un personnage ou une chose comme cette voiture au début, qui me rappelait celle de Nostalghia. Cette musique électronique un peu d’un autre âge (+ Arvo Pärt, aussi). Ces enfants aux visages si particuliers qui sont toujours là pour contrebalancer le monde des adultes. L’eau qui coule et ruisselle, la pluie si chère à notre ange tutélaire, Andrei. L’église perdue dans la steppe, les vieilles bagnoles impossibles… Un autre « décor », déjà… La photographie superbe, la matière des images ; cette maison décrépite, ses murs, ses meubles, ses planchers.

Du retour au bannissement, on retrouve cet horizon thématique de la paternité. Dans le bannissement, c’est beaucoup plus fort et significatif, pour moi. Paternité et amour. Langage et compréhension mutuelle des êtres. La mort brutale qui vient d’une parole pas entendue, pas comprise (« cet enfant n’est pas de toi » qui cache en fait autre chose : « nos enfants ne sont pas de nous »)… Et en réponse ou en élucidation, la lecture par les enfants, réunis avant d’aller dormir, d’un passage de la Bible sur l’amour. Comme une sorte d’horizon de vie inatteignable mais qui aspire.

Bien sûr, aussi, la construction du film, en pyramide, où la fin révèle tout de cette tragédie du destin (comme dirait peut-être le frère du personnage principal), lentement, en retournant le regard du spectateur jusqu’à ce chant des paysannes dans le champ des moissons et de la caméra, qui en travelling fait passer du personnage méditatif à ces femmes de toujours qui portent sa méditation ?

Dans le désordre et sans entrer dans le détail.

« Quelle est l’odeur de cette maison ? », demande plusieurs fois l’enfant…

Hugues




« Ubuntu »: une Afrique, et un monde, postmodernes. Joseph Ki-Zerbo

30042012

À la fondation Ki-Zerbo, Ramata Nafissatou Ouédraogo, 13 janvier 2012.

« Ubuntu, c’est le collectif humain solidaire. »

Ce sont les premiers mots de la conférence de Joseph Ki-Zerbo, à Genève, en avril 2003. Elle est éditée dans Repères pour l’Afrique.

En note de bas de page : « Ubuntu dans la langue zoulou signifie : « sans l’autre je n’existe pas, sans l’autre, je ne suis rien ; ensemble, nous ne faisons qu’un. » »  Beaucoup pour un seul mot !

Joseph Ki-Zerbo est un grand historien burkinabè, né à Toma en 1923. Il a dirigé une monumentale histoire de l’Afrique où les Africains écrivaient enfin eux-mêmes leur histoire…

Il reste encore énormément de textes inédits de cet historien.

Historien oui, mais pas dans un sens limitatif, dirais-je. Joseph Ki-Zerbo a mis sa vie et son savoir au service d’une conception du « développement ». C’est un chercheur engagé, faisant le pont entre théorie et terrain. Entre passé et présent, aussi. Toujours au cœur de la recherche-action.

Il dirige, par exemple, un très intéressant volume intitulé La natte des autres, qui collecte des contributions relatives à des recherches très concrètes dans le domaine du développement endogène et les associe à des analyses plus réflexives sur les principes du développement.

Endogène ? La formule célèbre de Ki-Zerbo, c’est : « Pas développer, se développer. » Que l’amélioration de la société parte d’elle-même et des ressources qu’on y trouve, que ces ressources soient matérielles ou d’ordre « spirituel », culturel. Une amélioration qui ne vienne pas d’apports extérieurs dont on finit par être dépendants. Bref : ne pas se coucher sur la natte de l’autre !

Dans sa conférence, Joseph Ki-Zerbo fait d’Ubuntu le concept opératoire d’une économie sociale postmoderne qui bat en brèche le capitalisme, les diktats du FMI, le modèle consumériste, etc.

Il montre que dans les cultures africaines se trouvent depuis toujours les ferments d’une autre société, que nos Indignés du Nord veulent réactiver aujourd’hui. Sens du social, de l’ « échange de services », solidarité, économie du don (« soucieuse davantage de liens sociaux que de biens matériels »), proximité (le voisin ou l’ami qui en Afrique est de la famille et peut se substituer à elle, en cas de deuil par exemple), médiation des proches, débat constructif (la palabre ritualisée)… Pas de division du travail : « les métiers et catégories sociales étaient constamment associées » ; prise en charge du plus faible par la communauté (ce qui fait que la fameuse « option de l’État minimal était déjà option africaine précoloniale »…).

À avoir parcouru un peu le Burkina, ce pays d’agriculture extensive et d’artisans, où les gens font beaucoup de leurs mains, où le maçon est aussi menuisier et, à l’occasion, fabrique des instruments de musique, je comprends plutôt bien la question de Ki-Zerbo : « L’industrialisation est-elle sous une forme ou une autre un passage obligé ? ». Et je me dis que nos recherches d’autonomie, d’autodétermination, ici au Nord, vont bien dans ce sens là… Il ajoute (et il me rappelle les mots d’Aminata Traoré) : « L’Afrique est déjà postmoderne, postéconomique. » (C’est moi qui souligne.)

Une des forces de l’historien : partir des traditions pour penser et construire un avenir.

Ce genre de programme, je le voyais réalisé au Yatenga par l’ami de Ki-Zerbo, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, entouré de tout son réseau d’animateurs de villages.

« Faut-il laisser mourir ces usages pour tenter d’en recréer des équivalents plus tard dans un siècle ? » interroge Ki-Zerbo (et nous en sommes là dans nos pays riches, écologistes, permaculteurs, simples volontaires…).

« Toute nation, toute personne consciente doit s’associer à la recherche d’un projet global qui marie les acquis de la conscience, patrimoine commun de l’humanité, avec la convivialité vis-à-vis de la nature, préhistoire de l’homme, et vis-à-vis des autres humains, dépassement et accomplissement de l’homme. »

« L’Afrique solidaire n’est pas en retard […] Il nous appartient de célébrer la solidarité comme mémoire et comme projet. »

« Renforcer les capacités de chaque culture et la mettre en état de procréation dynamique. »

« Ubuntu », une image directrice pour penser une société. Un passé revisité constamment. Appliqué aux conditions du présent et tourné vers l’avenir.

Dans un entretien, Joseph Ki-Zerbo en appelle à des « intellectuels organiques ». On comprend que c’en était un…

Il nous a quittés en 2006.

Hugues Robaye

Ki-Zerbo-016-ret-blog-150x114 dans Aminata Traore Dans la jungle postmoderne

Joseph Ki-Zerbo, Repères pour l’Afrique, Dakar Fann, Panafrika, 2007. Et Regards sur la société africaine, 2008.

(Dir JKZ), La natte des autres : Pour un développement endogène en Afrique, Dakar, CODESRIA, 1992.

À quand l’Afrique ? : Entretien avec René Hollenstein, Paris, Aube (poche essai), 2004.




Peindre Vivre. Laurence Warnier

29042012

Peindre Vivre. Laurence Warnier dans arts graphiques peintures-Laurence-Warnier-14-avril-2011-012-ret-blog-et-fb-119x150 peintures-Laurence-Warnier-14-avril-2011-032-ret-83x150 dans gravure peintures-Laurence-Warnier-14-avril-2011-043-ret-blog-150x110 dans Laurence Warnier

Je le lui avais demandé ; Laurence m’avait envoyé des photos de son travail pictural en cours. Joliment collées sur un papier noir, et accompagnées d’une lettre donnant des détails.

Après, en avril 2011, j’étais allé voir ces grands tableaux d’un mètre septante sur un (plus ou moins). Pour vraiment voir, et laisser les yeux s’aventurer dans ces compositions. Trois grands tableaux qui s’inséreront dans une suite plus importante : 10 tableaux de cette taille sont prévus, me disait Laurence Warnier, à côté d’une autre dizaine, de plus petit format, précisait-elle.

Le regard s’aventurer ? Oui, se balader, dans ces compositions qui me faisaient penser à des mandalas (une image totale qui exprime l’univers) où des âges de la vie, mais aussi des dimensions de celle-ci (comme l’intériorité ou l’ouverture à la Nature) se seraient déposées.

Se balader, car ces grands tableaux rassemblaient, en parcours centrés, des images et me rappelaient, par leur agencement tournoyant, des jeux de l’oie où les coups d’œil n’abolissent jamais le hasard et font vivre des aventures énigmatiques, qu’on ne comprend jamais tout à fait, mais qu’on ressent et qui nous accompagnent quand on les quitte.

Beaucoup d’images, de motifs très détaillés comme dans des gravures (Laurence Warnier « a fait » la gravure), des couleurs en répons, des dominantes, un parcours tourbillonnant mais aussi structuré… Des cadres, des enceintes et des passages. Une organisation de l’espace (de méditation). Et chaque image, autonome, associée à une autre. 

Naissance à la vie, lien intime à la matière, vie cellulaire, modèles culturels, lien à l’univers, à la chimie du vivant, aux animaux ; les trois grands tableaux déployaient ces temps de la vie …

Une circulation organique. Tout un cheminement de vie. Et on se sentait dans l’intimité de l’artiste (qui est aussi la nôtre).

Enfin, mieux vaut les regarder, ces tableaux…

Techniques diverses : photo, gravure, collages, dessin, carte à gratter, acrylique.

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« Le quatrième tableau, le tableau noir sur lequel je travaille actuellement, parlera d’arbres, de chemins, de carrefours, de directions à choisir, de chemins menant au profond, à la libération intérieure… », m’écrivait-elle dans sa lettre.

Laurence Warnier a collaboré au MaYaK6, bientôt sous presse, illustre le projet burkimayaque et sera au « Parcours d’artistes » de Saint-Gilles, bientôt.

Hugues Robaye




Andrei Zviaguintsev

30032012

 

 

Andrei Zviaguintsev dans Andrei Zviaguintsev elena

Après avoir vu il y a quelques jours Elena, le dernier film d’Andrei Zviaguintsev, je suis allé emprunter à la Médiathèque, pour les revoir, les deux précédents films du réalisateur,  Le retour et Le bannissement.

Pas de doute à mes yeux: Zviaguintsev est  à la mesure de Tarkovski, dont il peut apparaître le continuateur, tant dans la photographie (ces longs plans fixes) que dans les sujets (l’asphyxie de l’âme humaine aujourd’hui, qui pourtant ne meure pas). Aussi bien le réalisateur peut-il apparaître comme le continuateur de Dostoïevski: on songe au meurtre de Crime et châtiment ou au « Tout est permis » des Frères Karamazov.

A voir donc un film très beau malgré sa dureté, dont l’épaisseur temporelle s’enrichit encore d’une  partition sonore due à Phil Glass.

Xavier Vanandruel

 




Entretien burkimayaque avec Bernard Lédéa Ouédraogo

26032012

Entretien burkimayaque avec Bernard Lédéa Ouédraogo dans Bernard Lédéa Ouédraogo Bernard-L%C3%A9d%C3%A9a-ret-blog-150x112

Retranscription d’une belle rencontre, et le son suit! C’est aussi le début d’une collection: « Entretiens burkimayaques », avec, à l’image, Laurence Warnier.

fichier pdf Entretiens burkimayaques Bernard Lédéa Ouédraogo, 3 février 2012

fichier pdf Entretiens burkimayaques Bernard Lédéa Ouédraogo, 3 février 2012 version doubles pages pour lecture ordi