Ivresse garantie : Virginie Stricanne et Yeung-Fun Yuen, le 04-09-09

29082009

Deux vernissages en un le vendredi 4 septembre 2009 à
la Maison de la Culture de Tournai, 18h30 et 20h.

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La peintre Virginie Stricanne : Des Géographies bousculées. Expo de nouvelles peintures, voir l’invitation ci-dessus. Sortie de la plaquette catalogue qui mêle écrits et images : textes de Jean-François Bruneau, Jean-Pierre Denefve, Jacky Legge, Chef mayaque. Reportage photographique de Coralie Cardon.    Et…

*

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Projection commentée des deux courts métrages de Yeung-Fun Yuen à 20h, en présence du réalisateur et encore du Chef mayaque (qui a rencontré plusieurs fois Yeung-Fun et a souvent discuté avec lui de la construction de ses films).




Christian avec Guy Dotremont

23082009

imgp195520x.jpg Un livre de Guy Dotremont, chez Didier Devillez, une mise en page de Catherine Ruelle

Non, ce n’est pas un livre, c’est autre chose. Ce n’est en tout cas pas un livre sur Christian Dotremont mais en compagnie de Christian Dotremont. Écrire sur quelqu’un sans en être séparé, détaché, sans le mettre à distance. 68°37’ latitude nord (position géographique du point d’attache de Dotremont en Laponie : Ivalo) est un « livre » comme cela… Un livre comme un petit monde. Il est centré sur l’expérience lapone de Christian Dotremont, et sur sa passion pour l’Europe du Nord (voyages de 1956 à 1978) mais il rend aussi bien sensible tout le parcours de ce poète de la vie (selon le sous-titre d’une œuvre bien ancienne de Stefan Zweig) ; et l’enracinement de cette expérience du Grand Nord et de ses peuplades insondables, dans son travail antérieur. La précision des détails et des renseignements, l’iconographie très complète, l’empathie du texte qui accompagne le parcours et les voyages de Dotremont font de ce livre une chose vivante mais aussi, selon moi, le meilleur ouvrage de référence sur CD… L’écriture, amicale, fraternelle, a les audaces spontanées d’un logogramme (ce tracé-expression du corps animé habité d’une impulsion poétique que Dotremont pratiqua du début des années soixante jusqu’à sa mort en 1979) !

voiscequejetcris197520x1.jpg Christian Dotremont: vois ce que je t’écris, 1975, droits: Guy D.

Dotremont parle de la Laponie dans un entretien radio avec Christian Bussy en 1969 

« Nous avons moins à offrir à la Laponie qu’elle n’a à nous offrir. La Laponie nous manque. Voilà le vrai scandale. La Laponie nous offre par exemple le sens du grand, du vaste et en même temps, le sens du peu. Une perspective du vaste et du peu qui nous manque. Car nous vivons ici encombrés, nous avons peu de nature et beaucoup de choses, et la Laponie, c’est le contraire. Il faudrait que sa leçon profonde, son scandale profond, son scandale primitif nous intéressent, nous fassent poser des questions… La Laponie, courageusement, malgré la pression de quelques progrès dont la plupart sont inutiles, la Laponie naturellement vit dans une perspective vivante de temps, dans une sorte d’éternité où les instants sont des instants, dans une lenteur magistrale et humble… » 

Le livre:

Guy DOTREMONT, Christian Dotremont : 68°37’ latitude nord, Bruxelles, Didier Devillez éditeur, 2008. 272 p. Ill., 22×25 cm.

Hugues Robaye

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« Nous allons toujours vers le dehors »: Arthur Rimbaud, André Dhôtel, Paul André

17082009

boisdt40x31.jpg Acrylique sur papier de Paul André: Les bois communaux

 « Le pays où je vis vraiment me demeure inconnu. Depuis que j’en pratique les recoins, que j’en scrute les ciels, que j’en arpente les confins, il ne cesse de dévoiler, en les dérobant, les images fabuleuses d’une vie qui me serait donnée en plus, une vie tour à tour évidente et secrète, autre absolument et néanmoins foncièrement mienne. » Jean-Claude Pirotte, Dhôtel parmi nous (petit essai lumineux accompagnant Le club des cancres, à la Table Ronde).

Je lisais cela et je pensais à ma longue station, le soir précédent, devant cette page recto verso de dessins très singuliers. Il faut dire qu’il y avait un peu de triche : scanné à haute définition, je voyais à l’écran ces dessins et étais occupé à gommer les traces et taches que le temps y avait laissées. La page était très agrandie et les traits des dessins au tracé sans repentir devenaient d’autant plus proches et intimes que je restais longtemps sur eux, plus longtemps et de plus près qu’à l’accoutumée ; suivant lentement  le trait assuré, effaçant les souillures du temps, je retournais aussi à l’état d’origine du dessin ; et cela me semblait un peu magique ; comme une rencontre rare. Ces dessins mystérieux  tentaient de retracer les parcours de certains animaux dans le paysage… Document énigmatique, sans explication, livré à l’interprétation.

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L’auteur : Paul André. Je cherchais à comprendre ; je supposais qu’il avait dû intégrer à sa « géomancie » (voir ci-dessous) ces parcours d’animaux, éphémères. Je repensais donc à ces dessins en lisant le texte de Jean-Claude Pirotte consacré à André Dhôtel qui lui aussi était sensible aux infinis réseaux animés qui traversent un espace donné, qui animent ou tendent un lieu : vols d’oiseaux, trajets de mammifères ou d’insectes, aires végétales, passages imperceptibles …   (lire Terre de mémoire, recueil d’entretiens).

imgp180540x31.jpg : détail

Et en regardant de près cette peinture sur papier de Paul André, je pensais à Dhôtel : deux écrivains sensibles aux lumières des paysages.   

Des géomanciens…

PS: le titre de l’article est repris à un essai de Dhôtel consacré à Rimbaud.

Hugues Robaye




Convivial: un labo de société

17082009

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Vendredi  14 août : Joannah Pinxteren, anthropologue de la danse (qui a collaboré au MaYaK1) m’invite à une visite de « Convivial » (où elle travaille). 

Un endroit improbable la André Dhôtel que je le relis pour l’instant) : des entrepôts et bureaux entre des voies ferrées et leurs vagues terrains (rue du charroi, d’ailleurs…).  Les trains passent lentement, devant, derrière ; nous ne sommes pas loin de la gare du Midi (Bruxelles). Des gens de partout arrivent là. Des réfugiés qui viennent de débarquer dans un pays nouveau. Les trains passent. Sur le talus du chemin de fer poussent des fleurs étranges. Au pied du talus, les bacs potagers de « Convivial ». Des graminées exotiques croissent entre les haricots, les courgettes, les tomates et autres choux… Je suis de nulle part a l’air de dire ce site (ce pourrait être le titre d’un roman de AD…). Il y a les grandes verrières qui couvrent les hauts entrepôts où l’on nettoie et répare les meubles, apprend la menuiserie, trie des vêtements, des aliments. L’association « Convivial » accueille des demandeurs d’asile et de récents régularisés pour les aider à prendre leurs repères dans la société belge. 

Lieu étrange, on pourrait dire utopique ; une forme de communauté passagère où l’on réfléchit à comment s’intégrer dans une société d’adoption. Où l’on a le sens de l’accueil chaleureux. 

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Tapis, fauteuils profonds, café, thé, dessins aux murs, sourires, paroles de bienvenue… 

Une cellule d’accueil commence par évaluer la demande du visiteur et propose aide ou activités. Aide pour remplir les papiers, trouver un logement, cours d’alphabétisation, des ateliers sont aussi proposés et autres activités : ateliers menuiserie, couture, informatique, activités créatives et d’écriture, cours de jardinage, sorties culturelles. 

L’équipe qui encadre vient de partout Rwanda, Congo, Erythrée, Biélorussie, Afghanistan, Maroc, Belgique, etc. Les visiteurs parlent tellement de langues différentes et parfois ne connaissent que quelques mots de français… Et c’est singulier de rencontrer une jeune assistante sociale marocaine, Bouchra, ou ce monsieur afghan polyglotte, Nahzat, qui viennent en aide à des réfugiés qui souhaitent s’établir en Belgique… 

À Convivial, on récupère : nourriture, vêtements, meubles, jouets, tout ce qui peut être de première nécessité pour de nouveaux arrivants. 

Le dialogue et l’échange, à Convivial sont une priorité. Depuis ce bâtiment perdu entre les chemins de fer et dans une société très technologique où l’accueil et la communauté ne sont plus aussi évidents qu’avant, en particulier dans les villes, Convivial rayonne comme un laboratoire de société… Un espace où se rencontrent des mondes culturels très variés, dans une situation de précarité et de vulnérabilité ; un espace où quelque chose pourrait se reconstruire… 

De cette richesse potentielle, on est bien conscient à Convivial. Un exemple parmi d’autres :
la Rwandaise Concilie fait un travail sur le récit de vie avec les « mamies » rwandaises, où elle récolte leurs expériences passées d’agricultrices, leurs coutumes africaines – famille, habitation, nourriture… - des témoignages sur la séparation, l’immigration, le rapport à la vieillesse, ici et au Rwanda (les vieux en home, les anciens dans la communauté…). 

Un travail de prise de conscience, de réflexion sur les différences culturelles au moment où elles sont vécues dans l’exil. Naturellement, vient une recherche aussi sur les possibilités de logements alternatifs, transgénérationnels que la société belge commence aussi à mettre en place. 

Bien sûr, il s’agit là d’un travail très délicat : il y a les attentes et les images des nouveaux arrivants, la réalité du pays, les idées de ceux qui y vivent depuis peu ou longtemps… Il s’agit d’ajuster les points de vue, ce qui est très difficile, mais la tentative est là.

imgp187919x14.jpg  Un travail de collage

Je pense aussi aux collages que Joannah propose aux mamies rwandaises et aux participants à ses ateliers textiles. Se représenter là-bas et ici… Réfléchir sur certains thèmes, comme le sens esthétique et éthique des coutumes vestimentaires : chaussures ou chapeau… L’activité de création artistique est liée à une recherche de sens, une recherche souple… Une sorte de médiation artistique. Joannah anime aussi d’autres séances où mouvement, danse, chant, mémoire du corps, sont associés pour travailler le premier contact avec les choses, les gens et la société.  

Dans les ateliers, le travail artisanal devient vite artistique. En novembre dernier, j’ai assisté à un vernissage autour des créations de certains réfugiés qui avaient adopté Convivial comme lieu de séjour diurne et qui participaient à divers ateliers.

imgp1904ret19x13.jpg  Se chausser à travers les temps

L’ « interculturel », comme on écrit dans les manuels, est ici vécu au jour le jour et réfléchi. Et on considère que les apports culturels vont dans les deux sens. La médiation est donc prise en charge par des non-Belges en dialogue avec des Belges. Ces derniers qui s’interrogent sur le vivre-ensemble trouvent à Convivial une tentative stimulante et des idées venues de partout.

 imgp1931dt14x19.jpg Expo en novembre 2008

La récup est aussi un aspect important : c’est que ce travail se fait dans les marges du consumérisme. Imaginer une pauvreté positive ? Par une économie de dons, cette petite communauté va vers une certaine autonomie…  Il y a aussi une charte, un règlement d’ordre intérieur. 

En quelque sorte, chez Convivial, on est comme aux premiers temps (un titre de Dhôtel…) : c’est comme si on recommençait une société ; on doit réfléchir à la société qui est déjà là, avec ses avantages et ses inconvénients, une société souvent déboussolée, penser des modalités d’ « intégration » ; inventer des solutions. 

Je me répète, ce lieu m’est apparu comme un laboratoire de socialisation.  Une microsociété multiculturelle ? 

Suite au prochain article (et prochains numéros de MaYaK, les 5/6 : « solitudes en société »). Car, comme écrit Dhôtel, « Il faut apprendre à vivre dans l’intervalle du savoir et de la vision et faire les pas précis qui l’emportent vers la vérité. La méditation doit resserrer avec une douce fermeté les limites de ce savoir et de cette vision. » (Le vrai mystère des champignons). Je retourne donc bientôt à Convivial et laisse le temps faire venir une compréhension plus ramifiée de ce qui s’y invente…

Hugues Robaye

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