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Mort et flânerie, LIN Yutang

28022010

Deux facettes de la pensée kaléidoscopique de LIN Yutang (1895-1976), précurseur de la simplicité volontaire… 

« Du point de vue chinois, l’homme sagement oisif est le plus cultivé. Car il semble qu’il y ait une contradiction philosophique entre être occupé et être sage […] L’homme le plus sage est celui qui flâne le plus gracieusement. » p 214 

« La croyance à la mort, l’idée que finalement nous nous éteignons comme la flamme d’une bougie, est une très belle chose. Elle nous rend sérieux, un peu tristes, et pour beaucoup d’entre nous, poétiques. Par-dessus tout elle nous oblige à en prendre notre parti et à nous arranger pour vivre sensément, véritablement et toujours avec le sentiment de nos propres limites. Elle nous donne aussi la paix, parce que la vraie paix de l’esprit vient de l’acceptation du pire. Psychologiquement, je pense qu’elle signifie une libération d’énergie. » p 221 

LIN Yutang, L’importance de vivre, Picquier poche

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« Chinois au jeu », détail, Gustav Rebrík




Réseaux sociaux

28022010

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Après s’être assise en me disant « ha bonjour ! » comme si nous nous connaissions (et, en effet, son visage ne m’était pas inconnu, mais), ma voisine de banquette sortit de son sac des documents imprimés et se mit à lire ce que je repérai bien vite comme une documentation sur les toilettes sèches… Je me mis à sourire quand j’entraperçus l’en-tête du « Début des haricots » sur l’un des documents.

« Le Début des haricots » est une association bruxelloise de permaculteurs que Xavier Vanandruel a rencontrée pour le MaYaK 5 (www.haricots.org). Potagers communautaires cultivés selon les principes de ce mouvement de vie (« permanent culture », « permanent agriculture ») qui date des années 70 (cultures associées, compost de surface, on ne retourne pas la terre… et pensée pratique de l’art et des techniques pour aménager des espaces d’habitation où l’homme prend une place juste dans la nature…) ; informations sur les producteurs bio qui peuvent collaborer à des GAC (groupe d’achats communs), cette association propose aussi des formations à la construction et à l’usage de ce type de toilette écologique, les « compolettes » dont – je souriais à nouveau – j’avais vu, la semaine précédente, un modèle chez Xavier (construit par ses soins), dans sa maison de Boitsfort… À Convivial (voir plus bas et www.convivial.be) la dernière responsable des potagers en bacs, Cheyenne (que j’interrogeais il y a deux semaines), me parlait aussi travail de cette association… Croisements… 

Convivial ? Je demande à ma voisine : vous ne travailleriez pas chez Convivial, par hasard ? Elle me répond que non mais qu’elle y est déjà passée et que peut-être nous sommes-nous vus là … Non, elle travaille à « Une maison en plus » où elle anime des ateliers avec des enfants du quartier. Oui le même quartier que Convivial : Forest quartier Primeurs. « Une maison en plus » ? Une maison de quartier qui offre des services variés et, en fait, c’est plutôt l’architecte chargée de conseiller les ménages en rénovation qui connaît « Le Début des haricots » et s’intéresse aux toilettes sèches…  Oui, il y a aussi un potager à « Une maison en plus ». Ne sommes-nous pas dans le Quartier des Primeurs qui tire sont nom du marché aux légumes matinal animant jadis le quartier ? Et ma voisine de me parler de l’histoire de ce quartier et de l’importance de la faire connaître à ses habitants. Mais elle, elle anime des ateliers artistiques avec des enfants de 6 à 12 ans. La maison de quartier essaie de suivre les enfants sur un long terme, durant toute leur scolarité primaire, en instaurant un dialogue avec les parents. Et ce n’est pas toujours facile de faire dessiner de petits Musulmans, car la représentation n’est pas une pratique encouragée par leur religion ! Mais certains parents sentent bien la portée de ce travail de création – dessin, peinture, sculpture, mosaïque, qui ouvre la personne… Voilà ce que ma voisine m’explique… Mettre la main à la pâte, oui, peindre dessiner, bricoler, mais aussi observer, écouter : on va également à des expos avec les enfants, on montre les œuvres des autres, on regarde comment ils ont fait. Et le travail donne des résultats étonnants comme, par exemple, ce sapin construit et peint par les enfants (et les parents) qui a obtenu le premier prix au concours des « Jeux d’Hiver » (animations de fin d’année organisées par la ville de Bruxelles), l’hiver passé. 

Au fond, il s’agit vraiment de refaire de ce quartier pas facile un lieu où il fasse bon vivre… D’essayer… Travailler avec les enfants, les ados, les parents, les écouter mais aussi sortir, transformer le quartier. Ainsi de ce parcours d’artistes (comme existe celui de Saint-Gilles/Bruxelles où des artistes ouvrent leur atelier-maison) – où, à Forest, artistes, collectifs divers et enfants vont travailler ensemble sur 7 lieux –  parcours qui laissera des traces visibles et vivifiantes dans le quartier. Ainsi de ces bancs qui ont été fabriqués dans l’association et placés dans la commune, ou de cette fresque réalisée par les enfants ou de… (www.unemaisonenplus.be). 

Nous sommes coupés : « Ath » annonce le contrôleur dans le micro. C’est notre gare… Ces initiatives d’associations, pensées, concertées, subtiles qui n’apparaissent pas ou peu dans notre actualité quotidienne, cela me laisse songeur. Ces réseaux que le hasard connecte sous mes yeux, ce jour-là encore ! L’enthousiasme de ma voisine de compartiment… Sa croyance en le pouvoir transformateur de l’expression artistique…  Société civile… Ce jeu de réseaux sera au centre des MaYaK 5/6 consacrés au thème : « Solitudes en sociétés » 

Hugues Robaye

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Arbres de Noël réalisés par les enfants de Une maison en plus; le sapin primé




LIN Yutang, agitateur vital

14022010

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Je suis en train de lire LIN Yutang.

C’est une sorte de philosophe chinois, un penseur qui a écrit sur l’art de vivre en Chinois, si je peux écrire cela. 

Il y a, heu, oui, vingt ans, j’ai étudié la philosophie et depuis je n’ai plus beaucoup lu de livres de philosophie, un peu par paresse, mais aussi parce que ce qui m’avait orienté vers cette « discipline », c’était la parole d’un prof, très animée, très habitée ; la voix : l’âme « à fleur de » peau, formée, exprimée, poussée par le corps… En fait, avec leur développement systématique et logique, beaucoup de textes de philosophie déçoivent en moi le plaisir que j’ai à lire une langue où la phrase invente à même le mot, à même les associations de mots… Une dimension poétique me manque alors ; cette recherche continuelle d’expression stable, du moins provisoirement… À la fois un peu stable et en devenir… Expression insatisfaite d’elle. Certaines langues philosophiques me paraissent ennuyeuses et trop sûres d’elles et puis pas assez à se mouler dans la vie qui vient ; voilà ce qui cloche. 

Récemment j’ai découvert un couloir secret reliant mon bureau (à la Bibliothèque Royale de Bruxelles) à la librairie chinoise « La grande muraille ». Je descends neuf étages, emprunte un couloir-tunnel en béton (évacuation et chaufferie), éclairé par des néons, aboutis à un garage souterrain dont je remonte la pente et sors à l’air libre à 30 m de la librairie. L’opération prend quelques minutes seulement. 

Il s’agit là d’une forme d’évasion. En quelques minutes, je me retrouve entouré de livres chinois. 

Donc l’autre jour, sur une table, il y avait ce livre de LIN Yutang : L’importance de vivre (1937). Un titre du genre L’art du bonheur de John Cowper Powys… 

Né en 1895 et mort en 1976, l’auteur est un Chinois lettré qui a émigré aux Etats-Unis et a écrit plusieurs livres (qui ont eu beaucoup de succès) sur le mode de vie chinois. Philosophie, oui, mais à la chinoise : sans développements systématiques, ouf ! Une philosophie basée sur des anecdotes ou des citations de penseurs célèbres. Une philosophie visant à éclairer assez pratiquement la vie de tout un chacun. Mais plus subtilement que des traités du genre : « le succès dans les affaires en 10 leçons »… 

La « méthode » de LIN Yutang est résolument pseudo-scientifique. Il commence par présenter des attitudes de l’homme qui lui paraissent importantes : réalisme, idéalisme, sensibilité, humour. Différents les uns des autres, Anglais, Français, Japonais, Russes, Américains et Chinois constituent des dosages variables de ces attitudes (qui sont aussi des points de repères pour chacun…). 

Il s’attache plus loin à cerner l’attitude chinoise qui oscille dans un jeu d’équilibre entre confucianisme et taoïsme… Sentiment profond d’appartenir à la Nature, au règne animal, attention aimante à notre corps pour connaître toujours mieux les actions-réactions délicates de ses organes et réfléchir à la nourriture qui lui convient ; fort réalisme pour modérer les exagérations idéalistes qui rendent malheureux ; culte de la « voie médiane », du juste milieu qui tempère les excès perturbateurs ;  sentiment de la fragilité et des cycles de la vie que les générations – enfants, adultes, vieillards qui nous entourent – nous rappellent constamment. Sens de l’humour généralisé et méthodique ; d’abord envers soi-même… Recherche de simplicité dans la vie. Idéal du vagabond humain, toujours un peu rebelle, etc. : de page en page, le lecteur attend le nouveau trait qui précisera ce portrait suggestif. 

Bref, un recueil organisé de « leitbild » – je reviens toujours à cette notion héritée de EF Schumacher : d’images directrices puisées aux traditions chinoises, images au centre palpitant d’anecdotes anciennes ou contemporaines; tableaux entre poésie et philosophie, dynamiques, qui font imaginer une vie en devenir, la nôtre… 

LIN Yutang, L’importance de vivre, Picquier Poche, 11 euros seulement pour 493 pages de remise en question…

Hugues Robaye

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Travail, détails, ombres au jardin chinois de Paradisio (Hainaut belge)

 







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