Le temps comme un présent, Xavier Vanandruel

30032010

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Eh voilà, le roman de notre rédac chef (MaYaK), Xavier Vanandruel, vient de sortir.

Le temps comme un présent. Un présent, un cadeau. Un cadeau du ciel, le temps. Un cadeau de la terre et des hommes… Le roman, une plongée sensible dans le présent humain, dans le temps dense de l’instant…

Coopérant au Congo pendant deux ans, Jean rentre dans son pays et reconstruit un petit monde autour de lui. Une maison à la campagne, un groupe d’amis, un café concert où l’on se réunit, des femmes qu’on apprend à connaître, une mère déclinante qui se livre doucement. Un séjour à la mer avec la mère, un voyage à Prague avec une femme artiste et l’Afrique qui revient à lui quand un ancien collègue immigre avec sa famille…

Un roman intimiste et sensible où le narrateur mathématicien, confronté à l’émouvante fugacité de la vie, développe, en un fil continu, une réflexion sur le temps, sur l’instant, l’éternité et la création…

Un extrait (la voix intérieure de la mère de Jean) :

« J’entends mon souffle… Lorsque j’étais une enfant, je le retenais au fond de ma poitrine, pour que rien ne s’échappe de ma joie ou de ma souffrance, de mon espoir ou de ma peur. Et au moment où je n’en pouvais plus je courais, cette fois à perdre le souffle, à le chasser avec les battements de mon cœur, guettant des bras qui pourraient me soulever, accueillir mon abandon.

Le souffle maintenant m’habite, il pénètre jusque dans mes doigts noueux et mes épaules usées… Un jour il me prendra délicatement et me déposera sur le sable… Et je reposerai dans la lumière, sans plus de crainte ou d’espérance, car la mer restera à jamais étale, portant en ses fonds le temps du monde… »

Xavier Vanandruel, Le temps comme un présent, Potterée, Phare Papier (Histoires mayaques), 2010, 224p, 10 euros.

 




« Primero », Lisi Estaràs, les Ballets C de la B aux Tanneurs

19032010

Singer l’humain, dans une extrême souffrance. Et faire apparaître cela dans une chorégraphie. Oui, je me suis dit (sans vraiment savoir ce que c’est…), voici l’hystérie (clinique). Peut-on en faire une danse ? La danse de l’hystérie avec, malgré sa violence, ses crises, sa solidarité de groupe, sa vulnérabilité extrême… Des symptômes qui deviennent danse ; la compulsion, le geste répété, qui se chorégraphie. L’imitation, où l’autre qui fait peur est copié, dupliqué dans ses gestes, l’imitation qui se fait danse de groupe.

Je voyais ces motifs et je croyais les reconnaître. Comme par (autre) exemple, l’homme à côté de son corps qui active à distance des objets, ou ce groupe d’homme et de femmes qui assistent un individu en répétant ses gestes, en les faisant avec lui. Très chorégraphique, cela… Une scène où un des danseurs, corpulent, fait des gestes après le ballet d’un danseur plus léger, et les autres danseurs progressivement le suivent et l’assistent dans son effort. Aussi dans sa respiration haletante. Une chorégraphie de la respiration, du souffle qu’on tente de reprendre, de rattraper… Des tableaux chorégraphiques très riches qui s’enchaînaient… Bien sûr dans la danse, le rapport au corps, la pesanteur de la chair qui parfois s’évapore ; ce qui est aussi un motif hystérique…

Je retrouvais cela, je bâtissais, tableau chorégraphique après tableau, une compréhension que je sentais déjà disparaître dans ma mémoire défaillante à mesure que les saynètes s’enchaînaient.  J’aurais dû revoir et revoir ce spectacle qui m’émouvait tant, jusqu’aux larmes à vrai dire. Il faudrait revoir les chorégraphies fortes qui se livrent sans possibilité d’arrêt image… Je me demandais si la folie, le corps fou, avait déjà prêté ses formes dramatiques à la danse ? Oui, sans aucun doute… 

Ici c’était au Théâtre des Tanneurs. Une grande scène, des meubles du XIXe, en désordre et cinq danseurs, deux belles femmes et trois beaux hommes – un petit costaud, un moyen mince, un troisième corpulent – qui semblaient figurer une maison de fous à l’heure de Freud, ou juste avant. Sur scène, aussi, un joueur de clarinette virtuose et des airs, parfois yiddish ? Une folie située, dans une société qui la produisait et la protégeait ou plutôt l’enfermait. Mais la prison semblait ici dorée, avec ces meubles bourgeois (qui, à la fin, seraient empilés en une tour menaçante).  La folie qui mime l’humain, le cherche mais le transforme en grimace, par impossibilité de le vivre.  Cela passait, sentais-je, dans le mouvement de ces danseurs accompagnés d’une bande son et du clarinettiste… Spectacle violent et tendre, très émouvant… Remarquable performance de danseurs qui faisaient sentir un rapport au corps tronqué où la pesanteur par exemple disparaissait par fou miracle… Le rapport au corps de l’hystérique ?  Ce qui m’a frappé c’est qu’en voyant ce décor fermé mais profond en espace tout de même, ce groupe de danseurs, je me sois dit très vite : c’est l’hystérie. Or, à vrai dire, je ne sais pas de quoi je parle ( !), je n’avais qu’une vague intuition mais ce mot et la représentation de son contenu que j’ai en moi s’imposait…  

De retour à la maison, je vais voir sur le site des Tanneurs. Et je lis ceci :  « Après l’ambiance argentine de Patchagonia, Lisi Estaràs des incontournables ballets C de la B revient avec primero, une chorégraphie sur l’enfance et l’horizon lointain de ses souvenirs. Elle nous fait revivre nos « premières fois», ces moments magiques de la vie où tout n’est que pureté. Accompagnés de musique, les mouvements des danseurs prennent la forme de cet état d’inconscience si typique à ce monde enfantin d’agitation et de découverte. Depuis le salon de notre enfance, les souvenirs fugaces ou tenaces, imaginaires ou vécus ne deviennent-ils pas tous fantasmes ? »  Toute cette violence ou force dans les mouvements (comme les chutes face contre terre), je la rapportais à une forme de folie, douce par moment, mais dans l’intention de la chorégraphe, il y avait semble-t-il l’enfance, les souvenirs de l’enfance. « Fantasmes » certes, « inconscience », certes…  Il y avait une scène, « vendredi », où les danseurs, parlant, disaient ce qu’on fait le vendredi, jour de fête en quelque sorte, dans les familles honorables. Ce tableau finissait par dégénérer en une danse frénétique où l’on criait notamment les coups bas financiers que l’on faisait aux autres le vendredi… Il y avait des danses apaisées sur de vieilles chansons populaires en langue allemande, où là perçait une nostalgie réconfortante. Et j’interprétais tout cela comme le jeu de la folie qui naît d’un milieu social particulier, dont certains hommes se détachent, mais, dans la folie, le retrouvent et le rejouent dans ce qu’il a de rassurant, dans ce qu’il a d’inquiétant, de violant l’humain, de profondément traumatique. 

Regarder la chorégraphie, développer une compréhension qui colle aux tableaux que l’on voit puis se rendre compte que ce n’est pas dans les intentions de la mise en scène. Zut. Enfance et hystérie, les rapports ? Il y en a certainement…  Mon interprétation ne recoupait pas ou peut-être la présentation de ce spectacle impressionnant et très émouvant… 

Je repensais alors à mon ami et maître en hédonisme LIN Yutang qui décrit si bien, dans un des chapitres de L’importance de vivre la formation (solitaire, corporelle) du goût en présence de formes d’art et l’indépendance naïve de celui qui ose le jugement (de goût, de snentir et de perception) hors des commentaires entendus. 

Merci Yutang de me conforter dans ce plaisir nourrissant du regard…

Hugues Robaye 

Création mondiale de Primero (malheureusement, dernière date aujourd’hui 19 mars aux Tanneurs, puis tournée, je suppose). Dansé et créé par : Benny Claessens, Bérengère Bodin, Nicolas Vladyslav, Samuel Lefeuvre, Vania Rovisco. Musique : Yom – clarinette. Chorégraphie : Lisi Estaràs. Dramaturgie : Bart Van den Eynde. Scénographie : Wim Van de Cappelle. Eclairage : Kurt Lefevre. Son : Sam Serruys. Costumes : Dorine Demuynck. Direction production & tournée : Mimi van de Put. Production : les ballets C de la B 

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Lisi Estaràs et le visuel du spectacle




Au lit avec LIN Yutang

6032010

« Voici ce qui se produit réellement lorsqu’on se trouve au lit. Les muscles sont au repos, la circulation devient plus lente et plus régulière, la respiration plus calme, les nerfs optiques, auditifs et moteurs sont tranquilles, entraînant une quiétude physique plus ou moins complète, permettant une concentration mentale presque absolue soit sur les idées, soit sur les sensations. D’ailleurs c’est à ce moment-là que nos sens sont le plus aiguisés, comme par exemple l’odorat ou l’ouïe. Toute bonne musique devrait être écoutée en position couchée. Li Yu dit, dans son essai sur Les Saules, qu’on devrait apprendre à écouter les oiseaux à l’aube, couché dans un lit. Quel monde de beauté nous attend si nous nous éveillons au lever du jour et écoutons le concert céleste des oiseaux ! Il y a réellement une profusion de chants d’oiseaux dans la plupart des villes, bien que beaucoup d’habitants ne le sachent pas. » 

LIN Yutang, L’importance de vivre, Picquier, p 266-267

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Les chants des oiseaux, à cette heure-là




Une paysanne qui écrit: Micheline Baguet

5032010

J’étais en train de payer – je l’avoue – deux sacs de combustible fossile polluant quand je vis sur le comptoir la jolie couverture d’un livre dont le titre m’intrigua : Le mot PAYSAN Je ne m’attendais pas à trouver un livre en vente dans ce sympathique magasin de fournitures agricoles, jadis sans doute un silo, où les farines de Moulbaix voisinent avec un très bel assortiment de machines agricoles miniatures, jouets obligés pour enfants de fermiers. 

La quatrième de couverture de ce livre d’une soixantaine de pages, que je pris en main, était signée par : une « paysanne des pays industrialisés ». Éric me dit que Micheline Baguet habite en effet Ostiches, où nous sommes, qu’avec son mari ils exploitent cette ferme au beau portail, tu sais, après la place.  J’achète le livre… Il est joli, comme je le disais, mais surtout, c’est l’œuvre d’une paysanne pour, d’abord, des paysans. Des paysans qui liraient un texte qui les décrit, les justifie, exprime leur importance dans la société. Pour des paysans qui, à la lecture, se retrouveraient confortés, pourraient réfléchir à leur travail que l’économie régnante ne valorise vraiment plus. 

Je trouve cela très intéressant qu’une personne qui n’est pas écrivain de profession publie un texte dont l’un des objectifs est, semble-t-il, de réunir une communauté, de lui donner du sens.  J’ai pensé à Maurice Chappaz ou à Paul André, ces « clercs » (selon les mots de Maurice Chappaz) qui sont retournés à la campagne, se sont initiés à un travail manuel, se sont intégrés dans un paysage social et se sont donné pour mission, dans leurs œuvres, de dire l’énergie de ce mode de vie. Ici, c’est directement une paysanne (institutrice de formation, d’après Éric) qui prend la plume et jette des idées qui font réfléchir et rassemblent. C’est un témoignage qui prend des formes diverses : réflexion, récits, poésie… Un maison d’édition de Lyon porte le projet : les éditions Baudelaire. 

Le livre fait le tour de la question paysanne aujourd’hui et suscite la réflexion. Il met en évidence, notamment, l’« agriculture paysanne » ou familiale qui repose sur « une exploitation gérée par un paysan travaillant la terre nourricière avec sa famille ». Sur le souci de produire près du consommateur, de réduire les transports… Les auteurs de référence de Micheline Baguet sont entre autres Pierre Gevaert, Pierre Rahbi, Emmanuel Mounier, Jean Ziegler… Cela indique bien l’engagement de ce livre qui reste néanmoins très mesuré.  Je me rends compte que cette année je fête mes 20 ans de présence à la potterée (siège social de l’association GE ! depuis 2006). Et ce livre aborde aussi la question des nouveaux ruraux ; des citadins qui s’installent à la campagne. Comment partager un paysage qui a ses traditions éthiques et esthétiques, s’y insérer avec respect, ne pas le coloniser, lui imposer nos aménagements ? Le livre ouvre un dialogue. 

L’intégration est une vieille question bien d’actualité. Mais n’est-il pas naturel et heureux de rester, quelque part et toujours, un étranger ?

Hugues Robaye

Micheline Baguet, Le mot PAYSAN, Lyon, Éditions Baudelaire, 2009

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L’ouverture au monde

4032010

Nadia d’Or est une jeune femme d’origine haïtienne qui a voyagé en Inde et au Sri Lanka. Hugues Robaye me prête à lire des messages de route envoyés à ses amis, qu’elle lui a communiqués. Je suis touché par l’attitude d’ouverture de cette jeune femme, par la confiance au monde ( l’expression est de Bachelard, dans La poétique de l’espace), dont elle témoigne.

Elle écrit:
« Je me dis que le monde a un équilibre
Je me dis que le beau et le laid n’ont pas de limites et se fondent l’un dans l’autre

Je désire ardemment voir les deux côtés. »
Un monde rempli d’énergie  qui, dit-elle, « 
repousse chaque un jour un peu mes propres limites et m’aide à m’ouvrir d’avantage. »
Au point qu’elle entre en contact avec la femelle éléphant sur laquelle elle est juchée et que « des pensées, dit-elle, venaient sans m’appartenir vraiment ».

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Cette ouverture, je la retrouve encore dans  l’exposition vraiment extraordinaire que j’ai vue cette semaine au musée de la photographie de Charleroi, intitulée White Sea Black Sea. Des clichés en format panoramique pris par un photographe suédois, Jens Olof Lasthein, dans les régions aux confins de l’Ouest de la Russie,  la Moldavie, la Transnistrie …
Mélange de tristesse et de brutalité, de grossièreté et de tendresse, selon les mots de la poétesse Marie Lundquist.
J’attends de pouvoir me procurer le livre (à Charleroi ils sont en rupture de stock) de ce photographe, où sont reproduits des portraits incroyables dans des paysages transformés par une utilisation photographique de la lumière déclinante de fin d’après-midi, apte, écrit  Marie Lundquist, à « 
créer la bouleversante sensation que l’espace dépasse les limites étroites de la page. »

Il est revigorant de croiser des personnes qui vont à la rencontre du monde, parce que cette rencontre leur paraît désirable, parce que le monde lui-même semble une invitation. Pas obligatoire d’ailleurs d’aller loin pour cela, comme en témoigne (voir les billets d’Hugues) un foyer de rencontre tel Convivial

Xavier Vanandruel







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