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« Si ce n’est plus un homme », Nicole Malinconi

24012011

Thoreau n’aimait pas les journaux. À leur propos, il disait que si on connaissait les causes, il était inutile de multiplier les exemples à l’infini (ces petits faits toujours plus ou moins les mêmes qui remplissent les colonnes des quotidiens). Baudrillard écrivait que les journaux télévisés finissent par prendre le rythme des publicités qui les précèdent et les suivent, pour attirer encore plus les spectateurs et les annonceurs,  à ces heures d’écoute très porteuses… L’actualité saucissonnée et catastrophique devient alors simplement insignifiante et ne sert plus qu’à renvoyer vers l’objet consolateur (dont parle la publicité). 

Si ce n’est plus un homme (nov 2010) de Nicole Malinconi est un recueil de textes qui partent d’un fait divers ou d’un fait de société. De ces petits faits toujours plus ou moins les mêmes qui remplissent les colonnes des quotidiens. Mais dans ce livre, le fait divers devient éminemment singulier. Le fait de société renvoie à une solitude impitoyable, terrible. 

Les faits d’actualité sont explorés de l’intérieur. Patiemment dépliés dans leur signification, dans leur révélation. Révélation sur le recul de l’intuition de l’humain, une intuition que nous nous devons pourtant d’affiner sans cesse pour qu’un monde soit possible, intuition de cette qualité fragile comme une peau. Le recul aussi de l’intuition que nous avons de la « Phusis » comme disaient les Grecs, de la Nature, de ce Tout Animé qui renaît sans cesse, qui a ses rythmes, ses façons, ses échanges circulatoires, qui nous entoure, nous pénètre ; où nous, êtres humains, jouons simplement un rôle. De cette phusis et de sa beauté. Alors, dans cette perspective, on s’arrête à chaque fait divers… 

Dans ce livre, Nicole Malinconi commente et essaie de comprendre des faits singuliers et des faits de solitude, dans ce style particulier qu’ont ses écrits depuis le début  – une phrase apparemment simple qui semble chercher et douter et qui décrit patiemment un phénomène en produisant de légers décalages qui mettent en lumière, l’horreur.  Des réfugiés accrochés à une cage à thons, en eaux froides non-territoriales, un mur qui sépare les pauvres des riches à Sao Paulo, Körperwelten, les enfants abandonnés de Roumanie, les programmes TV pour nourrissons, les esclaves polonais du Sud de l’Italie, l’industrie alimentaire occidentale… Nous avons lu et entendu cela sans doute. Oui. Mais non. 

Faisant sentir la signification profonde de ces faits d’actualité, Si ce n’est plus un homme ranime en nous, à partir d’eux, ce sens de l’humain, difficilement dicible mais condition absolument nécessaire pour vivre ensemble avec respect… Si ce n’est plus un homme : de l’actualité authentique, de l’humain en acte dans la langue, de la vraie poésie, de la langue qui pousse au faire, à l’agir, qui donne de l’énergie et émeut… 

Bref un livre de salubrité publique… Merci Nicole Malinconi. 

Hugues Robaye 

Nicole Malinconi, Si ce n’est plus un homme, [s. l.], Éditions de l’Aube, 2010







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