Flâner à Riga

31082011

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Difficile d’imaginer, il faut y être. Une capitale européenne avec très peu de publicités, peu de voitures. Pas de vitrines agressives. Où il fait bon flâner dans les parcs, dans le centre ancien, ou dans ces rues bordées d’immeubles Art Nouveau, beaucoup conçus par Mikhaïl  Eisenstein (le père du cinéaste).

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Où, dans une cave tout près du centre, je croise une jeune Flamande et sa mère, venues se perfectionner en danses traditionnelles lettones.

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Où on est ébloui au grand marché par l’abondance de légumes, de poissons séchés, en plein air ou sous des hangars géants qui servirent jadis d’abris à des Zeppelin. Où j’ai trouvé un ingénieux spiralier à concombre, suis revenu  boire un thé dans une petite gargotte et ai été ravi de me faire comprendre en russe. La Lettonie, pourtant, parle de l’époque soviétique comme d’une occupation  au même niveau que l’occupation nazie. Est-ce exagéré? Au musée national, un documentaire poignant sur Gustave Klucis, pionnier balte du photomontage, arrêté en 1938 à Moscou et qui aurait été exécuté sur ordre de Staline.

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Certains disent qu’il est malvenu de parler encore russe ici. Je ne l’ai pas ressenti, ni au marché ni ailleurs. Ni au théâtre pour enfants, où l’on représentait un conte traditionnel, dit en russe et relatant le voyage d’animaux qui, après des jours sans soleil, partent à la recherche de l’astre, finissent par le débusquer derrière un nuage, le dégagent, l’époussettent et le remettent en service.

En bref, je vous conseille Riga, avant qu’elle ne change.

Xavier Vanandruel




Un photographe dans le paysage : Jacques Vilet

21082011

pottere15aot2011jacquesvilet003ret1lr.jpg le photographe arrosé… Hum, pardon Jacques…

 « En faisant des photos dans la forêt de Soignes, vers les années 1983, je cherchais longuement à placer mon trépied de manière à pouvoir glisser le regard dans les interstices de lumière parmi les fûts de hêtres. De certains endroits précis, au centimètre près, on pouvait voir très loin, comme si la forêt s’entrouvrait. Un jour, j’ai eu le désir et l’audace de me rendre en terrain dégagé, en rase campagne pour voir ce qui se trouve au-delà de la forêt. Je savais que je n’aurais plus autour de moi, désormais, la protection des arbres. 

C’est ainsi que je me suis intéressé à la ligne d’horizon, lointaine, inaccessible et pourtant bien présente. Cette ligne d’horizon était pour moi la métaphore de l’au-delà. C’est pourquoi j’ai travaillé ensuite dans la région de l’Escaut, notamment dans son estuaire. Je savais que dans le lointain, même brumeux, se situait quelque part, l’autre rive. Quel réconfort ! L’horizon n’est pas vide. J’étais content, à ces moments-là, de n’être pas confronté au désert de l’océan. » 

Je lisais ces lignes de Jacques Vilet, hier, en regardant le paysage – la pénéplaine d’Ath – où il s’était placé le 15 août dernier, avec son escabelle, son trépied et son appareil à soufflets. 

Un photographe dans un paysage qui détermine à ses façons MaYaK. Dont les lumières, ses façons, infiniment changeantes, nourrissent MaYaK. Qui pourra dire un jour comment les paysages nous transforment ? 

Je lisais la conversation de Jacques Vilet avec Yvonne Resseler, publiée dans cette splendide collection d’entretiens des éditions Tandem. Je repensais à ce que Kenneth White avait souligné à propos de Mishima : ce dernier disait autant se révéler dans ses articles critiques que dans ses romans ou ses écrits autobiographiques. Cet entretien de Jacques Vilet se lisait comme une histoire intime de son regard, mais plutôt des échanges dynamiques d’un corps en contact avec différents milieux…

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Et en lisant les mots de Jacques Vilet, je retrouvais sa façon caractéristique de parler : lente, pondérée, constructrice, dans le moment, de longs développements à venir, prudente (dans le sens phronétique d’Aristote si je ne me trompe, soit cette « prudence » qui consiste à ajuster nos mots, notre corps, à une situation présente, singulière, qui ne se répétera donc jamais), car évidemment ouverte à l’inconnu, malicieuse aussi, ouvrant un horizon de pensée, de questions, sur le sens actuel – ou actualisé – de sa présence, parole détachée du moi pourtant, participant de quelque chose d’englobant, détachée du moi et donc revenant au silence, à un sourire plein de distance par rapport à soi, un sourire de connivence avec celui qui a la chance de cet échange (moi en l’occurrence, pendant la fête mayaque du 7 août, puis ce 15 août et toutes les fois précédentes)… Une attention très profonde à ce que la parole fait naître et je pensais, en réfléchissant à cela, au regard que je le vis porter sur « mon » paysage, en ce 15 août dernier. Parole et paysage.

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On ne sait pas vraiment ce qu’on photographie… on ne comprend pas sur le moment… des prises de vue restent dans la boite, on les découvre après… la révélation au sens photographique du terme, la chambre noire, révèle ce qui nous avait touché dans une prise de vue, et pas toujours ce qu’on pensait… d’année en année, on ressent de plus en plus précisément ce qui relie nos travaux différents… Jacques Vilet me disait des choses comme cela devant les plans du paysage qui se reposaient de nos visions attentives ; nous buvions du café et dégustions une tarte du Cayoteu (fête dans la ville de Lessines (voisine du siège social du GE !), Hainaut belge), en l’honneur des carriers locaux, les cayoteux… 

Être et temps… 

Depuis ce passage par la potterée, de Jacques Vilet, j’ai l’impression que le paysage est habité autrement, comme le jardin depuis la visite de Manu Hunt, l’arborisculpteur, ou comme la maison, depuis l’intervention de Roumi Detournay et de sa famille de bâtisseurs… Honorer les amitiés rayonnantes. C’est un peu chinois tout cela… 

Et puis – je viens de m’en rendre compte – un passage d’un roman d’Henri Thomas, Le promontoire, lu il y a bien longtemps mais toujours palpitant, s’agitait en moi tandis que j’écoutais Jacques Vilet : 

« Mais la vérité d’une conversation ne vient pas de l’exactitude des anecdotes ra­contées; elle est dans le mouvement, dans l’invention, dans l’amusement d’une parole qui peut faire apparaître bien des choses et même les plus vraies, détachées de la vie personnelle et projetées dans une réa­lité ouverte. Aussi, lorsque le pharmacien d’Anvers disait, le regard tourné vers les rochers du bout de la plage : 

« II y a là-bas des bains de Diane… », je crois qu’il livrait au hasard de la parole, en présence d’inconnus (car jusqu’alors nous ne l’avions vu qu’une fois, dans la cuisine de l’hôtel), une pensée, un souvenir, un désir, domi­nant, – un de ces secrets qui profitent d’un instant de langage ouvert pour surgir dans une sorte de lointain, d’où ils revien­dront sur celui qui a parlé. » 

Hugues Robaye

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Terre Habitat: matériaux de construction écologiques

16082011

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À 53 m du centre du (petit) monde mayaque, se livre un commerce particulier. « Commerce », à l’origine, veut dire « échange de marchandises », mais au cours de l’histoire, le mot s’est mis à désigner des relations, des échanges entre personnes. Avoir commerce avec… 

Chez « Terre Habitat », on dirait que le processus sémantique s’est inversé : des relations avec des personnes débouchent, dans la confiance, sur un échange de biens. 

« Terre Habitat », à 53m du… est un magasin de matériaux de construction écologiques, choisis avec une grande exigence et une volonté de les rendre accessibles (le bio pas que pour les riches). Le bénéfice n’est pas la préoccupation première… Vente oui, mais aussi accompagnement dans des projets de construction ou d’aménagements. 

Le magasin se situe, en toute homogénéité, dans les dépendances d’une maison familiale. La famille Detournay expérimente ce que le magasin propose. 

Un tout organique. 

Construire, aménager, habiter, c’est un art (et aussi une pensée de la respiration (la chaux, l’argile) et des relations entre les habitats naturels et les maisons humaines), un projet de vie. Un engagement…  La marche de la décroissance ne s’arrête-t-elle pas, pour des rencontres débats, dans le jardin de « Terre Habitat » ? 

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Le 25 juillet passé, je franchissais ces cruciaux 53m (tout point de l’espace, rappelons-le, est toujours le carrefour d’une multitude de forces ; mais ici, encore plus) pour aller interroger Roumi Detournay, l’intègre animateur (je ne peux pas utiliser une autre appellation) de « Terre Habitat ». Cet entretien occupera une partie du MaYaK 6. Mais je voulais déjà en donner un avant-goût ; des fragments de paroles : 

Terre : « Oui, notre magasin s’appelle « Terre et habitat » : la terre est un matériau polyvalent : on construit en terre, la terre est dans la maison ; nous proposons beaucoup d’enduits à l’argile. L’homme est en contact avec la terre, c’est primordial et nous travaillons dans cet esprit : nous aimons penser qu’une maison sort de terre. Nous sommes en relation avec des personnes qui se sont passionné pour ce mode de construction. Pas loin d’ici, à Bassily (Hainaut belge), une personne s’est mise à construire sa maison en terre puis a bien étudié cela et maintenant c’est devenu son métier : il accompagne des gens qui font de même. C’est quelqu’un qui vient ici au magasin. 

Relier les gens : « Nous sommes en contact avec de jeunes entrepreneurs qui se lancent dans ce genre de construction.Ils sont passionnés, cherchent, expérimentent au niveau des matières et créent même des produits. Je connais les produits par les fabricants mais eux expérimentent et cela ouvre tout un dialogue autour de l’auto-construction. » 

Articles : « Nous proposons des produits pour l’isolation, de la terre, de la chaux, des peintures, produits pour le traitement du bois, des planchers… » 

Étude : « J’ai fait un gros travail d’étude avant de me lancer. Le fabricant est déjà obligé de préciser la composition des produits ; c’est une première source d’information pour moi, facile. Mais cela ne suffit pas et je continue aussi à étudier les nouveaux produits. » 

Sélection : « Je ne suis pas attaché à une marque ; chaque marque a sa spécialité et j’étudie cela pour cerner le meilleur produit dans chaque partie de la construction. » 

Une autre commerce : « Je n’ai pas de formation commerciale préalable. Mon but n’est pas de vendre mon stock. Mais d’informer et de bien comprendre la demande. Je propose toujours 4 ou 5 solutions au client, sachant ce qui convient le mieux. Je lui explique mais il choisit. Le magasin n’est pas grand ; j’ai ici ce que j’ai jugé, sur base de mes études et de ma pratique, comme le meilleur produit. Si le client souhaite autre chose, je commande… » 

Homme de métier : « J’ai travaillé avec mon père qui est entrepreneur en construction (nous avons notamment reconstruit le siège mayaque, à 54 m d’ici). J’ai donc travaillé avec ces matériaux que je vends, maintenant ; je les ai placés ; j’ai appris à les connaître ; j’ai pu les comparer avec les matériaux non bios… Le produit est toujours accompagné d’une notice pour l’utilisation et le placement, mais rien ne vaut les conseils venus de l’expérience sur le terrain, tant les conditions de placement diffèrent toujours. » 

Assister le client : « Au début, j’allais parfois sur place, chez mon client mais cela me prenait trop de temps ! Alors on parle, on se téléphone. Oui, il y a tout un travail d’éducation, de formation. Ces matériaux sont souvent méconnus ; les gens travaillent seuls ; il faut les aider. Dans mon métier, il y a ce côté formation qui se double d’une mise en relation avec des professionnels que nous connaissons bien et à qui nous faisons confiance. Ainsi, un réseau se crée. » 

Le commerce et la maison familiale : « Oui, la maison est à côté. C’est un choix que nous avons fait pour que je puisse rester près de la famille (aux heures creuses, c’est très bien). Et puis, nous expérimentons aussi les matériaux dans la maison. Nous vivons avec ces matériaux ; nous sentons et comprenons mieux quelle différence il y a entre le plâtre et la terre ou la chaux. Les matières naturelles sont complètes, vivantes et polyvalentes : les isolations, par exemple, se combinent en elles : thermique, acoustique. Alors qu’un matériau chimique isole une fonction : il peut protéger du froid, mais pas du bruit… Il est moins cher au départ, mais il faut faire un double travail… Nous avons aussi constaté que la densité des matériaux naturels les rend plus durables. S’ils sont plus chers à l’achat, à long terme, ils sont bien plus « rentable ». Sans reparler du confort vital qu’ils procurent… » 

Le commerce comme un engagement : « Ce n’est pas vraiment un commerce, cet échange s’intègre à notre vie familiale, plus largement. C’est un engagement général, comme l’école à la maison par exemple, ou l’accueil, il y a deux ans, de la marche pour la décroissance qui nous a demandé si elle pouvait faire halte chez nous. Ou comme nos projets d’animations mensuelles, sur la confection de crèmes à partir de plantes ou sur des chantiers précis de restauration où les personnes présentes expérimentent des techniques (la rénovation mur en torchis du siège mayaque par exemple…). Par ces stages, il ne s’agit pas d’ « attirer la clientèle », comme dans les dégustations des grands magasins !, mais d’échanger, de travailler ensemble, de découvrir des techniques… »

Hugues Robaye

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Terre Habitat

Potterée 9, 7880 Flobecq, 068/286654

www.terrehabitat.be 

 

 




Du djembé avec Ousmane Dembele

8082011

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Heureux les puissants. 

C’est le titre d’un essai de DH Lawrence. Pour lui, les « puissants » sont des hommes qui ont trouvé leur force intérieure et la font rayonner. Puissants, certes ; mais la plupart du temps, pauvres et généreux ! Car ce qui leur importe, à ces hommes puissants, c’est de transmettre un rayonnement, qui vient de cette force que les voies inconnues de la génétique ont mise en eux. 

On trouve des puissants partout. Chez les plafonneurs à l’argile, chez les élagueurs en taille douce, chez les céramistes…  Chez les musiciens aussi, bien évidemment… 

Et hier, à la fête mayaque, Ousmane Dembele le puissant, avait sorti sa kora de la camionnette Ford et jouait et chantait dans le « jardin » de la potterée (siège mayaque à Flobecq). Hugues Adam l’accompagnait à la rythmique (à sa droite sur la photo) et Alexandre Wajnberg (au premier plan) s’y mit aussi, d’un couteau et d’une bouteille d’eau (voir photo), tandis que Joannah Pinxteren, l’anthropologue de la danse, dansait sous le charme (face à lui)… 

Ousmane jouait et chantait un hymne à la femme d’où toute vie sort. Il sortait de son instrument des motifs musicaux repris, creusés, avec de légères variations discrètement introduites peu à peu, malicieuses et inspirées, improvisées et qui orientait ailleurs la pièce musicale ;  puis un chant naissait quand on ne s’y attendait pas ou plus. 

Il y avait là toute la générosité du puissant… Dans l’air du soir de la potterée. Ousmane « dans son élément » et ces ondes nourricières, car l’onde sonore, ici la musique, est un aliment pour le corps… et je me sentais nourri à écouter et à regarder Ousmane « jouer ». Jouer généreusement avec nous qui l’écoutions ravis. Qui l’écoutions sourire à son instrument. Lui le « puissant ». Oui, transportés (en ce qui me concerne) et reconfigurant ma vie présente et à venir, avec cet aliment nouveau, cette musique et ce chant qui vibraient mon tympan. 

Vous vous dites : il exagère le mec… Je ne crois pas … Mais si vous doutez, n’allez pas au « stage » de djembé d’Ousmane Dembele (qui est d’abord percussionniste comme il l’a montré au concert mayaque de novembre dernier), du lundi 15 août au 19 août à Ogy, entre Bruxelles et Tournai, dans la belle Région des Collines. 

Quoi, un banal stage de djembé, comme il y en a tellement ? Jean-Marie Salesse qui organise cette formation (à droite de Hugues Adam sur la photo) me disait : « L’étonnant avec Ousmane, c’est qu’il est très pédagogique : il est attentif à chacun et ne privilégie pas les « avancés », il écoute chacun, suggère à chacun… Cela m’a touché : j’ai aussi suivi ce « stage »… Et puis après, Ousmane joue avec nous et c’est magique » 

En fait, avec Ousmane, au stage, c’est aussi participer d’autre chose. Il prépare la création d’une école de musique au Burkina Faso, son pays natal. Son idée, c’est d’enseigner le solfège aux Burkinabè pour conserver, par écrit, la tradition musicale de ce pays aux nombreuses ethnies et… pour inventer de nouveaux accords à venir… Ce qu’il récolte par ces stages sert à créer ce beau projet… Les puissants pauvres et généreux… 

Et je pense à L’Afrique au secours de l’Occident (nous en avons bien besoin, je trouve)… 

Et je remercie Ousmane de sa présence si juste à la fête mayaque. 

Ousmane Dembele, c’est aussi « Foofango », le groupe belgo-burkinabè avec Pierre Vaiana au sax, l’élève de notre ami mayaque Steve Houben… Une référence, quoi… 

Bref, allez à son stage et quelque chose se passera… 

Hugues Robaye 

 

Stage du 15 au 19 août, de 14h à 17h, à Ogy, rue Pont-Madeleine 52, 50 euros pour les 5 jours, renseignements au 0474/468449, portable de Jean-Marie Salesse. 







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