Le « Par Ouï-Dire » du 25 avril 2014 (Radio Une) consacré à ANNIE VAN de WIELE

27042014

Annie & Louis sur le Hierro blog Louis & Annie Van de Wiele sur le « Hierro »

En octobre 2011, je descendais à Miradoux dans le Gers pour rencontrer Charles Oliver Cooper, l’héritier et fils spirituel d’Annie Van de Wiele, première femme à avoir fait le tour du monde en voilier (c’était dans la dernière demeure d’Annie, un antique presbytère). Charles était aussi le légataire des archives d’Annie que j’allais explorer pendant des mois.

Une exposition en a résulté (visible jusqu’au 30 avril, voir article de Xavier Vanandruel ci-dessous) ainsi qu’une émission radio réalisée par Thierry Génicot et diffusée le 25 avril passé dans l’émission « Par Ouï-Dire » de Pascale Tison. Mais plus profondément, c’est une amitié posthume qui s’est ancrée en moi admiratif devant l’audace du couple Van de Wiele toujours prêt à remettre ses acquis en jeu pour se lancer dans une nouvelle aventure cependant bien préparée…

Hugues Robaye

CLIQUEZ ICI pour écouter l’émission : Par Ouï-Dire ANNIE VAN de WIELE

dans le désert égyptien blog Dans le désert égyptien, années cinquante




LE LOINTAIN DE PRES : UN IRAN DE JEUNES GRAPHISMES

19042014

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MaYaK/Phare Papier participe donc à l’organisation d’un mois iranien à Tournai, centré sur une exposition : 65 affiches de graphistes jeunes (et quelques-uns moins jeunes) qui illustrent la vie culturelle d’aujourd’hui dans ce grand pays méconnu. MaYaK/Phare Papier a conçu le catalogue. Non, le livre-catalogue! Car on peut considérer cette publication comme un MaYaK hors-série, vivant de l’intérieur, avec gravité, curiosité et humour.

 Un texte continu accompagne ces 65 images et forme une mosaïque de petits tableaux sur la vie des Iraniens. Par ailleurs, 20 affiches d’étudiants en graphisme de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai entrent en dialogue avec ce lointain vu de plus près. Un Iran de jeunes graphismes pour dire qu’à partir de ces images naît un Iran, pas l‘Iran car un pays, une population sont tellement multiples. J’ai préféré « graphismes » à « graphistes » pour insister sur le côté impersonnel ou supra-personnel d’une création qui déborde toujours l’individu, sur le trait ou le geste du dessinateur qui, en Iran, est presque toujours calligraphe; sur la magie et la puissance incontrôlables des images qui font sentir, percevoir, connaître d’une manière si justement irrationnelle…

 Au fond, ce livre conçu en amitié avec Autour du Feu, l’atelier galerie de l’architecte et céramiste Faezeh Afchary-Kord, nous aimerions qu’il participe modestement au « rapprochement des peuples » (ça fait sourire), des sociétés civiles souvent oubliées par les sacro-saintes « actualités » et occultées par différents pouvoirs qui les utilisent plus qu’ils ne les servent.

 Entourés de ces 85 belles images vivantes, nous pourrons écouter de la musique, de la poésie, une conférence sur l’architecture… Voir le programme ci-joint ! Et puis, de retour de Cannes, le grand cinéaste Abbas Kiarostami passera deux jours à Tournai.

 Hugues Robaye

 

 




Affectivité mayaque

19042014

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Il y a une affectivité mayaque. Une manière de se laisser toucher, émouvoir par l’autre, par tout ce qui n’est pas notre corps dans ses limites floues et ses extensions infinies. L’affect, comme l’action des lumières qui touchent les papiers photographiques et l’âme du maître photographe qui intervient… Dans la démarche mayaque, dans l’enquête mayaque, dans l’organisation mayaque, cette affectivité est au cœur ; il s’agit d’une certaine relation au « savoir », prudente (dans le sens aristotélicien de la prudence qui fait que la personne est attentive aux différences et se conforme à elles pour approcher avec délicatesse l’autre) ; comment en effet approcher l’autre pour le sentir, le percevoir, effleurer ses silhouettes, fixer un moment – illusoirement – ce qu’on a perçu de lui, en une expression artistique, un texte, une image, etc. ? Une affectivité mayaque, une sensibilité à la fragilité des phénomènes, une bienveillance eu égard à cette mortalité que porte chaque chose en elle. Je reste imprégné par la manière dont les Grecs appelaient les hommes « des mortels » tout comme par cette prise en considération fondamentale par le philosophe Heidegger de l’être à la mort…  Phénomène : cet autre qui apparaît, que nous ne connaîtrons jamais mais en compagnie duquel nous aménageons une rencontre, un croisement éphémère. Toujours dans un hors-cadre. Sans formalisme, en essayant d’écarter les formalismes. Toujours nus. Toujours dans la vie, un savoir vital, généreux, gratuit, dans l’humour et l’amour. Écarter la peur (méditation tantrique continue, imperceptible), faire en sorte que la peur n’apparaisse même pas ; être rayonnant, être « aristocrate du soleil » (DH Lawrence) car la rencontre de l’autre devrait y porter. Être accueillant, hospitalier, amical. Dans un échange naturel d’énergies qui se partagent (taoïsme).

Sans doute les circonstances me font penser à cela : la semaine prochaine, arrive en Belgique celui qui m’a confié les archives de sa mère spirituelle, Annie Van de Wiele. Je me souviens de ce voyage à Miradoux, dans le Gers, cette « Toscane française » où s’intégraient mes pensées du moment. De Charles Oliver Cooper qui me détaillait précisément le contenu de ces caisses d’archives qu’il m’avait préparées avec soin. Archive est un mot poussiéreux qui pourtant contient tout une vie intime accessible à peu. Je remontais en Belgique et j’explorais ces documents d’où émanait une vie audacieuse qui se formaient, en ce temps d’études, devant mes yeux, la vie de la première femme à avoir fait le tour du monde en bateau, puis à avoir réalisé – avec « son capitaine » – des rêves (hors cadre) ; cette vie, une sorte de modèle, dans le sens où elle questionnait et questionne(ra) les nôtres ; un point de repère suggestif. Là, c’était dans le cadre de mon travail rémunéré que cette affectivité mayaque se faisait sentir, débordant ce cadre. Il s’agissait pour moi de recomposer la vie d’une femme que je n’avais pas connue et qui devenait une amie posthume. Je devenais un gardien de sa vitalité qui survivait à la mort, me nourrissant de ce qu’Annie avait laissé, exprimé de sa vie…  

Autre circonstance englobante, le vernissage du « Lointain de Près : un Iran de jeunes graphismes » au terme de ces semaines de recherches sur les cultures perso-iraniennes, en dialogue avec Faezeh Afchary-Kord et un réseau de liens qui s’est amplifié jour après jour. Ces jours en pleine affectivité/sensibilité mayaques, où je mettais en page un catalogue livre qui jour après jour enregistrait des trouvailles visant à faire sentir ce lointain : la société civile iranienne. Le grand mage John Cowper Powys, conférencier survolté, se disait un « charlatan de la culture », de ces hommes qui vantent avec un enthousiasme communicatif des potions qui font mieux vivre, et lui, ses potions, c’était Homère, Héraclite, Thomas Hardy… qu’il incarnait dans sa parole et son corps animé, gesticulant, possédé, hors cadre académique… Je garde ce modèle précieusement. Au fond, ce travail dans la gratuité et l’amitié conjuguées est sans doute le plus important. Des soutiens, des sympathies viennent d’un peu partout et c’est comme si on inventait en contact avec toutes ces matières – que ce soit les récits de vie d’Annie ou cette récolte et composition de détails vivants qui forment au bout du livre un Iran –, c’est comme si on avait la puissance (DH Lawrence) d’inventer un monde où l’échange avec l’autre se fasse dans la tranquillité, la bienveillance, la lenteur, la surprise, l’étonnement, l’amitié, la pensée des différences et des complémentarités, dans un jardin éternel.

Hugues Robaye







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