Manifeste pour un art de vivre, coûte que coûte (par les commissaires anonymes)

21 10 2015

robert filliou Robert Filliou

En été, je passais à Mons par le  «Jardin Suspendu», un jardin public réaménagé en espace citoyen par un groupe de jeunes architectes venus de plusieurs pays d’Europe. Dans une brochure qui détaillait ce projet utopique (pourtant présent, là), je lisais ce manifeste. Ses jeunes auteurs m’ont permis de le partager. Merci. 

MANIFESTE POUR UN ART DE VIVRE, COÛTE QUE COÛTE

par Les commissaires anonymes

RICHES DE ZÈLE ET DE FOUGUE

Enfants des troubles de l’économie, nous jouissons à l’aveugle du bonheur précaire capitalisé par les générations passées. Nous n’envions ni confort ni sécurité à nos aînés. Mais nous n’avons à ce jour rien de plus à faire fructifier que nos idées. L’enjeu ne serait pas forcément d’en faire un marché, peut-être simplement un commerce de proximité. Conscients des conditions du salarié débordé ou du chercheur d’emploi surqualifié, nous tentons les acrobaties de nouveaux modes de vie. Avec ou sans filet. «Quelle époque de merde pour la jeunesse» ressassent les médias. N’en soyons pas certains. Une fois immunisés contre l’effet des lamentations nostalgiques et des crispations conservatrices, il nous reste pour sûr la fougue et le zèle. En trimeurs exaltés, tâchons d’en faire un usage décomplexé.

PÊCHE A LA TRUITE YOURSELF

II y eut la beat génération puis la « tweet » génération. Notre société contemporaine fait de nous des bavards, des impatients et des attentistes. Comment réparer un lave-linge ou pêcher une belle truite aujourd’hui ? Là est peut-être le fond du problème : notre génération n’en a massivement ni le temps, ni l’ambition. Et pourtant avec l’objectif de rendre à monsieur tout le monde sa part de maîtrise dans la production des objets et des denrées qui l’entourent, la culture Do It Yourself / Do it Together dépasse le cadre des activités déco du dimanche, toute reconnaissance gardée pour les tricots et gâteaux de mamie. Faire soi-même serait une tout autre satisfaction qu’assouvir sa consommation. Faire soi-même aujourd’hui s’apparente à un engagement militant : concevoir à nouveau la nature et la valeur des choses, prendre son temps, travailler dans une économie des moyens, partager ses connaissances et expériences sont autant de moyens de devenir à nouveau acteur de sa vie quotidienne. D’après les théories de l’artiste Robert Filliou, nous sommes tous des génies dont les talents acquis, parfois forcés, ont détrôné les intuitions innées. Nous suffirait-il d’oublier quelque talent pour tenter de se débrouiller ? 

DES ARTISTES SANS DISCIPLINE

Que signifie aujourd’hui le terme artiste ? Un travail, un statut social, un fantasme, une activité? Et si les pratiques artistiques n’étaient plus seulement la tâche de ceux qui revendiquent le titre? Activistes, humanistes, jusqu’au-boutistes, idéalistes et autres fantaisistes n’ayant que faire des dénominations, reconsidérons l’artiste en « animateur de pensée », figure qu’avait choisie Robert Filliou pour définir son engagement créateur dans des domaines divers, de l’économie à la poésie, de la spiritualité à l’éducation. Celui qui proclama que « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », défendit l’innocence, l’imagination, la liberté et l’intégrité comme les principales qualifications du nouvel artiste. Étendre l’art au concept de la création permanente et omniprésente fut l’œuvre de sa vie; c’était il y a bientôt cinquante ans. Il rirait de constater encore aujourd’hui les prés carrés de l’art, du design, de la mode ou de l’architecture. Si nous sommes plus que jamais conditionnés par les lois du marché, nous tentons de rester aussi indisciplinés que nos aînés.

NOUS N’AVONS QUE DU TEMPS LIBRE

Robert Filliou établit en opposition à l’économie politique, les Principes d’une Économie Poétique, non plus fondés sur des critères de rendement mais sur une nouvelle théorie de la valeur visant la création d’un nouvel «art de vivre». Il envisageait une nouvelle perception des tâches que doivent accomplir les hommes dans le développement de la société en «passant du travail comme peine au travail comme jeu ». Selon cette conception, les tâches auxquelles nous nous livrons quotidiennement se rapprocheraient d’activités ludiques spontanées, libres et gratuites et non d’une servitude jouissive ou abêtissante. La crise raréfie l’emploi et ce faisant, nous incite à préférer de nouvelles conceptions du travail à l’aliénation du labeur. Nous travaillons le dimanche mais parfois pas le jeudi. Tard le soir mais avec des amis. À l’heure où l’énoncé «je n’ai pas le temps» gangrène les journées, nous capitalisons sur la possibilité d’employer le temps à notre gré. Si nous n’avions en réalité que du temps libre… Et vous, que faites-vous dans la vie ?

VENEZ VOIR SI NOUS Y SOMMES

Nous sommes rassemblés ici sans but de fédération; seulement, nos pratiques ont en commun l’innocence volontaire de l’utopie d’aujourd’hui. Et c’est au jardin suspendu que nous proposons cette assemblée extraordinaire : l’art de vivre sera le sujet de ces quelques mois. Bienvenue à MONS INVISIBLE. [ndlr : il faudra attendre le printemps prochain pour y retourner!]

Les commissaires anonymes


Actions

Informations



Laisser un commentaire




SEA POSITIVO |
CFDT CARREFOUR BASSENS |
Point de vue d'un simple ci... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mémoires
| Ecole de Saint-Rabier
| injustice