Les Rencontres à Touvent (Sivry) : Frédérique van Leuven, Thierry Génicot : « soigner les lieux pour soigner le monde » : avec MaYaK, 28 avril !

9042019

6 avril 2016 - Copie 16 juillet 2016 portrose des émissions avec Thierry : Jacques Faton, les Cardon et Olivier Ducène…

Dimanche, Thierry Génicot me rendait visite à la Potterée (Flobecq, Hainaut belge), après sa séance mensuelle aux « Fraternités Ouvrières » de Mouscron, haut-lieu informel de permaculture.

Il faisait splendide et nous nous sommes installés devant le paysage, sur la petite butte qui domine la pâture de mes amis fermiers – Michel et son fils Lionel, – et qui nous a permis de nous glisser dans la pénéplaine qui va vers Ath et dans les réseaux de chants d’oiseaux (je n’ai pas gardé de photo de cette rencontre mais un enregistrement dans lequel les oiseaux occupent l’avant-plan du son alors qu’ils nous étaient restés cachés, la plupart du temps).

Thierry Génicot est dit un « homme de radio ».

Un créateur des ondes, qui vit de créations radiophoniques et travaille, notamment, pour et avec la Une, dans « Par ouï dire », la précieuse émission quotidienne de Pascale Tison. Thierry Génicot nous y chuchote ses « mondes invisibles ».

Je crois que nous nous connaissons depuis bien 15 ans. Ce qui m’a toujours frappé chez lui et dans son travail, c’est : l’intense curiosité, le désir de comprendre et l’art d’associer. D’associer le sens et les sons, de monter le sens et des sons… De rendre sensible le « mystère » de la vie (je me souviens dans mes études de philo, de Gabriel Marcel opposant problème à mystère), de faire cheminer l’auditeur dans l’inconnu par l’inattendu de la radio, de la parole qui va venir et qui nous surprend.  Il m’a invité dans quelques émissions : sur Annie Van de Wiele (la première femme à avoir fait le tour du monde en voilier), sur Paul André (le poète penseur du Tournaisis et du rural rayonnant), sur les Fraternités Ouvrières (voir ci-dessus), sur MaYaK, sur les recherches écophiles, etc. Et ce qu’il en a résulté est toujours apparu à mes yeux, non à mes oreilles, comme des synthèses sonores, témoignages presque éternels d’un travail qui prenait d’autres formes… Et puis : le mystère des voix (bulgares et universelles).

Je suis très reconnaissant à Thierry de ce don ; de la façon dont il a su donner sens, avec une perspicacité foudroyante, à ces différents travaux, lui qui n’arrête pas (sauf quand il est avec son potager, me disait-il) de rencontrer des « habitants chercheurs » de tous horizons de la recherche…

Voilà qu’avec sa compagne, la psychiatre Frédérique van Leuven, ils ouvrent leur lieu, à Sivry où ils pratiquent la permaculture à des rencontres périodiques autour de  : « Soigner les lieux pour soigner le monde ».

Et ne voilà-t-il pas, à mon grand honneur, qu’ils me proposent d’ouvrir le bal !

La « thématique » me parle bien sûr beaucoup : en mémoire directement ce que me disait Rino Noviello de son écocentre Oasis, à Ghlin appelé ainsi en référence à Pierre Rabhi : tout lieu, si déshérité fût-il, peut devenir un oasis quand des volontés humaines bienveillantes l’habitent.

L’invitation de Frédérique et de Thierry me permet en tout cas de reprendre tous ces « chemins de traverse » (une expression que Thierry a employée dimanche) que MaYaK a empruntés depuis le début de son histoire (cela fait 14 ans) pour faire apparaître un réseau de personnes qui pensent leur présence au monde depuis un respect et un amour inconditionnel pour la Nature et la libre expansion utile des nécessités intérieures des humains…

Le 28 avril, 17h30, dans notre échange, nous partirons des recherches « écophiles » (recherches aimantes sur les lieux habités) actuelles : le village au Sud, le village au Nord. Burkina Faso/Belgique. Ziniaré/Bissiga/Flobecq…

Le mode de peuplement du village où les hommes s’intègrent plus à la Nature où, au moins, il sont plus en contact avec elle, peut-il être une réponse à l’effondrement qu’annoncent les « collapsologues » étudiant les ravages du consumérisme productiviste et prédisant que nos sociétés du nord vont s’effondrer.

Mais nos villages du nord ne sont-ils pas déjà morts ? Mort ou en voie de résurrection ? Ces nouveaux habitants chercheurs qui s’y installent en des formes d’insurrection face au modèle de développement dominant ne consolident-ils pas une « alternative », ne tracent-ils pas une nouvelle voie ?

Les masses du sud et les masses du nord sont opprimées par les mêmes, disait Thomas Sankara, l’éminent président du Burkina… Un pays africain comme le Burkina Faso (l’un des plus « pauvres » de la planète) où fermes familiales, nature nourricière, économie informelle avec des syndicats, entraide, production (semi-)artisanale, « pauvreté, richesse des peuples », « l’Afrique au secours de l’Occident », restent une base reconnue et renforcée par des réseaux d’associations, d’ONG locales (comme APIL, l’ONG de mon ami Abdoulaye Ouédraogo), par de grandes personnalités qui ont une vision pour leur pays et leurs habitants ; un Burkina endogène et agroécologique ne serait-il pas un « modèle » très suggestif à explorer, à essayer de connaître ? Ne serait-il pas temps de réellement dialoguer, allez, sur l’avenir du monde ? Je trouve que oui…

Mes 6 voyages au Burkina – avec pour objectifs, information et communication – n’ont à mes yeux de sens que par cet échange entre des modèles de vie que des habitants-chercheurs, qui ont une vison globale critique et comparative, pensent et tentent de réaliser…

Et c’est tout le travail mayaque qui se reflète dans ces dernières recherches sur le village (et les vivifient). Recherches qui reçoivent, en plus, comme un cadre institutionnel : l’accord de partenariat entre Ziniaré et Flobecq, signé en janvier 2019.

Merci donc à Frédérique et Thierry de me donner cette possibilité de remodeler cette pâte !

Les rencontre à Touvent (voir page facebook…) seront enregistrées.

« Touvent » : le nom du hameau de Sivry qui vous accueillera. Et le nom de la sprl de Thierry Génicot ? « Silence »…

(Il y aura aussi une table avec les publications mayaques…)

 Au plaisir d’échanger avec vous ce soir-là !

Dimanche 28 avril 2019, 17h30, rue Touvent 5, 6470 Sivry (Hainaut) 




Le scénario burkinabè

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le SB présentation blog2 tournage de « Villages en savane », Bendogo, Kadiogo, Burkina Faso, 2013.

Retour au Burkina Faso en janvier février 2019 : un voyage de repérages en vue de tourner un moyen-métrage sur un village et sur ses relations avec une ONG locale qui se soucie de son développement endogène, selon l’expression de l’historien JOSEPH KI-ZERBO. Agriculture familiale, économie fragile. ABDOULAYE OUEDRAOGO, fils de village (comme chacun) devenu économiste et fondateur (en 1999) d’une puissante ONG – APIL – travaille à cette rencontre entre les savoirs traditionnels et ceux, plus modernes, de l’agroécologie. Et nous, ici, dans nos contrées, nous souhaiterions tellement une agriculture plus humaine, plus proche. Manger mieux, vivre plus tranquillement…

Janvier/février 2019, une voyage de repérages qui débouchera, déjà, sur des publications textes/images.

Économies rurales du sud et du nord.

Oui, à suivre…




SWINGBOERDERIE

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swing2 fb swing1blog mardi 30 mai 2017, Zarlardinge, Swingboerderie

« Swingboerderie ». Boerderij : ferme. Qui swingue ?

Nous l’avons visité un soir, cette ferme à Zarlarswing/dinge, en bordure de Geraardsbergen. Un soir de soleil et de grand vent. Koen, Christof, Abdoulaye, Jean-Marie, Olivier, Orlando et moi.

Une grande ferme en carré avec cour en pavés, des guirlandes de papier, des chiens assis en bois. Un établissement humain (et animal) remontant au Moyen Âge, des bâtiments conservés intacts, datant sans doute du 19e… Grands potagers en permaculture, champs de chanvre, de blé indigène d’une variété ancienne, service traiteur, cuisines professionnelles, cours de yoga, maison des hôtes… L’esprit et l’âme de Pierre Gevaert accompagne les visiteurs.

Koen, compositeur & Christof, cinéaste, travaillent à la ferme et assistent Sarah, la cadette de PG, grand agronome, pionnier de l’agroécologie, disciple de Georges Ohsawa, fondateur de la marque « Lima » ; Koen et Christof nous guident à travers l’exploitation : les potagers, les champs, les bocages, pacages, le bois, l’étang ; un troupeau de 90 daims traverse le paysage vallonné ; je me retourne : au loin, le clocher de la ferme dépasse des arbres vénérables qui la protègent des tempêtes.

Swing ? Ou plutôt dans les tonalités des compositions méditatives de Koen ? Abdoulaye est coordinateur d’ONG au Burkina Faso, renforce les microéconomies de 120 villages : agriculture, maraîchage, élevage, arboriculture, apiculture, culture et traditions… Jean-Marie cultive un « mécontentement dans la joie » à la Krishnamurti, impliqué dans les « Amis de la Terre », « Nature et Progrès », « Saint-Vincent de Paul », secouriste de longue date, dans les faits et dans l’âme, animateur de potagers collectifs en lien avec les échoués de notre « progrès » productiviste et consumériste ; Olivier, menuisier, ébéniste, tailleur de pierre, luthier sauvage, musicien, animateur d’un repair café. Orlando, chimiste, économiste, coach pour des projets entrepreneuriaux qui respectent la nature, le travail humain, privilégient les circuits courts, locaux et circulaires (« Groupeone » : dont les animateurs pensent que le travail qu’ils effectuaient dans la coopération et dans les pays du sud, il faudrait bien l’accomplir, chez nous, dans les campagnes industrialisées ; une pensée à la Thomas Sankara)…

Ainsi, nous nous sommes retrouvés là, chacun avec nos visions du monde complémentaires, nos activités diverses, nous avons échangé : dans la salle de la maison des hôtes autour du bar et d’une bière, près de la grande table de ferme, sous les voussettes et les poutres taillées : réseautage…

« Si nous voulons survivre, il convient de nous séparer du système actuel en nous inspirant à plusieurs niveaux des sociétés du passé et aussi en étudiant les différentes tentatives de sociétés alternatives. Cela ne veut pas dire, par exemple, que la ville n’aurait plus sa raison d’être, mais alors sans la démesure actuelle ! En adoptant le nouveau système (à prédominance agraire) aux nécessités sociales et écologiques devenues primordiales, on peut imaginer une société plus juste et renouer avec la durée. Honnêtement, il est difficile encore de douter que la société moderne d’inspiration occidentale, se soit trompée de route en créant le système industriel urbain. »

Alerte aux vivants et à ceux qui veulent le rester, Pierre Gevaert : « Mon ami Pierre Gevaert fait partie de ces personnalités trop rares auxquelles le qualificatif d’homme d’expérience s’applique parfaitement. » (Pierre Rabhi).

www.swingboerderie.com

Hugues Robaye




Que fais-tu au juste au Burkina ? (2)

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boubacar blog2 Dori, 17 février 2015, propos de Boubacar LY.

Suite : Venons-en à longer l’abîme (tout relatif !).

« Que fais-je au juste au Burkina ? »

D’abord, sais-je « au juste » ce que je fais ? Tout au plus, des réponses en rhizomes s’élaborent en moi. Par ailleurs, je ne sens pas vraiment que le « je » « fait » quelque chose dans ces histoires expansives, ondulatoires d’amitiés, de réseaux. Les termes de la question de départ se dissolvent, même ce nom de pays est pulvérisé par les 65 ethnies sans frontières du « Burkina », par tous les petits villages, microcosmes de brousse.

« Je » ? Le corps sensible, animé, qui existe est touché par des expériences vitales, ça c’est indéniable.

Certes, je réfléchis à des projets… Mais. « Je » reste dans l’inconnu (à la rigueur). La rigueur frontale et englobante de l’inconnu… J’ai pris l’habitude de commencer par dire à mon interlocuteur africain : « Je ne comprends rien ici, mais des lumières apparaissent, des éclats que j’essaie d’assembler, d’assimiler (dans le sens alimentaire, où des nutriments s’intègrent au corps percevant)… Il y a de tels fossés de cultures, entre Blancs et Noirs, entre villageois et gens des villes, celles du nord comme celles du sud, tant de projections de part et d’autres, comment savoir ce que ressent ou pense l’autre ? Et en particulier quand nous allons au village. Il faudrait rester longtemps en brousse, y habiter, apprendre la langue, vivre simplement, se laisser apprivoiser, que l’étrangeté du blanc se fonde un peu dans le paysage.

« Faire au juste » ? Résonne en moi le proverbe peul que cite Amadou Hampaté Bâ : « Quand une chèvre est présente, il ne faut pas bêler à sa place. » Nous voilà avertis. Traduisons : le rôle de Burkimayak serait de déplacer des chèvres ! De les faire bêler ensemble à un monde voulu meilleur… Et puis, des chèvres de races différentes ont le droit de se croiser sur le chemin, de se côtoyer, non ? Les chèvres se rencontrent-elles facilement sur les terres non-clôturées du Burkina, où elles vaguent en liberté ? Rassembler des chèvres, voilà une tâche utile, peut-être, d’autant que les loups (chinois ou occidentaux) rôdent. 

Du fond de l’abyme, cet écho : la réponse tranchante de René Dumont à une question qu’on lui posait souvent : « Que peut-on faire pour eux [les Africains] ? Leur fiche la paix. » Le mot « faire », à nouveau. La réponse de l’agronome vise-t-elle les  intentions charitables sous-jacentes à cette question (que peut-on faire pour ces pauvres gens?) ? Ou plus largement, la question de l’intervention du Blanc en Afrique, car lui, après tout, intervenait, menait des projets…

Faire, avoir des projets… Nouvel écho insistant, le dialogue constituant que mène en moi depuis plus de six mois Jiddu Krishnamurti – ce penseur radical qui refuse toute autorité. Jiddu me rappelle constamment la place secondaire des projets à court ou long terme et ramène mon corps percevant au présent intégral. Être dans la société (où s’élaborent les projets) mais surtout en dehors. Mais cet écart, ce recul, font advenir d’autres relations au monde, aux vivants, sans promotion du moi, sans violence : que cette priorité du présent dense, fort, infini guide notre attitude au sein des projets auxquels nous participons. Faire : comme les ondes du caillou dans l’eau. Des projets souples, dynamiques, changeants…

Autre étrangeté : au fond, je ne reviens jamais vraiment du Burkina. Quand je rentre en Belgique, le contraste me rend de plus en plus sensible l’effroyable de la « société capitaliste de pointe » consumériste-productiviste, arrogante et violente, sur fond d’acquis (bien sûr menacés) sociaux extraordinaires (qui résultent de façon ambiguë de l’industrialisation brutale qui sous-tend ce consumérisme productiviste)… Les « horreurs économiques » : jeunes et moins jeunes « sur le marché de l’emploi », dépressionnaires à la chaîne : 20 lettres de demande de « job » (un terme volontiers employé par les hommes politiques flamands) ; une réponse, négative… Les battants et les abattus. Le marché abattoir de l’ « emploi » (être employé, utilisé, aliéné). « Créer de l’emploi », préoccupation dite majeure, alors que depuis 50 ans, des chercheurs appellent à une réflexion sur le sens du travail, puisque la technologie et les machines automatisées diminuent inéluctablement les besoins en « main d’œuvre ». Or les gens de pouvoir en sont à culpabiliser les citoyens… parce qu’ils n’ont pas de travail à leur donner… (et qu’ils ne sentent même pas qu’ils doivent encourager celui qu’ils veulent donner, celui qu’ils ressentent en eux comme nécessaire à la société dans laquelle ils vivent)… DH Lawrence fait cette différence entre le « labour » et le « work », travail qui se développe nécessairement et spontanément à partir de la force spécifique que chacun a en lui et qu’il se doit de donner au monde.

Je reviens donc de ce lointain, du Burkina avec des énergies choisies – distinguée par mon regard neuf d’étranger – qui circulent en moi. Un pays africain à l’organisation encore informelle, peu réglementée, la débrouille généralisée, les microéconomies de village à l’autosuffisance fragile ; la chaleur, le soleil, l’Harmattan ; les terroirs que les villageois connaissent encore bien, les « chemins rouges » (pistes en terre), la brousse qui enserre et fait vite oublier les villes qui ne sont qu’agglomérats fantaisistes ; l’indolence ; les hangars où l’on palabre ; l’artisanat généralisé, les savoir-faire et vivre émanant de traditions ; les corps sans graisse, droits, sains, souriants ; des recherches-actions audacieuses, des pensées pragmatiques et programmatiques inventives (comme celle de Boubacar Ly) qui se greffent sur ce substrat : des expériences qui m’incitent à approfondir ces échanges entre chèvres de races différentes…

Je reviens du Burkina et un patron des chemins de fer belge qui coûte cher déclare dans un entretien que l’usager des trains (celui qui l’honore en faisant appel aux services des employés qu’il « gère ») coûte 6900 euros par an et rapporte 3000 euros ; un premier ministre fédéral demande à des prépensionnés (qui ont donc choisi de ne plus travailler pour se reposer légitimement et aussi pour céder « la place » à des plus jeunes moins coûteux, comme on leur suggérait avant) de s’offrir à nouveau sur le marché de l’emploi et de ne pas quitter le territoire au cas où ils seraient appelés au front du travail ; cela pour soulager l’office des pensions. « Pensée », logique effroyables.

Je reviens cette année avec quelques œuvres inédites d’un sage burkinabè – Boubacar Ly. L’une d’elles : De la politique : l’homme politique : un « prestataire de service » (expression reprise avec facétie) qui doit sentir le « rêve » d’une communauté, aider cette communauté à exprimer son aspiration profonde et à la situer dans un ensemble. Doit lui montrer des voies de réalisation possibles pour ce rêve collectif… Le politique doit être sage, avoir de la hauteur, ne pas exercer de pouvoir, ne pas s’enrichir, ne pas avoir de programme mais appuyer les volontés profondes d’un groupe et celles de ses membres, car chacun a un rôle à jouer dans l’ordre cosmique qui oriente la politique humaine, lui donne sens et horizon. Boubacar Ly est une personnalité respectée, souvent interrogée par les médias burkinabè pour ses vues au-dessus de la mêlée. Nous l’avons rencontré longuement aux portes du Sahel, à Dori, dans son « école de la sagesse sur dune, entrée espérée »… La question était donc : « Que peut-on faire pour les aider ? » ?

Au Burkina, je rencontre des personnes qui vivent, travaillent, aiment, ont des enfants, des Vieux, sont dans la Nature, le temps, la mort, entre peines et joies… Des humains (comme nous). Que peut-on faire pour s’aider ? Échanger nos solutions respectives, nos inquiétudes, nos mécontentements par rapport à certaines logiques contemporaines. Rester « dans l’interrogation et le doute, dans une ardente investigation » (des termes de Jiddu Krishnamurti)…

Dans ce classique des années septante – « La pauvreté, richesse des nations » –, le Béninois Albert Tévoédjré montre que les traditions africaines ont un autre rapport au monde matériel, à la propriété et à l’opulence. Cette pauvreté, richesse des nations, elle est à rapprocher de la « sobriété heureuse » préconisée par Pierre Rabhi… Nous cherchons d’autres façons de vivre. Comment simplifier cette complication infinie de la société productiviste et consumériste ? Nous dépendons  tous d’une chaîne de production et de distribution d’une complexité inimaginable, sur laquelle repose une conception du travail infiniment fragmenté. Et cette technologie fascinante qui nous emprisonne ? Et chacun a peur de perdre sa minuscule parcelle de sécurité et de « pouvoir d’achat »… Et puis, il y a les crédits qui nous enchaînent. La Nature se meurt… Comment sortir de cela ? Ou être dedans par nécessité et défaut, tout en étant au dehors… Les sociétés africaines offrent leurs réponses à cette recherche.

Je vais là-bas à la rencontre d’Habitants Chercheurs, de Porteurs d’Espoir, d’Africains qui pensent l’essence de leur société et aimerait la développer sur cette base, conscient que cela peut constituer un modèle alternatif de développement chez eux et chez nous, « intégré » (selon une notion de Jiddu), cosmique, respectueux de la Nature et des autres.

« Porteurs d’espoir » : quand je reviens du Burkina, je me demande quel avenir se profile pour ceux qui commence à travailler, quelle perspective, quel rêve de société comme dirait Boubacar Ly ; je repense au grand économiste de terrain, EF Schumacher qui déplorait que la rentabilité s’imposât comme seul critère de départ des activités dans la société d’aujourd’hui. Quand je rentre, j’ai l’impression qu’on me recrute de force dans un mauvais, mensonger et angoissant psychodrame de crise et de croissance économique. Mais j’ai déjà 28 ans de « carrière » derrière moi et ce bonheur intuitif et sûr d’avoir un travail à faire, qui s’impose en moi, quelles que soient les conditions sociopolitiques : mes prérogatives de chef mayaque insaisissable (où sont les smileys…) ; j’ai beaucoup de chance, donc, et je me sens profondément triste et en révolte devant tous ces mensonges qui polluent les jeunes, et qui sont encouragés par des individus censés nous représenter. Dès lors, ne faut-il pas chercher et répertorier de façon systématique des voies d’ouverture, de nouvelles respirations, de meilleurs exemples, des Porteurs d’Espoir, ici et ailleurs, et confronter nos inquiétudes inventives et créatrices, nos beaux bêlements ?

Hugues Robaye




Environnement et santé

14052013

 

Environnement et santé dans agriculture ferme-150x93

Il y a deux semaines j’assistais  à Forest à un Symposium populaire de l’agriculture paysanne.
Deux experts étaient invités, le cancérologue Dominique Belpomme, titulaire 2013 aux facultés de Gembloux de la chaire Francqui, et le professeur émérite de médecine  Marcel Roberfroid.

Le professeur Belpomme étudie les corrélations entre maladies contemporaines et environnement: en particulier, outre les cancers, l’obésité, le diabète de type 2, les allergies, mais aussi la maladie d’Alzheimer ou, à mon étonnement, l’autisme. Pour ce qui est des cancers, j’ai retenu l’information  d’une augmentation annuelle de 1% (donc exponentielle lente) des cancers infantiles, que j’ai pu recouper avec d’autres sources. Selon le professeur Belpomme l’influence causale d’un environnement dégradé sur la multiplication de ces maladies ne fait aucun  doute.

Comme de plus en plus d’experts-Cassandre de notre monde actuel, Belpomme semble s’être résolu au caractère inévitable d’une future catastrophe sociétale: pour lui, elle pourra venir de l’échec de la Sécurité sociale à soigner des maladies de plus en plus prégnantes. Que ferez-vous lorsqu’on vous dira: il n’y a plus les moyens pour vous soigner, vous ou votre enfant?

Par rapport à ces enjeux, la  visée de l’Afsca (Agence fédérale de la sécurité de la chaîne alimentaire), d’un hygiénisme total équivalent à une absence de « germes pathogènes » semble dérisoire. Belpomme plaide pour une approche systémique plutôt que cette approche analytique (au sens de l’analyse de l’aliment isolé, au lieu d’une étude de l’ensemble du cycle de production et de consommation alimentaires ). En particulier une relation de proximité avec un producteur paysan paraît plus sure que l’offre des grands groupes agroindustriels.

C’est dans le même esprit que Marcel Roberfroid, professeur émérite de l’UCL, a conduit son exposé sur l’importance des fonctions intestinales et de la flore intestinale, dans le triple rôle de protection immunitaire, production hormonale et même fonctions neuronales localisées près de cet organe. La flore intestinale ne peut être équilibrée que si elle est nourrie par une nourriture bactériologiquement diversifiée. L’hygiénisme outré de l’Afsca paraît alors contreproductif pour ce qui est du bon état des défenses immunitaires (et favorisant la croissance des allergies).

S’agissant de solutions, Belpomme soutenait l’importance de réintroduire les valeurs, une éthique dans la production et la consommation alimentaire, ce qui me parle particulièrement. Aussi pour cette question qui me paraît centrale aujourd’hui de notre rapport à l’animal.

Xavier Vanandruel




« Nourrir l’humanité, c’est un métier »: Cie Art & Tça (2)

20042013

Démarche théâtrale pragmatique qui permet de poser un problème, qui suscite le débat et fait sentir le monde des agriculteurs par le dialogue, le témoignage émouvant, le film, le reportage, la poésie chantée, le jeu des corps incarnés. Par un jeu efficace de formes artistiques…

Une démarche de théâtre forum comme on le pratique en Afrique : mettre en scène le vécu des gens et les faire réagir. Poser les termes d’un problème ; dans ce cas, il semble presque irrésoluble : la politique agricole commune (« dont la reine d’Angleterre est la première bénéficiaire… »), les quotas qui endettent, les contrats avec les entreprises chimiques, le gel des prix des « produits agricoles », l’assistanat généralisé et dégradant qui en résulte, la nécessité pour l’ « exploitation agricole » de croître pour survivre, au détriment du voisin, le « concurrent », l’absence d’avenir (dans ce contexte, les enfants fuient la ferme…), le mépris pour le secteur « primaire », l’absence de soutien politique (3 % de la population, quantité électorale négligeable), l’endettement et encore l’endettement, la vente de la ferme, le suicide – le théâtre exprime cette complexité et arrête les gens, leur demande de réagir. Car ce soir-là notamment, un débat s’ensuit, avec la complicité du CNCD (Centre national de coopération au développement) qui a rendu possible, avec la commune de Saint-Josse, cette soirée gratuite… Et le public urbain participe, sans doute pas avec la même vivacité que celui des campagnes à qui le spectacle fut montré en premier – les agriculteurs se voyaient reconnus, entendus, valorisés par ce théâtre de la vie abrupte –, mais les questions fusent…

Le spectacle peut-il transformer la société, initier un autre équilibre social ? Très impressionné par le travail de ces deux jeunes comédiens, j’osais y croire et je me disais qu’il fallait que le GE ! s’active à faire tourner Nourrir l’humanité, c’est un métier, et réunisse à l’occasion de ces représentations des acteurs de changement, à Lessines, Ath, Tournai ? À suivre, en tout cas.

Hugues Robaye

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« Nourrir l’humanité, c’est un métier »: Cie Art & Tça (1)

20042013

Les gradins du Théâtre de la Vie sont abrupts, chacun en conviendra. Luiza, Anouk et moi sommes assis au dernier rang, en hauteur. Il doit y avoir une soixantaine de spectateurs devant nous. Sur la scène, deux jeunes comédiens récemment sortis de la haute école d’acteurs de Liège jouent une « pièce » inhabituelle, résultat de tout un parcours, d’une longue enquête qui se poursuit encore, l’apprendré-je plus tard : ils sont allés à la rencontre du monde paysan des Ardennes, ont interrogé et filmé des agriculteurs, les ont suivis à Bruxelles au cours d’une manifestation mémorable qui aboutit aux portes du Berlaimont, ont fait des recherches (sur la PAC, notamment), ensuite écrit les paroles émouvantes que nous écoutons. Ils sont tous deux originaires de régions rurales : Ardenne et Sud de la France.

La vie est un théâtre ? Abrupte est la vie des cultivateurs. Insurmontable, pourrait-on croire. Charles Culot et Valérie Gimenez (art&tça) ont mis en scène des paroles de fermiers, se sont mis en scène eux-mêmes comme comédiens-chercheurs touchés par leur enquête et communiquant leurs découvertes et leurs sentiments ; les comédiens regardent avec nous deux séquences de leur reportage, projetées sur grand écran, et la comédienne fermière regarde avec nous la comédienne chercheuse traversant Bruxelles sur un tracteur et prenant des photos. Vertige des mises en abime… Leur expérience est encore mise en forme d’une autre manière : s’accompagnant à la guitare, Charles interprète une chanson militante qu’il a composée…

Décor : la traditionnelle table de ferme recouverte de la nappe plastifiée à carreaux… Le cœur de cette représentation : un jeune couple de fermiers raconte sa vie en conversant, les paroles de l’homme prolixe chevauchant souvent celles de la jeune femme taiseuse puis, la scène se fige quelques secondes en un tableau auquel succède un nouvel échange, un nouvel aspect du désarroi des agriculteurs. À la fin, quand la comédienne entre à nouveau dans le témoignage, elle se lève et face au public évoque la fin habituelle des rencontres avec leurs hôtes fermiers, elle évoque le silence qui suit quand il n’y a plus rien à dire… Silence alors de la comédienne qui dure, tandis qu’elle balaie du regard les spectateurs… Silence éternel…

Je vois tout cela du haut de ce gradin et je me dis qu’ici le théâtre devient la condensation d’une longue recherche où les comédiens se sont engagés et dont ils resteront marqués à tout jamais ; recherche en cours puisqu’ils continuent à enquêter dans le Sud de la France, à étudier les politiques agricoles, les directives du FMI aussi (comme me dira Charles), qu’ils veulent remodeler l’ensemble, lui adjoindre des parties poétiques. Pièce-vérité certes mais subtil artefact quand même : une articulation de perspectives différentes par rapport à la vie de ceux qui nous donnent à manger…  [à suivre]

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