Good works : Phare Papier

12032019

L'avenirfb Phare Papier 2019fb Un article de Françoise Lison dans L’Avenir du lundi 18 mars 2019.

On ne chôme pas chez MaYaK/Phare Papier :

*Good work in landscape, Hugues Robaye, illus du peintre et graveur tournaisien Jean-François Van Haelmeesrch, préface du casseur de pub des premiers temps et antiproductiviste, Bernard Legros. Il s’agit d’un « petit MaYaK entre 8 et 9 » : première publication d’éléments de sens qui apparaîtront réagencés dans le MaYaK à venir.

Suite à un licenciement, HR s’interroge sur le sens du travail, sur sa place aujourd’hui. Il se concentre sur les travaux de l’association GE ! Groupe Esthéthique ! qui produit notamment MaYaK. Et travaille au cœur de ce paysage du Pays des Collines, en contact avec un jardin et une maison ancienne qui s’y enfonce comme une baleine échouée dans l’argile… Travail et lieu inspirant…

32 p couleur, papier munken, 6 euros

*Temples et refuges : Steve Houben/Luc Rémy. Un livret paysage autour des charbons de bois, œuvres moins connues du célèbre musicien. Images de Steve. Textes de Steve et de Luc. Manuscrits. Et un entretien entre eux sur leur amitié de longue date et les milieux artistiques qu’ils fréquentèrent ensemble… Un hommage à Luc Rémy qui se mourait…

44 p NB, papier Munken : 6 euros

*Héroïsmes ordinaires : livre textes/images de Hervé Yamguen, peintre et écrivain camerounais de Douala et du village. 18 textes sur le quotidien d’une grande ville africaine, sur le retour au village, sur la place de l’art dans la ville et la vie, etc. Textes, peintures et photos d’Hervé Yamguen.

52 p couleur, papier Munken : 10 euros

*Euphorie en Picardie, Layla Nabulsi : une tragi-comédie sur la mort des villages qui met en scène un garçon de 10 ans – Bonhomme Albert – qui fait l’expérience de toutes les délinquances que génère le consumérisme productiviste. 31 tableaux en vers libres ; humour noir et drame indissociablement liés. L’auteur aimerait en faire une base de discussion sur la question de la cohésion sociale dans les villages (mais aussi dans les villes). 14 xylogravures de Jean-François Van Haelmeersch

68 p NB, papier Munken, 10 euros.

Intéressé(e)s ? un mail à huguesrobaye@scarlet.be

envoi gratuit dès versement au compte TRIODOS du GE ! : BE29 5230 8021 7964

Même procédure pour toute autre commande ! Voyez notre catalogue simplifié et notre liste d’auteurs !

Merci ! Au plaisir de vous revoir !

Hugues !…




Hervé Yamguen à Auvelais, Namur & Liège

2112018

HY3blog avec Hervé avec Hervé, à Paris.

Un cas de figure intéressant : je croise le « profil » d’HERVÉ YAMGUEN sur facebook. Nous avons des amis communs à Ouagadougou, des peintres. Hervé est peintre, écrit et anime une sorte de résidence d’artistes à Douala, au Cameroun. Je « suis le fil de son actualité ». Il publie des textes sur sa position d’artiste dans une grande ville africaine, sur l’art dans les rues ; il publie des articles sur sa relation au village ; il vient de perdre son père et prend très au sérieux son nouveau statut de notable. Passionnant cet aller-retour entre traditions, modernités et pratiques artistiques. Son regard sur le monde, engagé, me touche fort.

Ferions-nous un livre textes/images ? Bonne idée, je t’envoie ça (des dessins et des photos)… Je reçois textes, images et consignes pour les associer. Parfait ! Le livre sort fin 2017.

En mai 2018, il participe en France à un colloque à Cergy puis fait une lecture à La Maison de la Poésie, en plein centre de Paris. Je le rencontre pour la première fois. Quelle force tranquille, bienveillante, exigeante…

Hervé m’a apporté dix dessins qu’il me laisse en dépôt : une série intitulée « Le royaume perdu ».

Je me dis que j’essayerais bien de l’inviter en Belgique pour une rencontre (notamment) avec mes étudiants d’illustration à L’Académie de Tournai. Wait and see !

Ses superbes dessins sont à vendre 400 euros pièce. Je les montrerai sur les salons. Déjà à Auvelais, puis à Namur/Bomel puis à Liège !

Au plaisir de vous revoir !

Hugues

HY6 hy5 Héroïsmes ordinaires (10 euros) & recherches africaines… À Paris…




Le scénario burkinabè

19102018

le SB présentation blog2 tournage de « Villages en savane », Bendogo, Kadiogo, Burkina Faso, 2013.

Retour au Burkina Faso en janvier février 2019 : un voyage de repérages en vue de tourner un moyen-métrage sur un village et sur ses relations avec une ONG locale qui se soucie de son développement endogène, selon l’expression de l’historien JOSEPH KI-ZERBO. Agriculture familiale, économie fragile. ABDOULAYE OUEDRAOGO, fils de village (comme chacun) devenu économiste et fondateur (en 1999) d’une puissante ONG – APIL – travaille à cette rencontre entre les savoirs traditionnels et ceux, plus modernes, de l’agroécologie. Et nous, ici, dans nos contrées, nous souhaiterions tellement une agriculture plus humaine, plus proche. Manger mieux, vivre plus tranquillement…

Janvier/février 2019, une voyage de repérages qui débouchera, déjà, sur des publications textes/images.

Économies rurales du sud et du nord.

Oui, à suivre…




Euphorie en Picardie par LAYLA NABULSI

10102018

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C’est le titre du nouveau livre sorti chez Phare Papier, le cabanon d’édition du GE! (Groupe Esthéthique!). Et le voici en bonne compagnie :-)

Euphorie en Picardie par LAYLA NABULSI, avec 14 xylogravures de JEAN-FRANCOIS VAN HAELMEERSCH.

Texte fort, coup de poing, sur les délinquances que suscite notre mode de développement dominant, le consumérisme productiviste. Une sorte de tragi-comédie qui met en scène Bonhomme Albert, petit garçon de 10 ans à qui on donnerait le bon dieu, s’il n’avait quitté la Terre, dégoûté par les hommes ;-) ; un petit garçon qui spontanément expérimente toutes les déviations possibles : /réussir/ au plus vite… Un texte qui pose sur le mode de l’humour noir tranchant la question de la cohésion sociale aujourd’hui, ou du risque de son absence…

Euphorie en Picardie, Phare Papier, 2018, 68 pages sur papier bouffant munken, 10 euros.

Commande : huguesrobaye@scarlet.be. Envoi gratuit.




« Développement » ? Endogène(s) !

2102017

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Très « intéressante », cette participation au salon du livre africain, « Lire et écrire l’Afrique », à Marchienne-au-Pont (Charleroi, Belgique), le samedi 30 septembre 2017.

Il s’agissait pour le GE ! de repenser une table d’exposition où ses activités seraient focalisées sur les échanges poursuivis au Burkina Faso, où l’ensemble du travail (11 ans de recherches, déjà) recevrait cette perspective, cet éclairage, particulier, mais infini aussi.

« Intéressant », inter esse(re), « qui est en nous, parmi nous » comme un foyer qui rayonne… Voilà comment ce mot élimé peut retrouver du sens ? Peut-être…

La notion de « développement endogène » promue par le grand historien africain JOSEPH KI-ZERBO servait de fil conducteur à cette composition/installation de documents divers.

Chaque groupe, chaque individu, chaque nation se développe selon des nécessités qui lui sont propres. Il n’y a pas le développement ;il y a autant de développements que d’organismes individuels ou collectifs, vivants… Ce qui est passionnant, c’est d’observer ces développements, de les confronter, de les penser et de les poursuivre ! C’est du moins notre optique au GE ! Phare Papier/MaYaK.

Dans nos contacts avec le Burkina et au sein de nos « recherches écophiles » – recherches aimantes sur les lieux habités – qui vont pleinement dans cette direction, dans notre regard porté sur le Burkina ou sur la Belgique (en particulier sur Lessines), il s’agit d’observer ces « développements » singuliers et de mettre en relation ceux qui les incarnent : réseauter, disent mes camarades burkinabè.

Boulot passionnant – celui d’un « intellectuel », au sens Kenneth Whitien du terme – d’un humain qui compose, pense, intuitionne dans la société et avec les savoirs qu’il a reçus, de nouvelles formes, de nouvelles ententes, chaque fois retravaillées. Qui s’interroge sur les formes de sociétés ; d’être ensemble. Et qui tente, dans le cadre d’une recherche-action, de les promouvoir dans leurs singularités.

« Lire et écrire l’Afrique », c’était le thème du salon : la mini-expo imaginée pour l’occasion montrait des livres de recherches-actions de grands auteurs burkinabè ; des dépliants d’ONG et assoc qui promeuvent un développement endogène (dépliants plastifiés car précieux objets d’expo, révélateurs d’une façon de se présenter à l’autre), des manuscrits (l’un de Boubacar Sadou Ly sur la culture), des brochures dactylographiées (comme le catalogue des produits de « Phytofla », concoctés à partir de plantes médicinales par l’équipe du regretté Pando Zéphyrin Dakuyo) ; on pouvait aussi entendre les voix de ces promoteurs d’un développement choisi. Par ailleurs, la table montrait les échanges avec le village de Bendogo commencés en 2012 : peintures, photos, dessins d’enfants, documents de présentation de nos partenaires : APIL (Abdoulaye Ouédraogo) & l’association de notre ami permaculteur, Patigidsom Koalga ; enfin le court-métrage – « Villages en savane » – réalisé en collaboration avec les écoles, en un stage orchestré par François d’Assise Ouédraogo, était diffusé en continu.

La table partait de l’un des mandalas peuls que Boubacar Sadou Ly nous avait offerts et s’achevait par un autre de ces couvercles de calebasse que les femmes peules tissent, reproduisant intuitivement les rythmes du cosmos. La table restait sous le regard de ce grand universaliste fondateur de l’école de la sagesse sur dunes, à Dori, aux portes du Sahel ; le docteur Ly, soucieux que chaque développement endogène (qui se lit sur le corps de chacun de nous) entre harmonieusement, sans violence, en relation avec les autres… Un horizon…

HR

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RINO NOVIELLO à Lessines, le 29 avril à 18h30…

14042017

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C’est en parcourant « La p’tite gazette de la transition », le trimestriel de « Mons en Transition », que j’ai fait la connaissance de RINO NOVIELLO.

Un entretien était consacré à ce photographe et cinéaste ; il projetait Présent simple, l’un de ses documentaires, qui montre le quotidien de deux jeunes membres de l’association écologique « Les Amis de la terre », ayant pris la décision, lentement mûrie, d’aller vivre en Tchéquie, en roulotte, à l’emplacement d’anciens potagers communautaires, cultivant notamment une variété de simplicité volontaire…

Dans un autre numéro, Rino Noviello développait une réflexion sur la place du travail dans nos vies, sur nos façons d’entreprendre au sein d’une nature qui nous porte et/mais que nous détruisons. Il faisait référence aux « positive entrepreneurs », un réseau qui rassemble des initiatives entrepreneuriales respectueuses du bien-être et de l’épanouissement du travailleur comme de la nature…

J’apprenais qu’il avait été à l’origine de « Mons en Transition », de la locale montoise des « Amis de la Terre » et qu’il avait fondé avec un groupe d’amis un éco-centre à Ghlin (près de Mons). Éco-centre Oasis, selon l’appellation que donne Pierre Rabhi à des lieux d’espoir : même un lieu déshérité, s’il est habité par des personnes qui rayonnent d’un projet solide et harmonieux, peut devenir une oasis

Je découvrais cette oasis avec Rino : maison restaurée avec des matériaux bio lors de chantiers de volontaires internationaux (et nationaux) ; serre, four à pain et pizzas, potager ouvert chaque semaine et travaillé en permaculture, stages divers, projection, etc.  http://www.ecocentre-oasis.be/

 

Produire, consommer, vendre, acheter, il n’est pas prouvé que cela rende heureux… Que va-t-on faire de nos vies ? À quoi allons-nous nous consacrer ? Quel travail pour quel monde ?

Par son travail-vie, RINO NOVIELLO (qui a fondé sa scrl – société coopérative à responsabilité limitée – « Picturimage » et s’implique dans un réseau d’associations),  cherche et explore systématiquement des réponses à ces questions.

Un long entretien avec lui, dans le MaYaK8. Et nous souhaitions l’inviter à Lessines pour échanger autour de ces alternatives d’espoir…

Ce sera au « Cabaret des Oiseaux » (où Marianne Uylebroeck organise chaque mois des concerts), le long de la Dendre, le 29 avril, à 18h30.

Projection du documentaire Présent simple, rencontre avec RINO NOVIELLO et présentation du MaYaK8 qui sort le 20 avril !

Boissons et assiettes mixtes.

PAF ? En début de séance, Rino nous parlera de la notion de « participation consciente » que développe l’ « Université du Nous », un chapeau de l’artiste remodelé…

Hugues Robaye




« L’espoir » de Ahmad Shamlou par Faezeh Afchary-Kord et Cécile Hecq, 8 octobre 2016, Art dans la Ville, Tournai

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Michel Zongo : quand filmer change le monde : « La sirène de Faso Fani »

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« Faso Fani », c’était une grande usine de pagnes située à Koudougou au Burkina Faso et qui faisait la fierté d’une ville, d’une région, d’un pays. En 2001, elle est démantelée suite aux directives du PAS, programme d’ajustement structurel, que signe le Burkina Faso et qui exige la privatisation des entreprises d’état en vue du remboursement de la dette des pays africains. Pas de repreneurs privés, on ferme. La sirène de Faso Fani faisait rêver les enfants de Koudougou.

Originaire de Koudougou, Michel Zongo tourne en 2014 un documentaire consacré aux conséquences de cette fermeture, tout en retraçant l’histoire de l’usine et de la fabrication de ces tissus traditionnels de qualité qui s’exportaient bien en même temps qu’ils affirmaient l’identité des Burkinabè. Il rencontre d’anciens travailleurs, récolte leurs témoignages, retrouve des images d’archives – officielles ou tournées par les travailleurs eux-mêmes – des émissions radio couvrant la signature du PAS (et reflétant une confiance – qui a posteriori nous semble bien naïve – en les conséquences de ce traité-diktat).

Le dimanche 25 septembre, nous assistions à la projection du documentaire à la direction générale de la coopération, avenue Ki-Zerbo, dans la cadre du festival Consom’acteurs Burkina.

Les séquences du documentaires où l’on voit les anciens travailleurs énoncer leur chagrin, leurs regrets du temps béni de l’usine sont bien émouvantes. Mais dans les premières minutes du film, des séquences montrent un vieux tisserand à son métier construit par les forgerons de la ville. Et c’est en fait la question des modes de production qui s’esquisse déjà. Industriel ou artisanal ?

Je pense immanquablement à Joseph Ki-Zerbo qui répondait dans A quand l’Afrique, à l’historien René Holenstein : certes les Africains sont en retard d’industrialisation, mais l’industrialisation est-elle un passage obligé ? Je repense à EF Schumacher, le grand économiste anglo-saxon qui prônait une « technologie intermédiaire », des moyens de productions que le travailleur pourrait acquérir lui-même, ce qui lui assurerait une autonomie d’action (pas les machines perfectionnées de Faso Fani, construites dans un contexte de production portant l’obsolescence programmée…).

Et le documentaire bascule peu à peu. Michel Zongo investigue, filme les tisserands dans les cours de Koudougou. Une séquence-charnière : le réalisateur has a dream : et si on réunissait tous ces tisserands dans un lieu pour les filmer ? Ils sont une multitude ! : son interlocutrice qui tisse rit.

Mais le dream trouve des formes dans la réalité : et si on s’associait en coopérative pour produire mieux, suggère Zongo ? Les anciens travailleurs sont séduits par cette idée qui se concrétise peu à peu pendant le tournage.

Alors, chapeau bas! L’intérêt, l’attention, l’ amour du réalisateur pour le milieu qu’il explore transforme la réalité, donne en l’occurrence l’impulsion nécessaire à la création de cette coopérative qui fonctionne aujourd’hui. Un artiste transforme le réel en même temps qu’il est dans son processus de création…

Bien sûr, ces initiatives citoyennes ont du mal à naviguer. Au cours du débat qui suit la projection, Michel Zongo déplore qu’elles ne soient pas plus soutenues par les pouvoirs publics, encore faudrait-il que ceux-ci aient une vision (à l’instar de Thomas Sankara). Il déplore aussi que les jeunes universitaires burkinabè, économistes ou juristes qui se retrouvent souvent au chômage ou employés dans des tâches subalternes, ne s’intéressent pas à ces initiatives locales, originales et passionnantes qui auraient bien besoin d’un encadrement, notamment pour écouler avantageusement les créations de ces tisserands artistes qui inventent des modèles originaux de tissus selon leur inspiration du moment. Des intellectuels qui seraient au service des travailleurs, sur le modèle de leurs aînés : le pharmacien Pando Zéphirin Dakuyo, à Banfora, organisant la médecine traditionnelle, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, à Ouahigouya, les activités rurales ou le vétérinaire Boubacar Sadou Ly, à Dori, l’élevage. Organisant mais surtout valorisant, donnant sens, donnant vision…

Je ne puis m’empêcher de penser que ces questions concernent aussi le nord qui est à la recherche d’autres modèles de développement que le consumérisme productiviste meurtrier.

Michel Zongo a réalisé récemment un documentaire sur la dégradation des sols… Et en prépare un sur la culture du coton…

Hugues Robaye

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Les ciels et les dieux de Bouli Lanners

21032016

affiche

« Oui, je suis croyant. Aujourd’hui, c’est presque plus difficile à avouer que par exemple : je suis homo, travesti ou je ne sais quoi… » : c’est ce que disait, entre autres (et plus ou moins), Bouli Lanners après la projection de Les premiers, les derniers au cinéma « Écran » de Ath, le mercredi 17 mars.

Ce film : un « western » contemporain au scénario sur-réaliste : deux détectives – Cochise et Gilou – reçoivent une mission : retrouver un gsm au contenu compromettant. En parallèle, un autre couple de personnages : Esther et son ami (Willy-qui-a-volé-le-g) parcourent un paysage désolé à la recherche de l’orphelinat où l’enfant de la jeune femme a été placé.

Un paysage de fin du monde (Esther est d’ailleurs angoissée par cette perspective), une campagne bien réelle : la Beauce aux champs kilométriques traversée par les vestiges de la voie d’essai de l’aérotrain d’Orléans. Des lieux hors repères : viaduc de béton à sdf, entrepôts, bars, motels, pensions, hôpital. Et surtout, en décor-personnage, le ciel et cette vastitude désolée du Loiret, une composition de l’image qu’on retrouve, à l’origine, dans les toiles que le réalisateur brossait avant de se consacrer au cinéma (et dans tous ses films, par la suite). Les deux couples de personnages vont se rejoindre dans cette profondeur de champ(s)…

Une première mission donc : retrouver le gsm des malfaiteurs. Mais les séquences qui ouvrent le film montrent Gilou de dos, occupé à regarder le panorama de la ville qu’il surplombe, et le ciel, depuis une grande baie vitrée de building, tenant un chien (déplacé dans ce genre d’architecture) en laisse (Gibus), tandis que derrière lui, dans un bureau, se règlent les détails de l’opération, en présence de Cochise… Gilou n’est pas dans son assiette depuis le début de cette mission et est rapidement terrassé… par une crise cardiaque. Tout foire ; batterie à plat, le thriller toussote à démarrer. (Bouli Lanners expliquait que ce rapprochement avec la mort, il l’a vécu lui-même et qu’il était à l’origine du film).

Les premiers, les derniers raconte ainsi la métamorphose de Gilou jusqu’à la séquence finale où la mission de départ se réoriente du tout au tout : les derniers des hommes, englués dans la violence retrouvent une origine…

Entre-temps : les ciels, et les passages d’un clochard céleste – une sorte de Benoît Labre – qui se présente comme le Christ (tout comme au début du film Eldorado) ; il assure le lien entre les personnages et détermine de façon discrètement bienfaisante le scénario oui, sur-réaliste. J’aime bien ce dernier mot qui désignait à la grande époque une révolution de la perception et de l’engagement dans le monde visant à instaurer un autre monde qui ne dépendît pas de calculs bassement matérialistes, bourgeois (avec dans le prolongement, notre consumérisme productiviste actuel qui gangrène le terre et nos psychologies…).

Un Christ vagant, mais aussi d’autres dieux (du cinéma), des monstres (gentils et) sacrés… qui passent, tels des ailes, sur la Beauce : Michaël Lonsdale (84 ans) et Max von Sydow (86), archanges qui travaillent à la rédemption de Gilou (et préparent une scène d’inhumation qui trouve son origine, l’apprenions-nous, dans des repérages pour Eldorado (2008) parmi les squats de Liège).

Fascinant comment au sein d’un scénario aux péripéties échevelées et souvent symboliques, Bouli est parvenu à construire des scènes d’une densité émotionnelle parfaitement partageable. Ce qui d’ailleurs caractérise aussi ses autres films qui partent d’un quotidien transfiguré par les ciels, de lieux ordinaires, mais qui déplacent les personnages dans une inquiétante étrangeté qui est au fond la condition de tout homme, perdu depuis sa naissance…

Il y a aussi cette musique entre rock et blues qui assure aussi ces décollages vers le ciel.

La violence : assumant seul le boulot, Cochise assomme tout de même au passage et de façon très convaincante – tel Obélix sans Astérix – quelques brutes et récupère un temps le gsm qui a filmé et montre toute la violence – insoutenable et infernale – du monde.

Mais en contrepoint, cette relation fraternelle, attentive, soucieuse de la santé de l’autre, entre les deux chasseurs de primes, justement… Aussi, cette compassion du garçon pour la fille angoissée, fragile d’un léger handicap mental. Je pensais aux scénarios improbables de l’écrivain japonais Haruki Murakami qui semblent également des prétextes à des confrontations de personnages, à des scènes où, au fond, se dégage un lien humain délicat, hors contextes, hors oripeaux ; une profonde empathie des uns pour les autres, de quoi pulvériser un instant les fins de monde…

Les bagnoles s’y mettent aussi (Bouli les aime) : les détectives arrivent en 4×4, repartent, premiers ou derniers, en caisse pourrie. Et il y a ce fabuleux antique corbillard américain azur (« vert émeraude » me dit Chloé, mais moi, je veux le croire azur tant il mène au ciel), piloté mollement par le seigneur suédois du Septième Sceau.

Il y a plein d’autres choses…

Où Bouli Lanners nous emmène-t-il donc ? 

« On n’en parle jamais, de l’essentiel. Moi, je suis croyant. La vie, pour moi, c’est un don. Mais quand on n’est pas croyant, c’est encore plus fort, c’est-à-dire qu’on sait que la vie est quelque chose d’extrêmement rare. C’est un coup de bol hallucinant, dans tout le cosmos, que sur cette petite planète, la vie ait émergé et des êtres humains soient arrivés. C’est quelque chose d’exceptionnel, une expérience unique, qui ne se renouvellera peut-être jamais. Le fait de vivre n’est pas du tout le quotidien du cosmos. Alors bon, on ne peut pas résumer l’existence à travailler à l’équilibre budgétaire ! Quant à la croissance… Moi j’aimerais bien qu’on amorce une décroissance, à tous les niveaux. Qu’on consomme moins. Qu’on se libère des biens matériels. Et qu’on en revienne aux besoins fondamentaux de l’homme : manger et avoir chaud. La logique économique d’aujourd’hui, c’est de fabriquer des besoins. »

Un extrait de l’excellent entretien de Nicolas Crousse avec Bouli Lanners, paru dans « Le Soir » du 5 janvier 2015 et disponible en pdf sur le net… 

Les premiers, les derniers avec Aurore Broutin, Suzanne Clément, Albert Dupontel, Bouli Lanners, David Murgia, Philippe Rebbot…

Hugues Robaye




Jardins suspendus

24102015

MI 1

MI 3

Je descends du train. Il fait déjà nuit et il bruine. J’essaie de m’orienter. Des passagers se dirigent vers la fin du convoi, d’autres remontent le quai direction locomotive. Je commence par suivre les premiers. La gare a disparu. J’aperçois les lumières de la place qui la bordait naguère, me retourne et cherche des yeux le container géant qui remplace maintenant l’ancienne gare ; il fait froid. Je dois donc rebrousser chemin. Je distingue enfin la passerelle de fer qui surplombe les voies. Je monte. Ça ne glisse pas ; le plancher métallique humide est percé de minuscules cratères antidérapants. J’arrive au baraquement SNCB – infraBEL mais sur piédestal – puis en redescends. En face de moi, le périphérique engouffre son trafic bruyant dans un tunnel aux néons. Sous mes pieds, un trottoir de ciment grossier : je longe une palissade ornée d’une banderole au graphisme dynamique et contemporain : « Mons 2015, capitale de la culture, c’est par ici » (des flèches). Les gens se pressent vers l’ancienne place de l’ancienne gare. Un homme me frôle ; il me semble qu’il y a bien des obstacles à la culture, c’est comme un labyrinthe et je me pose une question grave : comment accéder à la culture ? En voiture sans doute (avec le souci de trouver une place de parking). Je continue à divaguer : et en 2016, que deviendra la culture, sera-t-elle moins capitale ? Non, les villes et les campagnes resteront en permanence des hauts (ou modestes) lieux de culture. Robert Filliou : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. » Je salue à ma droite les grues qui construisent la nouvelle gare pour Mons 2015, capitale de la culture (c’est par ici).

Labyrinthe fléché… Je repense à ces grands jeux au cœur de l’été, proposés aux citoyens d’ici : le labyrinthe de tournesols sur la grand place (Vincent Van Gogh a vécu et peint pas loin, mais pas ces fleurs-là, ici) et puis cette autre activité (vue sur RTL et qui occupait les rues de la Mons 2015 capitale de la culture, c’est ça) plus dans le genre d’un tableau de Magritte (ou de Serge Poliart) : il aurait montré un immense jeu de dominos, mais au lieu de représenter des pièces qui construisent un réseau, le peintre les aurait malicieusement placées à la verticale et la toile aurait fait voir l’impulsion donnée au premier domino gagner les autres s’écroulant à leur tour. Un truc dynamique qui aurait pu s’intituler : « Malaise dans la civilisation » ou prendre le titre d’un livre récent : « Comment tout peut s’effondrer. »

Je débouche enfin sur cette place sans gare, sans arrivée ni destination. La place de la culture dans nos vies : je me rappelle le penseur peul Boubacar Sadou Ly, rencontré au Burkina Faso en février passé : la culture est là sur les gens, lisible sur leur corps animé qui porte et révèle leurs expériences de vie, une culture qui rayonne à partir des corps, des rayonnements uniques, particuliers, que chacun nourrit, entretient… Je rêve, et pourtant… 

C’était aussi au cœur de l’été ; Florine m’avait parlé du « Jardin suspendu ».

Nous avions visité le lieu et depuis, il m’avait habité, et continue de le faire.

Le Jardin suspendu sur les remparts de Vauban, au-dessus de l’ancienne boulangerie militaire. Jardin suspendu, un rempart, cette fois, à ce qu’on peut appeler de façon très pratique le « consumérisme productiviste » : rempart non-violent. Un groupe de jeunes architectes (et bâtisseurs-bricoleurs) venus d’Europe (ConstructLab) a fait revivre et métamorphosé un jardin public oublié. La nature avait déjà commencé le travail, les arbres avaient proliféré et le collectif le continuait sans coupe sauvage.

Nous y étions : dans ce petit bois aux taches de lumière, résonnaient les coups de marteau, les rengaines de scie. Un parc village s’achevait : un réseau de sentiers reliait l’« île de la réunion », agora centrale en pleine lune et gradins de bois (spectacles, discussions de quartier, ateliers herbes médicinales, yoga…), au four à pain (et pizzas) ; aux jeux pour enfants ; aux ruches ; à un potager bio ; à une rangée de cabanes (logements légers, librairie d’échange, résidences d’artistes, brasserie). Des toilettes sèches un peu plus loin.

Sur mon chemin, je croise une pancarte qui me demande : « Tu sais pourquoi tu es ici ? ». Ici et même ailleurs, pourquoi ? Ici ? Je songe au Burkina, à l’espace public africain, informel et au nôtre si cadenassé (aux habitats légers, sobres et heureux, qui font peur…). Ici, sur ce piédestal en pierre de taille, tout était revisité, inventé, réinventé, repris comme depuis le début des temps, par un groupe de jeunes supervivants (mot de Chesterton). 

Une ville en miniature, un « Mons invisible », selon l’appellation que ce groupe de joyeux innovateurs avait empruntée à Italo Calvino : « Nous nous approchons peut-être d’un moment de crise de la vie urbaine et les Villes Invisibles sont un rêve qui naît au cœur des villes invivables. » Ce rêve prenait réalité et formes ici. Et je me mettais à en faire un autre : que ce qu’on appelle nos « politiques » aient un jour, enfin, eux aussi, un projet de société, de vie en commun, de partage, qui nous enthousiasmerait, aussi subtil, pensé, vivant, habité, drôle, que celui-ci (et m’apparaissait un « premier ministre » en visite dans ces jardins suspendus, curieux des formes de vie autonomes que les citoyens qu’il représente et de qui il se soucie du bonheur, mettent en œuvre). 

Chef mayaque (en uniforme de carabinier : le Jardin entre aujourd’hui en hibernation, mais rouvrira au printemps…)

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