Espaces temps mayaques 2013/2014

8122013

La revue-livre MaYaK est au centre d’un travail inter-associatif et profondément amical et les mois qui viennent l’attestent vraiment : la semaine prochaine, concert à La Fenêtre, salle associative de Tournai, avec Bert Cools, Steve Houben, Arne Van Dongen, Fred Wilbo. Musique inédite (« Mood Music ») & réflexions sur la place de la musique dans la société, sur l’efficacité, les effets de ces ondes qui nous touchen, nous transforment, nous inspirent, nous nourrissent, installent en nous de nouveaux rythmes, de nouvelles harmonies dont notre corps jouit par la suite comme de nouvelles possibilités d’être…

Le 21 décembre 2013, rencontre à Quartiers Latins, place des Martyrs, à Bruxelles autour du périple pédestre de Xavier Vanandruel en Arménie (Une traversée de l’Arménie à pied, Phare Papier). Avec Laurence Mekhitarian (chant) et Benoit Dassy (duduk) : chant et sonorités arméniennes…

En janvier/février 2014, travail inter-associatif avec « Kogl Taaba » & « Caméra&co », au Burkina Faso : des échanges autour de l’agriculture familiale, de la richesse des terroirs, de l’autonomie des régions rurales, expo, film…

En mai 2014 : échange avec « Autour du Feu », l’association de Faezeh Afchary, architecte et céramiste iranienne : nous l’assistons dans l’organisation un « mois iranien » à Tournai, avec expo de jeunes graphistes de là-bas, work-shops de deux professeurs venus de Téhéran, rétrospective Abbas Kiarostami, en présence du réalisateur qui parraine cette manifestation. Concert et rencontres autour de l’architecture et de la poésie persanes/iraniennes. Montrer autrement ce pays, ces cultures que l’on résume trop à l’arme atomique et à la république islamiste… MaYaK s’occupera du catalogue-livre de l’expo qui révèlera plus de 40  jeunes graphistes montrant des événements de la vie culturelle en Iran.

Un document pour reprendre tout cela :

esp temps blog

 

 

 

 

 

 

Et une bonne nouvelle de plus : l’entrée au concert est à 12/10/8 euros! Mais réservez au plus vite!




Дети Кыргызстана

27092013

Дети Кыргызстана dans Kirghizstan img_1366-150x112 img_1395-150x112 dans Tchinguiz Aïtmatov

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Une des plus fortes impressions de ce premier contact avec le Kirghizstan, m’est venue des enfants: enfants des jailoo (alpages), écoliers des plaines. S’agissant des premiers, ce fut d’abord l’intensité de leur présence, l’aisance de leurs corps et de leurs gestes; pour les seconds, leur élégance fière: costume noir et blanc pour les garçons, souliers vernis,  et  pour les petites filles, coiffe blanche dans les cheveux. J’ai vu aussi une petite fille apprendre patiemment de sa grand-mère le travail de la laine; dans une yourte, un jeune garçon jouer de l’instrument traditionnel appelé komuz, et c’était comme si déjà la musique l’habitait.

L‘enfance a une place importante dans l’oeuvre de  l’écrivain kirghize Tchinguiz Aïtmatov. Ainsi, le personnage principal de son roman Il fut un blanc navire, qui se passe près du lac Issy Koul est un enfant, un enfant aux rêves blessés. Il y a aussi une petite fille dans sa nouvelle, que j’aime beaucoup,  intitulée La pomme rouge. Son père l’amène en excursion à la campagne, tandis que sa mère est partie vivre ailleurs. C’est l’automne, la végétation décline, il y a cependant encore quelques belles pommes rouges oubliées dans des vergers- tout cela est bien sûr métaphorique…Pendant l’excursion, l’enfant parvient à dessiner une lueur dans la relation assombrie de ses parents. Déjà au départ, en voiture avec son père, elle lui demande: Papa, tu peux aller moins vite?  Pas pour des raisons de sécurité routière, non, mais plutôt  pour l’inciter à disons une reprise existentielle, un retour sur soi,  qu’avec la découverte d’une belle pomme rouge elle parvient à lui faire opérer.

Si vous allez au Kirghizstan, donnez votre attention aux enfants!

Xavier Vanandruel

 




Dîner à regret dans un ciel persan, bleu mais communiste/féministe

30062013

Dîner à regret dans un ciel persan, bleu mais communiste/féministe dans Azar Nafisi iran-225x300

La veille des élections en Iran, juin 2013.

Sur son cheval de pierre, Albert regarde tristement Élisabeth. Le boulevard de l’Empereur les sépare depuis longtemps. Le roi a revêtu son casque de pierre car il sent la menace, une plate-forme à 50 mètres au-dessus de lui. Sagace, il se dit : cible parfaite pour tous les –ismes terroristes. Le roi chevalier regarde la reine artiste qui, elle, sourit : à ses pieds, un cercle de femmes animées et dansantes devant un léger kiosque de toile. C’est bientôt la foire du Midi se dit Albert mais c’est encore et toujours la foire des nantis : là-haut, sur la plate-forme de fer, 20 hommes et femmes mangent, harnachés à des fauteuils d’auto-scooter. C’est tendance. Un nouveau concept. Le roi Albert se rappelle qu’il fut sans terre, acculé à la mer, quand il regarde à ses pieds le Mont des Arts loué au plus offrant. Son cheval de pierre est figé devant le fleuve de chevaux vapeur métalliques. Il voudrait traverser. La reine des arts lui sourit, en face. Le roi chevalier pense aux lettres persanes en lisant les slogans sur le calicot qui flotte au vent, au pied de sa reine : « Le vote des femmes : pour renverser le régime de la République islamique en Iran ! Le choix des femmes : Un monde sans oppression et exploitation ! ». La reine musicienne de pierre sourit en considérant le porte-voix en triangle dont l’un des côtés, prolongé, atteint la plate-forme qui menace son roi chevalier. La voix qui sort : « Nous méritons une société où les gens auraient le droit de vivre dans la dignité, auraient le droit de manger, de travailler, et à une meilleure santé physique et morale ; où les gens auraient le droit d’être heureux ; où personne n’aurait faim… » Le roi de pierre figé comme un symbole regarde sa reine. La voix de la femme iranienne couvre le bruit des couverts, des couteaux qui menacent le roi sans terre.

Je marche sur le trottoir du boulevard de l’empereur, entre un roi et une reine de pierre, des voitures, des touristes, une manifestation joliment chorégraphiée à ma gauche : des femmes iraniennes et « dinner in the sky » en haut à ma droite… Je pense aux casseurs de pub, je me demande pourquoi la ville m’inflige le spectacle de ces managers tandis que des femmes iraniennes sans voiles protestent contre la République islamiste et contre un certain état du monde que nous partageons avec elles. Une activiste lit un discours en anglais au porte-voix et les ondulations de sa voix atteignent la plate-forme des riches. Les touristes photographient la grue et le resto suspendu. Une femme souriante s’approche de moi, me salue avec courtoisie et me tend un tract ; je lui souris à mon tour, prends cette feuille et la plie soigneusement en quatre.

Une de mes actualités à moi, c’est de travailler, à un « mois iranien » en mai 2014. Pour me préparer, je suis occupé à lire une femme écrivain iranienne, Azar Nafisi. Aujourd’hui, sur mon chemin, l’Iran féministe et communiste me fait signe. Surprenant : la ville loue cet espace très symbolique, une partie du « Mont des Arts », à une société privée et en même temps concède un espace à un groupuscule révolutionnaire qui dérange le locataire… Je m’interroge. Je pense à Freddy Thielemans sympathique zwanzeur, peintre, bourgmestre de Bruxelles. Y a-t-il derrière tout cela son sourire malicieux ?

Hugues Robaye




Une chronique persane des inadéquats et ratés parfaits. « Lire Lolita à Téhéran » par AZAR NAFISI…

30062013

Une chronique persane des inadéquats et ratés parfaits.  Azar NAFISI à 20 ans

« Ma fille Negar rougit chaque fois que je le lui dis. Son extraordinaire obstination, la passion avec laquelle elle défend ce qu’elle considère comme juste vient de ce que sa mère a lu trop de romans du XIXe siècle quand elle l’attendait. » (p239) 

« Voilà comment il faut lire la fiction, en inhalant l’expérience qu’elle vous propose. » (p160)

« Un roman est l’expérience à travers nos propres sens d’un autre monde. » (p160)

« Un bon roman est celui qui fait apparaître la complexité humaine et crée assez d’espace pour que chacun des personnages fasse entendre sa voix. C’est en ce sens que le roman est dit démocratique – non pas parce qu’il appelle à la démocratie mais de par sa nature même. » (p189)

Ces quelques extraits résument ce que j’ai envie d’appeler l’horizon de croyance d’Asar Nafisi quant à la puissance du roman, de la littérature… C’est chinois ancien d’écrire que la littérature est une nourriture importante au moment de la gestation ; de même qu’elle soit comparable à de l’air qu’on respire mais ce ne sont pas des métaphores…

Le roman est fondamentalement démocratique, dans ce sens bien particulier qu’il demande au lecteur de l’ « empathie » (le mot d’Azar) pour la complexité dans laquelle nous évoluons : le monde, et pour les personnages toujours contradictoires et qui ont tous droit, également, à l’existence dans ce cadre du roman.

Pourtant, contrairement à ce que ces extraits pourraient faire croire, Lire Lolita à Téhéran n’est pas un livre de philosophie de la littérature même s’il est écrit par une professeure d’université qui enseigne la littérature anglo-américaine en Iran et qu’il décrit, en partie, les cours et le milieu des étudiants persans après la chute du Chah, pendant la révolution islamique. Le lecteur participe aux cours que donne Azar Nafisi, mais la lecture et l’interprétation des romans permettent en fait aux étudiantes (plus qu’aux étudiants mâles favorisés par le régime) de se réfléchir, de se projeter, de se situer, de comprendre par exemple leur vie sacrifiée à l’autel du rêve d’un guide suprême : en ce sens, elles sont toutes des « Lolita » (premier roman analysé au cours)… Fitzgerald, James, Austen, Conrad suivent : l’interprétation de leur œuvre structure les grandes parties du livre et problématise d’autres pans de l’existence sacrifiée des étudiantes qu’elles n’ont même pas le droit de formuler dans la vie de tous les jours : idéaux, sexualité… Alors, romans et vie quotidienne se superposent ; le monde imaginaire du roman permet de concevoir d’autres possibles… La littérature (peut) sauve(r) de l’aliénation, la langue du roman étant à l’antipode de celle des idéologies, simpliste et mécanique…

Lire Lolita à Téhéran, est une chronique de la République islamique vécue de l’intérieur ; une chronique écrite comme un roman : avec tous ses personnages complexes, contradictoires, jamais monoblocs. Les islamistes sont islamistes en des dosages chaque fois particuliers, plutôt intransigeants et castrateurs certes, mais parfois développant des formes de tolérance… Azar Nafisi a appliqué à cette chronique autobiographique émouvante les principes du roman, qu’elle enseigne par ailleurs et applique dans ses commentaires de textes… Mises en abime. On tourne des pages de l’histoire mais dans l’empathie pour ses acteurs qui intimement doutent toujours de ce qui se passe autour d’eux et essaient de comprendre… Excellente manière pour un lecteur d’approcher l’actualité, l’histoire d’une culture, un peuple qui se révèle ainsi ami… Avènement de Khomeyni, guerre Iran/Irak, bombardements, gardiens de la Révolution, mort de Khomeyni ; j’ai suivi cela à la télévision, au mieux dans les journaux mais ici, on fraternise (en 468 pages) avec une universitaire frémissante et idéaliste, rentrée en Iran après la chute du Chah (qu’elle espérait depuis les États-Unis où elle étudiait), puis rapidement déçue avant d’être horrifiée par les diktats du pouvoir politico-religieux. Pourtant la mort de l’Ayatollah Khomeyni ne la laisse pas indifférente : des sentiments contradictoires l’habitent… Les bombardements, les maisons éventrées sont décrites dans leur horreur chaotique. Très suggestif pour un lecteur occidental qui peut ainsi approcher avec empathie cette complexité historique que la chronique/roman vraie met en forme…

Comment célébrer justement un ami en quelques lignes ? Car le roman devient un ami…

Un dernier extrait sur la longue robe noire et le voile :

« Il m’arrivait de rentrer mes mains sous les manches presque inconsciemment et de toucher mes jambes ou mon ventre. Est-ce qu’ils existent ? Et moi, est-ce que j’existe ? Ce ventre existe-t-il ? Cette jambe ? Ces mains ? Malheureusement les gardiens de la révolution et de l’ordre moral ne voyaient pas le monde avec les mêmes yeux que moi. Ils voyaient des mains, un visage, du rouge à lèvres rose. Ils voyaient des mèches de cheveux et des chaussettes contraires au règlement là où il n’y avait pour moi qu’un être éthéré qui descendait la rue sans faire de bruit. C’était l’époque où je me répétais, et répétais à qui voulait l’entendre, que les gens comme moi étaient devenus inadéquats. » (p236)

Hugues Robaye (MaYaK Autour du Feu organisent un mois iranien à Tournai/Lille en mai 2014)

Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran, 10/18

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La grâce éternelle de l’intraordinaire : « Comme tous les après-midi » de ZOYÂ PIRZÂD

25052013

La grâce éternelle de l'intraordinaire :

« Depuis trois millénaires, le tapis est l’expression la plus raffinée de l’art persan. » écrit Serge Michel dans son éclairant, Marche sur mes yeux : Portrait de l’Iran aujourd’hui.

En savourant les si gracieuses nouvelles du recueil de Zoyâ Pirzâd, Comme tous les après-midi, je me disais que tous les motifs de ces courtes histoires, d’une simplicité et sobriété autant exemplaires que belles s’entremêlaient pour former un tissu précieux, « symbiose de l’art mystique et de l’art de vivre », comme ajoute Serge Michel. Une mystique ? Celle alors du temps qui est comme un enfant qui joue au tric-trac,  le temps de l’ « intraordinaire », du temps éternel qui naît de cette lenteur des journées simples, à la maison, près du jardin, dans les rues, avec un enfant…

Dans un entretien, Zoyâ avance sous forme de boutade que les femmes sont plus intéressantes que les hommes… Les nouvelles de Comme tous les après-midi partent en tout cas de la conscience d’une femme qui s’abandonne au temps de la journée, quand elle se retrouve seule après le départ du mari, des enfants. Pas de féminisme ici ou une forme révolutionnaire, un renversement à 180 degrés : la femme libérée du travail rémunéré est dans une densité de présence que l’homme au travail n’atteint jamais (et une seule nouvelle met en contraste et en scène un homme passé heureusement à la retraite et qui découvre une autre vie).

Alors de quoi est fait ce tissage intraordinaire des jours ? Maison et rue, solitude des gestes simples, fenêtre, observation, rêves, acceptation malicieuse, mari, enfants, cuisine, lenteur, famille proche et éloignée, économie (lois de la maison), entraide, gestes entraperçus, souvenirs, générations, joies simples, répétition nécessaire de gestes, tâches de la journée, vie suspendue à un fil modeste et nécessaire, croisement de motifs, d’expériences, hasards, délicatesse du simple, du ténu, du léger, du grave, de l’éternel, du lent ; grâce, poésie, bienveillance, douceur, émotion, jardin, arbre, vent, enfant, couleurs ; plaisirs ténus tissés en motifs à l’intérieur d’une courte histoire ou d’une histoire à l’autre. J’énumère simplement car la phrase et la langue de Zoyâ Pirzâd atteignent un tel degré de sobriété et grâce poétique que les événements minimes des jours ressortent avec vivacité et s’assemblent spontanément…

Hugues Robaye

Zoyâ Pirzâd, Comme tous les après-midi, LdP, 5 euros.

Serge Michel et Paolo Woods (photos), Marche sur mes yeux : Portrait de l’Iran aujourd’hui, Grasset, 22 euros.

Mois iranien à Tournai mai/juin 2014.




Actualité d’Aïtmatov

24042013

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C’est Hugues et Ludmila Krasnova qui m’ont fait découvrir l’écrivain kirghize, mais avant tout soviétique, Tchinguiz Aïtmatov. Les romans d’Aïtmatov peuvent paraître aujourd’hui passés, comme on dit d’une étoffe qu’elle est passée, par le ton humaniste, parfois enflé, qu’ils adoptent en plus d’un endroit. Mais ce n’est pas cet aspect-là, même si je le respecte profondément, qui m’attire aujourd’hui chez lui. Non, ce qui m’attire intensément, c’est ceci. Aïtmatov excelle à mettre en résonance l’homme et la nature. Davantage encore, dans plusieurs de ses romans, et des plus grands, Aïtmatov met en résonance, avec un très grand talent, le destin d’êtres humains et le destin d’animaux. Ainsi il y a, aux toutes premières pages des Rêves de la louve, cette  scène extraordinaire, une des plus saisissantes que j’ai lues dans un roman, de la rencontre dans la steppe désertique entre la louve Akbara, qui protège ses petits, et un homme, dont on ignore encore le nom et pourquoi il erre à pied en cet endroit, qui, terrifié, « en perd momentanément la raison » et demeure prostré, ce qui empêche au dernier moment  la louve  de le saisir à la gorge.

Peut-être est-ce les études que suivit d’abord Aïtmatov, dans la section élevage d’un institut agronomique, qui ont favorisé chez lui cette faculté de parler des animaux, ou même de les laisser parler dans leur langage non verbal.

Peut-être alors  l’actualité d’Aïtmatov tient-elle en ceci. Si l’homme occidental, celui que René Descartes engageait à être maître et possesseur de la nature, rencontre désormais ses limites, en un épuisement de cette nature et jusqu’en un épuisement de son essence d’homme, peut-être alors convient-il aussi de changer notre vision et notre appréhension  de ces êtres qui pour Descartes n’étaient que des machines en mouvement, et pour beaucoup aujourd’hui de simples stocks de viande, mais représentent sans doute une part majeure  de notre humanité même.

A lire: Adieu Goulsary ( qui met en scène le cheval, compagnon d’une vie, d’un berger, récemment réédité aux Editions du Rocher), Il fut un blanc navire (où il y a une déchéance  à tuer pour sa viande un animal sacré, Editions Phébus ), Une journée plus longue qu’un siècle ( dont l’un des personnages est un chameau indomptable), Les rêves de la louve. Ces deux derniers livres sont épuisés, très recherchés en occasion, mais disponibles en bibliothèque publique, en tout cas à Bruxelles.

Xavier Vanandruel




Eugène Gaspard Marin

25032013

Eugène Gaspard Marin dans Afrique numeriser0006-1-95x150

Après quelques recherches à la commune de Boitsfort, mon ami Dirk Dumon et moi avons réussi à localiser la maison où s’était installée, en 1906, une colonie anarchiste (voir sur ce blog le billet du 27-10-2009 intitulé L’Expérience). A mon étonnement, cette colonie se situait dans ma propre rue à quatre maisons de la mienne ; pourtant, aucun habitant récent du lieu n’en avait entendu parler. La dernière personne à quitter la maison, après la dissolution de la colonie en 1908, fut l’anthropologue Eugène Gaspard Marin. Il partit pour l’Angleterre  au déclenchement de la première guerre mondiale et s’installa dans une autre colonie anarchiste, d’inspiration tolstoïenne, Whiteway, qui existe encore aujourd’hui. De 1928 à 1938, il fit seul un grand voyage, en partie à bicyclette, qui le conduisit en Égypte, en Ethiopie puis en Inde et en Birmanie (où il rencontra Gandhi et Tagore), en Chine et au Japon. Jusqu’à la fin de sa vie en 1969 il poursuivit la tâche de répertorier les savoirs pratiques (objets techniques, coutumes, idées vivifiantes) des différentes cultures du monde, cherchant à travers leur diversité une unité de sens. Ses archives sont conservées à Londres au British Museum. Il a fait l’objet d’un mémoire universitaire en Belgique (de Jacques Gillen, qui y étudie aussi la colonie L’Expérience); d’une thèse en anthropologie de la franco-canadienne Sara Pimpaneau; et d’une étude de Richard Pankhurst, directeur de l’Institut d’études éthiopiennes à Addis Abeba.

Des anarchistes comme Marin me semblent présenter un intérêt renouvelé aujourd’hui. Sa conception anthropologique est en effet fondée sur une nature humaine, partie de la nature entière, dont les objets techniques ne valent que comme les prolongements (à la différence de l’homme producteur du marxisme et aussi bien, sous cet aspect, du libéralisme, qui tous deux le voient appelé à dominer et exploiter une nature extérieure – avec le résultat aujourd’hui que celle-ci, tout comme l’humanité de l’homme, est près d’être épuisée). Pour Marin, toutes les cultures du monde présentent un égal intérêt: toutes sont des projections diverses d’une essence humaine unique, qui fait de tous les hommes des frères.

 

Le journal qu’Eugène Gaspard Marin tenait de sa vie à la colonie devrait bientôt être édité sous la supervision de Jacques Gillen.

Dirk est un peu désappointé: le matériel visuel qu’il semble possible de rassembler est trop restreint pour envisager le tournage d’un documentaire. Du moins pouvons-nous songer à consacrer à cette figure généreuse un article dans le prochain MaYaK.

Xavier Vanandruel




En hommage à David Herbert Lawrence, Librairie Quartiers Latins, le samedi 23 mars, à 15h

16032013

En hommage à David Herbert Lawrence, Librairie Quartiers Latins, le samedi 23 mars, à 15h dans David Herbert Lawrence lawrence-1-72-blog-264x300 David Herbert Lawrence, 2 oeuvres techniques mixtes par Nathalie de Vooght

Je participerai samedi prochain à une table-ronde à la Librairie Quartiers Latins, place des Martyrs, à 1000 Bruxelles. Autour de l’œuvre-vie de DH Lawrence.

C’est pour moi comme une nécessité intérieure de témoigner au sujet de mon Grand Frère, de mon Ami Intime… Les mots de Lawrence continuent à circuler dans mon sang ! À me nourrir, à me donner de l’énergie. Ça marche, j’ai essayé…

Sa recherche inlassable d’une « aristocratie du soleil », d’un humain qui reconnaîtrait sa force spécifique et la ferait rayonner, sans jalousie, pour les autres et pour lui… Pour le monde, surtout. Infatigable voyageur, toujours sur le départ, constamment perméable au monde : Lawrence. Chercheur : poète, romancier, nouvelliste, essayiste, épistolier, chanteur, bâtisseur, ébéniste, botaniste, marcheur…

Merci David Herbert d’avoir survécu 45 ans, tuberculeux, dans un monde qui voulait par tous les moyens étouffer ton vitalisme…

Hugues Robaye

Pour tout renseignement : www.cfc-editions.be

lawrence-et-construction-72-300x217 dans Quartiers Latins




Venez vivre le printemps mayaque (le 21 mars, 20h05, Maison du Livre, rue de Rome, Saint-Gilles, Bruxelles)

16032013

Venez vivre le printemps mayaque (le 21 mars, 20h05, Maison du Livre, rue de Rome, Saint-Gilles, Bruxelles) dans Afrique arriere-pays_72-300x230 Siège mayaque par Muriel Logist

Rencontres autour du MaYaK 6 et du MaYaK7 en préparation
« Dons, gratuités, échanges » ainsi que des projets en cours, et il y en a…

mais nous serons brefs et rythmés !

MaYaK est la revue livre annuelle de GE !, l’association Groupe Esthéthique !

Son projet ?

Rassembler des savoirs en général cloisonnés : arts, sciences, sciences humaines, artisanats, travail social, travail de la terre… ; travailler la communication de ces savoirs ; varier les formes d’expression : essai, fiction, poésie, entretien.
Et fournir des témoignages d’expériences vécues… Tout cela à travers un travail d’édition (Phare Papier – 12 titres), des expos, un label de musique (Muzifar records), de film (télémayaque), un blog et un département burkinabè (Burkimayak).

Intervenants :
Gaëlle Faïk (Belgique-Congo), psychologue et musicothérapeute ;
Isaia Iannaccone (Italie), chimiste, sinologue et romancier ;
Jean-Claude Kangomba (Congo), écrivain et historien des Afriques ;
Sébastien Verleene (France), architecte ;
Xavier Vanandruel (Belgique), mathématicien, philosophe et écrivain (qui présentera son récit de voyage en Arménie, dernière publication de Phare Papier).

Images :
projection de Villages en savane, court-métrage réalisé en février dernier au Burkina Faso, avec douze élèves d’une école secondaire et l’association ouagalaise « Caméra & co ».

Musiques :
avec le chanteur Madi Niekiema (Burkina Faso), le percussionniste Niambé Hervé Badiel (Burkina Faso),  le joueur de duduk, Benoît Dassy (Belgique). Et un extrait de Room music, le CD accompagnant le MaYaK6, dans son nouvel arrangement pour quatuor.

Lectures :
par Vincent Radermecker, Conservatoire de Bruxelles.

Et le bar…

Renseignements complémentaires:
sur Facebook : « hugues chef mayaque »

dominos-armeniens-72-300x225 dans Arménie salutations-aux-anciens-72-300x220 dans Arne Van Dongen

equilibriste-72-300x201 dans autoconstructionDominos arméniens, salutations aux Anciens, équilibres planétaires et mayaques… Xavier Vanandruel, Ramata Nafissatou Ouédraogo, Nathalie de Vooght




Les doubles de Pessoa

19012013

Les doubles de Pessoa dans Fernando Pessoa fernandopessoa-97x150

Il y a ceux qui, à un moment, se déterminent, font le choix d’une certaine présence au monde: par exemple, l’ange dans Les ailes du désir de Wim Wenders. Et puis il y a ceux qui, au contraire, sur ce monde veulent multiplier les points de vue, comme si aucune forme de présence ne pouvait les contenir. Fernando Pessoa explique:

Je me suis multiplié pour me sentir,

Pour me sentir j’ai eu besoin de tout sentir

J’ai débordé, je n’ai rien fait que m’extravaser,

Je me suis déshabillé, je me suis donné,

Et il se trouve en chaque coin de mon âme un autel pour un dieu différent.

Miroirs de Fernando Pessoa, de Paul Emond, d’après les textes de l’écrivain portugais, est une pièce magnifiquement mise en scène et interprétée par le «Théâtre du Sygne» : plusieurs comédiens, soutenus par un musicien, incarnent les doubles de Pessoa.

Jusqu’au 9-02 au Théâtre de la place des Martyrs à Bruxelles.

Xavier Vanandruel







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