Avec Maître Titinga Pacere : Pour la formation de l’homme. Entretiens burkimayaques 3

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Avec Maître Titinga Pacere : Pour la formation de l'homme. Entretiens burkimayaques 3 dans Afrique Pacere-30-1-7blog-150x112

Le 30 janvier 2012, un lundi, Laetitia Kiemtoré, Ramata Nafissatou Ouédraogo et moi avions un entretien avec Maître Titinga Pacere, premier avocat du Burkina Faso, Ministre des Coutumes à la Cour de Manéga, ancien bâtonnier, écrivain prolifique (plus de cinquante ouvrages), défenseur et conservateurs des cultures africaines. Ses distinctions honorifiques seraient longues à énumérer. Il est aussi le fondateur de ce « Musée des traditions » à Manéga que nous venions de visiter avant d’avoir la chance de le rencontrer sous un « hangar » de bois et de paille, en pleine nature… Respect des cultures vernaculaires et échanges entre les cultures pour imaginer ensemble un monde plus équilibré : deux pôles de sa réflexion humaniste et cosmique… Un regard sur les dérives du Nord trop souvent méprisant…

HR

fichier pdf Entretiens burkimayaques 3 Pacere

Entretiens burkimayaques 3 : Titinga Pacere




Avec Bougadar Koné et Abdramane Sow : « Yiriwa » : appuis conseils en écotourisme. Entretiens burkimayaques 2

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Avec Bougadar Koné et Abdramane Sow : de g à d, Abdramane, Ramata et Bougadar

Le 7 janvier 2012, Ramata Nafissatou Ouédraogo et moi rencontrions deux membres de l’association burkinabè d’écotourisme, « Yiriwa » : le président, Bougadar Koné, et le trésorier, Abdramane Sow. Nous avions rendez-vous au « Café des pros » du village du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO).

Il n’y a pas de structures « écotouristiques » au Burkina Faso. Des initiatives ci et là, qui parfois se raccrochent à cette appellation à la mode mais sans rigueur d’action. La petite association « Yiriwa » fait figure de pionnière. Son travail consiste à étudier des milieux naturels habités susceptibles d’accueillir des voyageurs. De recueillir de l’information. D’encourager des initiatives qui viendraient des villageois, de les aider à s’organiser notamment dans leurs rapports avec les autorités.

Pour ces deux animateurs, le phénomène de l’écotourisme est un questionnement. Ils réfutent en tout cas la vision romantique du tourisme que cette appellation pourrait charrier. Et leur action, entre sciences humaines et écologie part toujours, justement, de préoccupations écologiques de sauvegarde et de gestion de milieux naturels.

HR

fichier pdf Entretiens burkimayaques 2 Yiriwa

Entretiens burkimayaques 2 : Yiriwa (1)

Entretiens burkimayaques 2 : Yiriwa (2)




Avec Bernard Lédéa Ouédraogo, vaincre la faim au Yatenga: tradition, astuce, invention. Entretiens burkimayaques 1

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Avec Bernard Lédéa Ouédraogo, vaincre la faim au Yatenga: tradition, astuce, invention. Entretiens burkimayaques 1 dans Afrique Bernard-L%C3%A9d%C3%A9a-ret-blog-150x112

Nous le disions plus bas, nous avons eu la chance de rencontrer ce grand sociologue, le 3 février 2012, aux Groupements Naam.

Voici le pdf de l’entretien, ainsi qu’un lien vers l’enregistrement…

fichier pdf Entretiens burkimayaques 1 BL Ouédraogo

Entretien avec BL Ouédraogo 1

Entretien avec BL Ouédraogo 2

 




Rayonnement endogène (bis, voire Ter(re)…)

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Rayonnement endogène (bis, voire Ter(re)...) dans Aminata Traore P1230026-ret-fb-150x106 P2060127-ret2-fb-150x110 dans architecture/urbanisme Raoul Soma, Mady Sankara, Laetitia Kiemtoré et sa mère

P1210003-fb-150x112 dans Bomavé Konaté P1190009-recad-fb-150x110 dans Burkina Faso Victor Démé, Séri Youlou et Thomas Zida

Boromo-18-1-8-ret-103x150 dans economie roommusic-150x74 dans Muriel Logist Bomavé Konaté et la pochette du cd qui accompagne le MaYaK6, œuvre de Muriel Logist

Laurence-et-le-Burkina-FB-et-blog-150x104 dans Patrick Armand Pognon Bendogo, Laurence Warnier

Je viens de terminer le texte qui figurera sous le dessin de Laurence Warnier, en dernière page du MaYaK6 qui se pointe à l’horizon. Enfin ! Il y a du retard… Est-ce grave ? Un numéro de MaYaK, pour moi, est une chose organique qui se métamorphose au cours du temps. Toutes ces matières mots et images s’associent et les significations de ces proximités un peu hasardeuses viennent avec le temps. Comme si l’intuition devait mûrir.

Publier, c’est arrêter un moment un processus intuitif, celui de la composition mouvante. Mais aussi en commencer un autre, un autre moment/mouvement, celui de la réception par le public qui va faire d’autres associations. Je crois que nous vivons MaYaK ainsi, nous qui le faisons et y sommes tout ce temps… Je ne sais pas si c’est compréhensible ce que je raconte. Enfin, cette dernière page évoque ce voyage au Burkina que j’ai fait en janvier février passé. Encore ! Voyage déterminant en ce sens que j’ai envie de rester dans ce Burkina que nous avons composé, tous les gens que j’ai rencontrés, tous les auteurs que j’ai lus et moi…

Dans son petit chantier ensoleillé de Banfora, l’ébéniste Raoul Soma m’a montré un ouvrier sous l’ombre d’un manguier, occupé à sculpter avec un maillet des plus primitifs (un simple pieu) et un ciseau à bois l’accoudoir d’un futur fauteuil de salon. Le grand sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo nous (avec Ramata Nafissatou Ouédraogo) a parlé des écoles rurales d’antan, une réponse didactique adaptée à l’économie agraire du pays, où le paysan était respecté dans sa langue et dans son amour de la terre. Il nous a parlé des Groupements qu’il a mis sur pied progressivement et de toutes les productions inventives que ses encourageants animateurs de village avaient suscitées. « Nos femmes ont inventé le couscous de pomme de terre ! Savez-vous tout ce qu’elles tirent du fruit du nime? » (Eh bien, je ne pouvais même pas l’imaginer…). La jeune diplômée en tourisme Pingdwende Kaboré veut promouvoir la cuisine traditionnelle burkinabè et la construction en banco (terre crue), des formes de tourisme où le voyageur peut sentir l’habitat traditionnel des ethnies du Burkina. Le nutritionniste Barthélémy Kaboré construit une ferme pédagogique pour sensibiliser les petits Ouagalais au terreau rural. Nous avons rencontré le « coach à l’africaine » Patrick Armand Pognon qui développe à travers l’Afrique un réseau d’ambassadeurs du développement pour promouvoir des projets no budget basés sur l’entraide de cette toile. Le musicien Ousmane Dembélé veut construire une école de musique pour conserver les anciennes musiques que seuls les maîtres en voie de disparition habitent encore vraiment. Le chanteur Victor Démé me demandait ce que sa génération trop souvent coupée de ses racines va léguer aux enfants et petits enfants et chante à cela et irrigue son auditoire. L’économiste Aminata Ouoba nous disait que son boulot à la banque ne lui plaisait pas tant que ça mais, ses jus naturels, ses savons, ses tenues traditionnelles ; ah, s’y remettre avec sa petite équipe de femmes ! Le jeune hôtelier Wendyamb Zongo de Banfora me racontait ses projets au service des voyageurs de passage : faire un petit restaurant dans cette jolie cour, avec des kiosques en paille (« Annexe Jackson », chambres avec ventilo). Le grand avocat Titinga Pacere me parlait des Indignés du Nord et du calme de la vie africaine recherché par les Occidentaux. L’instituteur Mady Sankara me montrait les produits naturels qu’il commercialise et des photos des bâtiments de son association où s’établira bientôt une crèche. La professeur de didactique, Laetitia Kiemtoré me parlait de l’action de son association encourageant le développement, en support aux petites associations villageoises. Le chef de chantier Thomas Zida me disait combien le projet de la Voûte Nubienne permettait au paysan burkinabè de construire sainement et à peu de frais ; et son cofondateur Séri Youlou me racontait les origines de cette belle aventure… « Puissance est plus importante que magie » nous disait le sculpteur de masques Bomavé Konaté, à Boromo. Le sociologue Abdramane Sow nous racontait comment on fait des enquêtes sur les ressources des villages, permettant à son association d’écotourisme de « développer sans abîmer », selon les mots de son grand collègue, Bernard Lédéa Ouédraogo.  Etc., etc.

Qu’elles fassent, pensent, créent, toutes ces personnes m’ont émerveillé par ce rayonnement en elles, communicatif, transformateur, créateur de société… Rayonnement endogène… MaYaK, Observatoire des Rayonnements Endogènes…

C’est bien pour cela que j’ai eu envie de remplacer le mot « développement » par le mot « rayonnement ». Comme si tout était déjà présent. Et simplement à valoriser comme le font Aminata Traoré qui parle de « modernité africaine » ou Joseph Ki-Zerbo qui disait « postmodernité africaine », évoquant cette économie sociale pas spécialement industrielle qu’il sentait revenir en force dans les pays du Nord et qu’il savait encore en puissance et en acte dans les pays du Sud. Laissons donc ces forces du Sud nous aider…

Un Nègre blanc, cousin trop éloigné des des « Blancs-Noirs » (Bernard Lédéa Ouédraogo).




« Ubuntu »: une Afrique, et un monde, postmodernes. Joseph Ki-Zerbo

30042012

À la fondation Ki-Zerbo, Ramata Nafissatou Ouédraogo, 13 janvier 2012.

« Ubuntu, c’est le collectif humain solidaire. »

Ce sont les premiers mots de la conférence de Joseph Ki-Zerbo, à Genève, en avril 2003. Elle est éditée dans Repères pour l’Afrique.

En note de bas de page : « Ubuntu dans la langue zoulou signifie : « sans l’autre je n’existe pas, sans l’autre, je ne suis rien ; ensemble, nous ne faisons qu’un. » »  Beaucoup pour un seul mot !

Joseph Ki-Zerbo est un grand historien burkinabè, né à Toma en 1923. Il a dirigé une monumentale histoire de l’Afrique où les Africains écrivaient enfin eux-mêmes leur histoire…

Il reste encore énormément de textes inédits de cet historien.

Historien oui, mais pas dans un sens limitatif, dirais-je. Joseph Ki-Zerbo a mis sa vie et son savoir au service d’une conception du « développement ». C’est un chercheur engagé, faisant le pont entre théorie et terrain. Entre passé et présent, aussi. Toujours au cœur de la recherche-action.

Il dirige, par exemple, un très intéressant volume intitulé La natte des autres, qui collecte des contributions relatives à des recherches très concrètes dans le domaine du développement endogène et les associe à des analyses plus réflexives sur les principes du développement.

Endogène ? La formule célèbre de Ki-Zerbo, c’est : « Pas développer, se développer. » Que l’amélioration de la société parte d’elle-même et des ressources qu’on y trouve, que ces ressources soient matérielles ou d’ordre « spirituel », culturel. Une amélioration qui ne vienne pas d’apports extérieurs dont on finit par être dépendants. Bref : ne pas se coucher sur la natte de l’autre !

Dans sa conférence, Joseph Ki-Zerbo fait d’Ubuntu le concept opératoire d’une économie sociale postmoderne qui bat en brèche le capitalisme, les diktats du FMI, le modèle consumériste, etc.

Il montre que dans les cultures africaines se trouvent depuis toujours les ferments d’une autre société, que nos Indignés du Nord veulent réactiver aujourd’hui. Sens du social, de l’ « échange de services », solidarité, économie du don (« soucieuse davantage de liens sociaux que de biens matériels »), proximité (le voisin ou l’ami qui en Afrique est de la famille et peut se substituer à elle, en cas de deuil par exemple), médiation des proches, débat constructif (la palabre ritualisée)… Pas de division du travail : « les métiers et catégories sociales étaient constamment associées » ; prise en charge du plus faible par la communauté (ce qui fait que la fameuse « option de l’État minimal était déjà option africaine précoloniale »…).

À avoir parcouru un peu le Burkina, ce pays d’agriculture extensive et d’artisans, où les gens font beaucoup de leurs mains, où le maçon est aussi menuisier et, à l’occasion, fabrique des instruments de musique, je comprends plutôt bien la question de Ki-Zerbo : « L’industrialisation est-elle sous une forme ou une autre un passage obligé ? ». Et je me dis que nos recherches d’autonomie, d’autodétermination, ici au Nord, vont bien dans ce sens là… Il ajoute (et il me rappelle les mots d’Aminata Traoré) : « L’Afrique est déjà postmoderne, postéconomique. » (C’est moi qui souligne.)

Une des forces de l’historien : partir des traditions pour penser et construire un avenir.

Ce genre de programme, je le voyais réalisé au Yatenga par l’ami de Ki-Zerbo, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, entouré de tout son réseau d’animateurs de villages.

« Faut-il laisser mourir ces usages pour tenter d’en recréer des équivalents plus tard dans un siècle ? » interroge Ki-Zerbo (et nous en sommes là dans nos pays riches, écologistes, permaculteurs, simples volontaires…).

« Toute nation, toute personne consciente doit s’associer à la recherche d’un projet global qui marie les acquis de la conscience, patrimoine commun de l’humanité, avec la convivialité vis-à-vis de la nature, préhistoire de l’homme, et vis-à-vis des autres humains, dépassement et accomplissement de l’homme. »

« L’Afrique solidaire n’est pas en retard […] Il nous appartient de célébrer la solidarité comme mémoire et comme projet. »

« Renforcer les capacités de chaque culture et la mettre en état de procréation dynamique. »

« Ubuntu », une image directrice pour penser une société. Un passé revisité constamment. Appliqué aux conditions du présent et tourné vers l’avenir.

Dans un entretien, Joseph Ki-Zerbo en appelle à des « intellectuels organiques ». On comprend que c’en était un…

Il nous a quittés en 2006.

Hugues Robaye

Ki-Zerbo-016-ret-blog-150x114 dans Aminata Traore Dans la jungle postmoderne

Joseph Ki-Zerbo, Repères pour l’Afrique, Dakar Fann, Panafrika, 2007. Et Regards sur la société africaine, 2008.

(Dir JKZ), La natte des autres : Pour un développement endogène en Afrique, Dakar, CODESRIA, 1992.

À quand l’Afrique ? : Entretien avec René Hollenstein, Paris, Aube (poche essai), 2004.




Tradition, astuce, invention, Bernard Lédéa Ouédraogo

26032012

Tradition, astuce, invention, Bernard Lédéa Ouédraogo dans Amidou Ganamé BLO-blog-150x112 Naam-3-2-1-ret-blog1-150x106 dans Bernard Lédéa Ouédraogo P2030007-ret-blog1-107x150 dans Burkina Faso

On m’avait dit : « Au Yatenga, c’est presque un dieu. »

Mais qu’il était très malade. Que je ne le rencontrerais sans doute pas, malheureusement.

Et, arrivé là, à Ouaghiouya (Burkina Faso), Amidou Ganamé, secrétaire général des Groupements Naam (« puissance », en mooré), m’avait annoncé en souriant : « J’ai parlé au président, il vous verra demain. »

On ne connaît pas ces personnes, chez nous, au Nord, ou peu. De mon côté, j’avais lu, pour préparer mon voyage au Burkina, cette thèse de Bernard Lédéa Ouédraogo, sur les subtiles associations traditionnelles dans les villages burkinabè, liées au travail du sol, extensif bien sûr. Il y étudie comment l’entraide et le don régissaient l’organisation de la semaison, de la culture et de la récolte. Des associations de jeunes, de femmes, d’hommes où chacun tient un rôle précis, parfois teinté d’humour, et dont les actions s’entrecroisent, complémentaires et débordent largement les pratiques agricoles. « Chez nous, le paysan, c’est tout. » disait-il dans notre entretien… Un agriculteur, un artisan, un bâtisseur, un artiste parfois…

Il avait vécu cela dans son enfance, puis étudié, en sociologue formé au Nord ; puis écrit une thèse limpide, rafraîchissante et passionnante (à L’Harmattan).

Et surtout mis cela en pratique sur le plateau Mossi aride où la famine guette chaque année…

Et il a vaincu la famine… Par cette  « astuce », comme il dit malicieusement, qu’il a trouvée : partir des aspirations des paysans, de leurs subtiles traditions d’associations multiples et introduire de nouvelles idées sur ce terreau … « Développer sans abîmer ». Et tout cela avec une ténacité étonnante.

Ces chiffres datent plus ou moins de l’an 2000, mais on comptait alors six mille quatre cent quatre vingt groupes et trois cent mille adhérents sur l’ensemble du Burkina Faso dont une moitié de groupements de femmes.

Une belle dynamique entre le lettré et le paysan au service d’une vision du monde où les traditions sont en dialogue avec le présent et l’invention.

Nous sommes le 6 février 2012, nous avons rendez-vous à 8 heures du matin dans le bureau du Président qui est en réunion depuis une heure. Il a 82 ans et vient de sortir de l’hôpital. Nous sommes à la direction générale des Groupements Naam, un grand complexe de pavillons : administration, radio, salles de conférence, réunions et cours, logements…

Aux différentes entrées, des panneaux d’interdiction d’accès : en leur centre, le mot « faim ».

Chapeau bas, Monsieur Bernard Lédéa.

Hugues Robaye

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Savon de karité, fours solaires, bancs pour étudier le rayonnement endogène: productions des Groupements Naam







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