Isaia Iannaccone: « L’ami de Galilée »

11102010

Chimiste et sinologue, ce profil d’écrivain ne pouvait qu’attirer MaYaK. 

En médecine chinoise traditionnelle, la lecture – une alchimie –  est une nourriture : un flux perceptif qui pénètre le corps (comme l’eau et le boudin par exemples) ; une énergie stimulante, peut-être plus subtile que le boudin, il est vrai (mais tout dépend de la lecture, après tout…). Donc, un chimiste sinologue qui écrit des romans historiques. Une histoire vraie : celle d’un médecin allemand, dans la Rome du 17e. Un ami de Galilée, un médecin qui pense que la Terre n’est pas au centre de l’univers, qui pratique la dissection sur corps humains ; redoute les bûchers de l’Inquisition et décide alors de partir pour la Chine, en s’engageant dans la Compagnie de Jésus (les Jésuites), sans grande conviction, mais avec loyauté.  Mais en fait, Schreck ou « Terrentius »,le nom de ce savant, autant botaniste que médecin, « pluridisciplinaire » dirait-on aujourd’hui, « à la tête bien faite » aurait dit alors Montaigne, souhaite surtout étudier la médecine chinoise… 

Isaia Iannaccone, chimiste et sinologue napolitain a écrit ce « roman historique » qui raconte le voyage en Chine de Terrentius.  L’ami de GaliléeEn lisant, je me demandais comment cet écrivain, aussi scientifique, avait résolu ses problèmes de conscience : concilier une recherche très pointue (sans être le moins pédante) sur le paysage scientifico-religieux de l’époque (la curiosité et les controverses scientifiques ; les réactions violentes de l’Église romaine), accorder cela avec la narration. Avec le plaisir de la narration, de l’invention de personnages et de situations, avec le plaisir de la composition… Invention, car peu de sources historiques. Comment donner chair aux mots ? Il faut se mettre à la place de Schreck, après une longue étude.

Et le résultat est étonnant car, comme vous le fera goûter par la voix Sylvie Cuvelier (du Conservatoire de Bruxelles (Belgique)), le texte est très sensible, dans l’empathie avec la personnalité exceptionnelle de ce savant allemand. Savant certes, mais surtout homme qui s’interroge sur sa place dans l’univers.  Comme vous et moi, non ?  Une lecture nourrit, oui, et transforme…Isaia Iannaccone, L’ami de Galilée, 2006, en LDP Hugues Robaye 




« Journal de l’antenne rouge » par Jacques Dapoz

25052009

Ce  »roman » va déconcerter… (Jacques Dapoz dirait peut-être qu’un roman doit déconcerter puis… reconcerter…) Ceci dit, Journal de l’antenne rouge – journal – est-ce bien un « roman » ? Plutôt l’autobiographie d’un militant pour la liberté de création  de soi, du monde, de la vie. D’un homme de radio, d’une voix des ondes courtes, d’un écrivain instantané serais-je tenté de dire.  Jacques Dapoz est en effet un écrivain thermodynamique : ses Radiologies (œuvre inclassable toujours en mutation, dont les nouvelles moutures se suivent régulièrement (la dernière vient de voir le jour)) réactualisent dans la langue un système complexe (lui ou plutôt sa pensée-poésie) en suite, en processus perpétuels de phases d’individuation : de la littérature dynamique… Journal de l’antenne rouge, roman ? Comme l’on dirait « le roman d’une vie », une histoire faite de hasards…

Le Journal de l’antenne rouge (aux belles éditions du Cerisier, en 2007) retrace, année après année (de plus en plus densément qu’on s’approche du présent), le parcours de l’auteur. Des dates, des événements du monde (politiques, économiques, mais aussi artistiques ou sociétaux), la vie d’un homme qui se fait d’échos, de rencontres ; des dialogues aux voix indéterminées où se commente la vie du siècle (comme des chœurs parlés) ; l’évocation de lectures importantes ; une demande récurrente faite au narrateur, celle de bruiter l’événement du monde qu’il vient de commenter : chaque année se compose de ces blocs de langue qui résonnent dans tout le livre.   

En le lisant, je pensais à une partition musicale. À une forme, la fugue avec variations. Fugue qui serait fuite du temps… Fugue qui détaillerait, en une série de motifs formels sujets à des variations, les relations entre un homme animé d’un idéal et l’histoire du monde qui va à l’encontre de cette exigence. 

Le traitement de la matière, de la langue, me rappelait, elle, le texte du surréaliste Paul Nougé sur la musique. La musique place en nous des harmonies, des rythmes des associations de motifs qui transforment nos tissus. La musique est transformatrice (comme les autres arts d’ailleurs) et Nougé pensait changer l’homme en faisant composer des musiques particulières. Les matières et formes (notes, antiennes, dialogues, textes narratifs) de ce journal sont stylisées, deviennent des sortes de carmine, ces formules poétiques magiques des premiers temps. L’actualité brute éclate, prend sens, devient étrange, fait penser, reçoit une tension inquiète. Nous nous souvenons de ces événements mais le narrateur, en nous les rappelant, les oriente dans le sens de son souci radical : liberté et autodétermination de la personne. Dans une langue à la poésie lapidaire pleine de courts-circuits, de rapprochements déstabilisants ; notes réalistes sur notes sur-réalistes…

Journal de l’antenne rouge, le journal d’un résistant d’aujourd’hui.

Hugues Robaye 







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