De l’arène à l’agora

14112019

cover Kouam cover pour l‘A5 avec des rabats de 10 cm sur lequel nous travaillons… Phare Papier, cover & publication en devenir proche

de l’arène à l’agora

J’ai croisé Hervé Yamguen sur les réseaux sociaux. Je lisais ses « publications » et regardais ses tableaux. Les textes : des chroniques de Douala la grande ville (où réside Hervé en artiste engagé : atelier et événements divers) et des scènes de village (où il est devenu récemment, suite à la mort de son père, un notable gardien des traditions). Ces textes : des récits teintés de réflexion : des visions de la société. Des textes politiques mais sans le revendiquer.

M’interrogeant sur la question du « littéraire », sur les manières dont il se montre dans une société, j’ai particulièrement goûté cette écriture appliquée au quotidien, au vivre-ensemble, au peuple, à son avenir. Je considérais aussi la spontanéité de la publication (rendre public), que permet le contesté facebook. Une publication sans prétention, hors milieu, jetée dans le monde.

J’écrivis à mon ami virtuel que nous pourrions faire, de ces chroniques éparses, un livre, avec textes et images. Hervé réagit promptement et m’envoya un matériau soigneusement commenté que je composai, mis en place, articulai. Nous avons publié Héroïsmes quotidiens en 2017.

Plus tard, Hervé, qui était en résidence à Berlin et vint me rendre visite en Belgique, proposa un autre projet qui partait d’une suite poétique de Kouam Tawa consacrée à la situation politique du Cameroun. Émule de HD Thoreau, je m’intéresse peu à ce qu’on appelle l’ « actualité ». Quand on connaît les causes, inutile de multiplier les exemples à l’envi, écrit plus ou moins le transcendantaliste américain pour expliquer qu’il a arrêté de lire les journaux… Certes, trop souvent peur et cupidité régissent le monde des hommes et expliquent à répétition, tristement, l’ « actualité »…

Je me mis à lire la suite poétique de Kouam, Dans l’arène, et je fus frappé, touché par cet appel au peuple. Une fraîcheur d’expression à laquelle nous ne sommes plus habitués, ici, dans les pays « riches », occidentaux, aux systèmes sophistiqués, compliqués, cloisonnés qui déterminent aussi la production littéraire.

Le dialogue avec mes amis camerounais s’avérait nécessaire pour repenser, re-sentir la sphère politique, le politique… Dialogue, échange d’expériences ! Je cherchais d’ailleurs cela depuis mon premier séjour, en 2012, au Burkina Faso où je rencontre des acteurs du « développement endogène » et agroécologique (personnes, associations, ONG locales), en ces contrées où l’agriculture familiale, le village, l’économie informelle, la production artisanale ou semi-artisanale restent la base du développement des collectivités et personnes…

J’interroge chercheurs et artistes dans ces sociétés où différentes formes de savoirs et d’autorités voisinent (scientifique/traditionnel ; étatique/civile/coutumière), où les cultures traditionnelles sont plus opérantes, participent plus à l’élaboration constante des communautés. Je récolte les témoignages de ces consciences fortes, en mouvement, en devenir, artistes et chercheurs qui affinent, aussi, leur jugement par rapport au modèle occidental, ce « consumérisme productiviste » qui ravage Nature et psychologies humaines dans nos pays dits (comme si c’était acquis) « développés ».

Ma vision politique de nos contrées s’est teintée de cette expérience du Burkina.

« Développement endogène » : la notion de Joseph Ki-Zerbo, je l’appliquais à la Belgique. Je repérais des développements endogènes : le majeur, ce fameux productivisme, lié à l’obsolescence programmée et au consumérisme, à l’industrialisation de tous les secteurs, à la technologie toujours plus avancée, à des inventions d’apprentis sorciers, directement mises sur le marché sans qu’on ne contrôlât sérieusement leurs effets potentiellement néfastes et souvent avérés tels.

Oui, il y avait ce mode de développement-là lié à notre histoire, puis toutes ces initiatives, elles aussi liées à notre histoire, à nos mentalités, qui s’écartaient de ce courant majeur et qui « réseautaient » à travers le pays. Un réseau : des foyers de développement endogène qui émettaient comme des vibrations et se complétaient, se renforçaient mutuellement ; je ressentais la nécessité de cartographier ces politiques visionnaires fragmentées : petites fermes bio, artisans, collectifs citoyens, groupes de simplicité volontaire, magasin de proximité et circuits courts, réseaux (sociaux) de potagers collectifs, adeptes de la géographie humaine, permaculteurs, écrivains enracinés et universels, écomusées, citoyens à projets imaginatifs, coopératives, ceintures alimentaires, villes en transition, etc. Chacun de ces foyers rayonnait à sa façon et donnait le (un) ton au politique, le réinventait, le faisait re-sentir…

Donner le ton : je pensais aussi aux musiciens et à l’énergie dont ils nourrissaient leurs publics ; et il n’y avait pas de frontières : Newen Afrobeat prolongeait au Chili la tentative de Fela Kuti en Afrique. Sur cette place de Santiago, ils sautaient comme des ressorts tout en jouant avec une énergie transformatrice qu’ils diffusaient aux auditeurs spectateurs : occuper d’une certaine façon l’espace-temps : c’était politique, comme le genre de perception, de présence affinée au monde, auxquelles nous engageait tout artiste authentique. La musique nous mettait en condition particulière pour aborder le monde partagé. Me revenait à l’esprit la force opérante, stimulante des tableaux de Hervé, de ses chroniques et de la poésie de Kouam.

Nos développements endogènes, donc, avec en toile de fond, le fantôme de l’ « état providence », ce modèle politique apparu dans nos pays riches ; un état mère qui veille et soigne et est attentif ; un « état providence » de plus en plus éreinté, mais qui continuait à assurer aux citoyens un certain confort de vie, même si, disait-on, le pire était à venir…

Et nos utopies des années 60 : la « société des loisirs » qui ne manquerait d’arriver grâce à la technologie qui allait rendre le travail inutile et permettre aux habitants de devenir plus humains, de se cultiver, l’abondance atteinte. Nous n’en parlions plus de cette société des loisirs. Constituait-elle une trop grande menace pour les privilégiés qui maintenaient les masses dans l’asservissement ? Là, je repensais à la réflexion de Thomas Sankara qui fédérait les masses du sud à celles du nord, écharpées, au fond, par les mêmes vautours ; ce qui rendait le dialogue sud/nord encore plus nécessaire : quels moyens allions-nous inventer ensemble pour sortir de l’impasse consumériste que René Dumont décrivait en détail dans les années 60, relayé par les théories bien étayées des collapsologues d’aujourd’hui ?

Au cours de l’été 2019, je reçus donc la visite de Hervé et plus tard de mon ami et partenaire, Abdoulaye Ouédraogo qui fêtait les 20 ans de son ONG burkinabè : APIL (Action pour la promotion des initiatives locales). Son ONG veille (en agroécologie) sur l’économie de 180 villages (agriculture, maraîchage, élevage, agroforesterie, apiculture, conservation des traditions…) et incarne à mes yeux ce que j’appellerais une puissance intermédiaire, née de la société civile. APIL travaille en collaboration avec 6 ministères locaux et est soutenue par des partenaires étrangers. Abdoulaye me confiait, tu sais quand je vais dans les ministères, c’est avec 180 villages derrière moi et tu ne le croiras pas, mais je connais presque tous les habitants de ces villages ; je suis d’ailleurs issu d’un village, moi aussi.

À Hervé puis à Abdoulaye, je parlai de cette charge informelle qui m’avait été proposée : la présidence de la commission du patrimoine de cette commune verdoyante, encore partiellement rurale, dortoir aussi, riche où j’habite et qu’un accord de coopération rapproche de la commune de Ziniaré au Burkina Faso… Patrimoine naturel, humain, culturel, architectural : il y avait tout, au fond, dans cette charge, la mission d’un roi débonnaire ! Avec mes deux amis, nous rencontrâmes, lors de leur séjour, de ces citoyens foyers d’énergie. Nous parlions… politique fondamentale, politique du paysage partagé, vision du monde, du (ou des) pour quoi des communautés…

(J’ai gardé tout au long de cette contribution, ce temps de l’imparfait éternel… Temps révolu mais qui porte aussi, lovée, la révolution !)

Je lisais donc le vibrant appel de Kouam au peuple camerounais afin qu’il réagisse à l’enlisement de son pays. Il m’a inspiré cette réflexion sur ce que je sentais en moi des sens possibles du mot « politique », en les appliquant à mon pays.

Et, dépasser l’enlisement ? Hervé et Kouam ont accepté d’exprimer, chacun à sa façon, très librement, sa vision politique ; sa vision d’un Cameroun désirable, fidèle à lui-même, à ses forces, avançant dans le temps selon ses styles à lui…

De l’arène à l’agora

HR




Le scénario burkinabè

19102018

le SB présentation blog2 tournage de « Villages en savane », Bendogo, Kadiogo, Burkina Faso, 2013.

Retour au Burkina Faso en janvier février 2019 : un voyage de repérages en vue de tourner un moyen-métrage sur un village et sur ses relations avec une ONG locale qui se soucie de son développement endogène, selon l’expression de l’historien JOSEPH KI-ZERBO. Agriculture familiale, économie fragile. ABDOULAYE OUEDRAOGO, fils de village (comme chacun) devenu économiste et fondateur (en 1999) d’une puissante ONG – APIL – travaille à cette rencontre entre les savoirs traditionnels et ceux, plus modernes, de l’agroécologie. Et nous, ici, dans nos contrées, nous souhaiterions tellement une agriculture plus humaine, plus proche. Manger mieux, vivre plus tranquillement…

Janvier/février 2019, une voyage de repérages qui débouchera, déjà, sur des publications textes/images.

Économies rurales du sud et du nord.

Oui, à suivre…




« Développement » ? Endogène(s) !

2102017

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Très « intéressante », cette participation au salon du livre africain, « Lire et écrire l’Afrique », à Marchienne-au-Pont (Charleroi, Belgique), le samedi 30 septembre 2017.

Il s’agissait pour le GE ! de repenser une table d’exposition où ses activités seraient focalisées sur les échanges poursuivis au Burkina Faso, où l’ensemble du travail (11 ans de recherches, déjà) recevrait cette perspective, cet éclairage, particulier, mais infini aussi.

« Intéressant », inter esse(re), « qui est en nous, parmi nous » comme un foyer qui rayonne… Voilà comment ce mot élimé peut retrouver du sens ? Peut-être…

La notion de « développement endogène » promue par le grand historien africain JOSEPH KI-ZERBO servait de fil conducteur à cette composition/installation de documents divers.

Chaque groupe, chaque individu, chaque nation se développe selon des nécessités qui lui sont propres. Il n’y a pas le développement ;il y a autant de développements que d’organismes individuels ou collectifs, vivants… Ce qui est passionnant, c’est d’observer ces développements, de les confronter, de les penser et de les poursuivre ! C’est du moins notre optique au GE ! Phare Papier/MaYaK.

Dans nos contacts avec le Burkina et au sein de nos « recherches écophiles » – recherches aimantes sur les lieux habités – qui vont pleinement dans cette direction, dans notre regard porté sur le Burkina ou sur la Belgique (en particulier sur Lessines), il s’agit d’observer ces « développements » singuliers et de mettre en relation ceux qui les incarnent : réseauter, disent mes camarades burkinabè.

Boulot passionnant – celui d’un « intellectuel », au sens Kenneth Whitien du terme – d’un humain qui compose, pense, intuitionne dans la société et avec les savoirs qu’il a reçus, de nouvelles formes, de nouvelles ententes, chaque fois retravaillées. Qui s’interroge sur les formes de sociétés ; d’être ensemble. Et qui tente, dans le cadre d’une recherche-action, de les promouvoir dans leurs singularités.

« Lire et écrire l’Afrique », c’était le thème du salon : la mini-expo imaginée pour l’occasion montrait des livres de recherches-actions de grands auteurs burkinabè ; des dépliants d’ONG et assoc qui promeuvent un développement endogène (dépliants plastifiés car précieux objets d’expo, révélateurs d’une façon de se présenter à l’autre), des manuscrits (l’un de Boubacar Sadou Ly sur la culture), des brochures dactylographiées (comme le catalogue des produits de « Phytofla », concoctés à partir de plantes médicinales par l’équipe du regretté Pando Zéphyrin Dakuyo) ; on pouvait aussi entendre les voix de ces promoteurs d’un développement choisi. Par ailleurs, la table montrait les échanges avec le village de Bendogo commencés en 2012 : peintures, photos, dessins d’enfants, documents de présentation de nos partenaires : APIL (Abdoulaye Ouédraogo) & l’association de notre ami permaculteur, Patigidsom Koalga ; enfin le court-métrage – « Villages en savane » – réalisé en collaboration avec les écoles, en un stage orchestré par François d’Assise Ouédraogo, était diffusé en continu.

La table partait de l’un des mandalas peuls que Boubacar Sadou Ly nous avait offerts et s’achevait par un autre de ces couvercles de calebasse que les femmes peules tissent, reproduisant intuitivement les rythmes du cosmos. La table restait sous le regard de ce grand universaliste fondateur de l’école de la sagesse sur dunes, à Dori, aux portes du Sahel ; le docteur Ly, soucieux que chaque développement endogène (qui se lit sur le corps de chacun de nous) entre harmonieusement, sans violence, en relation avec les autres… Un horizon…

HR

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Michel Zongo : quand filmer change le monde : « La sirène de Faso Fani »

26092016

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« Faso Fani », c’était une grande usine de pagnes située à Koudougou au Burkina Faso et qui faisait la fierté d’une ville, d’une région, d’un pays. En 2001, elle est démantelée suite aux directives du PAS, programme d’ajustement structurel, que signe le Burkina Faso et qui exige la privatisation des entreprises d’état en vue du remboursement de la dette des pays africains. Pas de repreneurs privés, on ferme. La sirène de Faso Fani faisait rêver les enfants de Koudougou.

Originaire de Koudougou, Michel Zongo tourne en 2014 un documentaire consacré aux conséquences de cette fermeture, tout en retraçant l’histoire de l’usine et de la fabrication de ces tissus traditionnels de qualité qui s’exportaient bien en même temps qu’ils affirmaient l’identité des Burkinabè. Il rencontre d’anciens travailleurs, récolte leurs témoignages, retrouve des images d’archives – officielles ou tournées par les travailleurs eux-mêmes – des émissions radio couvrant la signature du PAS (et reflétant une confiance – qui a posteriori nous semble bien naïve – en les conséquences de ce traité-diktat).

Le dimanche 25 septembre, nous assistions à la projection du documentaire à la direction générale de la coopération, avenue Ki-Zerbo, dans la cadre du festival Consom’acteurs Burkina.

Les séquences du documentaires où l’on voit les anciens travailleurs énoncer leur chagrin, leurs regrets du temps béni de l’usine sont bien émouvantes. Mais dans les premières minutes du film, des séquences montrent un vieux tisserand à son métier construit par les forgerons de la ville. Et c’est en fait la question des modes de production qui s’esquisse déjà. Industriel ou artisanal ?

Je pense immanquablement à Joseph Ki-Zerbo qui répondait dans A quand l’Afrique, à l’historien René Holenstein : certes les Africains sont en retard d’industrialisation, mais l’industrialisation est-elle un passage obligé ? Je repense à EF Schumacher, le grand économiste anglo-saxon qui prônait une « technologie intermédiaire », des moyens de productions que le travailleur pourrait acquérir lui-même, ce qui lui assurerait une autonomie d’action (pas les machines perfectionnées de Faso Fani, construites dans un contexte de production portant l’obsolescence programmée…).

Et le documentaire bascule peu à peu. Michel Zongo investigue, filme les tisserands dans les cours de Koudougou. Une séquence-charnière : le réalisateur has a dream : et si on réunissait tous ces tisserands dans un lieu pour les filmer ? Ils sont une multitude ! : son interlocutrice qui tisse rit.

Mais le dream trouve des formes dans la réalité : et si on s’associait en coopérative pour produire mieux, suggère Zongo ? Les anciens travailleurs sont séduits par cette idée qui se concrétise peu à peu pendant le tournage.

Alors, chapeau bas! L’intérêt, l’attention, l’ amour du réalisateur pour le milieu qu’il explore transforme la réalité, donne en l’occurrence l’impulsion nécessaire à la création de cette coopérative qui fonctionne aujourd’hui. Un artiste transforme le réel en même temps qu’il est dans son processus de création…

Bien sûr, ces initiatives citoyennes ont du mal à naviguer. Au cours du débat qui suit la projection, Michel Zongo déplore qu’elles ne soient pas plus soutenues par les pouvoirs publics, encore faudrait-il que ceux-ci aient une vision (à l’instar de Thomas Sankara). Il déplore aussi que les jeunes universitaires burkinabè, économistes ou juristes qui se retrouvent souvent au chômage ou employés dans des tâches subalternes, ne s’intéressent pas à ces initiatives locales, originales et passionnantes qui auraient bien besoin d’un encadrement, notamment pour écouler avantageusement les créations de ces tisserands artistes qui inventent des modèles originaux de tissus selon leur inspiration du moment. Des intellectuels qui seraient au service des travailleurs, sur le modèle de leurs aînés : le pharmacien Pando Zéphirin Dakuyo, à Banfora, organisant la médecine traditionnelle, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, à Ouahigouya, les activités rurales ou le vétérinaire Boubacar Sadou Ly, à Dori, l’élevage. Organisant mais surtout valorisant, donnant sens, donnant vision…

Je ne puis m’empêcher de penser que ces questions concernent aussi le nord qui est à la recherche d’autres modèles de développement que le consumérisme productiviste meurtrier.

Michel Zongo a réalisé récemment un documentaire sur la dégradation des sols… Et en prépare un sur la culture du coton…

Hugues Robaye

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Nos vœux pieux et pas pieux les plus sincères

30122015

avec Olivier le 13 novembre Avec Olivier Ducène, menuisier ébéniste, tailleur de pierre, constructeur de cerfs-volants et d’instruments de musique, musicien… Au repair café de Lessines, qu’il anime. 13 novembre 2015

En 2015, l’association GE ! (Groupe Esthéthique ! : aisthesis : art de sentir + ethos : art de séjourner : ou comment habiter au mieux cette terre en sachant que nous sommes mortels et pouvons donc disparaître demain (pas de panique pour autant, plutôt un certain humour détaché, insaisissable !) fêtait discrètement ses 10 ans d’existence.

Je voulais repréciser ses contours ou ses horizons sans limite (humour détaché, insaisissable…) : MaYaK, BurkiMaYaK, Observatoire écophile : les trois dimensions complémentaires de ces travaux associatifs qui suscitent ici et là des équipes différentes.

La revue-livre MaYaK : le noyau central de notre activité : nous préparons le MaYaK 8 dédié à la thématique : « Basculements : travail & réseaux de dons, gratuités, échanges ». Il s’agit d’appréhender ce qui se prépare à côté du modèle consumériste productiviste (nous produisons et consommons à l’infini et si tu veux pas (pour les objets), on te programme une obsolescence imparable…) : témoignages de personnes qui vivent autrement et réflexions (avec applications sur le terrain) sur le travail et les nouveaux modes de vie et d’échange. Les MaYaK exigent un travail très patient de composition. Ce numéro sera en quadrichromie. On prévoit une sortie pour l’été 2016.

BurkiMaYaK : depuis 4 ans, nous développons une « coopération relationnelle » avec des « habitants chercheurs » du Burkina Faso. Œuvrer ensemble au sein d’une relation d’amitié : c’est au village de Bendogo, au nord de Ouagadougou. Il s’agit d’essayer de mieux se comprendre et, pour nous, de participer, à notre modeste échelle, au développement endogène (selon l’expression du grand Joseph Ki-Zerbo) du village. Dernière initiative en date : la création d’un jardin-pépinière (en agroécologie) à l’école primaire, sous la conduite de notre ami, le travailleur social & permaculteur Patigidsom Koalga. En parallèle, nous menons une enquête sur le développement endogène au Burkina, faisons des rencontres passionnantes avec des chercheurs attachés aux valeurs des cultures africaines, soucieux de les partager et de les actualiser. Car cet intérêt mayaque pour le Burkina va bien dans ce sens : là-bas, l’agriculture, le maraîchage, l’élevage sont encore familiaux ; ce que nous essayons de retrouver ici. Les économies informelles foisonnent ; le pouvoir politique centralisé doit encore se plier à d’autres puissances plus locales : la chefferie ; la sécurité sociale est d’abord liée à la communauté, la médecine est encore bien souvent traditionnelle, etc. Des modèles de vie suggestifs qui sont menacés (et bien fragiles) mais que certains habitants chercheurs de là-bas tentent de protéger et d’améliorer. Depuis cette année, BurkiMaYaK est en relation avec une ONG locale qui intervient dans une 60aines de village pour renforcer les économies rurales et promouvoir l’agroécologie. Depuis très peu, BurkiMaYaK représente ici (et maintenant) une « fondation pour le travail décent » que cette ONG de Burkinabè supervise et qui a dans ses carnets des projets de valorisation des économies rurales…  « Habitants chercheurs d’ici et d’ailleurs » : comme toujours une publication raconte et réfléchit ce projet d’échange autour d’un monde où l’homme aspire à s’insérer le plus harmonieusement possible dans le cosmos…

Enfin, l’observatoire écophile : la recherche écophile, c’est une recherche « aimante » sur les lieux habités : villes ou campagnes, biotopes divers… Les premiers travaux portent sur la ville proche du siège du GE !: Lessines. Un « carnet écophile » sortira en mars (et une infinité d’autres sont prévus : nous commençons une recherche démesurée dont l’absence d’objectif absolument rationalisable est sans terme…). Une exposition se tiendra à cette occasion au « repair café » de Lessines (avec Olivier Ducène), avec concert sur des instruments bricolés à partir d’objets de récup, exposés et supports d’une jam à laquelle les visiteurs sont invités à participer, s’ils le souhaitent ! Peintures et traces des recherches écophiles seront aussi montrées. Une émission à « Radio Une » est prévue, orchestrée par Thierry Génicot.

La démarche écophile consiste en un premier temps à interroger des habitants chercheurs de la ville : des noyaux d’énergies habitant des foyers d’énergies, des lieux où les gens passent et se rencontrent. Noyaux et foyers d’énergies, c’est ce qui fait une ville en vie… La ville ce sont aussi les rues, les maisons, la configuration du peuplement : les carnets écophiles renouent avec la « géographie humaine ». La ville a besoin qu’on la regarde, qu’on l’aime ; elle est trop à la merci d’hommes sans scrupules ; elle a son mode de déploiement qu’il convient de respecter, son histoire qui remonte à bien avant ses habitants d’aujourd’hui et conserve pour eux des traces d’autres façons d’habiter, de se rencontrer, de travailler : des points de repère qu’elle nous montre pour que nous ne perdions pas le sens. Nous allons donc lire la ville… L’observatoire écophile invite des promeneurs artistes à regarder la ville, à l’interroger à recueillir des réponses… Des images qui s’associeront les paroles des habitants fidèlement retranscrites dans les carnets. Et qui seront montrées à l’expo…

Une recherche vivante sur la ville en vie…

Carnets écophiles, expositions, concerts, radio : des amorces à d’autres activités au cœur de la ville et des lieux habités, naissant d’elle et d’eux…

Ces trois dimensions complémentaires de la recherche mayaque s’exprime(ro)nt à travers les moyens de communication que nous développons depuis la création du GE !: cabanon d’édition (Phare Papier) ; audiovisuel (Muzifar records, TéléMaYaK) ; expositions, rencontres, concerts,

blog : MaYaK se construit : http://mayak.unblog.fr  

pages facebook : MaYaK/Phare Papier & Observatoire écophile…

Nous ne pouvons que vous souhaiter une année 2016 inventive et créatrice !

Hugues Robaye 

   




Yelemaní (en dioula : « changement »)

20022014

Loumbila 15-2-2014 fb Loumbila, 15 février 2014, photo : Ramata Nafissatou Ouédraogo.

Le dernier jour de mon séjour au Burkina Faso, notre petite équipe – Balibi, François d’Assise, Nafissatou et Patigdsom – a visité les potagers collectifs de l’association Yelemaní, à Loumbila, au nord de Ouagadougou, non loin du village de Bendogo avec lequel « GE ! Burkimayak » développe des liens d’amitié.

Yelemaní œuvre pour la « souveraineté alimentaire » et exploite en agroécologie deux potagers collectifs dont la production est acheminée vers Ouagadougou et vendue de façon équitable (genre « paniers »). Au siège de l’association, dans le quartier de Goughin, on va bientôt construire un kiosque où l’on proposera les produits du cru accommodés en des recettes inventives. Yelemaní collabore aussi à la mise en place d’une certification bio propre au Burkina Faso. Par ailleurs l’association veut conscientiser les Burkinabè à la nécessité de bien manger et projette d’ouvrir un centre de documentation à ce sujet. Sur son site, déjà, on trouve la description de certains produits locaux, leurs vertus thérapeutiques et nutritives, des idées de recettes…

Yelemaní sensibilise ses maraîchères à la nécessité de nourrir le sol, de le régénérer ; les informe des dégâts causés à la terre par les engrais et pesticides chimiques (une tâche pas toujours facile). Les maraîchères sont encadrées par un formateur en agroécologie.

Et ce jour-là, quand je tendais à Blandine Sankara, coordinatrice de l’association, le dvd « Au nom de la terre » consacré au parcours d’un « petit avocat de la terre » comme se qualifie Pierre Rabhi, la sœur de Thomas Sankara me disait qu’elle allait le montrer à ses maraîchères (d’autant qu’on y évoque assez longuement le séjour burkinabè de Pierre Rabhi à qui Sankara demanda de devenir une sorte de ministre de l’agriculture).

C’était un peu magique pour moi d’être aux côtés de la sœur de ce président exceptionnel (une référence politique quoi qu’il en soit, humainement politique), de le reconnaître dans le visage de sa sœur, de sentir que Yelemaní répondait avec subtilité et détermination prudente (le mot « prudence » est chez moi à tout jamais associé à la « phronésis » d’Aristote : l’art d’ajuster son action aux conditions infinies du contexte dans lequel on agit), répondait donc à la formule célèbre de Sankara : « L’impérialisme commence dans l’assiette. » Était proche l’ancienne ministre malienne, écrivain et altermondialiste, Aminata Traoré que j’avais entendu parler de « modernité africaine », évoquant, valorisant la sobriété heureuse et le bio (obligés et parfois consciemment consentis) de pas mal d’Africains. Je repensais aussi à certaines de mes lectures La pauvreté, richesse des nations (du Béninois Albert Tévoédjré) ; Quand la misère chasse la pauvreté, (de l’Iranien Majid Rahnema) ; des livres qui essaient de penser les pays « en voie de développement » (disons « d’un développement ») comme des lieux où, au fond, il serait peut-être possible de vivre une autre économie, locale, rurale, micro, artisanale (pour rendre toujours hommage au grand historien et sage burkinabè, Joseph  Ki-Zerbo qui se demandait s’il fallait vraiment passer par l’industriel…).

Hugues Robaye

www.yelemani.org




Contre l’exclusion : Joseph Ki-Zerbo & Titinga Pacere

21102012

Contre l'exclusion : Joseph Ki-Zerbo & Titinga Pacere dans Burkina Faso joseph-ki-zerbo-3-300x224

Extrait de À quand l’Afrique ? : entretien avec René Holenstein, éditions de l’Aube.

Le Professeur Joseph Ki-Zerbo est un grand historien africain qui dirigea notamment deux volumes de la monumentale histoire de l’Afrique (par les Africains) et s’engagea dans une action politique de terrain reposant sur une réflexion autour du développement endogène et de la richesse des cultures africaines.

En résonance, une anecdote du premier avocat du Burkina Faso, grands conservateur des traditions africaines, auteur de plus de cinquante livres: Maître Titinga Pacere, rencontré lors de notre séjour en janvier/février dernier.




« Ubuntu »: une Afrique, et un monde, postmodernes. Joseph Ki-Zerbo

30042012

À la fondation Ki-Zerbo, Ramata Nafissatou Ouédraogo, 13 janvier 2012.

« Ubuntu, c’est le collectif humain solidaire. »

Ce sont les premiers mots de la conférence de Joseph Ki-Zerbo, à Genève, en avril 2003. Elle est éditée dans Repères pour l’Afrique.

En note de bas de page : « Ubuntu dans la langue zoulou signifie : « sans l’autre je n’existe pas, sans l’autre, je ne suis rien ; ensemble, nous ne faisons qu’un. » »  Beaucoup pour un seul mot !

Joseph Ki-Zerbo est un grand historien burkinabè, né à Toma en 1923. Il a dirigé une monumentale histoire de l’Afrique où les Africains écrivaient enfin eux-mêmes leur histoire…

Il reste encore énormément de textes inédits de cet historien.

Historien oui, mais pas dans un sens limitatif, dirais-je. Joseph Ki-Zerbo a mis sa vie et son savoir au service d’une conception du « développement ». C’est un chercheur engagé, faisant le pont entre théorie et terrain. Entre passé et présent, aussi. Toujours au cœur de la recherche-action.

Il dirige, par exemple, un très intéressant volume intitulé La natte des autres, qui collecte des contributions relatives à des recherches très concrètes dans le domaine du développement endogène et les associe à des analyses plus réflexives sur les principes du développement.

Endogène ? La formule célèbre de Ki-Zerbo, c’est : « Pas développer, se développer. » Que l’amélioration de la société parte d’elle-même et des ressources qu’on y trouve, que ces ressources soient matérielles ou d’ordre « spirituel », culturel. Une amélioration qui ne vienne pas d’apports extérieurs dont on finit par être dépendants. Bref : ne pas se coucher sur la natte de l’autre !

Dans sa conférence, Joseph Ki-Zerbo fait d’Ubuntu le concept opératoire d’une économie sociale postmoderne qui bat en brèche le capitalisme, les diktats du FMI, le modèle consumériste, etc.

Il montre que dans les cultures africaines se trouvent depuis toujours les ferments d’une autre société, que nos Indignés du Nord veulent réactiver aujourd’hui. Sens du social, de l’ « échange de services », solidarité, économie du don (« soucieuse davantage de liens sociaux que de biens matériels »), proximité (le voisin ou l’ami qui en Afrique est de la famille et peut se substituer à elle, en cas de deuil par exemple), médiation des proches, débat constructif (la palabre ritualisée)… Pas de division du travail : « les métiers et catégories sociales étaient constamment associées » ; prise en charge du plus faible par la communauté (ce qui fait que la fameuse « option de l’État minimal était déjà option africaine précoloniale »…).

À avoir parcouru un peu le Burkina, ce pays d’agriculture extensive et d’artisans, où les gens font beaucoup de leurs mains, où le maçon est aussi menuisier et, à l’occasion, fabrique des instruments de musique, je comprends plutôt bien la question de Ki-Zerbo : « L’industrialisation est-elle sous une forme ou une autre un passage obligé ? ». Et je me dis que nos recherches d’autonomie, d’autodétermination, ici au Nord, vont bien dans ce sens là… Il ajoute (et il me rappelle les mots d’Aminata Traoré) : « L’Afrique est déjà postmoderne, postéconomique. » (C’est moi qui souligne.)

Une des forces de l’historien : partir des traditions pour penser et construire un avenir.

Ce genre de programme, je le voyais réalisé au Yatenga par l’ami de Ki-Zerbo, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, entouré de tout son réseau d’animateurs de villages.

« Faut-il laisser mourir ces usages pour tenter d’en recréer des équivalents plus tard dans un siècle ? » interroge Ki-Zerbo (et nous en sommes là dans nos pays riches, écologistes, permaculteurs, simples volontaires…).

« Toute nation, toute personne consciente doit s’associer à la recherche d’un projet global qui marie les acquis de la conscience, patrimoine commun de l’humanité, avec la convivialité vis-à-vis de la nature, préhistoire de l’homme, et vis-à-vis des autres humains, dépassement et accomplissement de l’homme. »

« L’Afrique solidaire n’est pas en retard […] Il nous appartient de célébrer la solidarité comme mémoire et comme projet. »

« Renforcer les capacités de chaque culture et la mettre en état de procréation dynamique. »

« Ubuntu », une image directrice pour penser une société. Un passé revisité constamment. Appliqué aux conditions du présent et tourné vers l’avenir.

Dans un entretien, Joseph Ki-Zerbo en appelle à des « intellectuels organiques ». On comprend que c’en était un…

Il nous a quittés en 2006.

Hugues Robaye

Ki-Zerbo-016-ret-blog-150x114 dans Aminata Traore Dans la jungle postmoderne

Joseph Ki-Zerbo, Repères pour l’Afrique, Dakar Fann, Panafrika, 2007. Et Regards sur la société africaine, 2008.

(Dir JKZ), La natte des autres : Pour un développement endogène en Afrique, Dakar, CODESRIA, 1992.

À quand l’Afrique ? : Entretien avec René Hollenstein, Paris, Aube (poche essai), 2004.




Entretien burkimayaque avec Bernard Lédéa Ouédraogo

26032012

Entretien burkimayaque avec Bernard Lédéa Ouédraogo dans Bernard Lédéa Ouédraogo Bernard-L%C3%A9d%C3%A9a-ret-blog-150x112

Retranscription d’une belle rencontre, et le son suit! C’est aussi le début d’une collection: « Entretiens burkimayaques », avec, à l’image, Laurence Warnier.

fichier pdf Entretiens burkimayaques Bernard Lédéa Ouédraogo, 3 février 2012

fichier pdf Entretiens burkimayaques Bernard Lédéa Ouédraogo, 3 février 2012 version doubles pages pour lecture ordi

 




Tradition, astuce, invention, Bernard Lédéa Ouédraogo

26032012

Tradition, astuce, invention, Bernard Lédéa Ouédraogo dans Amidou Ganamé BLO-blog-150x112 Naam-3-2-1-ret-blog1-150x106 dans Bernard Lédéa Ouédraogo P2030007-ret-blog1-107x150 dans Burkina Faso

On m’avait dit : « Au Yatenga, c’est presque un dieu. »

Mais qu’il était très malade. Que je ne le rencontrerais sans doute pas, malheureusement.

Et, arrivé là, à Ouaghiouya (Burkina Faso), Amidou Ganamé, secrétaire général des Groupements Naam (« puissance », en mooré), m’avait annoncé en souriant : « J’ai parlé au président, il vous verra demain. »

On ne connaît pas ces personnes, chez nous, au Nord, ou peu. De mon côté, j’avais lu, pour préparer mon voyage au Burkina, cette thèse de Bernard Lédéa Ouédraogo, sur les subtiles associations traditionnelles dans les villages burkinabè, liées au travail du sol, extensif bien sûr. Il y étudie comment l’entraide et le don régissaient l’organisation de la semaison, de la culture et de la récolte. Des associations de jeunes, de femmes, d’hommes où chacun tient un rôle précis, parfois teinté d’humour, et dont les actions s’entrecroisent, complémentaires et débordent largement les pratiques agricoles. « Chez nous, le paysan, c’est tout. » disait-il dans notre entretien… Un agriculteur, un artisan, un bâtisseur, un artiste parfois…

Il avait vécu cela dans son enfance, puis étudié, en sociologue formé au Nord ; puis écrit une thèse limpide, rafraîchissante et passionnante (à L’Harmattan).

Et surtout mis cela en pratique sur le plateau Mossi aride où la famine guette chaque année…

Et il a vaincu la famine… Par cette  « astuce », comme il dit malicieusement, qu’il a trouvée : partir des aspirations des paysans, de leurs subtiles traditions d’associations multiples et introduire de nouvelles idées sur ce terreau … « Développer sans abîmer ». Et tout cela avec une ténacité étonnante.

Ces chiffres datent plus ou moins de l’an 2000, mais on comptait alors six mille quatre cent quatre vingt groupes et trois cent mille adhérents sur l’ensemble du Burkina Faso dont une moitié de groupements de femmes.

Une belle dynamique entre le lettré et le paysan au service d’une vision du monde où les traditions sont en dialogue avec le présent et l’invention.

Nous sommes le 6 février 2012, nous avons rendez-vous à 8 heures du matin dans le bureau du Président qui est en réunion depuis une heure. Il a 82 ans et vient de sortir de l’hôpital. Nous sommes à la direction générale des Groupements Naam, un grand complexe de pavillons : administration, radio, salles de conférence, réunions et cours, logements…

Aux différentes entrées, des panneaux d’interdiction d’accès : en leur centre, le mot « faim ».

Chapeau bas, Monsieur Bernard Lédéa.

Hugues Robaye

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Savon de karité, fours solaires, bancs pour étudier le rayonnement endogène: productions des Groupements Naam







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