Les « Rencontres à Touvent » (Sivry), 28 avril 2019. Avec MaYaK !

23042019

Touvent2 Touvent3 touvent 7 Touvent, photos : Frédérique van Leuven

À Tournai, il y a ce lieu fourmillant : « La pépinière », où pratique du potager et de la pensée se fertilisent (avec en vue, souveraineté et ceinture alimentaires) ; les idées semblent germer mieux quand l’homme est en contact étroit avec la nature, et ventilé par elle : des idées sensibles, transformatrices, des visions du monde, visions complexes comme les appelait John Cowper Powys.

Je songe aussi à l’éco-centre « Oasis » de Ghlin, centre d’écologie appliquée où Rino Noviello et ses associés réalisent un(e) « oasis » au sens de Pierre Rabhi : un lieu qui pourrait être déshérité mais est réenchanté par des volontés humaines allant dans le sens du Tout, du Beau et du Bien (comme dirait Goethe en l’occurrence…).

À Touvent, hameau de Sivry (Hainaut belge), se sont installés Frédérique van Leuven et Thierry Génicot. Ils y ont aussi aménagé leur « oasis » ; où ils se ressourcent, y pratiquent la permaculture et commencent à y organiser des rencontres :

« Soigner les lieux pour soigner le monde ». C’est la question que nous proposons de partager à Touvent, un hameau anciennement densément peuplé, aujourd’hui réinvesti par quelques rares habitants, amoureux d’une nature encore un peu protégée.

Il y a mille et une façons d’aimer un lieu. On peut choisir de s’y retrouver seul, ou en famille, avec des amis, de participer à une coopérative… D’y cultiver des fleurs, des légumes, ou des plantes médicinales. Y trouver refuge, faire le vide, écrire de la poésie, courir dans les bois, sentir tous les vents contraires qui tournent autant que les milliers de questions du monde.

Nous vous y invitons à y rencontrer, une fois par mois, des femmes et des hommes, artistes, poètes, soignants, philosophes, cultivateurs venus de tous les horizons, qui nous raconteront comment chacun.e a inventé une façon d’habiter un petit bout de terre et d’y « tenir debout ».

À Tous Vents, ce 28 avril 2019, notre premier invité nous amènera un souffle chaud venu d’Afrique. Hugues Robaye habite une petite ferme à Flobecq. Il y a fondé la belle revue-livre MaYaK. Son action locale, qu’il définit comme l’ « écophilie », « recherches aimantes sur les lieux habités », l’a mené du fond du Hainaut jusqu’à un autre continent, dans un village un peu perdu du Burkina Faso, en voie de jumelage avec Flobecq.

« Je travaille actuellement cette question : Mort, résurrection & insurrection des villages. Une solution au consumérisme productiviste, grand ravageur de psychologies humaines et de milieux naturels, nous viendrait-elle des villages ? Comment les villages burkinabè, fermes familiales & pauvreté, richesse des peuples, sobriété heureuse ou simplicité volontaire, nous fourniraient-ils une sorte de « modèle » nous invitant à repenser comment nous habitons nos lieux ? »

Le dimanche 28 avril :

Visite du potager en permaculture à 16H30

Rencontre avec Thierry Génicot & Hugues Robaye, à 17H30

Entrée libre et sans réservation

Touvent7 Touvent6 Touvent5  HR et Blanche, photo : Ladida Brecht. Touvent photo : FvL




Les Rencontres à Touvent (Sivry) : Frédérique van Leuven, Thierry Génicot : « soigner les lieux pour soigner le monde » : avec MaYaK, 28 avril !

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6 avril 2016 - Copie 16 juillet 2016 portrose des émissions avec Thierry : Jacques Faton, les Cardon et Olivier Ducène…

Dimanche, Thierry Génicot me rendait visite à la Potterée (Flobecq, Hainaut belge), après sa séance mensuelle aux « Fraternités Ouvrières » de Mouscron, haut-lieu informel de permaculture.

Il faisait splendide et nous nous sommes installés devant le paysage, sur la petite butte qui domine la pâture de mes amis fermiers – Michel et son fils Lionel, – et qui nous a permis de nous glisser dans la pénéplaine qui va vers Ath et dans les réseaux de chants d’oiseaux (je n’ai pas gardé de photo de cette rencontre mais un enregistrement dans lequel les oiseaux occupent l’avant-plan du son alors qu’ils nous étaient restés cachés, la plupart du temps).

Thierry Génicot est dit un « homme de radio ».

Un créateur des ondes, qui vit de créations radiophoniques et travaille, notamment, pour et avec la Une, dans « Par ouï dire », la précieuse émission quotidienne de Pascale Tison. Thierry Génicot nous y chuchote ses « mondes invisibles ».

Je crois que nous nous connaissons depuis bien 15 ans. Ce qui m’a toujours frappé chez lui et dans son travail, c’est : l’intense curiosité, le désir de comprendre et l’art d’associer. D’associer le sens et les sons, de monter le sens et des sons… De rendre sensible le « mystère » de la vie (je me souviens dans mes études de philo, de Gabriel Marcel opposant problème à mystère), de faire cheminer l’auditeur dans l’inconnu par l’inattendu de la radio, de la parole qui va venir et qui nous surprend.  Il m’a invité dans quelques émissions : sur Annie Van de Wiele (la première femme à avoir fait le tour du monde en voilier), sur Paul André (le poète penseur du Tournaisis et du rural rayonnant), sur les Fraternités Ouvrières (voir ci-dessus), sur MaYaK, sur les recherches écophiles, etc. Et ce qu’il en a résulté est toujours apparu à mes yeux, non à mes oreilles, comme des synthèses sonores, témoignages presque éternels d’un travail qui prenait d’autres formes… Et puis : le mystère des voix (bulgares et universelles).

Je suis très reconnaissant à Thierry de ce don ; de la façon dont il a su donner sens, avec une perspicacité foudroyante, à ces différents travaux, lui qui n’arrête pas (sauf quand il est avec son potager, me disait-il) de rencontrer des « habitants chercheurs » de tous horizons de la recherche…

Voilà qu’avec sa compagne, la psychiatre Frédérique van Leuven, ils ouvrent leur lieu, à Sivry où ils pratiquent la permaculture à des rencontres périodiques autour de  : « Soigner les lieux pour soigner le monde ».

Et ne voilà-t-il pas, à mon grand honneur, qu’ils me proposent d’ouvrir le bal !

La « thématique » me parle bien sûr beaucoup : en mémoire directement ce que me disait Rino Noviello de son écocentre Oasis, à Ghlin appelé ainsi en référence à Pierre Rabhi : tout lieu, si déshérité fût-il, peut devenir un oasis quand des volontés humaines bienveillantes l’habitent.

L’invitation de Frédérique et de Thierry me permet en tout cas de reprendre tous ces « chemins de traverse » (une expression que Thierry a employée dimanche) que MaYaK a empruntés depuis le début de son histoire (cela fait 14 ans) pour faire apparaître un réseau de personnes qui pensent leur présence au monde depuis un respect et un amour inconditionnel pour la Nature et la libre expansion utile des nécessités intérieures des humains…

Le 28 avril, 17h30, dans notre échange, nous partirons des recherches « écophiles » (recherches aimantes sur les lieux habités) actuelles : le village au Sud, le village au Nord. Burkina Faso/Belgique. Ziniaré/Bissiga/Flobecq…

Le mode de peuplement du village où les hommes s’intègrent plus à la Nature où, au moins, il sont plus en contact avec elle, peut-il être une réponse à l’effondrement qu’annoncent les « collapsologues » étudiant les ravages du consumérisme productiviste et prédisant que nos sociétés du nord vont s’effondrer.

Mais nos villages du nord ne sont-ils pas déjà morts ? Mort ou en voie de résurrection ? Ces nouveaux habitants chercheurs qui s’y installent en des formes d’insurrection face au modèle de développement dominant ne consolident-ils pas une « alternative », ne tracent-ils pas une nouvelle voie ?

Les masses du sud et les masses du nord sont opprimées par les mêmes, disait Thomas Sankara, l’éminent président du Burkina… Un pays africain comme le Burkina Faso (l’un des plus « pauvres » de la planète) où fermes familiales, nature nourricière, économie informelle avec des syndicats, entraide, production (semi-)artisanale, « pauvreté, richesse des peuples », « l’Afrique au secours de l’Occident », restent une base reconnue et renforcée par des réseaux d’associations, d’ONG locales (comme APIL, l’ONG de mon ami Abdoulaye Ouédraogo), par de grandes personnalités qui ont une vision pour leur pays et leurs habitants ; un Burkina endogène et agroécologique ne serait-il pas un « modèle » très suggestif à explorer, à essayer de connaître ? Ne serait-il pas temps de réellement dialoguer, allez, sur l’avenir du monde ? Je trouve que oui…

Mes 6 voyages au Burkina – avec pour objectifs, information et communication – n’ont à mes yeux de sens que par cet échange entre des modèles de vie que des habitants-chercheurs, qui ont une vison globale critique et comparative, pensent et tentent de réaliser…

Et c’est tout le travail mayaque qui se reflète dans ces dernières recherches sur le village (et les vivifient). Recherches qui reçoivent, en plus, comme un cadre institutionnel : l’accord de partenariat entre Ziniaré et Flobecq, signé en janvier 2019.

Merci donc à Frédérique et Thierry de me donner cette possibilité de remodeler cette pâte !

Les rencontre à Touvent (voir page facebook…) seront enregistrées.

« Touvent » : le nom du hameau de Sivry qui vous accueillera. Et le nom de la sprl de Thierry Génicot ? « Silence »…

(Il y aura aussi une table avec les publications mayaques…)

 Au plaisir d’échanger avec vous ce soir-là !

Dimanche 28 avril 2019, 17h30, rue Touvent 5, 6470 Sivry (Hainaut) 




« Développement » ? Endogène(s) !

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Très « intéressante », cette participation au salon du livre africain, « Lire et écrire l’Afrique », à Marchienne-au-Pont (Charleroi, Belgique), le samedi 30 septembre 2017.

Il s’agissait pour le GE ! de repenser une table d’exposition où ses activités seraient focalisées sur les échanges poursuivis au Burkina Faso, où l’ensemble du travail (11 ans de recherches, déjà) recevrait cette perspective, cet éclairage, particulier, mais infini aussi.

« Intéressant », inter esse(re), « qui est en nous, parmi nous » comme un foyer qui rayonne… Voilà comment ce mot élimé peut retrouver du sens ? Peut-être…

La notion de « développement endogène » promue par le grand historien africain JOSEPH KI-ZERBO servait de fil conducteur à cette composition/installation de documents divers.

Chaque groupe, chaque individu, chaque nation se développe selon des nécessités qui lui sont propres. Il n’y a pas le développement ;il y a autant de développements que d’organismes individuels ou collectifs, vivants… Ce qui est passionnant, c’est d’observer ces développements, de les confronter, de les penser et de les poursuivre ! C’est du moins notre optique au GE ! Phare Papier/MaYaK.

Dans nos contacts avec le Burkina et au sein de nos « recherches écophiles » – recherches aimantes sur les lieux habités – qui vont pleinement dans cette direction, dans notre regard porté sur le Burkina ou sur la Belgique (en particulier sur Lessines), il s’agit d’observer ces « développements » singuliers et de mettre en relation ceux qui les incarnent : réseauter, disent mes camarades burkinabè.

Boulot passionnant – celui d’un « intellectuel », au sens Kenneth Whitien du terme – d’un humain qui compose, pense, intuitionne dans la société et avec les savoirs qu’il a reçus, de nouvelles formes, de nouvelles ententes, chaque fois retravaillées. Qui s’interroge sur les formes de sociétés ; d’être ensemble. Et qui tente, dans le cadre d’une recherche-action, de les promouvoir dans leurs singularités.

« Lire et écrire l’Afrique », c’était le thème du salon : la mini-expo imaginée pour l’occasion montrait des livres de recherches-actions de grands auteurs burkinabè ; des dépliants d’ONG et assoc qui promeuvent un développement endogène (dépliants plastifiés car précieux objets d’expo, révélateurs d’une façon de se présenter à l’autre), des manuscrits (l’un de Boubacar Sadou Ly sur la culture), des brochures dactylographiées (comme le catalogue des produits de « Phytofla », concoctés à partir de plantes médicinales par l’équipe du regretté Pando Zéphyrin Dakuyo) ; on pouvait aussi entendre les voix de ces promoteurs d’un développement choisi. Par ailleurs, la table montrait les échanges avec le village de Bendogo commencés en 2012 : peintures, photos, dessins d’enfants, documents de présentation de nos partenaires : APIL (Abdoulaye Ouédraogo) & l’association de notre ami permaculteur, Patigidsom Koalga ; enfin le court-métrage – « Villages en savane » – réalisé en collaboration avec les écoles, en un stage orchestré par François d’Assise Ouédraogo, était diffusé en continu.

La table partait de l’un des mandalas peuls que Boubacar Sadou Ly nous avait offerts et s’achevait par un autre de ces couvercles de calebasse que les femmes peules tissent, reproduisant intuitivement les rythmes du cosmos. La table restait sous le regard de ce grand universaliste fondateur de l’école de la sagesse sur dunes, à Dori, aux portes du Sahel ; le docteur Ly, soucieux que chaque développement endogène (qui se lit sur le corps de chacun de nous) entre harmonieusement, sans violence, en relation avec les autres… Un horizon…

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Michel Zongo : quand filmer change le monde : « La sirène de Faso Fani »

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« Faso Fani », c’était une grande usine de pagnes située à Koudougou au Burkina Faso et qui faisait la fierté d’une ville, d’une région, d’un pays. En 2001, elle est démantelée suite aux directives du PAS, programme d’ajustement structurel, que signe le Burkina Faso et qui exige la privatisation des entreprises d’état en vue du remboursement de la dette des pays africains. Pas de repreneurs privés, on ferme. La sirène de Faso Fani faisait rêver les enfants de Koudougou.

Originaire de Koudougou, Michel Zongo tourne en 2014 un documentaire consacré aux conséquences de cette fermeture, tout en retraçant l’histoire de l’usine et de la fabrication de ces tissus traditionnels de qualité qui s’exportaient bien en même temps qu’ils affirmaient l’identité des Burkinabè. Il rencontre d’anciens travailleurs, récolte leurs témoignages, retrouve des images d’archives – officielles ou tournées par les travailleurs eux-mêmes – des émissions radio couvrant la signature du PAS (et reflétant une confiance – qui a posteriori nous semble bien naïve – en les conséquences de ce traité-diktat).

Le dimanche 25 septembre, nous assistions à la projection du documentaire à la direction générale de la coopération, avenue Ki-Zerbo, dans la cadre du festival Consom’acteurs Burkina.

Les séquences du documentaires où l’on voit les anciens travailleurs énoncer leur chagrin, leurs regrets du temps béni de l’usine sont bien émouvantes. Mais dans les premières minutes du film, des séquences montrent un vieux tisserand à son métier construit par les forgerons de la ville. Et c’est en fait la question des modes de production qui s’esquisse déjà. Industriel ou artisanal ?

Je pense immanquablement à Joseph Ki-Zerbo qui répondait dans A quand l’Afrique, à l’historien René Holenstein : certes les Africains sont en retard d’industrialisation, mais l’industrialisation est-elle un passage obligé ? Je repense à EF Schumacher, le grand économiste anglo-saxon qui prônait une « technologie intermédiaire », des moyens de productions que le travailleur pourrait acquérir lui-même, ce qui lui assurerait une autonomie d’action (pas les machines perfectionnées de Faso Fani, construites dans un contexte de production portant l’obsolescence programmée…).

Et le documentaire bascule peu à peu. Michel Zongo investigue, filme les tisserands dans les cours de Koudougou. Une séquence-charnière : le réalisateur has a dream : et si on réunissait tous ces tisserands dans un lieu pour les filmer ? Ils sont une multitude ! : son interlocutrice qui tisse rit.

Mais le dream trouve des formes dans la réalité : et si on s’associait en coopérative pour produire mieux, suggère Zongo ? Les anciens travailleurs sont séduits par cette idée qui se concrétise peu à peu pendant le tournage.

Alors, chapeau bas! L’intérêt, l’attention, l’ amour du réalisateur pour le milieu qu’il explore transforme la réalité, donne en l’occurrence l’impulsion nécessaire à la création de cette coopérative qui fonctionne aujourd’hui. Un artiste transforme le réel en même temps qu’il est dans son processus de création…

Bien sûr, ces initiatives citoyennes ont du mal à naviguer. Au cours du débat qui suit la projection, Michel Zongo déplore qu’elles ne soient pas plus soutenues par les pouvoirs publics, encore faudrait-il que ceux-ci aient une vision (à l’instar de Thomas Sankara). Il déplore aussi que les jeunes universitaires burkinabè, économistes ou juristes qui se retrouvent souvent au chômage ou employés dans des tâches subalternes, ne s’intéressent pas à ces initiatives locales, originales et passionnantes qui auraient bien besoin d’un encadrement, notamment pour écouler avantageusement les créations de ces tisserands artistes qui inventent des modèles originaux de tissus selon leur inspiration du moment. Des intellectuels qui seraient au service des travailleurs, sur le modèle de leurs aînés : le pharmacien Pando Zéphirin Dakuyo, à Banfora, organisant la médecine traditionnelle, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, à Ouahigouya, les activités rurales ou le vétérinaire Boubacar Sadou Ly, à Dori, l’élevage. Organisant mais surtout valorisant, donnant sens, donnant vision…

Je ne puis m’empêcher de penser que ces questions concernent aussi le nord qui est à la recherche d’autres modèles de développement que le consumérisme productiviste meurtrier.

Michel Zongo a réalisé récemment un documentaire sur la dégradation des sols… Et en prépare un sur la culture du coton…

Hugues Robaye

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Environnement et santé

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Il y a deux semaines j’assistais  à Forest à un Symposium populaire de l’agriculture paysanne.
Deux experts étaient invités, le cancérologue Dominique Belpomme, titulaire 2013 aux facultés de Gembloux de la chaire Francqui, et le professeur émérite de médecine  Marcel Roberfroid.

Le professeur Belpomme étudie les corrélations entre maladies contemporaines et environnement: en particulier, outre les cancers, l’obésité, le diabète de type 2, les allergies, mais aussi la maladie d’Alzheimer ou, à mon étonnement, l’autisme. Pour ce qui est des cancers, j’ai retenu l’information  d’une augmentation annuelle de 1% (donc exponentielle lente) des cancers infantiles, que j’ai pu recouper avec d’autres sources. Selon le professeur Belpomme l’influence causale d’un environnement dégradé sur la multiplication de ces maladies ne fait aucun  doute.

Comme de plus en plus d’experts-Cassandre de notre monde actuel, Belpomme semble s’être résolu au caractère inévitable d’une future catastrophe sociétale: pour lui, elle pourra venir de l’échec de la Sécurité sociale à soigner des maladies de plus en plus prégnantes. Que ferez-vous lorsqu’on vous dira: il n’y a plus les moyens pour vous soigner, vous ou votre enfant?

Par rapport à ces enjeux, la  visée de l’Afsca (Agence fédérale de la sécurité de la chaîne alimentaire), d’un hygiénisme total équivalent à une absence de « germes pathogènes » semble dérisoire. Belpomme plaide pour une approche systémique plutôt que cette approche analytique (au sens de l’analyse de l’aliment isolé, au lieu d’une étude de l’ensemble du cycle de production et de consommation alimentaires ). En particulier une relation de proximité avec un producteur paysan paraît plus sure que l’offre des grands groupes agroindustriels.

C’est dans le même esprit que Marcel Roberfroid, professeur émérite de l’UCL, a conduit son exposé sur l’importance des fonctions intestinales et de la flore intestinale, dans le triple rôle de protection immunitaire, production hormonale et même fonctions neuronales localisées près de cet organe. La flore intestinale ne peut être équilibrée que si elle est nourrie par une nourriture bactériologiquement diversifiée. L’hygiénisme outré de l’Afsca paraît alors contreproductif pour ce qui est du bon état des défenses immunitaires (et favorisant la croissance des allergies).

S’agissant de solutions, Belpomme soutenait l’importance de réintroduire les valeurs, une éthique dans la production et la consommation alimentaire, ce qui me parle particulièrement. Aussi pour cette question qui me paraît centrale aujourd’hui de notre rapport à l’animal.

Xavier Vanandruel




Vivre!

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En 1970, le mathématicien Alexandre Grothendieck, qui vient de démissionner de l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques, fonde à Montréal le mouvement Survivre. Il est rejoint par d’autres mathématiciens prestigieux comme Claude Chevalley ou Pierre Samuel, et par de jeunes chercheurs comme Daniel Sibony ou Mireille Tabare.

Inspirée de Marcuse, la revue Survivre, revue du mouvement bien vite renommée Survivre… et Vivre!, dénonce la technocratie qu’est devenue la science en Occident et cherche des alternatives. Survivre veut « déplacer le centre de gravité de la recherche du laboratoire vers les champs, les étangs, les ateliers, les chantiers, les lits des malades »; ses membres s’engagent dans des communautés qui pratiquent l’agriculture biologique et apprivoisent les technologies douces.

A propos de la science devenue technocratie, Survivre écrivait qu’ »elle ne tolère de désirs et de vérités chez les gens qu’en référence à elle ». Aujourd’hui, quarante ans plus tard, l’emprise technocratique renforcée rend plus difficile encore l’engagement dans des alternatives. Un élément central est peut-être sa confiscation du temps.

 Que le courage de Grothendieck et ses compagnons nous soit aujourd’hui un exemple!

 Xavier Vanandruel

Ce billet est inspiré d’un article de Céline Pessis dans la revue Entropia n°10, pp. 124 et ss.




Isaia Iannaccone: « L’ami de Galilée »

11102010

Chimiste et sinologue, ce profil d’écrivain ne pouvait qu’attirer MaYaK. 

En médecine chinoise traditionnelle, la lecture – une alchimie –  est une nourriture : un flux perceptif qui pénètre le corps (comme l’eau et le boudin par exemples) ; une énergie stimulante, peut-être plus subtile que le boudin, il est vrai (mais tout dépend de la lecture, après tout…). Donc, un chimiste sinologue qui écrit des romans historiques. Une histoire vraie : celle d’un médecin allemand, dans la Rome du 17e. Un ami de Galilée, un médecin qui pense que la Terre n’est pas au centre de l’univers, qui pratique la dissection sur corps humains ; redoute les bûchers de l’Inquisition et décide alors de partir pour la Chine, en s’engageant dans la Compagnie de Jésus (les Jésuites), sans grande conviction, mais avec loyauté.  Mais en fait, Schreck ou « Terrentius »,le nom de ce savant, autant botaniste que médecin, « pluridisciplinaire » dirait-on aujourd’hui, « à la tête bien faite » aurait dit alors Montaigne, souhaite surtout étudier la médecine chinoise… 

Isaia Iannaccone, chimiste et sinologue napolitain a écrit ce « roman historique » qui raconte le voyage en Chine de Terrentius.  L’ami de GaliléeEn lisant, je me demandais comment cet écrivain, aussi scientifique, avait résolu ses problèmes de conscience : concilier une recherche très pointue (sans être le moins pédante) sur le paysage scientifico-religieux de l’époque (la curiosité et les controverses scientifiques ; les réactions violentes de l’Église romaine), accorder cela avec la narration. Avec le plaisir de la narration, de l’invention de personnages et de situations, avec le plaisir de la composition… Invention, car peu de sources historiques. Comment donner chair aux mots ? Il faut se mettre à la place de Schreck, après une longue étude.

Et le résultat est étonnant car, comme vous le fera goûter par la voix Sylvie Cuvelier (du Conservatoire de Bruxelles (Belgique)), le texte est très sensible, dans l’empathie avec la personnalité exceptionnelle de ce savant allemand. Savant certes, mais surtout homme qui s’interroge sur sa place dans l’univers.  Comme vous et moi, non ?  Une lecture nourrit, oui, et transforme…Isaia Iannaccone, L’ami de Galilée, 2006, en LDP Hugues Robaye 




Marcel Thiry : L’herbe est rase au sabot des grands bisons tranquilles

15062009

L’herbe est rase au sabot des grands bisons tranquilles. 

La tondeuse et la bonne arroseuse ont passé 

Par les jardins où sous les arbres espacés 

L’on voit glisser les longues bleues automobiles. 

 

Le pur asphalte est un noir canal sinuant, 

Moiré d’ombre, et fleuri puissamment sur ses rives 

De grands bisons qui s’y promènent, et qui suivent 

L’herbeux soleil autour des platanes géants. 

 

S’enfuir sur cette eau plane et rapide et sans bornes 

Du long pays de la richesse et des bisons, 

Et t’avoir à travers les hautes frondaisons, 

Soleil égal sur les nickels et sur les cornes ! 

 

Le long vent de la course est frais à nos moiteurs ; 

Le bonheur d’Amérique est dans le store orange 

Que fait flotter comme un ardent drapeau des anges 

Une maid apparue au balcon dans les fleurs. 

 

Et les libres bisons poursuivent leur pâture, 

Et ta paresse au creux du car bleu voit fleurir 

Parmi ces fauves lents et cet air sans désir 

Le mol confort et la bienheureuse aventure. 

In L’enfant prodigue, 1927 

Poème reproduit avec la gentille autorisation de Lise Thiry

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Au coeur de la campagne de Russie des auto-canons : « la bienheureuse aventure »

Document AML




Le nouveau premier roman de Gérard de Sélys

18052009

Efficacité. Un mot peu prisé en littérature. Efficacité poétique. Une association horrifiante… Et pourtant je pense à cela quand je lis le dernier premier roman de Gérard de Sélys. Vous vous souvenez, Gérard, nous l’entendions sur les ondes, toujours plus tard dans la nuit au fil de sa carrière sans compromission… Une voix de l’information qui disait quelque chose : rare !

De cette efficacité communicative, on dirait que quelque chose est resté dans ce roman au titre byzantin : L’apoptose (j’ai lu en deuxième page ce que cela veut dire, moi…).

Atteint d’un cancer, un conférencier activiste croyant en un monde meilleur vit ses dernières semaines, surveillé par la police qui veut s’en débarrasser. Il est miné de l’intérieur mais il travaille (et le lecteur se retrouve en cette compagnie d’un penseur acteur progressiste). Il reçoit la visite de ses enfants, il fait rire ceux de sa compagne, il est l’ami d’enfants du quartier… Il cuisine et fréquente un bistroquet où se lient les amitiés et où il boit des trappistes (les meilleures bières belges) tout en lisant…

Le livre est fait de 110 séquences courtes où le point de vue et le narrateur changent chaque fois. Effet kaléidoscopique. L’un des narrateurs est même la tumeur cancéreuse qui squatte le corps d’Antonin et qui décrit sa progression et les effets sur les facultés du personnage.

Efficacité poétique parce que les phrases sont très simples, parfois elliptiques ; la narration avance vite de péripétie en péripétie et cette sobriété met en évidence quelques « écarts de langue » qui prennent alors toute leur force, souvent tendre. De l’humour, de la légèreté aussi dans ce livre qui raconte la maladie. L’« efficace », dans le sens ancien,  après tout, c’est l’art de transformer en réalité.

L’apoptose, un très joli livre (9,5 Euros) édité au Cerisier, avec en couverture une peinture de Kathy Gorjàn,

La grande virologue Lise Thiry nous en parle :

Hugues Robaye




La noix de Grothendieck

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Cela fait presque 20 ans qu’Alexandre Grothendieck, l’un des plus grands mathématiciens du siècle dernier, s’est retiré du monde dans un village des Pyrénées. On croit souvent que les chercheurs théoriciens, les mathématiciens en particulier, sont eux-mêmes des êtres abstraits, détachés de la pesanteur de la chair. J’ai été aussi victime de cette illusion : même si le nom de Grothendieck figurait dans le titre de mon travail de fin d’études, ce n’est que tout récemment que j’ai un peu découvert une personne qui avoue trois passions : les femmes, les mathématiques et la méditation.

Grothendieck démissionna en 1970 du prestigieux IHES parce qu’il ne pouvait accepter le financement partiel de celui-ci par des crédits militaires. Commencent alors pour lui des tentatives d’une vie autre : désobéissance civile, fondation d’une communauté,  contreculture, jusqu’à son retrait définitif.

De son autobiographie, Récoltes et semailles, plus d’un retient cette alternative qu’il donne du travail scientifique :

« Prenons par exemple la tâche de démontrer un théorème qui reste hypothétique (à quoi, pour certains, semblerait se réduire le travail mathématique). Je vois deux approches extrêmes pour s’y prendre. L’une est celle du marteau et du burin, quand le problème posé est vu comme une grosse noix, dure et lisse, dont il s’agit d’atteindre l’intérieur, la chair nourricière protégée par la coque. Le principe est simple : on pose le tranchant du burin contre la coque, et on tape fort. Au besoin, on recommence en plusieurs endroits différents, jusqu’à ce que la coque se casse – et on est content. [...]. Je pourrais illustrer la deuxième approche, en gardant l’image de la noix qu’il s’agit d’ouvrir. La première parabole qui m’est venue à l’esprit tantôt, c’est qu’on plonge la noix dans un liquide émollient, de l’eau simplement pourquoi pas, de temps en temps on frotte pour qu’elle pénètre mieux, pour le reste on laisse faire le temps. La coque s’assouplit au fil des semaines et des mois – quand le temps est mûr, une pression de la main suffit, la coque s’ouvre comme celle d’un avocat mûr à point. Ou encore, on laisse mûrir la noix sous le soleil et sous la pluie et peut-être aussi sous les gelées de l’hiver. Quand le temps est mûr c’est une pousse délicate sortie de la substantifique chair qui aura percé la coque, comme en se jouant – ou pour mieux dire, la coque se sera ouverte d’elle-même, pour lui laisser passage. [...] Le lecteur qui serait tant soit peu familier avec certains de mes travaux n’aura aucune difficulté à reconnaître lequel de ces deux modes d’approche est “le mien” . «  

Xavier Vanandruel

  







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