A vélo vers deux fermes paysannes

22042009

Dimanche j’ai visité, à vélo avec Maarten, initiateur d’un Gasap voisin, les deux fermes partenaires de notre Gasap en formation (Gasap: groupe d’achat solidaire de l’agriculture paysanne)

A commencer par celle  de Jean-Pierre Deleener à St-Pieters-Leeuw. On est un peu étonné de trouver cette ferme en bas d’une longue rue résidentielle, à proximité immédiate aussi de l’hôpital Érasme. Jean-Pierre a repris la ferme  au terme de quatre générations  qui élevèrent  vaches, cochons, ou entretinrent un grand verger. Aujourd’hui l’activité est seulement l’horticulture biologique. Jean-Pierre nous montre une sarcleuse et un semoir montés sur roue et à pousser: on ne ne peut imaginer mieux, dit-il, et ce sont des machines solides et inusables. Il poursuit très logiquement: le fabricant en a donc vendu de moins en moins et a fait faillite. La plus grande menace sur les légumes vient des … pigeons de la ville, qui ne laissent rien des jeunes plants de chou, de sorte que Jean-Pierre est obligé de  recouvrir ceux-ci d’une toile translucide.

ferme Jean-Pierre 

Avant de partir nous dégustons un jus de fruit pomme-cerise, riche et délicieux. 

J’étais arrivé là à vélo avec Maarten, et c’est à vélo toujours, à travers le Pajottenland,  que nous repartons vers Bever, à la ferme de Gislene. On est en Flandre, me dis-je en observant une ménagère dépoussiérer, avec un plumeau d’extérieur, ses descentes de gouttière et encadrements de fenêtre.  Un moment, nous devons nous arrêter pour laisser toute latitude à une course cycliste de kermesse. A l’inverse, Maarten manque plus loin d’être renversé par un charroi agricole motorisé. Il relève le numéro de plaque et porte plainte auprès de policiers en camionnette, moyennement intéressés (et à propos: je lis aujourd’hui qu’une cycliste de 43 ans est morte écrasée par un camion, avenue Louise, après deux récents accidents impliquant des cyclistes rue du Trône – je l’emprunte régulièrement, c’est de la folie). 

Notre départ tardif et ces imprévus font que nous arrivons chez Gislene la visite terminée: je demanderai des explications aux autres visiteurs. Belle ferme, et belle région, aux confins du Pajottenland et du Hainaut, non loin de la Potterée et sa base mayaque !  Gislene nous invitera à prendre une tasse de café à l’intérieur, avec une tranche de pain maison  et de la confiture de chez Didier Bellens (le même producteur que pour le jus). Tandis que la conversation suit son cours – il est question de culture de champignons, aussi des possibilités comparées de recyclage de l’aluminium et de l’acier, mais la dispersion des ressources minérales est à terme sans remède, ne peut qu’être ralentie — le compagnon de Gislene pétrit tout naturellement la pâte d’un pain. 

Xavier Vanandruel


 

 




Quand un quartier se dit, se pense. Benoît Verhille et La Contre Allée

6042009

André Dhôtel disait que ce qui importait en premier pour l’écrivain, c’est d’avoir un bon sujet. 

Benoît Verhille (que Xavier Vanandruel et moi avons rencontré samedi, au salon Trame(s) de Fourmies (Nord Pas-de-Calais)) en donne de bons aux auteurs qu’il invite à participer à ses projets… Ainsi, ce livre Chacun sa place, travail collectif réalisé autour de la construction d’une nouvelle place bouleversant un des plus anciens quartiers de Lille (Fives). 

Dans Chacun sa place (La Contre Allée, 2008), une photographe capte au jour le jour la métamorphose du quartier tandis qu’une journaliste rencontre les habitants. Avec ces visions, le livre croise celles d’écrivains, de chercheurs, de musiciens (de ce quartier provient le compositeur de l’Internationale, Pierre De Geyter, et sur le cd qui accompagne le livre, ce chant est revisité). La pratique artistique est en quelque sorte médiatrice, questionnante, en dialogue avec le vécu des gens. Un « art » au service de la cité ou qui fait ou refait cité. De la cité ou mieux, du quartier, cet espace vécu quotidiennement avec tout ses réseaux de rencontres et d’échanges ; bistros, petits commerces, maisons et immeubles, places, marchés, rues dans leurs largeurs et hauteurs, fenêtres ouvertes l’été, chaises sur les trottoirs, trafic et heures de trafic, squares, platanes et chants d’oiseaux plus ou moins étouffés, air du petit matin, atmosphères des soirées, bruits, parcours quotidiens particuliers aux heures. Réseaux circulatoires qu’un projet urbanistique balaie. 

Je mettais art entre guillemets parce que ce n’est pas l’art des galeries mais des pratiques qui sont des formes de savoir, soit d’approches sensibles, perceptives, autour d’une expérience commune ; ici, celle du quartier. Des formes de réaction aussi et de conscientisation… Je parlais plus haut de médiation, c’est que le livre de « Contre Allée » résulte de rencontres, de débats entre ces acteurs : gens des quartiers, artistes, chercheurs. Ils se sont rencontrés, ont échangé lors de soirées ; se sont ensuite croisés dans les rues et reconnus, ont discuté à nouveau… Tout cela orchestré par Benoît Verhille. Et, par exemple,  la mise en fiction du quartier par l’écrivain (qui est aussi une mise à distance) permettait lors des rencontres d’en parler sans animosité, en désamorçant certaines agressivités, en discutant autour d’une histoire. Tandis que les paroles des chercheurs devaient se faire compréhensibles. Tout un travail autour des savoirs. Il s’agissait (et s’agit toujours) de réapprendre (à vivre) ensemble les traits d’un quartier. 

Une initiative d’utilité publique à reproduire, non ?

Hugues Robaye 




Dire non

18032009

Je viens de rédiger et d’envoyer le PV de la deuxième réunion de formation de notre Groupe d’achat solidaire de l’agriculture paysanne. On y avait décidé de commander, à l’essai, des paniers de légumes auprès de Gislene, une maraîchère de Bever. Le samedi suivant, chacun était venu chercher son panier (en réalité un cageot) qu’elle avait déposé dans le garage de Liliane et Pit : pourpier d’hiver, chou rouge étonnamment petit, céleri rave tout autant, poireaux déjantés, choux de Bruxelles, carottes et navets, tous denses et délicieux.

À la réunion, Maarten, à l’origine d’un autre groupe déjà constitué, était venu expliquer le fonctionnement de celui-ci. Chaque Gasap est autogéré d’après ses propres règles. Une originalité chez eux est que la réception des légumes se fait en alternance par chaque membre, ce qui permet aussi à chacun de croiser personnellement l’agricultrice. Toutefois, quelqu’un qui n’aurait pas la place ou la disponibilité peut rendre service autrement, par exemple en organisant une visite de la ferme pour les enfants, qui voient ainsi d’où viennent, par qui et comment sont cultivés les légumes qui les nourrissent.

Plus tôt dans l’après-midi, j’étais tombé sur une interview d’Annie Le Brun, poétesse,  philosophe et essayiste, éclat de jais tranchant. Elle dit, devant la crise globale actuelle : « Tout se tient. Il y a une sorte d’équivalence dans le désastre. Au remodelage des villes en centres commerciaux généralisés correspond le body building, la chirurgie esthétique… au crabe reconstitué, cette nourriture industrielle qu’on débite, correspondent aussi les sortes de nourriture culturelle qu’on essaye de faire avaler… de telle sorte que toutes les conditions sont en place pour qu’on avale tout, aussi bien la mauvaise nourriture que l’absence de pensée…  Il est temps de dire non… Car la liberté, comme la servitude,  est contagieuse. »

Dans un prochain MaYaK, un dossier sur la décroissance, la simplicité volontaire, une interview d’Hervé Brindel et Olivier Servais, participants à la Démarche ou au Début des haricots…   

Xavier Vanandruel




MaYaK, new beat ?

14032009

« Ce n’est pas l’autarcie que nous prônons, mais un art de vivre, un plaisir de vivre face à la mécanisation totale (et nuisible) de la vie et du travail. Je crois que, cuisant notre pain, faisant notre fromage, récoltant nos plantes médicinales, vivant en partie de cueillettes, cultivant nos légumes, faisant les foins, tout en écrivant des poèmes et des articles, lisant des livres, médi­tant et marchant dans la montagne, notre vie est l’illustration du fait que, comme l’exprime si bien notre ami Gary Snyder, « II n’y a pas de contradictions entre une vie matérielle exté­rieure dépouillée et un très haut degré de cul­ture »… »

Quelques lignes de ce petit livre qui arriva un jour par la poste à la Potterée, siège du Groupe Esthéthique ! La maison sur la montagne : une vie d’ermite par Michel Jourdan (Le Relié poche, 9 euros). Michel Jourdan, un homme qui se retira dans les années septante en Haute Ariège et aménagea avec sa compagne, de leurs mains, une grange, habitant poétiquement la Terre… Poétiquement et en accord, en collaboration avec la nature environnante, mais plus qu’environnante (« nous sommes devenus mélangés d’arbres, d’herbes et de torrents »…). Superbe petit livre de celui qui anima la revue « Chaman », avec dans le comité de lecture, notamment, Gary Snyder, Jacques Pimpaneau, Jacques Brosse…

Alors, MaYaK, new beat ? Oui et non, comme la vie, comme le serpent à plumes, MaYaK est insaisissable !

Mais l’amitié est là, Michel Jourdan, qui participera à un MaYaK à venir, écrit à MaYaK ces moments d’un séjour au Laos :

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Laurent Mignon : quand un orientaliste fait comprendre le monde contemporain

14032009

« «Art» et «littérature» ne sont pas des termes que l’on associerait forcément avec la Tchétchénie. Il est vrai que nous lisons plus souvent des nouvelles du conflit sanglant opposant les indépendantistes tchétchènes et leurs alliés aux maîtres du Kremlin que des analyses traitant de l’influence de Maïakovski sur la poésie locale. Certes des ouvrages tels qu’Allah’s Mountains: Politics and War in the Russian Caucasus du journaliste britannique Sébastian Smith et Au Caucase: Russes et Tchétchènes, récits d’un conflit sans fin, édité par le chercheur Mateï Cazacu, sont des livres fort intéressants qui incluent aussi des in­formations culturelles de la région. Néanmoins la majorité des ouvrages et articles au sujet de
la Tchét­chénie ont pour but d’étudier le conflit et ses origines et parlent peu d’art et de littérature modernes, fai­sant ainsi des Tchétchènes, par omission, un peuple de barbares belliqueux plus ou moins moyenâgeux. Par exemple, vous chercheriez en vain l’équivalent en tchétchène de «tableau» ou bien «poésie» dans le petit guide linguistique préparé par Nicholas Awde et Muhammed Galaev Chechen-English English-Chechen: Dictionary and Phrasebook, un des rares ouvrages du genre adressé au grand public. Par contre l’intrépide voyageur qui, malgré tout ce qu’il a pu lire, s’aventurerait dans cette république du Caucase du Nord, pourrait puiser dans le manuel des phrases toutes faites telles que «J’ai été violé(e)», «Ne ti­rez pas» et «Ma voiture a été volée». »
[Et l'auteur de se mettre à parler d'une autre Tchétchénie et plus loin, d'une autre Géorgie, puis d'un autre Tatarstan, etc.]

Faire servir sa connaissance des cultures anciennes à une compréhension profonde et nuancée du monde (oriental) contemporain, voilà ce que fait Laurent Mignon (ce Belge qui enseigne les lettres turques à Ankara…) dans Lettres de Turquie et d’ailleurs chez Mémor (maintenant Mijade). Et l’on se prend à respecter le « barbare » qu’on méprisait… Irions-nous jusqu’à relativiser la réussite éclatante du modèle occidental et à réfléchir sur l’avenir du monde ?!  

Belle réussite que ce petit livre vif et salutaire, compilation d’articles parus initialement dans les « Cahiers luxembourgeois ».

Et puis, bonne nouvelle, Laurent Mignon a répondu « oui » à l’invitation de MaYaK.

Hugues




Le bonheur du monde

8032009

  

« C’est la possession culturelle du monde qui donne du bonheur » écrit Pier Paolo Pasolini, cité par Alain Tanner dans Paul s’en va. Or l’empire de la marchandise, par la destruction qu’il opère sur le langage, tend à rendre ce bonheur-là impossible.

Cette destruction du langage me paraît être devenue aujourd’hui un thème et un enjeu centraux, à lire par exemple Jean-Pierre Le Goff ou Marie-Dominique Perrot (voir mes précédents billets).

C’est toutefois chez un écrivain que j’ai lu ce thème traité pour la première fois : Ivan Klima, l’auteur tchèque d’Amour et ordures (1988). Dans ce beau roman autobiographique il relate la période où, en même temps qu’il vivait une passion amoureuse déchirante, il revêtit pour son travail la veste des éboueurs de Prague (c’était encore la période communiste). Le thème principal de ses méditations est les déchets –tant les déchets matériels que ceux que la barbarie moderne a vus chez des êtres humains. Mais déjà dans cet ouvrage il évoque le basculement du langage dans l’insignifiance.

Mon amie Dagmar, habitante de Prague,  le croisa à l’époque dans un de ces réseaux d’échange qui permettaient de troquer son logement pour un autre. Klima, un de ces auteurs qui conjuguent éthique et esthétique. Encore une rencontre mayaque souhaitable.

Xavier 




Grande panique

4032009

La semaine passée, je lisais dans le journal Le Monde un compte-rendu du bulletin de février du LEAP, un groupe pluridisciplinaire d’experts européens en prospective, qui il y a trois ans déjà avait prévu l’actuelle crise systémique mondiale.

Cette fois ces experts  annoncent, avant la fin de 2009 et dans une bonne partie du monde, des troubles sociaux proches de la guerre civile.

Cela me fait irrésistiblement penser à  Paul s’en va (2004),  le film d’adieu d’Alain Tanner, où une jeune étudiante en art dramatique évoque en plaisantant deux moments clés du futur : l’année de l’effondrement du capitalisme et, plus tard, l’année de la grande panique.

Alain Tanner m’a toujours frappé par l’empathie qu’il montrait, dans ses films, avec notre époque. Je ne le souhaite pas, mais il se pourrait que cette prévision habillée d’humour soit juste.

Une raison supplémentaire, en tout cas, de demander un entretien  pour MaYaK à ce grand monsieur.

 Xavier

 







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