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Nos racines Lés arpes d’el drèfe

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vern3 noté2 Installation, métamorphoses et acteurs observateurs… Chapelle Notre-Dame de Grâce, Tournai

Jacques Tati disait qu’il faudrait intégrer aux programmes d’enseignement des heures d’observation…

Un jour Isabelle Tesse passe par la drève de Maire (Tournai) et remarque les croix peintes qui condamnent certains platanes de cette large avenue au trafic intense. Elle en parle à Jean-François Van Haelmeersch : ce serait bien de garder trace de ces arbres qui peuplent notre jardin intérieur ; des empreintes ?

Et Jean-François Van Haelmeersch de s’y mettre : des frottis sur papier, des photos retravaillées de traits, des empreintes sur tissus du tarmac avoisinant ; à partir des photos et des frottis, il abstrait des xylogravures…

Il en parle à Caroline Léger, si sensible au végétal, qui se met à travailler, elle, à montrer l’alpha et l’oméga de nos amis les arbres : photos de jeunes pousses sous un éclairage d’exposition, les racines vitales et fragiles reliées au feuillage dansant par une tige gracile où passe un filet de lumière tel une veine ; un fut fait de pages d’un livre ancien reposant sur un rouleau de papier suggérant un tronc avec ses cernes et ses années.

JFVH en parle à Bruno Delmotte qui compose une suite poétique en picard traduite en français et assortie d’explications philologiques éclairant les racines de la langue française quand elle remonte le temps en passant par le picard. Il compose une sorte de bestiaire de la drève de Maire (« maire » renvoie aux marées de l’Escaut qui avaient transformé ce lieu en marais, jadis) : bestiaire d’habitants, animaux et humains, vivant dans la beauté de cette allée qu’en automobilistes pressés nous oublions de regarder…

Nous composons un livre et j’ai bien envie de décrire ce beau et bon travail d’observation en commun, à plusieurs ; toutes les formes qu’il prend, que lui donnent ceux qui ont pris le temps : 5 artistes soucieux du vivant : un travail éthique…

Nos racines Lés arpes d’el drèfe, Bruno Delmotte, Caroline Léger, Hugues Robaye, Jean-François Van Haelmeersch, Phare Papier 2019, 10 euros

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MaYaK/Phare Papier/GE!, cette année 2019…

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wpo5 chezl3 ceh5 Journées Wallonie Portes ouvertes, Potterée ; Chez Lucy, Lessines ; Marchienne au Pont

État des lieux mayaque…

MaYaK, la revue-livre du Groupe Esthéthique ! asbl (GE! : éthique + esthétique) existe depuis 2005 et s’est développé, tel un organisme tout au long de ces bientôt 15 années…

C’est en revenant de Slovaquie que je me suis demandé comment inventer quelque chose qui mette en valeur tout l’héritage (culturel, au sens large, vivifiant, vitafère, écrivais-je jadis) que j’avais reçu, que je recevais et recevrais selon des associations, des analogies spontanées de sens ; des rencontres qui n’allaient cesser, sauf (RIP)…

Jouer avec des formes de communication : édition, audiovisuel, expos, rencontres…

L’état providence belge m’avait encouragé à terminer mes études de philosophie ; je lui devais de rester dans ce « mécontentement joyeux » à la Krishnamurti : ne jamais se satisfaire de l’état de fait, rester un ado (un soleil qui se lève) constamment mais ne pas jouer au casse-pied de service, rayonner la force de la vie, depuis la nature (et la culture)…

Produire de l’information sensible, une/des vision(s) du monde, de comment vivre ensemble (et seul) au mieux sur cette planète. Les bonnes belles et larges réponses (petit rappel de Goethe) ne manquent pas mais les infos pullulent et il me semblait intéressant d’en associer certaines dans un esprit qu’il me plut d’appeler « mayaque », du nom de ce théâtre à Žilina (Slovaquie), un théâtre de marionnettes dont le nom signifie « phare ». Des sonorités à la fois douces et explosives (comme cette dernière consonne occlusive, telle une claque) . Et puis l’image du phare, entre terre et mer et ciel, qui lance des signaux, des repères…

Revue-livre, cabanon d’édition, audiovisuel (Muzifar records & Télémayak), expos, observatoire écophile (recherches aimantes sur les lieux habités), observatoire des rayonnements endogènes (à partir notamment du Burkina Faso (Burkimayak), mais aussi appliqué à nos régions : comment chaque communauté humaine/naturelle se développe selon ses principes à elle) : l’organisme se ramifiait et chaque branche tenait au même tronc et une circulation naissait…

Donc un état des lieux provisoire :

Un double MaYaK se prépare, consacré à la thématique : « mort, résurrection et insurrection des villages » ! Un questionnement et je pourrais ajouter un point d’interrogation à cette proposition… Serait-ce d’espaces où l’homme peut être plus en contact avec la nature (le village), où la densité de population est moindre, que viendraient, de façon privilégiée, des réactions au consumérisme productiviste ? Plusieurs conditionnels dans ce qui est déjà une question… Le village existe-t-il encore chez nous ? Qu’est-ce qu’un village ?

À cette dernière question, j’ai cherché des réponses au Burkina Faso, en janvier/février derniers ; je suis rentré avec beaucoup d’enregistrements autour de cette question du village, là-bas. Cette enquête : une base pour monter une expo compacte : textes (peu), images, sons, images animées qui déplierait une publication textes/images comportant plus d’écrit ! En préparation.

Expo et album pour introduire, dans le « village » de Flobecq, le Burkina Faso : un accord de coopération a en effet été signé des deux côtés fin 2018 et début 2019. Accord sur papier. Qu’en faire ?

L’assoc GE ! (Groupe Esthéthique!) et l’ONG burkinabè APIL (action pour la promotion des initiatives locales) sont les deux facilitateurs de cet accord. L’optique du GE ! et d’APIL : les deux pays ont des niveaux de développement très différents mais le Burkina repose toujours sur une agriculture familiale et sur ses villages, menacés, mais soutenus, par des ONG et des associations agroécologiques conscientes des méfaits de l’agriculture industrielle et chimique. Comment le village et la relation à la terre sont-ils vécus ici et là-bas ? Croiser les regards pour s’interroger sur notre présent et ses relations à l’histoire, sur le mode de développement que nous avons privilégié. Et penser l’avenir…

Ces questionnements trouvent un cadre propice au cœur d’un nouvel engagement du GE ! : dans la commission du patrimoine de Flobecq. Patrimoine naturel, humain, culturel, architectural : comment les populations diverses vivent le territoire rural de Flobecq ? Y a-t-il encore une différence fondamentale entre campagnes et villes ? La commission permet d’aborder beaucoup de sujets liés à l’habiter, aujourd’hui : géographie naturelle et humaine : un horizon de réflexion et de sensibilité infini…

L’un des projets de « COMPAFLO » est une publication dans l’esprit – mutatis mutandis, of course – de « Zadig » en France : réinventer les régions de France par le récit, par des récits de natures variées qui redonnent sens aux territoires en cette époque consumériste et parmi des discours politiques à visions courtes qui n’enchantent personne… Une sorte de MaYaK flobecquois ;-)

L’activité éditoriale récente du cabanon d’édition Phare Papier va dans le même sens.

Réédition de Delattre, Docteur de l’Intimisme, en un format différent (Delattre, conteur régional, médecin spécialiste de l’alimentation qui écrit à la fin de sa vie écourtée, une sorte de philosophie liée à la conscience intime du corps : l’intimisme.

L’homme qui dissipe la nuit : Méthodologie d’approche pour une école communautaire, de Étienne Lannoaga Zoetyandé : un manuscrit dactylographié rapporté du Burkina et édité en collaboration avec l’association Dougoura de Ouagadougou : un plaidoyer sous la forme d’un « roman pédagogique » pour convaincre les parents villageois de mettre leurs enfants à l’école : un livre qui montre le Burkina des villages…

Sortie de Nos racines Lés arpes d’el drèfe, où 4 artistes se penchent sur le destin d’arbres bientôt abattus et plus largement sur la relation de l’humain au végétal.

Sortie prochaine d’un livre de Kouam Tawa et Hervé Yamguen, Dans l’arène, qui pose sous la forme d’une suite poétique complétée de textes de réflexion la question du politique, du rôle de l’artiste dans l’expression de modèles de vivre-ensemble. Le livre vient du Cameroun contemporain mais ses interrogations concernent n’importe quel territoire.

Sambo Boly, Le village : 13 toiles : un livret consacré aux grands formats de notre ami peintre burkinabè dont une inspiration majeure consiste en l’expression des forces des villages traditionnels burkinabè.

Préparation d’un livre avec l’écrivain de Ghoy (Hainaut, commune voisine de Flobecq), François Noul, Textes à vivre, à boire et à manger : Chroniques et recettes (de vie). Ancien AS, qui fonda et pilota la ferme de réinsertion sociale « Bocace » à Marchienne au Pont : agroécologie pionnière et élevage, production locale, distribution en circuit court. François Noul fut de longues années chroniqueur au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » et collaborateur dans diverses revues. Grand cuisinier (à partir des trésors du jardin potager) lorgnant vers une relative autarcie et sobriété heureuse… Un recueil de textes, culinaires et de vie…

Patrimoine naturel : la potterée, siège social mayaque a connu cet été des fêtes, des petits-déjeuners « ting tang » pour parodier une notion contemporaine. Ting-Tang : rassembler – à la chinoise – des âmes dans un lieu inspirant : sur une colline sujette aux souffles de vent, en un jardin sauvage traversé par les lumières et les animaux : quiétude propice à l’échange d’idées sensibles. Il y eut plusieurs rencontres à la Potterée autour de ces sujets/objets d’études évoqués plus haut, dans un climat d’amitié musicale… Il y eut ainsi et aussi la visite de notre ami camerounais Hervé Yamguen, avec qui nous organisâmes plusieurs activités (notamment au « Cabaret des Oiseaux » de Marianne Uylebroeck, partenaire de pas mal d’activités, à Lessines). La potterée comme j’appelle métonymiquement la masure qui m’accueille recevait une vie nouvelle, dans le prolongement de sa participation à l’opération Wallonie portes ouvertes de l’année passée, où la maison montrait 14 années d’activités mayaques.

Les hasards de l’existence (sous toute réserve) nous amenèrent aussi, à plusieurs reprises entre Walcourt et Sivry : Walcourt : « la Petite Maison », un lieu d’expos, d’ateliers et de rencontres,créé cette année par Muriel Adam. Nous retrouvons là Philippe Michaux et ses filles qui animent « Le Chemin du Village », association de géographie humaine qui explore le bassin de la rivière Eau d’Heure ; nous y croisons les sœurs Béatrice et Marie Albert qui ont fondé « L’Ortie-Culture », où elles initient à la pratique du « jardin comestible »… Rencontre avec Agnès Marlier dont le travail consiste – au Centre culturel de Walcourt – à épauler des initiatives citoyennes, dans le cadre du projet européen « leader » (liaison entre acteurs du développement économique en milieu rural) et du « GAL Sambre et Meuse» (Groupe d’action locale). Le soutien des initiatives locales, celles que promeut APIL par une personne passionnée, dévouée et inventive

Réseaux : plus au sud, l’  « Association libre » – de Frédérique van Leuven & Thierry Génicot – pratique la permaculture et organise des rencontres autour de l’importance primordial du contact avec le jardin et la nature (j’avais la chance de pouvoir y présenter les activités mayaques liées à cette dimension).

Et puis il y a eu un campement mayaque d’importance : deux participations à la foire des livres de Lessines, Mes inscriptions (organisée par Alain Georges). Dans une boulangerie désaffectée de la Grand Rue de cette ville : chez Lucy. Une boulangerie avec pignon sur rue, larges vitrines. Une maison dont il faudrait lire l’histoire tarabiscotée, annexes, chevauchements sur la maison voisine, réaménagements… Occuper ce genre de lieu, provisoirement ; le faire renaître un jour ; l’occuper à nouveau quelques semaines après, ce fut comme un enchantement ; l’âme des maisons en peine, abandonnées… Et les Lessinois de retrouver le salon de thé qu’ils aimaient. Être en contact avec les passants timides mais curieux, les saluer et les faire entrer. MaYaK apprécie de participer à des événements de ce genre, comme aussi la journée de l’artisanat organisée à Mont sur Marchienne par l’association « Le Chemin du Village ». Relier les personnes, dépasser les milieux…

MaYaK est en quelque sorte thermodynamique ! : un ensemble en mouvement qui se réorganise en fonction des nouvelles rencontres, se reprofile et gagne en densité… Des circulations nouvelles ; des résonances inattendues. Le plaisir de vivre et de témoigner…

HR

fp1 (2) Hervé endogène journée des solidarités, Tournai ; peinture de Hervé Yamguen




Les « Rencontres à Touvent » (Sivry), 28 avril 2019. Avec MaYaK !

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Touvent2 Touvent3 touvent 7 Touvent, photos : Frédérique van Leuven

À Tournai, il y a ce lieu fourmillant : « La pépinière », où pratique du potager et de la pensée se fertilisent (avec en vue, souveraineté et ceinture alimentaires) ; les idées semblent germer mieux quand l’homme est en contact étroit avec la nature, et ventilé par elle : des idées sensibles, transformatrices, des visions du monde, visions complexes comme les appelait John Cowper Powys.

Je songe aussi à l’éco-centre « Oasis » de Ghlin, centre d’écologie appliquée où Rino Noviello et ses associés réalisent un(e) « oasis » au sens de Pierre Rabhi : un lieu qui pourrait être déshérité mais est réenchanté par des volontés humaines allant dans le sens du Tout, du Beau et du Bien (comme dirait Goethe en l’occurrence…).

À Touvent, hameau de Sivry (Hainaut belge), se sont installés Frédérique van Leuven et Thierry Génicot. Ils y ont aussi aménagé leur « oasis » ; où ils se ressourcent, y pratiquent la permaculture et commencent à y organiser des rencontres :

« Soigner les lieux pour soigner le monde ». C’est la question que nous proposons de partager à Touvent, un hameau anciennement densément peuplé, aujourd’hui réinvesti par quelques rares habitants, amoureux d’une nature encore un peu protégée.

Il y a mille et une façons d’aimer un lieu. On peut choisir de s’y retrouver seul, ou en famille, avec des amis, de participer à une coopérative… D’y cultiver des fleurs, des légumes, ou des plantes médicinales. Y trouver refuge, faire le vide, écrire de la poésie, courir dans les bois, sentir tous les vents contraires qui tournent autant que les milliers de questions du monde.

Nous vous y invitons à y rencontrer, une fois par mois, des femmes et des hommes, artistes, poètes, soignants, philosophes, cultivateurs venus de tous les horizons, qui nous raconteront comment chacun.e a inventé une façon d’habiter un petit bout de terre et d’y « tenir debout ».

À Tous Vents, ce 28 avril 2019, notre premier invité nous amènera un souffle chaud venu d’Afrique. Hugues Robaye habite une petite ferme à Flobecq. Il y a fondé la belle revue-livre MaYaK. Son action locale, qu’il définit comme l’ « écophilie », « recherches aimantes sur les lieux habités », l’a mené du fond du Hainaut jusqu’à un autre continent, dans un village un peu perdu du Burkina Faso, en voie de jumelage avec Flobecq.

« Je travaille actuellement cette question : Mort, résurrection & insurrection des villages. Une solution au consumérisme productiviste, grand ravageur de psychologies humaines et de milieux naturels, nous viendrait-elle des villages ? Comment les villages burkinabè, fermes familiales & pauvreté, richesse des peuples, sobriété heureuse ou simplicité volontaire, nous fourniraient-ils une sorte de « modèle » nous invitant à repenser comment nous habitons nos lieux ? »

Le dimanche 28 avril :

Visite du potager en permaculture à 16H30

Rencontre avec Thierry Génicot & Hugues Robaye, à 17H30

Entrée libre et sans réservation

Touvent7 Touvent6 Touvent5  HR et Blanche, photo : Ladida Brecht. Touvent photo : FvL




Les Rencontres à Touvent (Sivry) : Frédérique van Leuven, Thierry Génicot : « soigner les lieux pour soigner le monde » : avec MaYaK, 28 avril !

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6 avril 2016 - Copie 16 juillet 2016 portrose des émissions avec Thierry : Jacques Faton, les Cardon et Olivier Ducène…

Dimanche, Thierry Génicot me rendait visite à la Potterée (Flobecq, Hainaut belge), après sa séance mensuelle aux « Fraternités Ouvrières » de Mouscron, haut-lieu informel de permaculture.

Il faisait splendide et nous nous sommes installés devant le paysage, sur la petite butte qui domine la pâture de mes amis fermiers – Michel et son fils Lionel, – et qui nous a permis de nous glisser dans la pénéplaine qui va vers Ath et dans les réseaux de chants d’oiseaux (je n’ai pas gardé de photo de cette rencontre mais un enregistrement dans lequel les oiseaux occupent l’avant-plan du son alors qu’ils nous étaient restés cachés, la plupart du temps).

Thierry Génicot est dit un « homme de radio ».

Un créateur des ondes, qui vit de créations radiophoniques et travaille, notamment, pour et avec la Une, dans « Par ouï dire », la précieuse émission quotidienne de Pascale Tison. Thierry Génicot nous y chuchote ses « mondes invisibles ».

Je crois que nous nous connaissons depuis bien 15 ans. Ce qui m’a toujours frappé chez lui et dans son travail, c’est : l’intense curiosité, le désir de comprendre et l’art d’associer. D’associer le sens et les sons, de monter le sens et des sons… De rendre sensible le « mystère » de la vie (je me souviens dans mes études de philo, de Gabriel Marcel opposant problème à mystère), de faire cheminer l’auditeur dans l’inconnu par l’inattendu de la radio, de la parole qui va venir et qui nous surprend.  Il m’a invité dans quelques émissions : sur Annie Van de Wiele (la première femme à avoir fait le tour du monde en voilier), sur Paul André (le poète penseur du Tournaisis et du rural rayonnant), sur les Fraternités Ouvrières (voir ci-dessus), sur MaYaK, sur les recherches écophiles, etc. Et ce qu’il en a résulté est toujours apparu à mes yeux, non à mes oreilles, comme des synthèses sonores, témoignages presque éternels d’un travail qui prenait d’autres formes… Et puis : le mystère des voix (bulgares et universelles).

Je suis très reconnaissant à Thierry de ce don ; de la façon dont il a su donner sens, avec une perspicacité foudroyante, à ces différents travaux, lui qui n’arrête pas (sauf quand il est avec son potager, me disait-il) de rencontrer des « habitants chercheurs » de tous horizons de la recherche…

Voilà qu’avec sa compagne, la psychiatre Frédérique van Leuven, ils ouvrent leur lieu, à Sivry où ils pratiquent la permaculture à des rencontres périodiques autour de  : « Soigner les lieux pour soigner le monde ».

Et ne voilà-t-il pas, à mon grand honneur, qu’ils me proposent d’ouvrir le bal !

La « thématique » me parle bien sûr beaucoup : en mémoire directement ce que me disait Rino Noviello de son écocentre Oasis, à Ghlin appelé ainsi en référence à Pierre Rabhi : tout lieu, si déshérité fût-il, peut devenir un oasis quand des volontés humaines bienveillantes l’habitent.

L’invitation de Frédérique et de Thierry me permet en tout cas de reprendre tous ces « chemins de traverse » (une expression que Thierry a employée dimanche) que MaYaK a empruntés depuis le début de son histoire (cela fait 14 ans) pour faire apparaître un réseau de personnes qui pensent leur présence au monde depuis un respect et un amour inconditionnel pour la Nature et la libre expansion utile des nécessités intérieures des humains…

Le 28 avril, 17h30, dans notre échange, nous partirons des recherches « écophiles » (recherches aimantes sur les lieux habités) actuelles : le village au Sud, le village au Nord. Burkina Faso/Belgique. Ziniaré/Bissiga/Flobecq…

Le mode de peuplement du village où les hommes s’intègrent plus à la Nature où, au moins, il sont plus en contact avec elle, peut-il être une réponse à l’effondrement qu’annoncent les « collapsologues » étudiant les ravages du consumérisme productiviste et prédisant que nos sociétés du nord vont s’effondrer.

Mais nos villages du nord ne sont-ils pas déjà morts ? Mort ou en voie de résurrection ? Ces nouveaux habitants chercheurs qui s’y installent en des formes d’insurrection face au modèle de développement dominant ne consolident-ils pas une « alternative », ne tracent-ils pas une nouvelle voie ?

Les masses du sud et les masses du nord sont opprimées par les mêmes, disait Thomas Sankara, l’éminent président du Burkina… Un pays africain comme le Burkina Faso (l’un des plus « pauvres » de la planète) où fermes familiales, nature nourricière, économie informelle avec des syndicats, entraide, production (semi-)artisanale, « pauvreté, richesse des peuples », « l’Afrique au secours de l’Occident », restent une base reconnue et renforcée par des réseaux d’associations, d’ONG locales (comme APIL, l’ONG de mon ami Abdoulaye Ouédraogo), par de grandes personnalités qui ont une vision pour leur pays et leurs habitants ; un Burkina endogène et agroécologique ne serait-il pas un « modèle » très suggestif à explorer, à essayer de connaître ? Ne serait-il pas temps de réellement dialoguer, allez, sur l’avenir du monde ? Je trouve que oui…

Mes 6 voyages au Burkina – avec pour objectifs, information et communication – n’ont à mes yeux de sens que par cet échange entre des modèles de vie que des habitants-chercheurs, qui ont une vison globale critique et comparative, pensent et tentent de réaliser…

Et c’est tout le travail mayaque qui se reflète dans ces dernières recherches sur le village (et les vivifient). Recherches qui reçoivent, en plus, comme un cadre institutionnel : l’accord de partenariat entre Ziniaré et Flobecq, signé en janvier 2019.

Merci donc à Frédérique et Thierry de me donner cette possibilité de remodeler cette pâte !

Les rencontre à Touvent (voir page facebook…) seront enregistrées.

« Touvent » : le nom du hameau de Sivry qui vous accueillera. Et le nom de la sprl de Thierry Génicot ? « Silence »…

(Il y aura aussi une table avec les publications mayaques…)

 Au plaisir d’échanger avec vous ce soir-là !

Dimanche 28 avril 2019, 17h30, rue Touvent 5, 6470 Sivry (Hainaut) 




LE LOINTAIN DE PRES : UN IRAN DE JEUNES GRAPHISMES

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MaYaK/Phare Papier participe donc à l’organisation d’un mois iranien à Tournai, centré sur une exposition : 65 affiches de graphistes jeunes (et quelques-uns moins jeunes) qui illustrent la vie culturelle d’aujourd’hui dans ce grand pays méconnu. MaYaK/Phare Papier a conçu le catalogue. Non, le livre-catalogue! Car on peut considérer cette publication comme un MaYaK hors-série, vivant de l’intérieur, avec gravité, curiosité et humour.

 Un texte continu accompagne ces 65 images et forme une mosaïque de petits tableaux sur la vie des Iraniens. Par ailleurs, 20 affiches d’étudiants en graphisme de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai entrent en dialogue avec ce lointain vu de plus près. Un Iran de jeunes graphismes pour dire qu’à partir de ces images naît un Iran, pas l‘Iran car un pays, une population sont tellement multiples. J’ai préféré « graphismes » à « graphistes » pour insister sur le côté impersonnel ou supra-personnel d’une création qui déborde toujours l’individu, sur le trait ou le geste du dessinateur qui, en Iran, est presque toujours calligraphe; sur la magie et la puissance incontrôlables des images qui font sentir, percevoir, connaître d’une manière si justement irrationnelle…

 Au fond, ce livre conçu en amitié avec Autour du Feu, l’atelier galerie de l’architecte et céramiste Faezeh Afchary-Kord, nous aimerions qu’il participe modestement au « rapprochement des peuples » (ça fait sourire), des sociétés civiles souvent oubliées par les sacro-saintes « actualités » et occultées par différents pouvoirs qui les utilisent plus qu’ils ne les servent.

 Entourés de ces 85 belles images vivantes, nous pourrons écouter de la musique, de la poésie, une conférence sur l’architecture… Voir le programme ci-joint ! Et puis, de retour de Cannes, le grand cinéaste Abbas Kiarostami passera deux jours à Tournai.

 Hugues Robaye

 

 




André s’en va

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Allait-il emporter toute ma vie passée et l’engloutir dans la Mer Noire ? De ma fenêtre, je regardais le fleuve, le vieux pont, le soleil matinal sur le parc Arena. Septembre 1996, Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Bratislava, lecteur pour le CGRI : je prenais fonction… Un petit bureau carré : deux tables perpendiculaires, une bibliothèque vitrée où étaient gardés les « livres belges » ; une épaisse moquette brun clair, la double fenêtre à double battant qui ouvrait sur le Danube. Je prenais le climat académique avant que les cours ne commencent.

J’allais inviter Jean-Claude Pirotte que j’avais trouvé dans la bibliothèque cadenassée… J’écrivais une lettre à André Bouyer, ce professeur de « poésie » (ainsi appelait-on l’avant dernière année dans l’enseignement secondaire traditionnel) qui m’avait tant marqué, il y avait, oui, 16 ans; en 80/81… Le soleil continental de ce matin m’y engageait.

Bouyer, l’homme aux semelles divines, je le voyais s’avancer dans les couloirs du Collège Saint-Hubert (Boitsfort, Bruxelles). Complet crème, chemise blanche, boutons de manchettes, nœud papillon bordeau, gants de chamois (pour conduire sa R5), barbe finement taillée, lunettes fumées ; il semblait ne pas toucher sol. Nous étions encore « dans le traditionnel » ; l’enseignement rénové nous talonnait… Lui, Bouyer, il s’en éloignait toujours plus et mieux. À ses intercours, personne ne sortait de la classe. Parfois, il nous lisait des textes qu’il aimait (comme Platero et moi de Juan Ramon Jimenez). La douceur de sa voix rappelait la légèreté de son pas.  Ou alors il sortait un appareil à cassettes et poursuivait son histoire de la musique. Nous écoutions religieusement le concerto pour orchestre de Bela Bartók. Puis nous reprenions Virgile, Homère ou l’interprétation difficile d’un poème de Maurice Scève (subtil amateur de poésie, il avait édité une très belle anthologie). En toute délicatesse désarmante, il nous remettait constamment en contact avec une culture qui affinait nos perceptions. André Bouyer, tel un Don Quichotte sorti d’un tableau du Gréco (philosophe de formation, il nous donnait aussi histoire de l’art).

Je lui écrivais donc une lettre pour le remercier de ce don que je sentais toujours agissant en moi, 16 ans après.

Bouyer me répondit en m’envoyant un article qui reprenait quelques mots valises de son recueil du genre, Le petit illitré (paru chez Duculot). Cette haute culture qu’il magnifiait avec subtilité dans ses cours était aussi empreinte d’humour, d’amour et de tendresse.

De retour en Belgique deux ans plus tard, je le rencontrai plusieurs fois. Il organisa un jour une projection pour me montrer ses diapositives de moulins à vent, du Portugal aux Îles grecques en passant par la Hollande. J’avais appris, depuis les bancs de l’école, qu’il avait parcouru la France, débusquant les chapelles romanes, l’une après l’autre. Je m’émerveillais de voir, au ronronnement du projecteur, qu’il avait arpenté l’Europe, par monts, par vaux et par plaines, cherchant la lumière parfaite, le cadre évident pour y placer l’objet de son obsession. Au sujet de cette quête, il avait écrit un texte dense, bigarré et inclassable qui accompagnerait le beau livre d’images qu’il voulait publier. Mais pour l’heure, l’Andalousie le passionnait. Il y retournait le plus souvent possible et en rapportait des centaines de nouveaux clichés. Cet homme éminemment spiritualisé nous avait raconté jadis que le flamenco le plus originel lui remuait l’âme et qu’il le rencontrait dans les auberges andalouses les plus villageoises…

André m’écrivait parfois des lettres de sa petite écriture qui me rappelait la fragilité et l’élévation brusque des pattes des montures peintes par Dali…

Hier, j’ai extrait du ventre de la baleine (ainsi appelé-je la maison du GE !, à charpente thoracique) quatre cahiers lignés (22×29) à la couverture plastique imitant la toile Denim. « Français », « esthétique », « grec », « latin » (presque tout ce que j’ai gardé comme notes de cours en 20 ans d’études). En les manipulant, quatre photos ont glissé. Peu contrastées, brunâtres. C’était en juin 1982, je me rappelle. Le dernier cours avec Bouyer. Nous lui avions offert un cadeau. Sur l’une de ces photos, il nous fait un petit signe, de remerciement, d’adieu.

« André s’en va » comme « Paul s’en va », le dernier film d’Alain Tanner qui montre un professeur qui s’absente après avoir laissé à ses étudiants de quoi grandir (tout en restant enfants).

André, lui, est parti le 7 août.

HR

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« Le corps qui sait dire en toi une sagesse qui t’étonne » : Dominique Sampiero

30062012

Je ne connaissais pas cet écrivain qui a pourtant déjà écrit plus de 35 livres. Poète, prosateur, scénariste (deux films pour celui qui a été son beau-père, Bertrand Tavernier).

Nous arrivions chez Michel Voiturier à Barry (près de Tournai, Hainaut picard belge), Faezeh Afchary, Christiane Deviaene, Françoise Lison Leroy, Jacky Legge et moi et prenions place dans la véranda, grande serre ventilée pour poètes en croissance…

Dominique Sampiero était là en bout de table. Et ce regard bleu franc et céleste, ces fines lèvres discrètes, souriantes et charmantes, ces cheveux grisonnants bouclés mi-longs ; ce visage, il me semblait l’avoir déjà vu quelque part.

Il avait apporté des livres pour les membres d’Unimuse qui avaient la chance de le rencontrer (ou de le revoir) ce soir-là, le jeudi 28 juin dernier.

Je lui échangeais son étude sur Henri Matisse (chez Invenit éditions) contre un MaYaK6 encore tout odorant.

Les affaires courantes de l’association une fois réglées, l’écrivain prenait la parole sur une question de notre hôte.

Et là commençait la rencontre. Avec une vie. Avec un récit. Avec des mots savourés qui remettaient en forme, en notre présence, la vie d’un homme qui écrit. Qui doit écrire, me disais-je.

La saveur. Les plats de zakouskis se passaient de main en main. Assis à sa droite, je les passais à Dominique Sampiero qui accumulait son butin devant lui, en sirotant par moment un whisky, tout en continuant à évoquer son enfance, le milieu ouvrier militant de sa famille, le Nord avec son ciel insistant, obligé ; la première expérience de la poésie, traumatisante, considérée comme une maladie par la maman (qui appelle d’ailleurs le médecin) ; le drame : un cousin qui meurt devant lui. La psychanalyse longue qui s’ensuit, la rencontre avec la fille de Tavernier ; celle avec le père ; le premier scénario : Ça commence aujourd’hui (1998).

À l’entendre, la vie sortait de la parole et de l’écriture.

De cet oral vif, de ce plaisir du récit et de l’évocation. De ses mots d’un hasard choisi…

Ce soir-là, une vie-écriture se recomposait devant nous, dans le naturel (mais ciselé) de la parole du conteur. Venait l’évocation orfèvre de la grille que le grand-père actionnait pour se rendre dans son potager aux salades démesurées. Ce détail, quel rapport avec une rencontre sur la création poétique ? Nous étions au cœur des choses…

Puis Il lisait un extrait : ce moment de conscience où le jardin et le ciel commençaient doucement à remuer le narrateur, à l’attirer, à lui faire perdre assurance.

Sa lecture était émouvante car je croyais sentir qu’elle entraînait l’écrivain lecteur quelque part, dans un indéterminé qu’il retrouvait et qui fragilisait sa voix lente et étonnée. Et je sentais cette émotion que j’avais ressentie un soir jadis en lisant dans un auditoire genevois un texte de Jean Giono. Il y expliquait que ce qu’un poète pouvait dire du fleuve, un géographe n’y parviendrait jamais. À un moment du texte, en une vague profonde, Giono donnait la preuve de son propos en une phrase poétique redoutable. Et moi, je devais incarner cela dans la lecture de mon corps. C’est en moi que je sentais une vague remonter et je me demandais, en voyant sur le papier la phrase approcher, si je résisterais…

J’écoutais Dominique Sampiero et sentais quelque chose comme cela dans sa lecture. Comment dire ? La fragilité de l’humain toujours indéterminé, toujours confronté à l’inconnu, touché, ému (mu de l’intérieur par des extérieurs, dans ce jeu permanent avec le monde).

L’intime…

Et le social. Le capitalisme tue, disait-il aussi, en homme engagé, évoquant le suicide de parents d’élèves dans son école du Nord où la misère sociale, physique et morale, si elle ne menait pas toujours à cet acte dernier, était le lot de tout moment…

Il parla aussi de son attention aux gestes dans le silence. Quand il écrit un synopsis puis un scénario pour le cinéma.

 

Ce qui pourrait faire la force des philosophes (je dis ça parce que j’ai un diplôme dans le domaine…), c’est leur ignorance. Et leur questionnement vital, continu mais pas paralysant ( !), sur les « causes » (passionnément infinies) de leur expérience.

Qu’avais-je donc déjà rencontré dans Dominique Sampiero ?

HR

Dominique-Sampiero-002blog-150x112 dans Dominique Sampiero  Dominique-Sampiero-003retblog-150x115 dans éditions Invenit




Au Burkina (2)

26012012
Bendogo

Bendogo

 

Hugues nous envoie ce second billet du Burkina, reçu ce 25 janvier:

Nous revenons, avec Nafi, d’un voyage à l’ouest du pays : Boromo, Bobo Dioulasso et Banfora; je me rends compte combien ce voyage est un voyage de rencontres humaines, avant tout. Pas encore à proprement parler de développements touristiques (à part la visite de la mosquée de Bobo, en banco (terre crue) avec ses trois tours qui ressemblent à des obus épineux, percées qu’elles sont de bouts de bois servant jadis à y grimper pour entretenir l’enduit blanc qui recouvre d’ailleurs tout l’imposant bâtiment). Visite aussi du vieux quartier qui aboutit à une petite vallée où sinue une rivière peuplée de silures, ces poissons sacrés que l’on enterre enveloppés dans un linceul. Le soir, ils remontent le courant. Ce sont de grandes anguilles que l’on aperçoit se tortiller dans le peu d’eau de cette rivière, et passer indifférents tout près des femmes qui lavent le linge. 
Mais d’abord Boromo, à 180 km de Ouaga où nous logeons dans la cour en banco de la Voûte Nubienne, cette association franco-burkinabè qui propose aux paysans du Sahel des maisons à bas prix (entre 200000 et 800000 francs (diviser par 650 pour l’euro)), sans bois ni tôle, avec pour toit, un système de voûte en terre crue remise au point en collaboration avec CRAterre (voir MaYaK3).Nous rencontrons Séri Youlou et Léonard Durka qui forment les maçons locaux à ce type de voûtement, délicat mais solide (intrépide, le chef mayaque réalise pour vous de belles photos depuis le toit en terre d’un hôtel qui se construit selon cette méthode, à deux rues (en terre) de l’hôtellerie). Pas plus loin que la cour ombragée du délicieux Bomavé Konaté, forgeron et sculpteur de masques (on le trouve toujours sous son arbre occupé à sculpter) qui anime le PIAMET, un espace de création où il accueillait des artistes burkinabè, africains et du monde entier pour travailler en connivence, avant d’exposer les réalisations au salon du SIAO, à Ouaga (artisanat). Bomavé nous montre sa cour où il acclimate des essences d’arbres qui disparaissent du Sahel. Et aux personnes qui lui disent que cette ombre attire les serpents, il répond que non car il y a acclimaté aussi des plantes qui les repoussent; de toute façon, les serpents resteraient en hauteur dans les arbres, précise-t-il, rassurant et souriant. Par contre, il aime à regarder les caméléons depuis son artisanal relax en bambou aux liens de cuir (que des marchands ambulants vendent 2000 francs…). Nous le retrouverons sans doute en France en avril. 
Je passe beaucoup de rencontres.
A Bobo Dioulasso, nous retrouvons notre ami, le musicien Ousmane Dembelé (qui participa à notre concert à Tournai) qui avec son associé finlandais, Aakusti, cherche un terrain pour implanter une école de musique. Ils déplorent (Aakusti pratique comme Ousmane le djembé et est ethnologue musicologue) que l’enseignement des anciens maîtres se perd. Par ailleurs, il faut écrire la tradition musicale qui se perd et enseigner le solfège. Et comme toujours, le projet artistique est associé à la Nature: leur intention est aussi de reboiser les environs de cette future école.
Nous rendons visite au chanteur Seybou Victor Démé, dans sa cour où vivent plus de 15 personnes. Victor n’est pas en grande forme. Il envoie à notre rencontre, au niveau du goudron, son bassiste, « un homme grand, avec un pantalon noir, une veste noir, un chapeau noir et une chemise blanche », me précise-t-il au téléphone… Pour eux, c’est une matinée de répétition. Démé nous chante 8 chansons d’un album qu’il va enregistrer en février à Ouaga. Basse électrique, guitare sèche et sa voix d’une profondeur émouvante. Cet accompagnement réduit met très bien en valeur cette voix exceptionnelle d’authenticité. Nous enregistrons le concert improvisé mais qui doit rester top secret! Et comme partout ailleurs gardons plein d’images. 
Nous rencontrerons encore des associations. Notamment GAFREH, dont une des activités est de recycler les sacs plastique qui jonchent les terrains vagues au Burkina. Une vraie plaie, nous confirmait Démé qui a d’ailleurs écrit une chanson à ce propos sur son nouvel album : pollution des sols, empêchement au bon ruissellement des eaux. GAFREH récolte ces sacs plastique (le plus souvent noirs), les lave, les découpe, les tisse mêlés à des fils coton, en fait des sacs, des portefeuilles, porte-documents, etc.  très tendance… Modernité africaine (cette association fabrique aussi des toilettes sèches portables en matière plastique). GAFREH est en fait une collectif d’associations de femmes, qui coordonne et structure leur travail dans différents domaines.
Quelques rencontres parmi beaucoup d’autres. 
Bientôt un voyage vers le nord-ouest et les animateurs de village des 6S : une réponse entre traditions et modernités à la vie villageoise basée sur des réseaux d’entraide (que le sociologue agronome Bernard Lédéa Ouédraogo a étudiés et promus dans la plus belle tradition de la recherche-action). Une visite à Toma où le grand historien Ki-Zerbo, dont la lecture humaniste baigne ce voyage, est né.
Puis le Sud et entretemps, encore des rencontres à Ouaga.
Je vous souhaite des jours heureux!
Je vous embrasse,
Monsieur Hugues

 

 




« Room music »: Steve Houben, Jacques Pirotton et Arne Van Dongen enregistrent à Ellezelles un cd pour MaYaK le 6

19122011

 Room-Music-18-12-2011-047-ret2-blog2-150x108 Arne Van Dongen dans Boon Séménil et Potterée

Je suis à l’arrêt, immobile dans le living room du Séménil. Assis sur une chaise qui craque, m’a prévenu Arne. La musique s’approche, je le sens. C’est une balade dans la neige, la balade de Sarah que Jacques a connue jadis. Steve est à la fenêtre. Il fait beau dehors, un ciel dégagé, une lumière franche de début d’hiver. Les grosses mottes des champs retournés, un peu gelées, le noir du sillon, la lumière sur les arêtes… Balade de Sarah dans la neige, dans le living room d’Arne où – chchchttttt – on enregistre. Tension, concentration, partitions, mesures, souffle subtil vibré grésillant dans le sax, effleurements de doigts aguerris sur les cordes de la guitare et de la contrebasse que tient Arne devant moi, de dos. Je flaire un bon cd ! On enregistre dans le living room ; le cd s’intitulera (sans doute) Room music. On dit « chamber music », mais ici, ce sera de la room music, dit en souriant Steve, qu’en penses-tu, Hugues ?

Hugues ? Il sourit et repense au souper de la veille, au resto Boon de Ronse/Renaix (à recommander). Oui la générosité, c’est important avait dit Jacques. On parlait de la vie en société et de l’importance de ces foyers stimulants, un peu partout, où le don est plaisir. Un exemple de don merveilleux : ce week-end, le grand guitariste Jacques Pirotton venu du fin fond des Ardennes et le grand saxophoniste/flûtiste, Steve Houben, arrivé samedi matin de Hannut, rejoignaient le grand contrebassiste Arne Van Dongen, dans le Hainaut belge, à Ellezelles, au lieu-dit Séménil ! Ils apportaient chacun des compositions inédites qui vont former Room music, le cd accompagnant le MaYaK6 (sortie mars 2012). Titre de certains morceaux : Ambresin, Séménil, Potterée

Jacques et Steve logeaient à Papignies, au P’tit Couvent (à recommander et recommandé par le Centre culturel René Magritte de Lessines (à recommander)) et le p’tit déj était si copieux qu’ils auraient presque capitulé, le lendemain, devant l’assortiment de fromages et charcuteries de la ferme bio Dôrloû (à recommander), partagé à la Potterée. Mais l’assortiment fut plus fort… J’en suis témoin…

Donc un cd. Des concerts aussi. À Tournai, Bruxelles, Liège Stavelot : nous évoquions déjà ces lieux avec les musiciens.

La magie communicative de la musique, accords, échange, improvisation, écoute de l’autre. Il suffit qu’il y ait quelqu’un, on joue différemment disait Jacques juste après mon arrivée dans ce living room. Mieux, ajoutaient ensemble Arne et Steve en riant. Merveille de l’invention, de la création qui suit son chemin et rassemble les gens. Foyers stimulants. Les musiciens jouent un rôle important dans la société. Ils changent notre vie, c’est aussi simple que cela. Ils l’améliorent. Si au concert l’on regarde et écoute avec attention la subtilité de leurs accords, de leurs dialogues, de leurs improvisations du moment ; ces ondes généreuses, joyeuses qui nous pénètrent, on les a donc en soi. On n’est plus le même, ouvert à d’autres harmoniques.

Alors, il est important aussi de ramifier cet enregistrement par des concerts, pour nous réunir et fêter MaYaK, fêter la vie complexe et belle que nous avons la responsabilité, à l’instar des musiciens, de mettre en œuvre (oula quelle phrase, me tempérerait le délicieux et désopilant complice mayaque, Jacques Faton).

Les musiciens de l’Empereur chinois conservaient et rejouaient l’harmonie du ciel et de la terre, qui était aussi celle de l’empire.  Oui, là, tu es un peu trop haut, mais en fait, ça marche même mieux comme ça, disait Arne à Steve qui inventait une nouvelle harmonie. Dans sa mansuétude, l’empereur de la potterée, euh, le chef mayaque, Hugues quoi, ne coupa pas la tête des musiciens fautifs, justement et à propos… Il leur prêta son oreille la plus attentive. Ils la lui rendirent plus délicatement vibratoire…

Merci de tout cœur, Arne, Jacques et Steve !

Hugues Robaye

Room-Music-18-12-2011-032-ret2-blog-116x150 Dorlou dans Dorlou Room-Music-18-12-2011-043-ret5-blog-108x150 Hainaut dans Hainaut Steve et Arne

Room-Music-18-12-2011-040-dét1-blog3-150x121 Jacques Faton dans Jacques Faton Jacques Pirotton

Room-Music-18-12-2011-042-det3-blog-150x117 Jacques Pirotton dans Jacques Pirotton




La modernité africaine : Aminata Traoré

19112011

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Au rez-de-chaussée d’un bâtiment scolaire – parallélépipède néogothique crénelé -, une salle de théâtre qui se voudrait un peu à l’italienne, avec comme seules rondeurs, des balcons vides, aux dorures écaillées.  Salle de spectacle, chapelle ou  « salle de gymnastique » baroque où sont alignées des chaises en plastique ? Je m’interroge…  Je suis assis au premier rang, à côté de Faezeh Afchary,  l’architecte et céramiste iranienne. Nous allons assister à  la conférence inaugurale de la Faculté d’architecture de Saint-Luc/ Tournai. 

Entre une femme majestueuse, en boubou de coton et foulards soigneusement ajustés. Elle est arrivée la veille de Bamako (Mali).  Sans papier, pendant une heure, Aminata Traoré nous entretient.   De l’ « Afrique humiliée » (selon le titre d’un de ses livres où elle met en garde tant les populations du Sud que celles du Nord contre le modèle de développement sino-américano-européen) : réquisitoire d’une voix seule ; puissante et impressionnante solitude de l’orateur dans cette nef résonante…

Puis, plaidoirie pour l’auto-détermination des peuples. Elle raconte le  travail qu’elle a initié dans un quartier pauvre de Bamako, Missira, où elle s’est installée : évacuation des déchets, comblement des caniveaux, pavage ; des arbres, de l’ombre, des bancs – et les cours des maisons sont atteintes aussi de cette fièvre d’embellissement –  nouveaux enduits sur les façades…  Plus ambitieux : la reconstruction d’un marché qui deviendra un marché bio de produits maliens remis à l’honneur… Des dias sur grand écran : Missira, le quartier avant, après… Les hommes qui placent les dalles, les femmes qui les jointoient. Elle ne cache pas les difficultés qu’elle a rencontrées dans ce chantier récupéré par les autorités en place. L’origine : améliorer son propre trottoir. Tache d’huile : les voisins trouvent cela bien. On veut faire la même chose. Bonnes volontés, entraide,  don, l’économie informelle démarre. Rues et cours se métamorphosent à peu de frais. Les gens s’asseyent sur les bancs jaunes et palabrent à l’ombre. Puis vient, bien utile, de l’argent du Luxembourg.  Et les difficultés commencent…   

Maintenant, sur l’écran, des images de Didiéni, petite ville où la mer rejette les immigrés maliens qui n’ont pas réussi le passage. Rejetés par leur famille qui s’est saignée pour les envoyer au paradis des Blancs et qui les voit revenir sans rien, désœuvrés. Psycho-sociologue, Aminata médite sur les conséquences de ces flux migratoires illusoires. Pourquoi partir ? Pourquoi ne pas résoudre les difficultés ici ? Sommes-nous arriérés à ce point ? Incapables de nous autodéterminer de façon durable ? Une de ses réponses, c’est un travail sur le lieu de vie. Et de commencer, avec ces immigrés refoulés et un ami architecte,  la construction en terre et en voûte nubienne (toits en blocs d’adobe) de logements où ils vont trouver un gîte aéré, sans tôle ni blocs étouffants, une raison de rester ; une habitation que les autres, finalement, leur envieront… Construire et se reconstruire  non ? N’est-ce pas le titre de la conférence ?

Aminata Traoré retrace aussi son parcours de « chef de tribu », de responsable de famille, avec son restaurant, son hôtellerie, ce souci des produits locaux qui disparaissent des marchés, son rejet du « bling bling africain » (selon ses mots) et du recyclage africain des produits périmés occidentaux, son intérêt premier pour les constructions en terre crue (et son combat difficile pour les faire (re)connaître et accepter par une population pauvre qui veut du « dur »), pour les enduits naturels dont les villages savent encore la composition. Elle va plus loin (non, elle est conséquente) : elle affirme et veut promouvoir une modernité proprement africaine.  Modernité(s) africaine(s). Non pas copier le Nord mais croire aux et développer les ressources créatives du Sud. Dans la construction, dans la décoration, les textiles, l’aménagement des lieux de vie, l’art, l’artisanat, les cultures, dans l’art de vivre, en fait, d’échanger avec l’autre. Prolonger des traditions spécifiques revalorisées… 

Il est avisé aujourd’hui de douter de tout et, en particulier, des bonnes volontés, mais quand Faezeh m’a glissé à l’oreille : « Enfin un discours… Eh bien, après avoir entendu cela, j’ai plus de courage. », je ressentais la même chose… 

MaYaK : repérer des forces vives dans nos sociétés, pour vivre résolument dans le Tout, le Beau et le Bon, comme disait Goethe. Pour s’autodéterminer, pour moins dépendre d’un système qui joue de nos désirs. En janvier/février, voyage d’étude au Burkina dans le même but, pour repérer des initiatives qui vont dans ce sens et qui entrent en dialogue avec des villages qui ont conservé, plus que nous, leurs traditions. La source et sa transformation, l’équilibre local, Permanent culture, permanent agriculture au Mali, au Burkina … Et partout… Modernité burkinabè… Il y a à échanger… Et à changer les perspectives…  C’était donc important de rencontrer Aminata Traoré. Comme de lire Fatema Mernissi ou Serge Latouche ou Jean Ziegler ou Pierre Gevaert ou Pierre Rabhi ou Joseph Ki-Zerbo ou Bernard Lédéa Ouédraogo… 

Hugues Robaye 

Aminata Traoré, Le viol de l’imaginaire et L’Afrique humiliée, Paris, Hachette (Pluriel). Un extrait de la conférence: les questions (à télécharger) : http://dl.dropbox.com/u/6642953/Aminata%20Traor%C3%A9%2017%20novembre%202011%202.MP3







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