Recevoir et donner

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Ce qui me frappe surtout dans le récit que Hugues fait de ses rencontres au Burkina, c’est la générosité qu’il a croisée. Tout cet engagement de personnes,   individuel  et au travers d’associations…

Dans son Essai sur le don, l’anthropologue Marcel Mauss voyait dans la triple obligation de « donner, recevoir et rendre », le socle originaire (le roc écrivait-il) de toute société humaine. Pourtant, de Thomas Hobbes à Milton Friedman, n’avons-nous pas été habitués en Occident à considérer l’homme comme un loup pour l’homme et l’individualisme possessif, la cupidité sans bornes, comme les vrais invariants anthropologiques? George Orwell, l’auteur de 1984, dont on reparle beaucoup aujourd’hui*, constatait pourtant, chez les gens ordinaires, la persistance d’une morale mesurée et ouverte à autrui, qu’il appelait common decency.

Je repensais à une telle générosité (recevoir-donner) tandis que j’écoutais, à la bibliothèque de l’espace Delvaux à Boitsfort, au milieu d’un public très réceptif,  l’intervention de deux jeunes auteurs -illustrateurs, Stéphane Ebner et Camille Nicolle. Stéphane Ebner présentait un livre,  Réserve**, où il avait recueilli des impressions de la forêt; il avait demandé à Camille d’en assurer le texte. Camille est aussi celle qui met en pages, avec Chloé Vargoz, le numéro 6 de MaYaK.

Samedi 24 mars, en présence du printemps, Camille accompagnera  dans les cités jardins de Boitsfort une promenade contée,  au son de l’accordéon, et  qui suivra un parcours visuel et poétique créé par les artistes et les participants des ateliers menés dans les bibliothèques et maisons de quartier de la commune, et auxquels elle aura collaboré ***

Xavier Vanandruel

* ses écrits sont réédités notamment aux éditions Agone en traduction française

** aux éditions Esperluète

*** départs à 14h30 et  16h30 de la place du Colibri

 




Au Burkina (3)

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Au Burkina (3) Num%C3%A9riser0002-150x90  Hugues, Laetitia Klemtoré et Mady Sankara, par Yvo Moussa                                                                                                                                                                                                                                     

Un troisième billet de Hugues, reçu ce 7 février:

Bonjour!
De nouvelles rencontres enthousiasmantes ici au Burkina. 
Comme Sylvain Korogo qui se forme auprès de Pierre Rabhi dans les années 80, du temps du président Sankara et organise des formations en agroécologie dans le cadre de son association AVAPAS. Il nous rencontre paré de son superbe «sankara arrive», habit traditionnel que le président ci-haut avait demandé de porter à nouveau du temps de son mandat. Dans son habit noir et or, Korogo nous raconte ses souvenirs et nous parle de ses projets, comme celui de demander le déclassement de sa forêt natale afin d’y réimplanter beaucoup plus d’essences d’arbres désormais disparues. 
Dans l’Ouest, dans le Yatenga, nous visitons les installations des groupements Naam, initiés par Bernard Lédéa Ouédraogo dans les années 70. « BLO, presque un dieu au Yatenga », nous disait notre hôte à Ouaga; BLO qui réussit à écarter les famines en écoutant les paysans (formé en sociologie à Paris, il retourne dans son village pour étudier à fond les systèmes d’entraide paysanne des Mossi, les valoriser et les adapter au monde d’aujourd’hui). « Développer sans abîmer »: l’une de ses devises. Il met au point des techniques de séchage des légumes, ce qui permet de passer la saison sèche sans trop d’ambages. « Goûtez donc notre couscous de pomme de terre », nous conseille-t-il… « Une invention de nos groupements de femmes dont je vous invite à aller voir les réalisations diverses (notamment les savons) dans notre atelier », ajoute-t-il, lui qui a 82ans et sort d’une difficile convalescence… La veille nous étions sur les hauteurs de sa petite ville natale, Gourcy, et rencontrions les potières renommées, qui entreposent à ciel ouvert leur production toute utilitaire. Comme par exemple ces pondoirs pour poules arrondis comme des oeufs à venir ou ces « canaris » qui servent à conserver l’eau fraîche. Entrepôt à ciel ouvert car disent-elles, personne ici ne volerait un produit de la terre pas plus qu’on ne volerait ces briques de banco destinées à construire un muret entourant la cour (par contre on volera un seau en plastique servant de valeureuse poubelle, dans un pays où chacun jette ses déchets à terre…). Dans la lumière du crépuscule, les femmes préparaient un bûcher: bouses de vaches puis bois de section de plus en plus grosse et disposaient entre ces combustibles des formes rondes à biscuit, en terre à cuire… Nous passions à côté d’une cour avec son grenier à mil arrondi, couvert d’un chapeau de paille pointu que l’on écarte délicatement pour qu’un enfant s’y glisse et ramène un peu de mil… Nous arrivions alors chez leurs maris, les forgerons de Gourcy et sous leur auvents couverts de paille nous suivions toute la chaîne de production de ces petits bracelets de cuivre que pour l’heure ils fabriquaient. Le chef me montrait une charrue qu’ils venaient de monter et des machines en tôle servant à éplucher les légumes, comme le maïs.
Une semaine avant, nous avions rencontré dans son musée de Manéga, dédié à la vie traditionnelle des ethnies du Burkina, Maître Titinga Pacere, le premier avocat du Burkina et aussi Ministre des Coutumes de ce village dont il écrivait jadis l’histoire. Il nous parlait de la bendrologie, cette science des tambours, et du langage des masques, tout en évoquant les différences entre les droits coutumiers et le droit moderne qu’il avait appris à Rennes…
Il faudrait bien sûr parler de la Brakina (la pils locale) et du dolo, cette boisson artisanale fermentée que l’on boit parcimonieusement dans une calebasse, sur la place du village, ou dans les rues de Dédougou tout en suivant des yeux les hommes masqués et armés qui rançonnent les passants et entrent dans les cours des familles (c’est l’époque des masques dans cette petite ville que nous venons de visiter et où un soir, sur la place du village devant une grande assistance,  j’ai pu entendre ravi, des chants musulmans répétitifs en dioula).
Demain, nous partons pour le Sud et les réserves, aussi pour visiter quelques villages gourounsi aux architectures si étonnantes.
Mais le 13 février se rapproche, jour de mon retour en Belgique…
Avec toutes mes salutations amicales,
Monsieur Hugues



Un photographe dans le paysage : Jacques Vilet

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pottere15aot2011jacquesvilet003ret1lr.jpg le photographe arrosé… Hum, pardon Jacques…

 « En faisant des photos dans la forêt de Soignes, vers les années 1983, je cherchais longuement à placer mon trépied de manière à pouvoir glisser le regard dans les interstices de lumière parmi les fûts de hêtres. De certains endroits précis, au centimètre près, on pouvait voir très loin, comme si la forêt s’entrouvrait. Un jour, j’ai eu le désir et l’audace de me rendre en terrain dégagé, en rase campagne pour voir ce qui se trouve au-delà de la forêt. Je savais que je n’aurais plus autour de moi, désormais, la protection des arbres. 

C’est ainsi que je me suis intéressé à la ligne d’horizon, lointaine, inaccessible et pourtant bien présente. Cette ligne d’horizon était pour moi la métaphore de l’au-delà. C’est pourquoi j’ai travaillé ensuite dans la région de l’Escaut, notamment dans son estuaire. Je savais que dans le lointain, même brumeux, se situait quelque part, l’autre rive. Quel réconfort ! L’horizon n’est pas vide. J’étais content, à ces moments-là, de n’être pas confronté au désert de l’océan. » 

Je lisais ces lignes de Jacques Vilet, hier, en regardant le paysage – la pénéplaine d’Ath – où il s’était placé le 15 août dernier, avec son escabelle, son trépied et son appareil à soufflets. 

Un photographe dans un paysage qui détermine à ses façons MaYaK. Dont les lumières, ses façons, infiniment changeantes, nourrissent MaYaK. Qui pourra dire un jour comment les paysages nous transforment ? 

Je lisais la conversation de Jacques Vilet avec Yvonne Resseler, publiée dans cette splendide collection d’entretiens des éditions Tandem. Je repensais à ce que Kenneth White avait souligné à propos de Mishima : ce dernier disait autant se révéler dans ses articles critiques que dans ses romans ou ses écrits autobiographiques. Cet entretien de Jacques Vilet se lisait comme une histoire intime de son regard, mais plutôt des échanges dynamiques d’un corps en contact avec différents milieux…

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Et en lisant les mots de Jacques Vilet, je retrouvais sa façon caractéristique de parler : lente, pondérée, constructrice, dans le moment, de longs développements à venir, prudente (dans le sens phronétique d’Aristote si je ne me trompe, soit cette « prudence » qui consiste à ajuster nos mots, notre corps, à une situation présente, singulière, qui ne se répétera donc jamais), car évidemment ouverte à l’inconnu, malicieuse aussi, ouvrant un horizon de pensée, de questions, sur le sens actuel – ou actualisé – de sa présence, parole détachée du moi pourtant, participant de quelque chose d’englobant, détachée du moi et donc revenant au silence, à un sourire plein de distance par rapport à soi, un sourire de connivence avec celui qui a la chance de cet échange (moi en l’occurrence, pendant la fête mayaque du 7 août, puis ce 15 août et toutes les fois précédentes)… Une attention très profonde à ce que la parole fait naître et je pensais, en réfléchissant à cela, au regard que je le vis porter sur « mon » paysage, en ce 15 août dernier. Parole et paysage.

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On ne sait pas vraiment ce qu’on photographie… on ne comprend pas sur le moment… des prises de vue restent dans la boite, on les découvre après… la révélation au sens photographique du terme, la chambre noire, révèle ce qui nous avait touché dans une prise de vue, et pas toujours ce qu’on pensait… d’année en année, on ressent de plus en plus précisément ce qui relie nos travaux différents… Jacques Vilet me disait des choses comme cela devant les plans du paysage qui se reposaient de nos visions attentives ; nous buvions du café et dégustions une tarte du Cayoteu (fête dans la ville de Lessines (voisine du siège social du GE !), Hainaut belge), en l’honneur des carriers locaux, les cayoteux… 

Être et temps… 

Depuis ce passage par la potterée, de Jacques Vilet, j’ai l’impression que le paysage est habité autrement, comme le jardin depuis la visite de Manu Hunt, l’arborisculpteur, ou comme la maison, depuis l’intervention de Roumi Detournay et de sa famille de bâtisseurs… Honorer les amitiés rayonnantes. C’est un peu chinois tout cela… 

Et puis – je viens de m’en rendre compte – un passage d’un roman d’Henri Thomas, Le promontoire, lu il y a bien longtemps mais toujours palpitant, s’agitait en moi tandis que j’écoutais Jacques Vilet : 

« Mais la vérité d’une conversation ne vient pas de l’exactitude des anecdotes ra­contées; elle est dans le mouvement, dans l’invention, dans l’amusement d’une parole qui peut faire apparaître bien des choses et même les plus vraies, détachées de la vie personnelle et projetées dans une réa­lité ouverte. Aussi, lorsque le pharmacien d’Anvers disait, le regard tourné vers les rochers du bout de la plage : 

« II y a là-bas des bains de Diane… », je crois qu’il livrait au hasard de la parole, en présence d’inconnus (car jusqu’alors nous ne l’avions vu qu’une fois, dans la cuisine de l’hôtel), une pensée, un souvenir, un désir, domi­nant, – un de ces secrets qui profitent d’un instant de langage ouvert pour surgir dans une sorte de lointain, d’où ils revien­dront sur celui qui a parlé. » 

Hugues Robaye

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Emmanuel Hunt, arborisculpteur

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pottere1362011015ret72.jpg un regard aiguisé

Nous avons parcouru le jardin depuis le sud : examiné le robinier (faux acacia, mais parfumé tout de même !), les bouleaux, le saule têtard filé en hauteur. Puis, au nord, en bordure de friche, les saules Marsault (aux chatons annonciateurs du printemps), qui font comme le têtard ; l’if empoisonné qui étouffe le centre de la friche (les hortensias sont sans lumière…), l’érable taillé à l’horizontal (pour délimiter l’espace réservé au feu) mais parti à la verticale…  Le laurier cerise développé en chandelier, mais trop ; son voisin, un antique sureau en dégénérescence, « beaucoup de bois mort ». D’autres saules qui forment buisson, à côté de l’if, mais partent aussi en hauteur ; le prunus pourpre et ses jets inutiles (avec son carillon chinois, à côté du potager). Enfin, à l’est, la haie de charmes et d’érables champêtres, nécessitant également une taille, « mais à la fin de l’hiver, comme les saules ». La géographie d’un jardin construit et son architecture abandonnée. 

Manu Hunt faisait connaissance avec chaque arbre que je lui présentais. Depuis 20 ans déjà, j’avais planté beaucoup (trop) d’arbres et d’arbustes dans cette prairie devenue jardin et la partie laissée en friche, où croissent cardères, camomille, consoude, ail des ours… et ces fougères particulières que Hunt remarqua bien vite, se referme sur elle-même. Images de plantes carnivores… Je voulais redonner lumière à ce petit milieu où s’asseoir pour apprécier les perspectives, les ouvertures, les lumières. Coin sauvage où un homme se sent hôte maladroit. Mais reconnaissant. Je pensais couper certains arbres mais l’homme qui m’accompagnait, pratiquant la grimpe et la taille douce, n’y pensait pas ! Il regardait les arbres comme on aurait parlé à des amis plus vus depuis longtemps, les interrogeant du regard sur leur croissance entre-temps ! Je veux dire, sur leur évolution… Une écoute et un regard aiguisés. 

Il me disait : « En tout cas, ce qui relie, c’est la sensation, c’est ce que je ressens, perçois, de manière infime et non rationnelle.  Tout le travail (ou la difficulté) est là, dans le ressenti, la perception de la sensation et y coller pour être juste dans ce que je réalise, et ajusté, en lien avec ce qui m’habite, avec la Nature et avec le client. Tout en restant les deux pieds sur terre, ancré dans la réalité. » Manu Hunt ajoutait que sa pratique du dessin et de la peinture le rendait sensible aux formes des arbres, à la composition d’un jardin. Il faisait confiance à son intuition (tendait à la faire correspondre à la nécessité), concernant la croissance future de l’arbre, pour intervenir et débarrasser de branches inutiles ou gênantes un arbre qui allait se sentir mieux…  Il me montra les photos des sculptures spontanées réalisées à partir de tronçons d’arbres expressifs. Parfois, il sculpte un petit objet (un vase par exemple) dans le bois de l’arbre que le client, avec regret, a dû faire couper. « Pour un homme dépressif,  j’ai taillé et presque achevé une sphère en bois, lui proposant de terminer son poli… » Il me mit dans les mains un livre sur les forêts primaires et l’influence de ce milieu sur le promeneur… La conversation avait pris ces chemins inattendus et je me félicitais de confier le jardin, dont la croissance m’échappait, à cet allié bienveillant et non-violent. 

MaYaK dans tout cela ? Eh bien MaYaK, à vrai dire, est indissociable de ce jardin et de sa vie. D’où viennent nos inspirations, ce qui nous pousse à un travail senti comme « ajusté », sinon de l’air qui circule autour de nous et de ses vibrations qui heurtent nos tissus comme un doigt léger sur la peau d’un tambour tendu ? La qualité des sensations que nous procure une maison et un jardin, nous oriente. Pour le GE ! en potterée ou celui en boitsfort (Xavier Vanandruel), le travail part de ce noyau, la maison-jardin, entre Nature et culture… 

Emmanuel Hunt ajouta, en souriant de ce néologisme, qu’il se sentait « jardisculpteur ».

Hugues Robaye 

Emmanuel Hunt  Cord’Elag 

Rue du Marais 15, 7912 Dergneau (Frasnes-Lez-Anvaing) 

0476 637909 ou 069548152 

http://www.agencedesarbres.org/pages/la_taille.htm : la taille douce 




Promenades vespérales en forêt

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C’était à l’auditoire Janson de l’ULB, au sortir de la conférence d’Yves Cochet sur la déplétion pétrolière. Je croisai Fabienne, une concitoyenne de ma commune de Boitsfort, et nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas rester plus longtemps sans rien faire.

Fabienne a d’abord accueilli chez elle une première réunion de personnes intéressées par l’idée de décroissance. Nous avons décidé alors  de continuer à provoquer des rencontres  par de régulières  promenades vespérales en forêt, animés par la conviction qu’une vie est possible autre que celle-ci, qui épuise la terre et notre humanité,  et nous conduit à l’effondrement. Il s’agit de nous retrouver pour partager nos points de vue et nos projets. Il n’est sûrement pas indifférent que ces rencontres se fassent au rythme lent de la marche, du temps qu’on reprend

J’écris  ce billet  tout en écoutant  des chansons récentes de Pierre Barouh, le même qui créa dans les années 1960 le label de disques Saravah, dont chaque pochette portait cette maxime: « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire ».Comme Alexandre Grothendieck, Pierre Barouh devrait nous inspirer aujourd’hui.

Xavier Vanandruel

Une première promenade vespérale a lieu ce vendredi 3 juin. Rdv à 18:15 place Wiener à Boitsfort au pied de la statue de Rik Wouters Les soucis domestiques. Apporter une contribution au pique-nique dans la forêt.

Pour Pierre Barouh, voir le site www.saravah.fr

 




Un tueur de 86 ans : « La seconde vie d’Abram Potz » de Foulek Ringelheim, au théâtre du Méridien

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Un vieillard de 86 ans, Abram Potz, devient tueur en série par haine de la jeunesse et dans l’espoir de décrocher un procès aux Assises, de pouvoir ainsi dénoncer en public l’hypocrisie et l’injustice de nos sociétés à l’égard des vieillards. Potz est psychiatre psychanalyste et juif ; il a perdu ses parents à Auschwitz (détails contextuels importants qui imprègnent sa vision pénétrante et sans concession) et raconte avec un cynisme désabusé sa déchéance, ses brimades quotidiennes et la stratégie de ses crimes… Voilà plus ou moins ce que l’on trouve dans le roman à l’écriture serrée de l’écrivain belge Foulek Ringelheim (qui fut magistrat).

Sur les planches, cela donne un monologue d’une heure vingt admirablement porté par le comédien Freddy Sicx, qui joue de tous les registres pour raconter au jour le jour le mépris pour les vieux (que Potz rend bien aux jeunes…).

Une scénographie épurée : un banc (qui reprend les dessins des palissades aux planches verticales mais aussi de biais qui ferment la scène. Un éclairage arrière qui permet de dédoubler l’espace et de projeter sur la scène des jeux de lumières et d’ombres entrecroisées (filtres de couleurs pour atmosphères variables)… Bruitages d’ambiance atténués derrière les palissades (qui ouvrent également l’espace, comme les lumières) ; musiques depuis l’avant-plan. Projection de formes sur les panneaux : le monologue du comédien nous transporte en différents lieux qui sont ainsi évoqués discrètement et efficacement. Un dispositif scénique qui accompagne avec beaucoup de finesse un monologue qui tourne souvent à la farce cruelle, tout en faisant réfléchir…

J’avais lu le roman et j’ai constaté un travail d’adaptation en mosaïque en début de pièce, qui se stabilisait après en une série de tableaux : l’ascenseur, le voyage organisé, le restaurant, l’appartement etc. pour terminer en queue de poisson : le vieillard n’aura pas son procès ; il sombre dans l’alzheimer : la tension cynique du personnage se dégonfle pathétiquement en fin de spectacle.

Très belle réussite, je trouve, que la mise en scène (et l’adaptation du texte avec Foulek Ringelheim) par Catherine Brutout.

C’est au Théâtre du Méridien, à Boitsfort (Bruxelles), jusque samedi seulement, ne ratez pas la pièce. Et ce théâtre est un lieu fort élégant, bien fréquenté…, traversé par un chien des plus sympathiques qui tient autant du thibétain que du rasta (à voir avant le spectacle)… Des jardins en gradins sur les contreforts de la forêt de Soignes, un foyer accueillant où l’on mange bien, des œuvres d’art, sculpture, peintures, photos, en dialogue avec les spectacles, bref de quoi combler un exigeant hédoniste mayaque !).

www.theatredumeridien.be 02/6633211

Hugues Robaye




Sylvie Doizelet, Nos amis des confins

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MaYaK a reçu le dernier livre de Sylvie Doizelet : Nos amis des confins (Seuil). 

Un roman depuis les berges de la Tamise, à Grays, dans la banlieue de Londres. Le lecteur suit une Américaine, Debbie, qui découvre un nouveau milieu accueillant, mais plutôt déroutant. Des Anglais excentriques qu’elle retrouve dans l’incontournable pub le soir après son travail et tente de suivre dans leurs divagations au sujet d’amis absents. Henrietta, par exemple, qui organise dans la petite ville un Ghost Walk, une promenade des vraiment absents, les fantômes.

Le récit est sobre, avec des ruptures, des passages brusques, des apparitions. Le lecteur se sent dérouté comme Debbie qu’il suit de l’intérieur, entre peurs et hallucinations.

Il y a aussi le monde inquiétant qui contient Grays : Debbie travaille à Londres dans une société qui analyse la pollution de l’eau ; le frère d’un personnage étudie l’érosion progressive des côtes de l’Angleterre ; un réservoir à gaz menace la petite ville… Et puis, en une sorte de dédoublement, Debbie enquête sur un fantôme : l’écrivain Mary Seddon qui occupa jadis son cottage et laissa des notes sur ce séjour.

Ce roman est comme une enquête démultipliée autour d’un quotidien où présence et absence, clarté et obscurité ne permettent jamais de savoir précisément où l’on en est…

Tout cela, rappelons-le, dans les brumes de la Tamise…

Sur le site, nous avions parlé d’un autre fantôme que Sylvie Doizelet faisait revivre très subtilement : le mystique de la Forêt de Soignes : Jan Ruusbroec http://www.mayak.be/Bibliotheque/PrecieuseDoiselet.html 

Hugues Robaye 







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