« Etruscan places », David Herbert Lawrence, Le bruit du temps

29052010

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En 2009, c’était le premier volume des nouvelles complètes, dans une traduction de la dernière édition critique publiée à Cambridge. Cette année, « Le bruit du temps » publie l’un des plus beaux livres (à mon avis) de DH Lawrence, Etruscan places. Dans une nouvelle traduction de Jean-Baptiste de Seynes (Croquis étrusques), avec préface, appareil critique, appendices historiques, carte et 52 reproductions NB et couleurs.

Etruscan places, livre atypique : entre essai et récit de voyage, récit d’un cheminement dans le savoir, dans la compréhension sensible du mode d’être d’un peuple ancien… Lawrence parcourt la Maremme (Italie du nord, méditerranéenne), alors en plein travaux d’irrigation, et va de tombe étrusque en tombe étrusque confronter ce qu’il a lu et ne lui a pas plu, à l’expérience directe des fresques. Retrouver le mouvement vital des Étrusques. Retrouver ces corps dansants, cette sexualité gaie et franche, vitalisante ; une forme de vie débordante et joyeuse, pas loin d’une osmose avec les milieux naturels.

DHL était à la recherche de formes de vie humaines moins cérébrales, plus sensualistes, plus simples, plus proches de la Nature, mieux rythmées, moins cupides, spontanées, stimulées par les forces cosmiques…

Et dans Etruscan places, on voit un Lawrence perméable à toutes ses expériences, tant en présence des fresques, qu’à l’auberge où un berger faunesque, sorte de réincarnation de Pan entre et le fascine ; que sur les routes, dans les paysages, avec les fleurs… Toutes ces images senties tournoient et forment la compréhension éphémère et subtile qu’il nous donne à lire.

Bref, ce livre : un condensé de méthode Lawrence appliquée. La méthode Lawrence ? Être au monde, le comprendre de cette façon, décrite, par exemple, dans Apocalypse :

« L’homme pensait et pense encore en images.  Mais maintenant nos images n’ont guère de valeur émotionnelle.  Nous voulons toujours une « conclusion », une fin, nous voulons toujours arriver, dans notre processus mental, à une décision, à une finalité, un point final.  Cela nous donne un sentiment de satisfaction.  Notre conscience mentale n’est que mouvement en avant avec des étapes, tout comme nos phrases, et chaque point final est une borne qui marque nos « progrès » ou notre arrivée quelque part.  Pour ce qui est de la conscience, nous ne cessons d’avancer.  Mais, bien entendu, il n’y a aucun but.  La conscience est une fin en elle-même.  Nous nous torturons pour arriver quelque part, et quand nous y arrivons, c’est nulle part, car il n’y a nulle part où aller.

Tant que les hommes ont pensé le cœur ou le foie comme siège de la conscience, ils n’ont eu aucune idée de cet incessant mouvement en avant du processus de la pensée.  Pour eux, une pensée représentait l’accomplissement d’un éveil de la conscience sensible, une intensité cumulative dans laquelle la sensation se réalisait en conscience de la sensation jusqu’à la plénitude.  Une pensée accomplie était comme une sonde au plus profond d’un maelström, d’une certitude émotionnelle, et au tréfonds de ce maelström d’émotion, la solution se formait.  Mais il n’y avait pas d’étape dans le voyage.  Il n’y avait pas de chaîne logique à laquelle se cramponner. »

Lawrence, comme un point de repère pour re-sentir l’humain… Éminemment actuel.

Hugues Robaye

D. H. Lawrence, Croquis étrusques, Paris, Le bruit du temps, 2010, 288 p. 17×17 cm

D. H. Lawrence, Étreintes aux champs et autres nouvelles, Paris, Le bruit du temps, 2009, 350 p. 14×21 cm 

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Marcel Thiry : L’herbe est rase au sabot des grands bisons tranquilles

15062009

L’herbe est rase au sabot des grands bisons tranquilles. 

La tondeuse et la bonne arroseuse ont passé 

Par les jardins où sous les arbres espacés 

L’on voit glisser les longues bleues automobiles. 

 

Le pur asphalte est un noir canal sinuant, 

Moiré d’ombre, et fleuri puissamment sur ses rives 

De grands bisons qui s’y promènent, et qui suivent 

L’herbeux soleil autour des platanes géants. 

 

S’enfuir sur cette eau plane et rapide et sans bornes 

Du long pays de la richesse et des bisons, 

Et t’avoir à travers les hautes frondaisons, 

Soleil égal sur les nickels et sur les cornes ! 

 

Le long vent de la course est frais à nos moiteurs ; 

Le bonheur d’Amérique est dans le store orange 

Que fait flotter comme un ardent drapeau des anges 

Une maid apparue au balcon dans les fleurs. 

 

Et les libres bisons poursuivent leur pâture, 

Et ta paresse au creux du car bleu voit fleurir 

Parmi ces fauves lents et cet air sans désir 

Le mol confort et la bienheureuse aventure. 

In L’enfant prodigue, 1927 

Poème reproduit avec la gentille autorisation de Lise Thiry

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Au coeur de la campagne de Russie des auto-canons : « la bienheureuse aventure »

Document AML







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