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François Noul : /Paroles à vivre, à boire & à manger/ (et à recevoir par la poste, comment ?)

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pv 2 pv 3 François & Hervé à la Potterée, siège mayaque, en août 2020

Paroles à vivre, à boire & à manger de François NOUL,

244 pages, illustrations de Hervé YAMGUEN

vient de paraître le 2 avril !

Intéressé ? Nous pouvons vous l’envoyer par la poste au prix de 15 euros + 3 euros de participation à l’envoi : 18 euros. Merci de verser cette somme au compte Triodos de l’association GE ! : BE29 5230 8021 7964, avec en communication vos coordonnées postales. Merci !

126 chroniques de François Noul, parues initialement dans divers quotidiens belges. Lauréat de la Fondation Roi Baudouin pour son mémoire, Pour une nouvelle dynamique des régions rurales, l’assistant social François Noul anima dans les années 90 la Ferme Bocace (Marchienne au Pont) : réinsertion sociale, agroécologie, maraîchage et élevage, transformation des produits et distribution en circuit court. Et, depuis son adolescence, il écrit le monde rural…

Paroles à vivre, à boire et à manger : s’y esquissent un homme, un paysage habité, tout un monde où présent et passé dialoguent pour un avenir rêvé, réfléchi, possible… Traditions, présent incertain, paysages, météores, végétaux, animaux, humains, et… de nombreuses recettes secrètes de celui qui fut aussi un chroniqueur (g)astronomique… Des pages à déguster !

Né à Meslin-L’Évêque (Hainaut) le 4 avril 1936, François Noul travailla comme assistant social et fonda dans les années 90 la ferme Bocace à Marchienne-au-Pont (dans la foulée du prix qui lui fut décerné par la Fondation Roi Baudouin pour son mémoire : Pour une nouvelle dynamique des régions rurales). La ferme Bocace : agroécologie, réinsertion sociale, maraîchage, élevage, transformation et distribution en circuit court. Réputé spécialiste en cuniculiculture, il circule aussi comme conférencier pour le Ministère de l’agriculture.

Parallèlement à ces activités, il ne cesse d’écrire. Un premier recueil de poésies, en 1970 – La griffe d’un saule – salué par Roger Foulon, en ces termes : « Je ne connais pas François Noul. J’imagine un homme proche à la fois de la vie inventée et de l’heure vécue, aimant répéter après Desnos : Incroyable est de se croire/Vivant, réel, existant. »

Des châtaignes et du cidre doux (poésies, 1991) ; D’amour et de bonne chère (1992) ; L’amour au bout des doigts (1994) et Jardiner dans les étoiles (2015) : trois recueils de chroniques et histoires.

Nombreuses chroniques culinaires et de terroir pour le quotidien Le Courrier de l’Escaut et le mensuel Notre jardin.

Retraité très actif, François Noul habite maintenant un fermette hennuyère (à Ghoy) dont le jardin-potager lui assure une quasi auto-suffisance alimentaire !

126 chroniques ponctuées de poèmes ;-) :

ET SI CE PAYS EXISTAIT

 Et si ce pays existait

Et si nous pouvions la retrouver cette terre

Où la bonté serait comme une pomme ronde

Tendresse à griffes rentrées

À bourgeons découverts

La vie à grands soleils

Retenir la vie

Comme chatte la patte dans l’écorce

Pourquoi faut-il que le château soit hanté

Chassons Carabosse

Retrouvons fées et lutins

Dans un matin velours

Retrouvons homme désarmé

Peau nue et cœur offert

Retrouvons chants d’oiseaux

Et grande lune d’espoir

Anne, ma sœur, ne vois-tu rien venir ? 

Je vois l’homme nouveau à l’horizon

Il porte enfants dans les bras

Et fleurs au front

Avec chiens et rires fous

Et barbe bleue rasée

Et rires fous et rires ma sœur

Ah si ce pays existait

Moi berger de mes rêves

Je laisserais là mes chimères

POUR VIVRE

VIVRE




De l’arène à l’agora

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cover Kouam cover pour l‘A5 avec des rabats de 10 cm sur lequel nous travaillons… Phare Papier, cover & publication en devenir proche

de l’arène à l’agora

J’ai croisé Hervé Yamguen sur les réseaux sociaux. Je lisais ses « publications » et regardais ses tableaux. Les textes : des chroniques de Douala la grande ville (où réside Hervé en artiste engagé : atelier et événements divers) et des scènes de village (où il est devenu récemment, suite à la mort de son père, un notable gardien des traditions). Ces textes : des récits teintés de réflexion : des visions de la société. Des textes politiques mais sans le revendiquer.

M’interrogeant sur la question du « littéraire », sur les manières dont il se montre dans une société, j’ai particulièrement goûté cette écriture appliquée au quotidien, au vivre-ensemble, au peuple, à son avenir. Je considérais aussi la spontanéité de la publication (rendre public), que permet le contesté facebook. Une publication sans prétention, hors milieu, jetée dans le monde.

J’écrivis à mon ami virtuel que nous pourrions faire, de ces chroniques éparses, un livre, avec textes et images. Hervé réagit promptement et m’envoya un matériau soigneusement commenté que je composai, mis en place, articulai. Nous avons publié Héroïsmes quotidiens en 2017.

Plus tard, Hervé, qui était en résidence à Berlin et vint me rendre visite en Belgique, proposa un autre projet qui partait d’une suite poétique de Kouam Tawa consacrée à la situation politique du Cameroun. Émule de HD Thoreau, je m’intéresse peu à ce qu’on appelle l’ « actualité ». Quand on connaît les causes, inutile de multiplier les exemples à l’envi, écrit plus ou moins le transcendantaliste américain pour expliquer qu’il a arrêté de lire les journaux… Certes, trop souvent peur et cupidité régissent le monde des hommes et expliquent à répétition, tristement, l’ « actualité »…

Je me mis à lire la suite poétique de Kouam, Dans l’arène, et je fus frappé, touché par cet appel au peuple. Une fraîcheur d’expression à laquelle nous ne sommes plus habitués, ici, dans les pays « riches », occidentaux, aux systèmes sophistiqués, compliqués, cloisonnés qui déterminent aussi la production littéraire.

Le dialogue avec mes amis camerounais s’avérait nécessaire pour repenser, re-sentir la sphère politique, le politique… Dialogue, échange d’expériences ! Je cherchais d’ailleurs cela depuis mon premier séjour, en 2012, au Burkina Faso où je rencontre des acteurs du « développement endogène » et agroécologique (personnes, associations, ONG locales), en ces contrées où l’agriculture familiale, le village, l’économie informelle, la production artisanale ou semi-artisanale restent la base du développement des collectivités et personnes…

J’interroge chercheurs et artistes dans ces sociétés où différentes formes de savoirs et d’autorités voisinent (scientifique/traditionnel ; étatique/civile/coutumière), où les cultures traditionnelles sont plus opérantes, participent plus à l’élaboration constante des communautés. Je récolte les témoignages de ces consciences fortes, en mouvement, en devenir, artistes et chercheurs qui affinent, aussi, leur jugement par rapport au modèle occidental, ce « consumérisme productiviste » qui ravage Nature et psychologies humaines dans nos pays dits (comme si c’était acquis) « développés ».

Ma vision politique de nos contrées s’est teintée de cette expérience du Burkina.

« Développement endogène » : la notion de Joseph Ki-Zerbo, je l’appliquais à la Belgique. Je repérais des développements endogènes : le majeur, ce fameux productivisme, lié à l’obsolescence programmée et au consumérisme, à l’industrialisation de tous les secteurs, à la technologie toujours plus avancée, à des inventions d’apprentis sorciers, directement mises sur le marché sans qu’on ne contrôlât sérieusement leurs effets potentiellement néfastes et souvent avérés tels.

Oui, il y avait ce mode de développement-là lié à notre histoire, puis toutes ces initiatives, elles aussi liées à notre histoire, à nos mentalités, qui s’écartaient de ce courant majeur et qui « réseautaient » à travers le pays. Un réseau : des foyers de développement endogène qui émettaient comme des vibrations et se complétaient, se renforçaient mutuellement ; je ressentais la nécessité de cartographier ces politiques visionnaires fragmentées : petites fermes bio, artisans, collectifs citoyens, groupes de simplicité volontaire, magasin de proximité et circuits courts, réseaux (sociaux) de potagers collectifs, adeptes de la géographie humaine, permaculteurs, écrivains enracinés et universels, écomusées, citoyens à projets imaginatifs, coopératives, ceintures alimentaires, villes en transition, etc. Chacun de ces foyers rayonnait à sa façon et donnait le (un) ton au politique, le réinventait, le faisait re-sentir…

Donner le ton : je pensais aussi aux musiciens et à l’énergie dont ils nourrissaient leurs publics ; et il n’y avait pas de frontières : Newen Afrobeat prolongeait au Chili la tentative de Fela Kuti en Afrique. Sur cette place de Santiago, ils sautaient comme des ressorts tout en jouant avec une énergie transformatrice qu’ils diffusaient aux auditeurs spectateurs : occuper d’une certaine façon l’espace-temps : c’était politique, comme le genre de perception, de présence affinée au monde, auxquelles nous engageait tout artiste authentique. La musique nous mettait en condition particulière pour aborder le monde partagé. Me revenait à l’esprit la force opérante, stimulante des tableaux de Hervé, de ses chroniques et de la poésie de Kouam.

Nos développements endogènes, donc, avec en toile de fond, le fantôme de l’ « état providence », ce modèle politique apparu dans nos pays riches ; un état mère qui veille et soigne et est attentif ; un « état providence » de plus en plus éreinté, mais qui continuait à assurer aux citoyens un certain confort de vie, même si, disait-on, le pire était à venir…

Et nos utopies des années 60 : la « société des loisirs » qui ne manquerait d’arriver grâce à la technologie qui allait rendre le travail inutile et permettre aux habitants de devenir plus humains, de se cultiver, l’abondance atteinte. Nous n’en parlions plus de cette société des loisirs. Constituait-elle une trop grande menace pour les privilégiés qui maintenaient les masses dans l’asservissement ? Là, je repensais à la réflexion de Thomas Sankara qui fédérait les masses du sud à celles du nord, écharpées, au fond, par les mêmes vautours ; ce qui rendait le dialogue sud/nord encore plus nécessaire : quels moyens allions-nous inventer ensemble pour sortir de l’impasse consumériste que René Dumont décrivait en détail dans les années 60, relayé par les théories bien étayées des collapsologues d’aujourd’hui ?

Au cours de l’été 2019, je reçus donc la visite de Hervé et plus tard de mon ami et partenaire, Abdoulaye Ouédraogo qui fêtait les 20 ans de son ONG burkinabè : APIL (Action pour la promotion des initiatives locales). Son ONG veille (en agroécologie) sur l’économie de 180 villages (agriculture, maraîchage, élevage, agroforesterie, apiculture, conservation des traditions…) et incarne à mes yeux ce que j’appellerais une puissance intermédiaire, née de la société civile. APIL travaille en collaboration avec 6 ministères locaux et est soutenue par des partenaires étrangers. Abdoulaye me confiait, tu sais quand je vais dans les ministères, c’est avec 180 villages derrière moi et tu ne le croiras pas, mais je connais presque tous les habitants de ces villages ; je suis d’ailleurs issu d’un village, moi aussi.

À Hervé puis à Abdoulaye, je parlai de cette charge informelle qui m’avait été proposée : la présidence de la commission du patrimoine de cette commune verdoyante, encore partiellement rurale, dortoir aussi, riche où j’habite et qu’un accord de coopération rapproche de la commune de Ziniaré au Burkina Faso… Patrimoine naturel, humain, culturel, architectural : il y avait tout, au fond, dans cette charge, la mission d’un roi débonnaire ! Avec mes deux amis, nous rencontrâmes, lors de leur séjour, de ces citoyens foyers d’énergie. Nous parlions… politique fondamentale, politique du paysage partagé, vision du monde, du (ou des) pour quoi des communautés…

(J’ai gardé tout au long de cette contribution, ce temps de l’imparfait éternel… Temps révolu mais qui porte aussi, lovée, la révolution !)

Je lisais donc le vibrant appel de Kouam au peuple camerounais afin qu’il réagisse à l’enlisement de son pays. Il m’a inspiré cette réflexion sur ce que je sentais en moi des sens possibles du mot « politique », en les appliquant à mon pays.

Et, dépasser l’enlisement ? Hervé et Kouam ont accepté d’exprimer, chacun à sa façon, très librement, sa vision politique ; sa vision d’un Cameroun désirable, fidèle à lui-même, à ses forces, avançant dans le temps selon ses styles à lui…

De l’arène à l’agora

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Proposition mayaque : échange autour de notre relation à la Terre, le 28 septembre 2019 à 14h, à La Petite Maison de Muriel Adam, Walcourt ! Avec François Noul, Philippe Michaux, Marie Michaux et Clément Bernaert…

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À « La Petite Maison » de Walcourt, le 28 septembre, au cœur de la journée organisée par Muriel Adam consacrée à la Terre, une conversation réunira Clément Bernaert, Marie Michaux, Philippe Michaux & François Noul.

François Noul : assistant social, il dépose, au milieu des années 80, un projet à la Fondation Roi Baudouin, Pour une nouvelle dynamique des régions rurales ; obtient le prix et, dans la foulée, le directeur du CPAS où il travaille lui propose de reprendre une ferme à Marchienne au Pont. Il en fait un lieu de réinsertion pour jeunes en difficulté. La ferme Bocace pratique alors le maraîchage bio, l’élevage (poules, lapins, cochons), dispose d’une boucherie et distribue ses produits en circuit court.

François Noul est aussi écrivain ; sujets de prédilection : l’alimentation, les traditions rurales ; la vie de l’homme dans la nature. Livres et nombreux articles, notamment pour le Courrier de l’Escaut. C’est un visionnaire tranquille qui pense l’humain dans une forme d’autodétermination, d’autarcie, presque, s’il prend soin de son jardin et cuisine simplement et savoureusement… Je pense qu’écrire est en quelque sorte une thérapie. Je suis quelqu’un d’hypersensible, un rien me touche et l’écriture me permet d’exprimer mes émotions. 

Un autre visionnaire : Philippe Michaux. Il est maraîcher (« La Ferme du Printemps » à Nalinnes, un projet aussi éducatif, avec les journées « Vitalité ») et anime l’association : « Le chemin d’un village ». L’objet de celle-ci ?  Faire de la géographie humaine (à la Gaston Roupnel ou à la Élisée Reclus) autour du bassin de l’Eau d’Heure : montrer comment les peuplements successifs ont été en relation avec cet espace géographique que dynamise la rivière, le cours de l’eau… S’interroger sur le présent de ce peuplement, sur son avenir : comment y développer des activités en harmonie avec le lieu ?

Marie Michaux est l’une de ses filles : le 28, nous réfléchirons sur le monde d’aujourd’hui (en restant dans un « mécontentement joyeux » à la Krishnamurti) : il nous faut donc écouter les « jeunes » ! Marie a étudié l’horeca et suit de près les travaux de son père, en y participant.

Clément Bernaert termine ses études d’art dramatique à Mons, dans la classe de Frédéric Dussenne. Son travail de fin d’année porte sur l’histoire de deux orphelins – Léa et Théo – qui quittent leur institution urbaine pour s’installer à la campagne. Une nouvelle qui sera mise en scène. En fait, me disait-il, cette histoire porte d’abord sur la question de l’engagement : spirituel, amoureux, social, politique, écologique…

L’époque contemporaine est inquiétante, dominée par un consumérisme productiviste, grand ravageur de Nature et de psychologies humaines. Comment inventer un mode de vie plus harmonieux ? Une question complexe ! Arrière-plan de la rencontre du 28, à 14h :-)

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Les Rencontres à Touvent (Sivry) : Frédérique van Leuven, Thierry Génicot : « soigner les lieux pour soigner le monde » : avec MaYaK, 28 avril !

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6 avril 2016 - Copie 16 juillet 2016 portrose des émissions avec Thierry : Jacques Faton, les Cardon et Olivier Ducène…

Dimanche, Thierry Génicot me rendait visite à la Potterée (Flobecq, Hainaut belge), après sa séance mensuelle aux « Fraternités Ouvrières » de Mouscron, haut-lieu informel de permaculture.

Il faisait splendide et nous nous sommes installés devant le paysage, sur la petite butte qui domine la pâture de mes amis fermiers – Michel et son fils Lionel, – et qui nous a permis de nous glisser dans la pénéplaine qui va vers Ath et dans les réseaux de chants d’oiseaux (je n’ai pas gardé de photo de cette rencontre mais un enregistrement dans lequel les oiseaux occupent l’avant-plan du son alors qu’ils nous étaient restés cachés, la plupart du temps).

Thierry Génicot est dit un « homme de radio ».

Un créateur des ondes, qui vit de créations radiophoniques et travaille, notamment, pour et avec la Une, dans « Par ouï dire », la précieuse émission quotidienne de Pascale Tison. Thierry Génicot nous y chuchote ses « mondes invisibles ».

Je crois que nous nous connaissons depuis bien 15 ans. Ce qui m’a toujours frappé chez lui et dans son travail, c’est : l’intense curiosité, le désir de comprendre et l’art d’associer. D’associer le sens et les sons, de monter le sens et des sons… De rendre sensible le « mystère » de la vie (je me souviens dans mes études de philo, de Gabriel Marcel opposant problème à mystère), de faire cheminer l’auditeur dans l’inconnu par l’inattendu de la radio, de la parole qui va venir et qui nous surprend.  Il m’a invité dans quelques émissions : sur Annie Van de Wiele (la première femme à avoir fait le tour du monde en voilier), sur Paul André (le poète penseur du Tournaisis et du rural rayonnant), sur les Fraternités Ouvrières (voir ci-dessus), sur MaYaK, sur les recherches écophiles, etc. Et ce qu’il en a résulté est toujours apparu à mes yeux, non à mes oreilles, comme des synthèses sonores, témoignages presque éternels d’un travail qui prenait d’autres formes… Et puis : le mystère des voix (bulgares et universelles).

Je suis très reconnaissant à Thierry de ce don ; de la façon dont il a su donner sens, avec une perspicacité foudroyante, à ces différents travaux, lui qui n’arrête pas (sauf quand il est avec son potager, me disait-il) de rencontrer des « habitants chercheurs » de tous horizons de la recherche…

Voilà qu’avec sa compagne, la psychiatre Frédérique van Leuven, ils ouvrent leur lieu, à Sivry où ils pratiquent la permaculture à des rencontres périodiques autour de  : « Soigner les lieux pour soigner le monde ».

Et ne voilà-t-il pas, à mon grand honneur, qu’ils me proposent d’ouvrir le bal !

La « thématique » me parle bien sûr beaucoup : en mémoire directement ce que me disait Rino Noviello de son écocentre Oasis, à Ghlin appelé ainsi en référence à Pierre Rabhi : tout lieu, si déshérité fût-il, peut devenir un oasis quand des volontés humaines bienveillantes l’habitent.

L’invitation de Frédérique et de Thierry me permet en tout cas de reprendre tous ces « chemins de traverse » (une expression que Thierry a employée dimanche) que MaYaK a empruntés depuis le début de son histoire (cela fait 14 ans) pour faire apparaître un réseau de personnes qui pensent leur présence au monde depuis un respect et un amour inconditionnel pour la Nature et la libre expansion utile des nécessités intérieures des humains…

Le 28 avril, 17h30, dans notre échange, nous partirons des recherches « écophiles » (recherches aimantes sur les lieux habités) actuelles : le village au Sud, le village au Nord. Burkina Faso/Belgique. Ziniaré/Bissiga/Flobecq…

Le mode de peuplement du village où les hommes s’intègrent plus à la Nature où, au moins, il sont plus en contact avec elle, peut-il être une réponse à l’effondrement qu’annoncent les « collapsologues » étudiant les ravages du consumérisme productiviste et prédisant que nos sociétés du nord vont s’effondrer.

Mais nos villages du nord ne sont-ils pas déjà morts ? Mort ou en voie de résurrection ? Ces nouveaux habitants chercheurs qui s’y installent en des formes d’insurrection face au modèle de développement dominant ne consolident-ils pas une « alternative », ne tracent-ils pas une nouvelle voie ?

Les masses du sud et les masses du nord sont opprimées par les mêmes, disait Thomas Sankara, l’éminent président du Burkina… Un pays africain comme le Burkina Faso (l’un des plus « pauvres » de la planète) où fermes familiales, nature nourricière, économie informelle avec des syndicats, entraide, production (semi-)artisanale, « pauvreté, richesse des peuples », « l’Afrique au secours de l’Occident », restent une base reconnue et renforcée par des réseaux d’associations, d’ONG locales (comme APIL, l’ONG de mon ami Abdoulaye Ouédraogo), par de grandes personnalités qui ont une vision pour leur pays et leurs habitants ; un Burkina endogène et agroécologique ne serait-il pas un « modèle » très suggestif à explorer, à essayer de connaître ? Ne serait-il pas temps de réellement dialoguer, allez, sur l’avenir du monde ? Je trouve que oui…

Mes 6 voyages au Burkina – avec pour objectifs, information et communication – n’ont à mes yeux de sens que par cet échange entre des modèles de vie que des habitants-chercheurs, qui ont une vison globale critique et comparative, pensent et tentent de réaliser…

Et c’est tout le travail mayaque qui se reflète dans ces dernières recherches sur le village (et les vivifient). Recherches qui reçoivent, en plus, comme un cadre institutionnel : l’accord de partenariat entre Ziniaré et Flobecq, signé en janvier 2019.

Merci donc à Frédérique et Thierry de me donner cette possibilité de remodeler cette pâte !

Les rencontre à Touvent (voir page facebook…) seront enregistrées.

« Touvent » : le nom du hameau de Sivry qui vous accueillera. Et le nom de la sprl de Thierry Génicot ? « Silence »…

(Il y aura aussi une table avec les publications mayaques…)

 Au plaisir d’échanger avec vous ce soir-là !

Dimanche 28 avril 2019, 17h30, rue Touvent 5, 6470 Sivry (Hainaut) 




Michel Zongo : quand filmer change le monde : « La sirène de Faso Fani »

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« Faso Fani », c’était une grande usine de pagnes située à Koudougou au Burkina Faso et qui faisait la fierté d’une ville, d’une région, d’un pays. En 2001, elle est démantelée suite aux directives du PAS, programme d’ajustement structurel, que signe le Burkina Faso et qui exige la privatisation des entreprises d’état en vue du remboursement de la dette des pays africains. Pas de repreneurs privés, on ferme. La sirène de Faso Fani faisait rêver les enfants de Koudougou.

Originaire de Koudougou, Michel Zongo tourne en 2014 un documentaire consacré aux conséquences de cette fermeture, tout en retraçant l’histoire de l’usine et de la fabrication de ces tissus traditionnels de qualité qui s’exportaient bien en même temps qu’ils affirmaient l’identité des Burkinabè. Il rencontre d’anciens travailleurs, récolte leurs témoignages, retrouve des images d’archives – officielles ou tournées par les travailleurs eux-mêmes – des émissions radio couvrant la signature du PAS (et reflétant une confiance – qui a posteriori nous semble bien naïve – en les conséquences de ce traité-diktat).

Le dimanche 25 septembre, nous assistions à la projection du documentaire à la direction générale de la coopération, avenue Ki-Zerbo, dans la cadre du festival Consom’acteurs Burkina.

Les séquences du documentaires où l’on voit les anciens travailleurs énoncer leur chagrin, leurs regrets du temps béni de l’usine sont bien émouvantes. Mais dans les premières minutes du film, des séquences montrent un vieux tisserand à son métier construit par les forgerons de la ville. Et c’est en fait la question des modes de production qui s’esquisse déjà. Industriel ou artisanal ?

Je pense immanquablement à Joseph Ki-Zerbo qui répondait dans A quand l’Afrique, à l’historien René Holenstein : certes les Africains sont en retard d’industrialisation, mais l’industrialisation est-elle un passage obligé ? Je repense à EF Schumacher, le grand économiste anglo-saxon qui prônait une « technologie intermédiaire », des moyens de productions que le travailleur pourrait acquérir lui-même, ce qui lui assurerait une autonomie d’action (pas les machines perfectionnées de Faso Fani, construites dans un contexte de production portant l’obsolescence programmée…).

Et le documentaire bascule peu à peu. Michel Zongo investigue, filme les tisserands dans les cours de Koudougou. Une séquence-charnière : le réalisateur has a dream : et si on réunissait tous ces tisserands dans un lieu pour les filmer ? Ils sont une multitude ! : son interlocutrice qui tisse rit.

Mais le dream trouve des formes dans la réalité : et si on s’associait en coopérative pour produire mieux, suggère Zongo ? Les anciens travailleurs sont séduits par cette idée qui se concrétise peu à peu pendant le tournage.

Alors, chapeau bas! L’intérêt, l’attention, l’ amour du réalisateur pour le milieu qu’il explore transforme la réalité, donne en l’occurrence l’impulsion nécessaire à la création de cette coopérative qui fonctionne aujourd’hui. Un artiste transforme le réel en même temps qu’il est dans son processus de création…

Bien sûr, ces initiatives citoyennes ont du mal à naviguer. Au cours du débat qui suit la projection, Michel Zongo déplore qu’elles ne soient pas plus soutenues par les pouvoirs publics, encore faudrait-il que ceux-ci aient une vision (à l’instar de Thomas Sankara). Il déplore aussi que les jeunes universitaires burkinabè, économistes ou juristes qui se retrouvent souvent au chômage ou employés dans des tâches subalternes, ne s’intéressent pas à ces initiatives locales, originales et passionnantes qui auraient bien besoin d’un encadrement, notamment pour écouler avantageusement les créations de ces tisserands artistes qui inventent des modèles originaux de tissus selon leur inspiration du moment. Des intellectuels qui seraient au service des travailleurs, sur le modèle de leurs aînés : le pharmacien Pando Zéphirin Dakuyo, à Banfora, organisant la médecine traditionnelle, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, à Ouahigouya, les activités rurales ou le vétérinaire Boubacar Sadou Ly, à Dori, l’élevage. Organisant mais surtout valorisant, donnant sens, donnant vision…

Je ne puis m’empêcher de penser que ces questions concernent aussi le nord qui est à la recherche d’autres modèles de développement que le consumérisme productiviste meurtrier.

Michel Zongo a réalisé récemment un documentaire sur la dégradation des sols… Et en prépare un sur la culture du coton…

Hugues Robaye

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Cure de silence et de nuances. Éric Fourez & Baudouin Oosterlynck

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« L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » : Robert Filliou. Je m’en persuadais encore plus ce dimanche matin, dans la salle lumineuse d’Arrêt 59, en présence des grandes toiles blanches d’Éric Fourez & des objets expérimentaux de Baudouin Oosterlynck. « Salle d’expositions », espace de résonances, d’échanges vibratoires, espace de présence amplifiée, de présence dynamique – des forces nous atteignaient – des lignes (ou traits) de forces, aussi.

Ce jour-là – le 10 octobre – les deux artistes recevaient les visiteurs et participaient à un monde invisible de Thierry Génicot. Baudouin expliquait qu’il avait parcouru l’Europe à vélo à la recherche de lieux de silence total, où le corps physique sentant est livré à l’espace-temps, revit les origines de la présence, du sentir, et concentré, exorbité, perçoit les masses d’air et les sons des pressions atmosphériques qui le maintiennent à terre mais lui font aussi parcourir les airs. Cure de silence, cure comme soin attentif porté à un organe de la perception, à, sans doute, la plus subtile richesse dont nous disposons comme humain : les sens qui nous enracinent dans le ciel et la terre, dans une sobriété heureuse du désir : que vouloir de plus que de vivre cette présence extasiée ?

Une cure, je repense souvent à la montagne magique de Thomas Mann (où le personnage rend visite à un ami dans un sanatorium et finit par y rester) ; les montagnes magiques, les plages magiques, les ciels magiques, les carrés de prairie magique (un exemple donné par Éric Fourez : le réel devient hyper réel quand notre corps percevant se perd dans la contemplation d’un m² d’herbe, quand notre moi pesant s’oublie).

Baudouin emprisonne l’air dans des objets d’expériences reliés à nos oreilles par un stéthoscope. De la main, je presse une éprouvette close sur un objet en bois auquel sont reliées des languettes métalliques que mes ongles frôlent ; mon doigt peut tapoter une soucoupe qui précède les lamelles ; les vibrations se transmettent vers mes oreilles, concentrées par la masse d’air enclose dans l’éprouvette reliée à mes tympans par le stéthoscope. Je suis tout au son, un espace s’ouvre en moi que mon corps, mon contact créent. C’est intense, intime et large, nouveau, inattendu, il suffit de varier un peu le toucher des doigts et les vibrations infimes résonnent en moi autrement, ouvrent d’autres possibilités : la vie (vous l’aurez reconnue). Les vibrations, les sons nous occupent, comme un pays en paix devrait l’être…

Attention et concentration, extase matérielle, comme écrivait Le Clézio : Éric photographie les plages les dunes, l’estran et à partir de ces photos hyperréalistes et en en même temps minimalistes, il peint de très grandes toiles (au tissé extrêmement dense et qui donne l’impression d’une texture proche du sable ou de la poudreuse)  où sur fond « blanc », des traces apparaissent, celles laissées par la mer, chaque fois différentes selon notre position, chaque fois réorganisées par les marées. André Dhôtel écrivait que la meilleure façon de représenter un champignon, c’est l’aquarelle. Car un champignon, un désert, une dune ou une plage ne sont jamais les mêmes, changent de place, de couleur dans le moment, dans le temps, comme la vie. Il y a de quoi se sentir déplacé et vulnérable, et aimer ces présents pleins et fragiles. L’incessante mobilité des choses les plus ténues et modestes. Notre humilité bienveillante à y répondre.

Dans les très grandes toiles d’Éric, mon regard se projette se perd, ma vision est entièrement envahie par cette surface, mon corps y est comme absorbé ; mes yeux fascinés par le relief des traits de cette peinture minimaliste, hyperréaliste, un terme curieux pour ce que l’on voit, mais le peintre y tient : c’est bien là la réalité profonde, dynamique de la plage ; sa trame (et pas les chromos de vacances sursaturés!). Ramener les sens à l’origine et les laisser explorer cette espèce de chaosmos (un chaos qui s’ordonne constamment de façon éphémère) dont parle Kenneth White (Blanc…)

Faire voir la douceur des nuances de l’instant, faire entendre les vibrations infimes de l’air, c’est au fond, faire aimer la présence au monde et y ramener…

Baudouin disait que l’ « artiste » sentait quelque chose en lui qu’il devait faire sortir, sans trop savoir quoi, ni comment ; que ça venait et qu’il apprenait à se connaître à force de donner de nouvelles formes à cette nécessité. L’artiste changeait à mesure qu’il inventait, qu’il entrait en lui et en extrayait ces nécessités qu’il y sentait naître. Artiste dynamique, en gésine continuelle. Dans l’étonnement, la surprise, la crainte parfois qui se dissipait à écouter sa voix qui parlait dans ce micro de verre dont le bouchon de caoutchouc ne laissait pas passer les basses… Haute vie, haute mer, haute note !

Belle organisation d’Arrêt 59 ! Thierry Génicot interrogeait les deux artistes, aussi exigeants que modestes. Michel Voiturier les resituait dans l’histoire des arts tout en exprimant aussi leur singularité irréductible, leur démarche spécifique et les deux maîtres amicaux de s’interroger mutuellement sur l’origine de leur démarche : Éric, tu devrais raconter ton expérience du désert, des dunes, du regard, de l’égarement bénéfique, car les plages, au fond, c’est ce que tu y as retrouvé ?

Deux maîtres… On parle de « pères spirituels » ; oui, et les pères chromatiques ?

Hugues Robaye

« Par l’œil et par l’oreille » Éric Fourez & Baudouin Oosterlynck

Foyer culturel « Arrêt 59 », à Péruwelz (la ville la plus baroque de Belgique)

Du 27-9 au 8-11-2015 / www.arret59.be

Péruwelz 003 blog Péruwelz 004 blog




Que fais-tu au juste au Burkina ? (2)

8042015

boubacar blog2 Dori, 17 février 2015, propos de Boubacar LY.

Suite : Venons-en à longer l’abîme (tout relatif !).

« Que fais-je au juste au Burkina ? »

D’abord, sais-je « au juste » ce que je fais ? Tout au plus, des réponses en rhizomes s’élaborent en moi. Par ailleurs, je ne sens pas vraiment que le « je » « fait » quelque chose dans ces histoires expansives, ondulatoires d’amitiés, de réseaux. Les termes de la question de départ se dissolvent, même ce nom de pays est pulvérisé par les 65 ethnies sans frontières du « Burkina », par tous les petits villages, microcosmes de brousse.

« Je » ? Le corps sensible, animé, qui existe est touché par des expériences vitales, ça c’est indéniable.

Certes, je réfléchis à des projets… Mais. « Je » reste dans l’inconnu (à la rigueur). La rigueur frontale et englobante de l’inconnu… J’ai pris l’habitude de commencer par dire à mon interlocuteur africain : « Je ne comprends rien ici, mais des lumières apparaissent, des éclats que j’essaie d’assembler, d’assimiler (dans le sens alimentaire, où des nutriments s’intègrent au corps percevant)… Il y a de tels fossés de cultures, entre Blancs et Noirs, entre villageois et gens des villes, celles du nord comme celles du sud, tant de projections de part et d’autres, comment savoir ce que ressent ou pense l’autre ? Et en particulier quand nous allons au village. Il faudrait rester longtemps en brousse, y habiter, apprendre la langue, vivre simplement, se laisser apprivoiser, que l’étrangeté du blanc se fonde un peu dans le paysage.

« Faire au juste » ? Résonne en moi le proverbe peul que cite Amadou Hampaté Bâ : « Quand une chèvre est présente, il ne faut pas bêler à sa place. » Nous voilà avertis. Traduisons : le rôle de Burkimayak serait de déplacer des chèvres ! De les faire bêler ensemble à un monde voulu meilleur… Et puis, des chèvres de races différentes ont le droit de se croiser sur le chemin, de se côtoyer, non ? Les chèvres se rencontrent-elles facilement sur les terres non-clôturées du Burkina, où elles vaguent en liberté ? Rassembler des chèvres, voilà une tâche utile, peut-être, d’autant que les loups (chinois ou occidentaux) rôdent. 

Du fond de l’abyme, cet écho : la réponse tranchante de René Dumont à une question qu’on lui posait souvent : « Que peut-on faire pour eux [les Africains] ? Leur fiche la paix. » Le mot « faire », à nouveau. La réponse de l’agronome vise-t-elle les  intentions charitables sous-jacentes à cette question (que peut-on faire pour ces pauvres gens?) ? Ou plus largement, la question de l’intervention du Blanc en Afrique, car lui, après tout, intervenait, menait des projets…

Faire, avoir des projets… Nouvel écho insistant, le dialogue constituant que mène en moi depuis plus de six mois Jiddu Krishnamurti – ce penseur radical qui refuse toute autorité. Jiddu me rappelle constamment la place secondaire des projets à court ou long terme et ramène mon corps percevant au présent intégral. Être dans la société (où s’élaborent les projets) mais surtout en dehors. Mais cet écart, ce recul, font advenir d’autres relations au monde, aux vivants, sans promotion du moi, sans violence : que cette priorité du présent dense, fort, infini guide notre attitude au sein des projets auxquels nous participons. Faire : comme les ondes du caillou dans l’eau. Des projets souples, dynamiques, changeants…

Autre étrangeté : au fond, je ne reviens jamais vraiment du Burkina. Quand je rentre en Belgique, le contraste me rend de plus en plus sensible l’effroyable de la « société capitaliste de pointe » consumériste-productiviste, arrogante et violente, sur fond d’acquis (bien sûr menacés) sociaux extraordinaires (qui résultent de façon ambiguë de l’industrialisation brutale qui sous-tend ce consumérisme productiviste)… Les « horreurs économiques » : jeunes et moins jeunes « sur le marché de l’emploi », dépressionnaires à la chaîne : 20 lettres de demande de « job » (un terme volontiers employé par les hommes politiques flamands) ; une réponse, négative… Les battants et les abattus. Le marché abattoir de l’ « emploi » (être employé, utilisé, aliéné). « Créer de l’emploi », préoccupation dite majeure, alors que depuis 50 ans, des chercheurs appellent à une réflexion sur le sens du travail, puisque la technologie et les machines automatisées diminuent inéluctablement les besoins en « main d’œuvre ». Or les gens de pouvoir en sont à culpabiliser les citoyens… parce qu’ils n’ont pas de travail à leur donner… (et qu’ils ne sentent même pas qu’ils doivent encourager celui qu’ils veulent donner, celui qu’ils ressentent en eux comme nécessaire à la société dans laquelle ils vivent)… DH Lawrence fait cette différence entre le « labour » et le « work », travail qui se développe nécessairement et spontanément à partir de la force spécifique que chacun a en lui et qu’il se doit de donner au monde.

Je reviens donc de ce lointain, du Burkina avec des énergies choisies – distinguée par mon regard neuf d’étranger – qui circulent en moi. Un pays africain à l’organisation encore informelle, peu réglementée, la débrouille généralisée, les microéconomies de village à l’autosuffisance fragile ; la chaleur, le soleil, l’Harmattan ; les terroirs que les villageois connaissent encore bien, les « chemins rouges » (pistes en terre), la brousse qui enserre et fait vite oublier les villes qui ne sont qu’agglomérats fantaisistes ; l’indolence ; les hangars où l’on palabre ; l’artisanat généralisé, les savoir-faire et vivre émanant de traditions ; les corps sans graisse, droits, sains, souriants ; des recherches-actions audacieuses, des pensées pragmatiques et programmatiques inventives (comme celle de Boubacar Ly) qui se greffent sur ce substrat : des expériences qui m’incitent à approfondir ces échanges entre chèvres de races différentes…

Je reviens du Burkina et un patron des chemins de fer belge qui coûte cher déclare dans un entretien que l’usager des trains (celui qui l’honore en faisant appel aux services des employés qu’il « gère ») coûte 6900 euros par an et rapporte 3000 euros ; un premier ministre fédéral demande à des prépensionnés (qui ont donc choisi de ne plus travailler pour se reposer légitimement et aussi pour céder « la place » à des plus jeunes moins coûteux, comme on leur suggérait avant) de s’offrir à nouveau sur le marché de l’emploi et de ne pas quitter le territoire au cas où ils seraient appelés au front du travail ; cela pour soulager l’office des pensions. « Pensée », logique effroyables.

Je reviens cette année avec quelques œuvres inédites d’un sage burkinabè – Boubacar Ly. L’une d’elles : De la politique : l’homme politique : un « prestataire de service » (expression reprise avec facétie) qui doit sentir le « rêve » d’une communauté, aider cette communauté à exprimer son aspiration profonde et à la situer dans un ensemble. Doit lui montrer des voies de réalisation possibles pour ce rêve collectif… Le politique doit être sage, avoir de la hauteur, ne pas exercer de pouvoir, ne pas s’enrichir, ne pas avoir de programme mais appuyer les volontés profondes d’un groupe et celles de ses membres, car chacun a un rôle à jouer dans l’ordre cosmique qui oriente la politique humaine, lui donne sens et horizon. Boubacar Ly est une personnalité respectée, souvent interrogée par les médias burkinabè pour ses vues au-dessus de la mêlée. Nous l’avons rencontré longuement aux portes du Sahel, à Dori, dans son « école de la sagesse sur dune, entrée espérée »… La question était donc : « Que peut-on faire pour les aider ? » ?

Au Burkina, je rencontre des personnes qui vivent, travaillent, aiment, ont des enfants, des Vieux, sont dans la Nature, le temps, la mort, entre peines et joies… Des humains (comme nous). Que peut-on faire pour s’aider ? Échanger nos solutions respectives, nos inquiétudes, nos mécontentements par rapport à certaines logiques contemporaines. Rester « dans l’interrogation et le doute, dans une ardente investigation » (des termes de Jiddu Krishnamurti)…

Dans ce classique des années septante – « La pauvreté, richesse des nations » –, le Béninois Albert Tévoédjré montre que les traditions africaines ont un autre rapport au monde matériel, à la propriété et à l’opulence. Cette pauvreté, richesse des nations, elle est à rapprocher de la « sobriété heureuse » préconisée par Pierre Rabhi… Nous cherchons d’autres façons de vivre. Comment simplifier cette complication infinie de la société productiviste et consumériste ? Nous dépendons  tous d’une chaîne de production et de distribution d’une complexité inimaginable, sur laquelle repose une conception du travail infiniment fragmenté. Et cette technologie fascinante qui nous emprisonne ? Et chacun a peur de perdre sa minuscule parcelle de sécurité et de « pouvoir d’achat »… Et puis, il y a les crédits qui nous enchaînent. La Nature se meurt… Comment sortir de cela ? Ou être dedans par nécessité et défaut, tout en étant au dehors… Les sociétés africaines offrent leurs réponses à cette recherche.

Je vais là-bas à la rencontre d’Habitants Chercheurs, de Porteurs d’Espoir, d’Africains qui pensent l’essence de leur société et aimerait la développer sur cette base, conscient que cela peut constituer un modèle alternatif de développement chez eux et chez nous, « intégré » (selon une notion de Jiddu), cosmique, respectueux de la Nature et des autres.

« Porteurs d’espoir » : quand je reviens du Burkina, je me demande quel avenir se profile pour ceux qui commence à travailler, quelle perspective, quel rêve de société comme dirait Boubacar Ly ; je repense au grand économiste de terrain, EF Schumacher qui déplorait que la rentabilité s’imposât comme seul critère de départ des activités dans la société d’aujourd’hui. Quand je rentre, j’ai l’impression qu’on me recrute de force dans un mauvais, mensonger et angoissant psychodrame de crise et de croissance économique. Mais j’ai déjà 28 ans de « carrière » derrière moi et ce bonheur intuitif et sûr d’avoir un travail à faire, qui s’impose en moi, quelles que soient les conditions sociopolitiques : mes prérogatives de chef mayaque insaisissable (où sont les smileys…) ; j’ai beaucoup de chance, donc, et je me sens profondément triste et en révolte devant tous ces mensonges qui polluent les jeunes, et qui sont encouragés par des individus censés nous représenter. Dès lors, ne faut-il pas chercher et répertorier de façon systématique des voies d’ouverture, de nouvelles respirations, de meilleurs exemples, des Porteurs d’Espoir, ici et ailleurs, et confronter nos inquiétudes inventives et créatrices, nos beaux bêlements ?

Hugues Robaye




Que fais-tu au juste au Burkina ? (1)

8042015

boubacar blog Boubacar LY, Dori, le 17 février 2015.

Parfois des personnes me demandent « ce que je fais au juste au Burkina ». Cette question – pourtant simple – m’apparaît au bout d’un moment complexe et abyssale. Je peux y répondre de façon technique mais elle a des implications insoupçonnées, beaucoup plus profondes.

D’abord la réponse technique.

Nous développons en parallèle deux activités.

À chaque voyage, nous menons une enquête sur le développement endogène au Burkina Faso, nous rencontrons des personnes qui incarnent ce mode de développement reposant sur les cultures africaines et partant d’elles. Nous interrogeons des artistes, des chercheurs, des bâtisseurs, des agronomes, des hommes politiques, des artisans, etc. Nous enregistrons les entretiens. Souvent ces personnes qui ont une activité particulière aiment à se situer dans les équilibres sociaux de leur pays, ce qui donne à leur travail une perspective plus large…

Concomitamment et depuis le premier voyage en 2012, nous entretenons des relations avec un village au nord de Ouagadougou – Bendogo – et organisons, stimulons différentes choses. Nous, c’est le noyau de « Burkimayak » (Amina Yanogo, Catherine Demey, Valérie Detry, Nafissatou Ouédraogo, Éric Kabré, Jean-Claude Kangomba, Patigidsom Koalga, François d’Assise Ouédraogo, Alexandre Tapsoba). Burkimayak, un département, si je puis dire, du GE !: l’association « Groupe Esthéthique ! » qui édite notamment la revue-livre annuelle MaYaK (bien connue de tous). Dans ce travail de terrain, nous souhaitons comprendre et échanger sur les microsocioéconomies villageoises qui sont encore bien vivaces quoique menacées et qui nous paraissent présenter des analogies avec certains mouvements du Nord : permaculture, agroécologie, simplicité volontaire, décroissance, antiproductivisme, renouveau rural, etc. Une analogie accidentelle, puisque nous constatons que les villageois, la plupart du temps, rêvent d’une « société capitaliste de pointe », selon l’expression tragi-comique d’Haruki Murakami. Mais nous allons toujours au village en compagnie de Burkinabè qui souhaitent autre chose, des artistes ou des chercheurs qui ont au fond d’eux un village rêvé qui tient beaucoup plus du village dont nous rêvons ici, au Nord… Pour désigner ce genre de rencontre, d’échange, j’emploie l’expression prudente, sans engagement exagéré, de « coopération relationnelle » ; nous œuvrons ensemble à quelque chose au sein de relations (amicales), de réseaux qu’on voudrait approfondir…

Ainsi, cette année, nous avons initié un jardin-pépinière agroécologique dans la double école primaire. Sous la direction de Patigidsom Koalga qui a déjà encouragé 22 créations de ce type. Patigidsom est travailleur social (il s’occupe des enfants des rues) et permaculteur ; anime une association dans son village natal où il œuvre au « rayonnement endogène », selon une autre expression burkimayaque. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’ondes pour ce qui est de cette intervention au village. Le jardin-pépinière : fournir des légumes à la cantine scolaire, vendre le surplus, procurer  des revenus à l’école ; expérimenter ce laboratoire socio-économique qu’est un jardin (potager) pépinière : organiser le travail, essayer des techniques de culture, de nouveaux légumes, cuisiner cela, vendre, sensibiliser à l’agroécologie, produire avec les enfants des documents pédagogiques, par exemple calendrier des semis ou document sur les vertus des légumes et arbres implantés là ou recettes de cuisine…

Parallèlement – deuxième initiative cette année –, nous avons complété la bibliothèque rurale commencée l’année passée et trouvé à Ouagadougou des partenaires dynamiques (comme on dit) pour la mettre en valeur : Ousseni Nikiema (écrivain, conteur, libraire et bibliothécaire) et Eric Kabré (dessinateur et informaticien)… Des livres en français et en langues nationales (mooré et dioula) autour de questions pratiques de culture, d’élevage et d’économie rurale.

Ces deux activités ont été rendues possibles grâce à la générosité d’un mécène privé, le bureau d’expertises comptables Yves Dekegeleer (Mouscron). Les deux années précédentes, c’était la Députation permanente du Hainaut Occidental (Serge Hustache, chargé des relations internationales) qui avait soutenu nos initiatives.

En 2012, nous faisons connaissance avec les associations du village. Nous nous y rendons à deux reprises et lors de notre deuxième rencontre, en fin de voyage, j’évoquais des initiatives que nous avions rencontrées par le Burkina et qui offraient des solutions aux difficultés évoquées par les villageois lors de notre première réunion.

La deuxième année (en 2013), nous organisions un atelier dessin / photo / cinéma avec les enfants du primaire et secondaire, aboutissant au tournage et montage de « Villages en savane », un court métrage de 11 minutes qui présente Bendogo. Le village – par ses enfants (et de plus grands) – portait un regard sur lui-même, en réaction à des mots que j’avais pointé et qui me semblaient représenter à mes yeux blancs un village en savane… Le court métrage est visible sur youtube ainsi que sur ce blog (http://mayak.unblog.fr).

L’année suivante, Valérie Detry – animatrice et clown relationnel – orchestre un échange de lettres entre deux classes primaires de Liège et une de Bendogo. Elle vient au Burkina en janvier 2014 et anime un atelier de conte, dessin, danse et musique (thème : l’arbre) avec la classe de Bendogo et trois danseurs professionnels accompagnés de leur percussionniste. Cela donne lieu à une fête au village où nous montrons une expo réalisée à partir de dessins et photos faits pour le tournage du court ainsi que d’autres documents illustrant les résultats de nos recherches sur le développement endogène. Démonstration de fours solaires, plantation de moringa (l’arbre du paradis dont les feuilles fournissent une farine aux propriétés nutritives exceptionnelles) ; plantation d’arbres – notamment un caïlcédrat offert par Yacouba Sawadogo « l’homme qui fit reculer le désert », célèbre agroécologiste local, sono et concert de Madi Nikiema : le programme de la fête est varié…

Cette même année, nous suscitons la rencontre entre les associations de cultivateurs/éleveurs locales et des acteurs de l’association internationale DIOBASS qui promeut la recherche paysanne et l’autonomie des villages. Résulte de ces échanges un relevé des difficultés rencontrées dans l’élevage et les cultures et un scénario de plan d’actions (selon la méthode DIOBASS explicitée dans École aux champs de Hugues Dupriez) sur deux ans est imaginé (en cours)).

Ces trois premières années d’échanges ont été détaillées dans un album textes-images : Histoire d’amitiés, Histoire de réseaux (collection chantier-école, Phare Papier)…

Enfin, nous continuons à tourner. Avec François d’Assise Ouédraogo, Nous filmons des séquences destinées à un court ou moyen métrage qui s’intitulera « Rencontres » et montrera ces croisements de gens divers provoqués par une association du nord dans un village du sud avec en fond, une réflexion sur les échanges nord/sud…

Le travail expérimental au village, nous le combinons donc avec des recherches plus personnelles sur les ressources endogènes du pays. A cette fin, nous avons rencontré des personnalités comme – dans le désordre – Sylvain Korogo, Amidou Ganamé, Bernard Lédéa Ouédraogo, Patrick-Armand Pognon, Arnaud Chabanne, Madi Nikiema, Sem Baba, Esther Tarbangdo, Charlemagne Kaboré, Emmanuel Lalsomdé, Benjamin Nabi, Pierre Ouédraogo, Léandre Yaméogo, Ousséni Nikiema, Maurice Oudet, Camille Louvel, Abdramane Sow, Victor Démé, François d’Assise Ouédraogo, Moumouni Jupiter Sodré, Yvo Moussa, Abraham Abga, Lazare Sié Palé, Amadou Balaké, Yacouba Sawadogo, Sana Bob, Christian Legay, Pando Zéphyrin Dakuyo, Boubacar Ly, Marguerite Doannio, Monseigneur Compaoré, Séri Youlou, des chefs de village, des animateurs d’associations, des chercheurs, des artisans, des artistes, etc. Enregistrements à la clé, retranscriptions partielles et intégration de ces matières dans un carnet de voyage en cours de publication. Comme disait Jacques Faton, dans ce genre de voyage associatif, il faut avoir un objectif personnel dont la réalisation ne dépende que de soi.

Cette enquête sur le rayonnement endogène donne de la perspective au travail que nous effectuons au village, comme un horizon…

Par ailleurs, il est utile de mettre ces informations en réseau et d’ainsi rapprocher des initiatives porteuses d’espoir mais qui souvent ne se connaissent pas. Le travail de Burkimayak est d’information, de communication, de mise en réseau et de promotion de projets…

Voilà pour la réponse technique.

Venons-en à longer l’abîme (tout relatif !).




Une chronique persane des inadéquats et ratés parfaits. « Lire Lolita à Téhéran » par AZAR NAFISI…

30062013

Une chronique persane des inadéquats et ratés parfaits.  Azar NAFISI à 20 ans

« Ma fille Negar rougit chaque fois que je le lui dis. Son extraordinaire obstination, la passion avec laquelle elle défend ce qu’elle considère comme juste vient de ce que sa mère a lu trop de romans du XIXe siècle quand elle l’attendait. » (p239) 

« Voilà comment il faut lire la fiction, en inhalant l’expérience qu’elle vous propose. » (p160)

« Un roman est l’expérience à travers nos propres sens d’un autre monde. » (p160)

« Un bon roman est celui qui fait apparaître la complexité humaine et crée assez d’espace pour que chacun des personnages fasse entendre sa voix. C’est en ce sens que le roman est dit démocratique – non pas parce qu’il appelle à la démocratie mais de par sa nature même. » (p189)

Ces quelques extraits résument ce que j’ai envie d’appeler l’horizon de croyance d’Asar Nafisi quant à la puissance du roman, de la littérature… C’est chinois ancien d’écrire que la littérature est une nourriture importante au moment de la gestation ; de même qu’elle soit comparable à de l’air qu’on respire mais ce ne sont pas des métaphores…

Le roman est fondamentalement démocratique, dans ce sens bien particulier qu’il demande au lecteur de l’ « empathie » (le mot d’Azar) pour la complexité dans laquelle nous évoluons : le monde, et pour les personnages toujours contradictoires et qui ont tous droit, également, à l’existence dans ce cadre du roman.

Pourtant, contrairement à ce que ces extraits pourraient faire croire, Lire Lolita à Téhéran n’est pas un livre de philosophie de la littérature même s’il est écrit par une professeure d’université qui enseigne la littérature anglo-américaine en Iran et qu’il décrit, en partie, les cours et le milieu des étudiants persans après la chute du Chah, pendant la révolution islamique. Le lecteur participe aux cours que donne Azar Nafisi, mais la lecture et l’interprétation des romans permettent en fait aux étudiantes (plus qu’aux étudiants mâles favorisés par le régime) de se réfléchir, de se projeter, de se situer, de comprendre par exemple leur vie sacrifiée à l’autel du rêve d’un guide suprême : en ce sens, elles sont toutes des « Lolita » (premier roman analysé au cours)… Fitzgerald, James, Austen, Conrad suivent : l’interprétation de leur œuvre structure les grandes parties du livre et problématise d’autres pans de l’existence sacrifiée des étudiantes qu’elles n’ont même pas le droit de formuler dans la vie de tous les jours : idéaux, sexualité… Alors, romans et vie quotidienne se superposent ; le monde imaginaire du roman permet de concevoir d’autres possibles… La littérature (peut) sauve(r) de l’aliénation, la langue du roman étant à l’antipode de celle des idéologies, simpliste et mécanique…

Lire Lolita à Téhéran, est une chronique de la République islamique vécue de l’intérieur ; une chronique écrite comme un roman : avec tous ses personnages complexes, contradictoires, jamais monoblocs. Les islamistes sont islamistes en des dosages chaque fois particuliers, plutôt intransigeants et castrateurs certes, mais parfois développant des formes de tolérance… Azar Nafisi a appliqué à cette chronique autobiographique émouvante les principes du roman, qu’elle enseigne par ailleurs et applique dans ses commentaires de textes… Mises en abime. On tourne des pages de l’histoire mais dans l’empathie pour ses acteurs qui intimement doutent toujours de ce qui se passe autour d’eux et essaient de comprendre… Excellente manière pour un lecteur d’approcher l’actualité, l’histoire d’une culture, un peuple qui se révèle ainsi ami… Avènement de Khomeyni, guerre Iran/Irak, bombardements, gardiens de la Révolution, mort de Khomeyni ; j’ai suivi cela à la télévision, au mieux dans les journaux mais ici, on fraternise (en 468 pages) avec une universitaire frémissante et idéaliste, rentrée en Iran après la chute du Chah (qu’elle espérait depuis les États-Unis où elle étudiait), puis rapidement déçue avant d’être horrifiée par les diktats du pouvoir politico-religieux. Pourtant la mort de l’Ayatollah Khomeyni ne la laisse pas indifférente : des sentiments contradictoires l’habitent… Les bombardements, les maisons éventrées sont décrites dans leur horreur chaotique. Très suggestif pour un lecteur occidental qui peut ainsi approcher avec empathie cette complexité historique que la chronique/roman vraie met en forme…

Comment célébrer justement un ami en quelques lignes ? Car le roman devient un ami…

Un dernier extrait sur la longue robe noire et le voile :

« Il m’arrivait de rentrer mes mains sous les manches presque inconsciemment et de toucher mes jambes ou mon ventre. Est-ce qu’ils existent ? Et moi, est-ce que j’existe ? Ce ventre existe-t-il ? Cette jambe ? Ces mains ? Malheureusement les gardiens de la révolution et de l’ordre moral ne voyaient pas le monde avec les mêmes yeux que moi. Ils voyaient des mains, un visage, du rouge à lèvres rose. Ils voyaient des mèches de cheveux et des chaussettes contraires au règlement là où il n’y avait pour moi qu’un être éthéré qui descendait la rue sans faire de bruit. C’était l’époque où je me répétais, et répétais à qui voulait l’entendre, que les gens comme moi étaient devenus inadéquats. » (p236)

Hugues Robaye (MaYaK Autour du Feu organisent un mois iranien à Tournai/Lille en mai 2014)

Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran, 10/18

nafisi-2-300x224 dans connaitre le monde




Bergers d’une terre rouge, par Xavier Vanandruel (Phare Papier 2012…)

29122012

Bergers d'une terre rouge, par Xavier Vanandruel (Phare Papier 2012...) dans Arménie xavier-armenie-2-blog-21-9-2010-300x224 Le 21 septembre 2010, monastère de Khor Virap et Mont Ararat

Je me souviens de son retour à Bruxelles, dans sa commune verte, Boitsfort. Il lui a fallu des semaines pour se remettre de ce voyage en solitaire : à pied de monastère en monastère, dans ce lointain, l’Arménie, qu’il avait apprivoisé(e) ici par des rencontres, des livres, et des cartes. Retrouver Bruxelles après ces semaines de simplicité merveilleuse et athlétique ne fut pas facile, même si Xavier vit dans une des dernières fermettes de Boitsfort, tournée vers le jardin en pente dont un tiers est laissé au potager ; le reste planté de fruitiers… Ce qui l’a sauvé de la mélancolie, peut-être, c’est l’écriture au jour le jour, et les recherches qu’il a faites pour densifier son expérience…

Xavier Vanandruel m’a demandé de relire le texte avant son impression. Il m’a fort ému et Xavier me demandait d’écrire un texte de 4, dont voici un extrait : Xavier Vanandruel voyage de préférence à pied et en solitaire. Chemine autant en lui que dans les paysages et leur histoire, dialoguant avec les traditions, les habitants, le présent palpitant ; la nature, la culture… Ce cheminement voulu dépouillé (le strict nécessaire dans son sac à dos) l’ouvre à une méditation continue, émouvante et ténue sur le destin des hommes, aujourd’hui. L’Arménie lui prodigue son hospitalité et sa spiritualité millénaires, richesses et vertus inestimables, qu’il exprime dans une langue discrètement somptueuse.

Et une carte de visite : Né en Belgique, à Ypres, en 1953, Xavier Vanandruel, mathématicien, philosophe et musicien est l’auteur d’un autre récit de voyage, À pied vers la Mer Noire (2007) et d’un roman, Le temps comme un présent (2009) qui mêle à une fiction des questionnements scientifiques. Il est le rédacteur en chef de la revue-livre MaYaK.

Saluons aussi le très beau travail de mise en page et de conception de la dessinatrice et graphiste, Julie Fouret.

 Xavier Vanandruel, Bergers d’une terre rouge : Une traversée de l’Arménie à pied, Potterée, Phare Papier (Histoires mayaques), 2012. Photos de XV et dessins de Julie Fouret.

15 euros, chez Tropismes ou Quartiers Latins (Bruxelles) ou sur commande : info@mayak.be

HR 

Un entretien avec Xavier dans l’émission de Radio Une « Le Monde est un Village » (Didier Mélon) sera programmé en janvier.

xavier-blog-1-6-10-2010-blog-150x112 dans connaitre le monde Dominos, le 6 octobre 2010







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