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Nos vœux pieux et pas pieux les plus sincères

30122015

avec Olivier le 13 novembre Avec Olivier Ducène, menuisier ébéniste, tailleur de pierre, constructeur de cerfs-volants et d’instruments de musique, musicien… Au repair café de Lessines, qu’il anime. 13 novembre 2015

En 2015, l’association GE ! (Groupe Esthéthique ! : aisthesis : art de sentir + ethos : art de séjourner : ou comment habiter au mieux cette terre en sachant que nous sommes mortels et pouvons donc disparaître demain (pas de panique pour autant, plutôt un certain humour détaché, insaisissable !) fêtait discrètement ses 10 ans d’existence.

Je voulais repréciser ses contours ou ses horizons sans limite (humour détaché, insaisissable…) : MaYaK, BurkiMaYaK, Observatoire écophile : les trois dimensions complémentaires de ces travaux associatifs qui suscitent ici et là des équipes différentes.

La revue-livre MaYaK : le noyau central de notre activité : nous préparons le MaYaK 8 dédié à la thématique : « Basculements : travail & réseaux de dons, gratuités, échanges ». Il s’agit d’appréhender ce qui se prépare à côté du modèle consumériste productiviste (nous produisons et consommons à l’infini et si tu veux pas (pour les objets), on te programme une obsolescence imparable…) : témoignages de personnes qui vivent autrement et réflexions (avec applications sur le terrain) sur le travail et les nouveaux modes de vie et d’échange. Les MaYaK exigent un travail très patient de composition. Ce numéro sera en quadrichromie. On prévoit une sortie pour l’été 2016.

BurkiMaYaK : depuis 4 ans, nous développons une « coopération relationnelle » avec des « habitants chercheurs » du Burkina Faso. Œuvrer ensemble au sein d’une relation d’amitié : c’est au village de Bendogo, au nord de Ouagadougou. Il s’agit d’essayer de mieux se comprendre et, pour nous, de participer, à notre modeste échelle, au développement endogène (selon l’expression du grand Joseph Ki-Zerbo) du village. Dernière initiative en date : la création d’un jardin-pépinière (en agroécologie) à l’école primaire, sous la conduite de notre ami, le travailleur social & permaculteur Patigidsom Koalga. En parallèle, nous menons une enquête sur le développement endogène au Burkina, faisons des rencontres passionnantes avec des chercheurs attachés aux valeurs des cultures africaines, soucieux de les partager et de les actualiser. Car cet intérêt mayaque pour le Burkina va bien dans ce sens : là-bas, l’agriculture, le maraîchage, l’élevage sont encore familiaux ; ce que nous essayons de retrouver ici. Les économies informelles foisonnent ; le pouvoir politique centralisé doit encore se plier à d’autres puissances plus locales : la chefferie ; la sécurité sociale est d’abord liée à la communauté, la médecine est encore bien souvent traditionnelle, etc. Des modèles de vie suggestifs qui sont menacés (et bien fragiles) mais que certains habitants chercheurs de là-bas tentent de protéger et d’améliorer. Depuis cette année, BurkiMaYaK est en relation avec une ONG locale qui intervient dans une 60aines de village pour renforcer les économies rurales et promouvoir l’agroécologie. Depuis très peu, BurkiMaYaK représente ici (et maintenant) une « fondation pour le travail décent » que cette ONG de Burkinabè supervise et qui a dans ses carnets des projets de valorisation des économies rurales…  « Habitants chercheurs d’ici et d’ailleurs » : comme toujours une publication raconte et réfléchit ce projet d’échange autour d’un monde où l’homme aspire à s’insérer le plus harmonieusement possible dans le cosmos…

Enfin, l’observatoire écophile : la recherche écophile, c’est une recherche « aimante » sur les lieux habités : villes ou campagnes, biotopes divers… Les premiers travaux portent sur la ville proche du siège du GE !: Lessines. Un « carnet écophile » sortira en mars (et une infinité d’autres sont prévus : nous commençons une recherche démesurée dont l’absence d’objectif absolument rationalisable est sans terme…). Une exposition se tiendra à cette occasion au « repair café » de Lessines (avec Olivier Ducène), avec concert sur des instruments bricolés à partir d’objets de récup, exposés et supports d’une jam à laquelle les visiteurs sont invités à participer, s’ils le souhaitent ! Peintures et traces des recherches écophiles seront aussi montrées. Une émission à « Radio Une » est prévue, orchestrée par Thierry Génicot.

La démarche écophile consiste en un premier temps à interroger des habitants chercheurs de la ville : des noyaux d’énergies habitant des foyers d’énergies, des lieux où les gens passent et se rencontrent. Noyaux et foyers d’énergies, c’est ce qui fait une ville en vie… La ville ce sont aussi les rues, les maisons, la configuration du peuplement : les carnets écophiles renouent avec la « géographie humaine ». La ville a besoin qu’on la regarde, qu’on l’aime ; elle est trop à la merci d’hommes sans scrupules ; elle a son mode de déploiement qu’il convient de respecter, son histoire qui remonte à bien avant ses habitants d’aujourd’hui et conserve pour eux des traces d’autres façons d’habiter, de se rencontrer, de travailler : des points de repère qu’elle nous montre pour que nous ne perdions pas le sens. Nous allons donc lire la ville… L’observatoire écophile invite des promeneurs artistes à regarder la ville, à l’interroger à recueillir des réponses… Des images qui s’associeront les paroles des habitants fidèlement retranscrites dans les carnets. Et qui seront montrées à l’expo…

Une recherche vivante sur la ville en vie…

Carnets écophiles, expositions, concerts, radio : des amorces à d’autres activités au cœur de la ville et des lieux habités, naissant d’elle et d’eux…

Ces trois dimensions complémentaires de la recherche mayaque s’exprime(ro)nt à travers les moyens de communication que nous développons depuis la création du GE !: cabanon d’édition (Phare Papier) ; audiovisuel (Muzifar records, TéléMaYaK) ; expositions, rencontres, concerts,

blog : MaYaK se construit : http://mayak.unblog.fr  

pages facebook : MaYaK/Phare Papier & Observatoire écophile…

Nous ne pouvons que vous souhaiter une année 2016 inventive et créatrice !

Hugues Robaye 

   




Que fais-tu au juste au Burkina ? (2)

8042015

boubacar blog2 Dori, 17 février 2015, propos de Boubacar LY.

Suite : Venons-en à longer l’abîme (tout relatif !).

« Que fais-je au juste au Burkina ? »

D’abord, sais-je « au juste » ce que je fais ? Tout au plus, des réponses en rhizomes s’élaborent en moi. Par ailleurs, je ne sens pas vraiment que le « je » « fait » quelque chose dans ces histoires expansives, ondulatoires d’amitiés, de réseaux. Les termes de la question de départ se dissolvent, même ce nom de pays est pulvérisé par les 65 ethnies sans frontières du « Burkina », par tous les petits villages, microcosmes de brousse.

« Je » ? Le corps sensible, animé, qui existe est touché par des expériences vitales, ça c’est indéniable.

Certes, je réfléchis à des projets… Mais. « Je » reste dans l’inconnu (à la rigueur). La rigueur frontale et englobante de l’inconnu… J’ai pris l’habitude de commencer par dire à mon interlocuteur africain : « Je ne comprends rien ici, mais des lumières apparaissent, des éclats que j’essaie d’assembler, d’assimiler (dans le sens alimentaire, où des nutriments s’intègrent au corps percevant)… Il y a de tels fossés de cultures, entre Blancs et Noirs, entre villageois et gens des villes, celles du nord comme celles du sud, tant de projections de part et d’autres, comment savoir ce que ressent ou pense l’autre ? Et en particulier quand nous allons au village. Il faudrait rester longtemps en brousse, y habiter, apprendre la langue, vivre simplement, se laisser apprivoiser, que l’étrangeté du blanc se fonde un peu dans le paysage.

« Faire au juste » ? Résonne en moi le proverbe peul que cite Amadou Hampaté Bâ : « Quand une chèvre est présente, il ne faut pas bêler à sa place. » Nous voilà avertis. Traduisons : le rôle de Burkimayak serait de déplacer des chèvres ! De les faire bêler ensemble à un monde voulu meilleur… Et puis, des chèvres de races différentes ont le droit de se croiser sur le chemin, de se côtoyer, non ? Les chèvres se rencontrent-elles facilement sur les terres non-clôturées du Burkina, où elles vaguent en liberté ? Rassembler des chèvres, voilà une tâche utile, peut-être, d’autant que les loups (chinois ou occidentaux) rôdent. 

Du fond de l’abyme, cet écho : la réponse tranchante de René Dumont à une question qu’on lui posait souvent : « Que peut-on faire pour eux [les Africains] ? Leur fiche la paix. » Le mot « faire », à nouveau. La réponse de l’agronome vise-t-elle les  intentions charitables sous-jacentes à cette question (que peut-on faire pour ces pauvres gens?) ? Ou plus largement, la question de l’intervention du Blanc en Afrique, car lui, après tout, intervenait, menait des projets…

Faire, avoir des projets… Nouvel écho insistant, le dialogue constituant que mène en moi depuis plus de six mois Jiddu Krishnamurti – ce penseur radical qui refuse toute autorité. Jiddu me rappelle constamment la place secondaire des projets à court ou long terme et ramène mon corps percevant au présent intégral. Être dans la société (où s’élaborent les projets) mais surtout en dehors. Mais cet écart, ce recul, font advenir d’autres relations au monde, aux vivants, sans promotion du moi, sans violence : que cette priorité du présent dense, fort, infini guide notre attitude au sein des projets auxquels nous participons. Faire : comme les ondes du caillou dans l’eau. Des projets souples, dynamiques, changeants…

Autre étrangeté : au fond, je ne reviens jamais vraiment du Burkina. Quand je rentre en Belgique, le contraste me rend de plus en plus sensible l’effroyable de la « société capitaliste de pointe » consumériste-productiviste, arrogante et violente, sur fond d’acquis (bien sûr menacés) sociaux extraordinaires (qui résultent de façon ambiguë de l’industrialisation brutale qui sous-tend ce consumérisme productiviste)… Les « horreurs économiques » : jeunes et moins jeunes « sur le marché de l’emploi », dépressionnaires à la chaîne : 20 lettres de demande de « job » (un terme volontiers employé par les hommes politiques flamands) ; une réponse, négative… Les battants et les abattus. Le marché abattoir de l’ « emploi » (être employé, utilisé, aliéné). « Créer de l’emploi », préoccupation dite majeure, alors que depuis 50 ans, des chercheurs appellent à une réflexion sur le sens du travail, puisque la technologie et les machines automatisées diminuent inéluctablement les besoins en « main d’œuvre ». Or les gens de pouvoir en sont à culpabiliser les citoyens… parce qu’ils n’ont pas de travail à leur donner… (et qu’ils ne sentent même pas qu’ils doivent encourager celui qu’ils veulent donner, celui qu’ils ressentent en eux comme nécessaire à la société dans laquelle ils vivent)… DH Lawrence fait cette différence entre le « labour » et le « work », travail qui se développe nécessairement et spontanément à partir de la force spécifique que chacun a en lui et qu’il se doit de donner au monde.

Je reviens donc de ce lointain, du Burkina avec des énergies choisies – distinguée par mon regard neuf d’étranger – qui circulent en moi. Un pays africain à l’organisation encore informelle, peu réglementée, la débrouille généralisée, les microéconomies de village à l’autosuffisance fragile ; la chaleur, le soleil, l’Harmattan ; les terroirs que les villageois connaissent encore bien, les « chemins rouges » (pistes en terre), la brousse qui enserre et fait vite oublier les villes qui ne sont qu’agglomérats fantaisistes ; l’indolence ; les hangars où l’on palabre ; l’artisanat généralisé, les savoir-faire et vivre émanant de traditions ; les corps sans graisse, droits, sains, souriants ; des recherches-actions audacieuses, des pensées pragmatiques et programmatiques inventives (comme celle de Boubacar Ly) qui se greffent sur ce substrat : des expériences qui m’incitent à approfondir ces échanges entre chèvres de races différentes…

Je reviens du Burkina et un patron des chemins de fer belge qui coûte cher déclare dans un entretien que l’usager des trains (celui qui l’honore en faisant appel aux services des employés qu’il « gère ») coûte 6900 euros par an et rapporte 3000 euros ; un premier ministre fédéral demande à des prépensionnés (qui ont donc choisi de ne plus travailler pour se reposer légitimement et aussi pour céder « la place » à des plus jeunes moins coûteux, comme on leur suggérait avant) de s’offrir à nouveau sur le marché de l’emploi et de ne pas quitter le territoire au cas où ils seraient appelés au front du travail ; cela pour soulager l’office des pensions. « Pensée », logique effroyables.

Je reviens cette année avec quelques œuvres inédites d’un sage burkinabè – Boubacar Ly. L’une d’elles : De la politique : l’homme politique : un « prestataire de service » (expression reprise avec facétie) qui doit sentir le « rêve » d’une communauté, aider cette communauté à exprimer son aspiration profonde et à la situer dans un ensemble. Doit lui montrer des voies de réalisation possibles pour ce rêve collectif… Le politique doit être sage, avoir de la hauteur, ne pas exercer de pouvoir, ne pas s’enrichir, ne pas avoir de programme mais appuyer les volontés profondes d’un groupe et celles de ses membres, car chacun a un rôle à jouer dans l’ordre cosmique qui oriente la politique humaine, lui donne sens et horizon. Boubacar Ly est une personnalité respectée, souvent interrogée par les médias burkinabè pour ses vues au-dessus de la mêlée. Nous l’avons rencontré longuement aux portes du Sahel, à Dori, dans son « école de la sagesse sur dune, entrée espérée »… La question était donc : « Que peut-on faire pour les aider ? » ?

Au Burkina, je rencontre des personnes qui vivent, travaillent, aiment, ont des enfants, des Vieux, sont dans la Nature, le temps, la mort, entre peines et joies… Des humains (comme nous). Que peut-on faire pour s’aider ? Échanger nos solutions respectives, nos inquiétudes, nos mécontentements par rapport à certaines logiques contemporaines. Rester « dans l’interrogation et le doute, dans une ardente investigation » (des termes de Jiddu Krishnamurti)…

Dans ce classique des années septante – « La pauvreté, richesse des nations » –, le Béninois Albert Tévoédjré montre que les traditions africaines ont un autre rapport au monde matériel, à la propriété et à l’opulence. Cette pauvreté, richesse des nations, elle est à rapprocher de la « sobriété heureuse » préconisée par Pierre Rabhi… Nous cherchons d’autres façons de vivre. Comment simplifier cette complication infinie de la société productiviste et consumériste ? Nous dépendons  tous d’une chaîne de production et de distribution d’une complexité inimaginable, sur laquelle repose une conception du travail infiniment fragmenté. Et cette technologie fascinante qui nous emprisonne ? Et chacun a peur de perdre sa minuscule parcelle de sécurité et de « pouvoir d’achat »… Et puis, il y a les crédits qui nous enchaînent. La Nature se meurt… Comment sortir de cela ? Ou être dedans par nécessité et défaut, tout en étant au dehors… Les sociétés africaines offrent leurs réponses à cette recherche.

Je vais là-bas à la rencontre d’Habitants Chercheurs, de Porteurs d’Espoir, d’Africains qui pensent l’essence de leur société et aimerait la développer sur cette base, conscient que cela peut constituer un modèle alternatif de développement chez eux et chez nous, « intégré » (selon une notion de Jiddu), cosmique, respectueux de la Nature et des autres.

« Porteurs d’espoir » : quand je reviens du Burkina, je me demande quel avenir se profile pour ceux qui commence à travailler, quelle perspective, quel rêve de société comme dirait Boubacar Ly ; je repense au grand économiste de terrain, EF Schumacher qui déplorait que la rentabilité s’imposât comme seul critère de départ des activités dans la société d’aujourd’hui. Quand je rentre, j’ai l’impression qu’on me recrute de force dans un mauvais, mensonger et angoissant psychodrame de crise et de croissance économique. Mais j’ai déjà 28 ans de « carrière » derrière moi et ce bonheur intuitif et sûr d’avoir un travail à faire, qui s’impose en moi, quelles que soient les conditions sociopolitiques : mes prérogatives de chef mayaque insaisissable (où sont les smileys…) ; j’ai beaucoup de chance, donc, et je me sens profondément triste et en révolte devant tous ces mensonges qui polluent les jeunes, et qui sont encouragés par des individus censés nous représenter. Dès lors, ne faut-il pas chercher et répertorier de façon systématique des voies d’ouverture, de nouvelles respirations, de meilleurs exemples, des Porteurs d’Espoir, ici et ailleurs, et confronter nos inquiétudes inventives et créatrices, nos beaux bêlements ?

Hugues Robaye




Que fais-tu au juste au Burkina ? (1)

8042015

boubacar blog Boubacar LY, Dori, le 17 février 2015.

Parfois des personnes me demandent « ce que je fais au juste au Burkina ». Cette question – pourtant simple – m’apparaît au bout d’un moment complexe et abyssale. Je peux y répondre de façon technique mais elle a des implications insoupçonnées, beaucoup plus profondes.

D’abord la réponse technique.

Nous développons en parallèle deux activités.

À chaque voyage, nous menons une enquête sur le développement endogène au Burkina Faso, nous rencontrons des personnes qui incarnent ce mode de développement reposant sur les cultures africaines et partant d’elles. Nous interrogeons des artistes, des chercheurs, des bâtisseurs, des agronomes, des hommes politiques, des artisans, etc. Nous enregistrons les entretiens. Souvent ces personnes qui ont une activité particulière aiment à se situer dans les équilibres sociaux de leur pays, ce qui donne à leur travail une perspective plus large…

Concomitamment et depuis le premier voyage en 2012, nous entretenons des relations avec un village au nord de Ouagadougou – Bendogo – et organisons, stimulons différentes choses. Nous, c’est le noyau de « Burkimayak » (Amina Yanogo, Catherine Demey, Valérie Detry, Nafissatou Ouédraogo, Éric Kabré, Jean-Claude Kangomba, Patigidsom Koalga, François d’Assise Ouédraogo, Alexandre Tapsoba). Burkimayak, un département, si je puis dire, du GE !: l’association « Groupe Esthéthique ! » qui édite notamment la revue-livre annuelle MaYaK (bien connue de tous). Dans ce travail de terrain, nous souhaitons comprendre et échanger sur les microsocioéconomies villageoises qui sont encore bien vivaces quoique menacées et qui nous paraissent présenter des analogies avec certains mouvements du Nord : permaculture, agroécologie, simplicité volontaire, décroissance, antiproductivisme, renouveau rural, etc. Une analogie accidentelle, puisque nous constatons que les villageois, la plupart du temps, rêvent d’une « société capitaliste de pointe », selon l’expression tragi-comique d’Haruki Murakami. Mais nous allons toujours au village en compagnie de Burkinabè qui souhaitent autre chose, des artistes ou des chercheurs qui ont au fond d’eux un village rêvé qui tient beaucoup plus du village dont nous rêvons ici, au Nord… Pour désigner ce genre de rencontre, d’échange, j’emploie l’expression prudente, sans engagement exagéré, de « coopération relationnelle » ; nous œuvrons ensemble à quelque chose au sein de relations (amicales), de réseaux qu’on voudrait approfondir…

Ainsi, cette année, nous avons initié un jardin-pépinière agroécologique dans la double école primaire. Sous la direction de Patigidsom Koalga qui a déjà encouragé 22 créations de ce type. Patigidsom est travailleur social (il s’occupe des enfants des rues) et permaculteur ; anime une association dans son village natal où il œuvre au « rayonnement endogène », selon une autre expression burkimayaque. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’ondes pour ce qui est de cette intervention au village. Le jardin-pépinière : fournir des légumes à la cantine scolaire, vendre le surplus, procurer  des revenus à l’école ; expérimenter ce laboratoire socio-économique qu’est un jardin (potager) pépinière : organiser le travail, essayer des techniques de culture, de nouveaux légumes, cuisiner cela, vendre, sensibiliser à l’agroécologie, produire avec les enfants des documents pédagogiques, par exemple calendrier des semis ou document sur les vertus des légumes et arbres implantés là ou recettes de cuisine…

Parallèlement – deuxième initiative cette année –, nous avons complété la bibliothèque rurale commencée l’année passée et trouvé à Ouagadougou des partenaires dynamiques (comme on dit) pour la mettre en valeur : Ousseni Nikiema (écrivain, conteur, libraire et bibliothécaire) et Eric Kabré (dessinateur et informaticien)… Des livres en français et en langues nationales (mooré et dioula) autour de questions pratiques de culture, d’élevage et d’économie rurale.

Ces deux activités ont été rendues possibles grâce à la générosité d’un mécène privé, le bureau d’expertises comptables Yves Dekegeleer (Mouscron). Les deux années précédentes, c’était la Députation permanente du Hainaut Occidental (Serge Hustache, chargé des relations internationales) qui avait soutenu nos initiatives.

En 2012, nous faisons connaissance avec les associations du village. Nous nous y rendons à deux reprises et lors de notre deuxième rencontre, en fin de voyage, j’évoquais des initiatives que nous avions rencontrées par le Burkina et qui offraient des solutions aux difficultés évoquées par les villageois lors de notre première réunion.

La deuxième année (en 2013), nous organisions un atelier dessin / photo / cinéma avec les enfants du primaire et secondaire, aboutissant au tournage et montage de « Villages en savane », un court métrage de 11 minutes qui présente Bendogo. Le village – par ses enfants (et de plus grands) – portait un regard sur lui-même, en réaction à des mots que j’avais pointé et qui me semblaient représenter à mes yeux blancs un village en savane… Le court métrage est visible sur youtube ainsi que sur ce blog (http://mayak.unblog.fr).

L’année suivante, Valérie Detry – animatrice et clown relationnel – orchestre un échange de lettres entre deux classes primaires de Liège et une de Bendogo. Elle vient au Burkina en janvier 2014 et anime un atelier de conte, dessin, danse et musique (thème : l’arbre) avec la classe de Bendogo et trois danseurs professionnels accompagnés de leur percussionniste. Cela donne lieu à une fête au village où nous montrons une expo réalisée à partir de dessins et photos faits pour le tournage du court ainsi que d’autres documents illustrant les résultats de nos recherches sur le développement endogène. Démonstration de fours solaires, plantation de moringa (l’arbre du paradis dont les feuilles fournissent une farine aux propriétés nutritives exceptionnelles) ; plantation d’arbres – notamment un caïlcédrat offert par Yacouba Sawadogo « l’homme qui fit reculer le désert », célèbre agroécologiste local, sono et concert de Madi Nikiema : le programme de la fête est varié…

Cette même année, nous suscitons la rencontre entre les associations de cultivateurs/éleveurs locales et des acteurs de l’association internationale DIOBASS qui promeut la recherche paysanne et l’autonomie des villages. Résulte de ces échanges un relevé des difficultés rencontrées dans l’élevage et les cultures et un scénario de plan d’actions (selon la méthode DIOBASS explicitée dans École aux champs de Hugues Dupriez) sur deux ans est imaginé (en cours)).

Ces trois premières années d’échanges ont été détaillées dans un album textes-images : Histoire d’amitiés, Histoire de réseaux (collection chantier-école, Phare Papier)…

Enfin, nous continuons à tourner. Avec François d’Assise Ouédraogo, Nous filmons des séquences destinées à un court ou moyen métrage qui s’intitulera « Rencontres » et montrera ces croisements de gens divers provoqués par une association du nord dans un village du sud avec en fond, une réflexion sur les échanges nord/sud…

Le travail expérimental au village, nous le combinons donc avec des recherches plus personnelles sur les ressources endogènes du pays. A cette fin, nous avons rencontré des personnalités comme – dans le désordre – Sylvain Korogo, Amidou Ganamé, Bernard Lédéa Ouédraogo, Patrick-Armand Pognon, Arnaud Chabanne, Madi Nikiema, Sem Baba, Esther Tarbangdo, Charlemagne Kaboré, Emmanuel Lalsomdé, Benjamin Nabi, Pierre Ouédraogo, Léandre Yaméogo, Ousséni Nikiema, Maurice Oudet, Camille Louvel, Abdramane Sow, Victor Démé, François d’Assise Ouédraogo, Moumouni Jupiter Sodré, Yvo Moussa, Abraham Abga, Lazare Sié Palé, Amadou Balaké, Yacouba Sawadogo, Sana Bob, Christian Legay, Pando Zéphyrin Dakuyo, Boubacar Ly, Marguerite Doannio, Monseigneur Compaoré, Séri Youlou, des chefs de village, des animateurs d’associations, des chercheurs, des artisans, des artistes, etc. Enregistrements à la clé, retranscriptions partielles et intégration de ces matières dans un carnet de voyage en cours de publication. Comme disait Jacques Faton, dans ce genre de voyage associatif, il faut avoir un objectif personnel dont la réalisation ne dépende que de soi.

Cette enquête sur le rayonnement endogène donne de la perspective au travail que nous effectuons au village, comme un horizon…

Par ailleurs, il est utile de mettre ces informations en réseau et d’ainsi rapprocher des initiatives porteuses d’espoir mais qui souvent ne se connaissent pas. Le travail de Burkimayak est d’information, de communication, de mise en réseau et de promotion de projets…

Voilà pour la réponse technique.

Venons-en à longer l’abîme (tout relatif !).




Venez vivre le printemps mayaque (le 21 mars, 20h05, Maison du Livre, rue de Rome, Saint-Gilles, Bruxelles)

16032013

Venez vivre le printemps mayaque (le 21 mars, 20h05, Maison du Livre, rue de Rome, Saint-Gilles, Bruxelles) dans Afrique arriere-pays_72-300x230 Siège mayaque par Muriel Logist

Rencontres autour du MaYaK 6 et du MaYaK7 en préparation
« Dons, gratuités, échanges » ainsi que des projets en cours, et il y en a…

mais nous serons brefs et rythmés !

MaYaK est la revue livre annuelle de GE !, l’association Groupe Esthéthique !

Son projet ?

Rassembler des savoirs en général cloisonnés : arts, sciences, sciences humaines, artisanats, travail social, travail de la terre… ; travailler la communication de ces savoirs ; varier les formes d’expression : essai, fiction, poésie, entretien.
Et fournir des témoignages d’expériences vécues… Tout cela à travers un travail d’édition (Phare Papier – 12 titres), des expos, un label de musique (Muzifar records), de film (télémayaque), un blog et un département burkinabè (Burkimayak).

Intervenants :
Gaëlle Faïk (Belgique-Congo), psychologue et musicothérapeute ;
Isaia Iannaccone (Italie), chimiste, sinologue et romancier ;
Jean-Claude Kangomba (Congo), écrivain et historien des Afriques ;
Sébastien Verleene (France), architecte ;
Xavier Vanandruel (Belgique), mathématicien, philosophe et écrivain (qui présentera son récit de voyage en Arménie, dernière publication de Phare Papier).

Images :
projection de Villages en savane, court-métrage réalisé en février dernier au Burkina Faso, avec douze élèves d’une école secondaire et l’association ouagalaise « Caméra & co ».

Musiques :
avec le chanteur Madi Niekiema (Burkina Faso), le percussionniste Niambé Hervé Badiel (Burkina Faso),  le joueur de duduk, Benoît Dassy (Belgique). Et un extrait de Room music, le CD accompagnant le MaYaK6, dans son nouvel arrangement pour quatuor.

Lectures :
par Vincent Radermecker, Conservatoire de Bruxelles.

Et le bar…

Renseignements complémentaires:
sur Facebook : « hugues chef mayaque »

dominos-armeniens-72-300x225 dans Arménie salutations-aux-anciens-72-300x220 dans Arne Van Dongen

equilibriste-72-300x201 dans autoconstructionDominos arméniens, salutations aux Anciens, équilibres planétaires et mayaques… Xavier Vanandruel, Ramata Nafissatou Ouédraogo, Nathalie de Vooght




« Unexposed » réunissait les œuvres de 40 jeunes femmes iraniennes

30122012

« Unexposed » réunissait les œuvres de 40 jeunes femmes iraniennes dans ceramique catalogue-expo-iran-16-12-2012-001-fb-300x224 Mariam Ashkanian Ganjah, « Epitome 1 » – embroidery – 150 cm x 150 cm

Le dimanche 16 décembre 2012, je me rends à Bruxelles en train.

Rendez-vous avec Laurence Warnier, à la gare centrale : nous nous rendons ensemble à Tour et Taxi, voir une exposition : « Unexposed » qui réunit les œuvres de 40 artistes iraniennes. La plupart de ces travaux n’ont jamais été exposés dans les musées ou galeries iraniennes en raison de la censure du régime.

 J’y vais, curieuse. Sans connaître « grand-chose » de ce pays, juste un peu de ce que la « Grande Histoire » raconte (des noms, des dates et autres références politico-religieuses …).

Et des vagues idées véhiculées ici – des stéréotypes ? – …

Que sais-je donc de L’Iran ?

Et de la liberté ? Et de la censure ?

Pas grand-chose donc. Mais une envie de découvrir, oui. Autrement.

Visages et corps s’imposent à mes yeux, dans beaucoup de ces œuvres.

Dans tous leurs états : de la nudité au vêtement qui cache.

Certaines des œuvres retiennent mon attention.

Ici, des cheveux, de vrais cheveux, accrochés sur un grand cadre-miroir, où l’on se voit. Et à côté : un autre cadre, montrant la photo d’une femme –  tête rasée – .

Dans cet état, elle peut paraître – sans avoir à cacher ses cheveux - ?

Faezeh Afchary-Kord (une amie de Laurence et d’Hugues, iranienne, et artiste qui réalise des porcelaines) me dit : « oui, les cheveux de la femme sont mal vus en Iran, ils ont une connotation sexuelle, ils doivent être cachés … oui »)

Là : une autre œuvre capte notre regard à Laurence et moi.

Grand format (150 cm x 150 cm). Au premier coup d’œil, difficile de déterminer ce que ça représente. Du relief, c’est évident, du souci du détail et de finesse : une multitude de petites « marques noires » sur fond blanc (écru ?) … qui forment comme une écriture ?, en cercles, multiples, se resserrant, avec, au centre, une forme – « froissée », et un creux qui se dessine, vertical. A regarder de plus près, la matière se précise: du tissu – blanc -, et des fils – noirs – , cousus. Et l’image du sexe féminin, m’apparaît évidente.

Œuvre touchante – belle et fine – où je perçois une dimension universelle : le lieu de l’identité de la femme, son lieu de conception et de naissance.

Et ces petits fils cousus évoquent en moi aussi une idée de bouche cousue – des lèvres cousues ? – la parole, l’expression, la pensée, opprimée, enfermée, censurée ? …

 (Photo 1 : Mariam Ashkanian Ganjah, « Epitome 1 » – embroidery – 150 cm x 150 cm)

 Encore une autre œuvre ici :

Une photo d’une femme, œuvre carrée (110/110 cm). La photo, en grand, en damier noir et blanc, cadrée « photo d’identité ». Reproduite, en multiples exemplaires, (des rouges, des noirs), plus petits, et des noms, des adresses, des cases à remplir, des gros traits rouges, – comme des chemins qui se recoupent, se croisent, en « circuit » fermé … comme un labyrinthe – pas d’issue possible – où la personne ne serait réduite qu’à une photo d’identité – où la personne, dans ce labyrinthe de gros traits au marqueur rouge, perdrait SON identité - en recherche d’identité, de liberté (un visa ? une envie de quitter son pays ?) – … quête-perdue-dans-un-espace-étriqué-trop-cadré-circuit-fermé ? – …

 (Photo 2 : Mahdockht Kasaei Nasab, « I have gotten lost my own maze » – 110 cm x 110 cm)

Ce dimanche aussi, table ronde autour du théâtre en Iran : méconnu ici.

Et : « Untitled » (du 16 au 19 décembre) : des lectures publiques de pièces iraniennes, traduites en français, et portées, dites par des comédien(ne)s.

Ce dimanche, 2 lectures, j’évoque le second texte lu, qui réunit 5 femmes.

« L’espace scénique » dépouillé, pas de décors, les 5 femmes alignées devant le public, dans une pièce qui s’étire très étroite et très longue.

Huis-clos, 5 femmes, trois générations, qui s’expriment, dans cet espace: un appartement, dans une ville : les murs invisibles de cet appartement, qui s’incarnent dans les murs de la pièce étroite et longue où on se trouve, les murs qui coupent du monde extérieur, cet espace où l’on ne peut s’exprimer « librement ».

Je regarde, j’écoute, et je « sais » – ou plutôt : je sens – …

Ce que je ressens, ce que je pressens, ce que je perçois, à travers toutes les œuvres de ces  40 jeunes femmes artistes iraniennes, et ces lectures de pièces :

Pas La Grande Histoire. Non.

Mais « les petites histoires », dans la Grande.

Ce que je sens, ce que je vois, ce sont des œuvres, de jeunes femmes, qui expriment des messages forts, des vécus, des émotions.

Leurs émotions – exprimées – par elles en « huis-clos », dans un cadre oppressant – opprimant – mais par là même aussi stimulant? – … des émotions ressenties, à l’extérieur, hors leurs frontières, hors du cadre de la censure, … ressenties ce dimanche 6 décembre à Tour et Taxi, à des milliers de kilomètres du pays où ces œuvres sont nées …

La censure et les pressions exercées sur les femmes particulièrement en Iran, n’arriveraient donc pas à mettre à genou leur soif de liberté ? Les sentiments d’isolement, et d’enfermement, qui découlent logiquement de cette censure, et que peuvent éprouver ces femmes, forcent et stimulent – aussi – peut-être – leur imaginaire ?

Et à travers ces « petites histoires », ces œuvres, ces textes : des questions universelles : l’identité (féminine), la quête de liberté, le rapport au corps et à l’espace, cet espace où nous évoluons – tous – et qui aussi nous relie.

Et me fait dire - aussi – la nécessité que nous avons, de prendre conscience de cet espace, de notre environnement, et l’importance de pouvoir s’y mouvoir et s’y exprimer librement, et en harmonie avec les autres, et avec soi-même. Question d’équilibre en soi … et dans le monde ?

L’expo « Unexposed » n’est plus visible à Tour et Taxi depuis le 25 décembre… (le chef mayaque aurait pu publier plus tôt, ndlr)

Anouk Brouyère

PS : Plus d’infos sur ces pièces, ici : http://lecturesmaps.wordpress.com/16-decembre-2012/

catalogue-expo-iran-16-12-2012-002-fb-blog-300x224 dans connaitre le monde Mahdockht Kasaei Nasab, « I have gotten lost my own maze » – 110 cm x 110 cm

 




Au Burkina (2)

26012012
Bendogo

Bendogo

 

Hugues nous envoie ce second billet du Burkina, reçu ce 25 janvier:

Nous revenons, avec Nafi, d’un voyage à l’ouest du pays : Boromo, Bobo Dioulasso et Banfora; je me rends compte combien ce voyage est un voyage de rencontres humaines, avant tout. Pas encore à proprement parler de développements touristiques (à part la visite de la mosquée de Bobo, en banco (terre crue) avec ses trois tours qui ressemblent à des obus épineux, percées qu’elles sont de bouts de bois servant jadis à y grimper pour entretenir l’enduit blanc qui recouvre d’ailleurs tout l’imposant bâtiment). Visite aussi du vieux quartier qui aboutit à une petite vallée où sinue une rivière peuplée de silures, ces poissons sacrés que l’on enterre enveloppés dans un linceul. Le soir, ils remontent le courant. Ce sont de grandes anguilles que l’on aperçoit se tortiller dans le peu d’eau de cette rivière, et passer indifférents tout près des femmes qui lavent le linge. 
Mais d’abord Boromo, à 180 km de Ouaga où nous logeons dans la cour en banco de la Voûte Nubienne, cette association franco-burkinabè qui propose aux paysans du Sahel des maisons à bas prix (entre 200000 et 800000 francs (diviser par 650 pour l’euro)), sans bois ni tôle, avec pour toit, un système de voûte en terre crue remise au point en collaboration avec CRAterre (voir MaYaK3).Nous rencontrons Séri Youlou et Léonard Durka qui forment les maçons locaux à ce type de voûtement, délicat mais solide (intrépide, le chef mayaque réalise pour vous de belles photos depuis le toit en terre d’un hôtel qui se construit selon cette méthode, à deux rues (en terre) de l’hôtellerie). Pas plus loin que la cour ombragée du délicieux Bomavé Konaté, forgeron et sculpteur de masques (on le trouve toujours sous son arbre occupé à sculpter) qui anime le PIAMET, un espace de création où il accueillait des artistes burkinabè, africains et du monde entier pour travailler en connivence, avant d’exposer les réalisations au salon du SIAO, à Ouaga (artisanat). Bomavé nous montre sa cour où il acclimate des essences d’arbres qui disparaissent du Sahel. Et aux personnes qui lui disent que cette ombre attire les serpents, il répond que non car il y a acclimaté aussi des plantes qui les repoussent; de toute façon, les serpents resteraient en hauteur dans les arbres, précise-t-il, rassurant et souriant. Par contre, il aime à regarder les caméléons depuis son artisanal relax en bambou aux liens de cuir (que des marchands ambulants vendent 2000 francs…). Nous le retrouverons sans doute en France en avril. 
Je passe beaucoup de rencontres.
A Bobo Dioulasso, nous retrouvons notre ami, le musicien Ousmane Dembelé (qui participa à notre concert à Tournai) qui avec son associé finlandais, Aakusti, cherche un terrain pour implanter une école de musique. Ils déplorent (Aakusti pratique comme Ousmane le djembé et est ethnologue musicologue) que l’enseignement des anciens maîtres se perd. Par ailleurs, il faut écrire la tradition musicale qui se perd et enseigner le solfège. Et comme toujours, le projet artistique est associé à la Nature: leur intention est aussi de reboiser les environs de cette future école.
Nous rendons visite au chanteur Seybou Victor Démé, dans sa cour où vivent plus de 15 personnes. Victor n’est pas en grande forme. Il envoie à notre rencontre, au niveau du goudron, son bassiste, « un homme grand, avec un pantalon noir, une veste noir, un chapeau noir et une chemise blanche », me précise-t-il au téléphone… Pour eux, c’est une matinée de répétition. Démé nous chante 8 chansons d’un album qu’il va enregistrer en février à Ouaga. Basse électrique, guitare sèche et sa voix d’une profondeur émouvante. Cet accompagnement réduit met très bien en valeur cette voix exceptionnelle d’authenticité. Nous enregistrons le concert improvisé mais qui doit rester top secret! Et comme partout ailleurs gardons plein d’images. 
Nous rencontrerons encore des associations. Notamment GAFREH, dont une des activités est de recycler les sacs plastique qui jonchent les terrains vagues au Burkina. Une vraie plaie, nous confirmait Démé qui a d’ailleurs écrit une chanson à ce propos sur son nouvel album : pollution des sols, empêchement au bon ruissellement des eaux. GAFREH récolte ces sacs plastique (le plus souvent noirs), les lave, les découpe, les tisse mêlés à des fils coton, en fait des sacs, des portefeuilles, porte-documents, etc.  très tendance… Modernité africaine (cette association fabrique aussi des toilettes sèches portables en matière plastique). GAFREH est en fait une collectif d’associations de femmes, qui coordonne et structure leur travail dans différents domaines.
Quelques rencontres parmi beaucoup d’autres. 
Bientôt un voyage vers le nord-ouest et les animateurs de village des 6S : une réponse entre traditions et modernités à la vie villageoise basée sur des réseaux d’entraide (que le sociologue agronome Bernard Lédéa Ouédraogo a étudiés et promus dans la plus belle tradition de la recherche-action). Une visite à Toma où le grand historien Ki-Zerbo, dont la lecture humaniste baigne ce voyage, est né.
Puis le Sud et entretemps, encore des rencontres à Ouaga.
Je vous souhaite des jours heureux!
Je vous embrasse,
Monsieur Hugues

 

 




« Room music »: Steve Houben, Jacques Pirotton et Arne Van Dongen enregistrent à Ellezelles un cd pour MaYaK le 6

19122011

 Room-Music-18-12-2011-047-ret2-blog2-150x108 Arne Van Dongen dans Boon Séménil et Potterée

Je suis à l’arrêt, immobile dans le living room du Séménil. Assis sur une chaise qui craque, m’a prévenu Arne. La musique s’approche, je le sens. C’est une balade dans la neige, la balade de Sarah que Jacques a connue jadis. Steve est à la fenêtre. Il fait beau dehors, un ciel dégagé, une lumière franche de début d’hiver. Les grosses mottes des champs retournés, un peu gelées, le noir du sillon, la lumière sur les arêtes… Balade de Sarah dans la neige, dans le living room d’Arne où – chchchttttt – on enregistre. Tension, concentration, partitions, mesures, souffle subtil vibré grésillant dans le sax, effleurements de doigts aguerris sur les cordes de la guitare et de la contrebasse que tient Arne devant moi, de dos. Je flaire un bon cd ! On enregistre dans le living room ; le cd s’intitulera (sans doute) Room music. On dit « chamber music », mais ici, ce sera de la room music, dit en souriant Steve, qu’en penses-tu, Hugues ?

Hugues ? Il sourit et repense au souper de la veille, au resto Boon de Ronse/Renaix (à recommander). Oui la générosité, c’est important avait dit Jacques. On parlait de la vie en société et de l’importance de ces foyers stimulants, un peu partout, où le don est plaisir. Un exemple de don merveilleux : ce week-end, le grand guitariste Jacques Pirotton venu du fin fond des Ardennes et le grand saxophoniste/flûtiste, Steve Houben, arrivé samedi matin de Hannut, rejoignaient le grand contrebassiste Arne Van Dongen, dans le Hainaut belge, à Ellezelles, au lieu-dit Séménil ! Ils apportaient chacun des compositions inédites qui vont former Room music, le cd accompagnant le MaYaK6 (sortie mars 2012). Titre de certains morceaux : Ambresin, Séménil, Potterée

Jacques et Steve logeaient à Papignies, au P’tit Couvent (à recommander et recommandé par le Centre culturel René Magritte de Lessines (à recommander)) et le p’tit déj était si copieux qu’ils auraient presque capitulé, le lendemain, devant l’assortiment de fromages et charcuteries de la ferme bio Dôrloû (à recommander), partagé à la Potterée. Mais l’assortiment fut plus fort… J’en suis témoin…

Donc un cd. Des concerts aussi. À Tournai, Bruxelles, Liège Stavelot : nous évoquions déjà ces lieux avec les musiciens.

La magie communicative de la musique, accords, échange, improvisation, écoute de l’autre. Il suffit qu’il y ait quelqu’un, on joue différemment disait Jacques juste après mon arrivée dans ce living room. Mieux, ajoutaient ensemble Arne et Steve en riant. Merveille de l’invention, de la création qui suit son chemin et rassemble les gens. Foyers stimulants. Les musiciens jouent un rôle important dans la société. Ils changent notre vie, c’est aussi simple que cela. Ils l’améliorent. Si au concert l’on regarde et écoute avec attention la subtilité de leurs accords, de leurs dialogues, de leurs improvisations du moment ; ces ondes généreuses, joyeuses qui nous pénètrent, on les a donc en soi. On n’est plus le même, ouvert à d’autres harmoniques.

Alors, il est important aussi de ramifier cet enregistrement par des concerts, pour nous réunir et fêter MaYaK, fêter la vie complexe et belle que nous avons la responsabilité, à l’instar des musiciens, de mettre en œuvre (oula quelle phrase, me tempérerait le délicieux et désopilant complice mayaque, Jacques Faton).

Les musiciens de l’Empereur chinois conservaient et rejouaient l’harmonie du ciel et de la terre, qui était aussi celle de l’empire.  Oui, là, tu es un peu trop haut, mais en fait, ça marche même mieux comme ça, disait Arne à Steve qui inventait une nouvelle harmonie. Dans sa mansuétude, l’empereur de la potterée, euh, le chef mayaque, Hugues quoi, ne coupa pas la tête des musiciens fautifs, justement et à propos… Il leur prêta son oreille la plus attentive. Ils la lui rendirent plus délicatement vibratoire…

Merci de tout cœur, Arne, Jacques et Steve !

Hugues Robaye

Room-Music-18-12-2011-032-ret2-blog-116x150 Dorlou dans Dorlou Room-Music-18-12-2011-043-ret5-blog-108x150 Hainaut dans Hainaut Steve et Arne

Room-Music-18-12-2011-040-dét1-blog3-150x121 Jacques Faton dans Jacques Faton Jacques Pirotton

Room-Music-18-12-2011-042-det3-blog-150x117 Jacques Pirotton dans Jacques Pirotton




Rimbaud au pays du porphyre, Éric Durnez

16102011

ricdurnezetatelierfazyoctobre2011001reclr.jpg il nous arrive d’être sérieux au siège mayaque de la potterée: à gauche, chef mayaque, à droite Éric Durnez

Il nous faudrait plus de poètes mercenaires pour donner sens à nos vies. 

Ce vendredi 14 octobre, nous assistions Sylvie Cuvelier et moi à la lecture par Éric Durnez d’une version encore inachevée de sa pièce sur le monde des carriers de Lessines. On fête l’année prochaine les 150 des carrières de porphyre et de leur exploitation par les « cayoteux ». Le Centre culturel René Magritte (avec qui, en la personne de Myriam Mariaulle qui nous invitait ce vendredi, nous avons collaboré l’année passée dans le cadre du salon des livres de Tournai) a organisé dans ce cadre là une résidence d’auteur. Ainsi, armé de son porte-plume effilé (il s’agit de cet objet qui sert à écrire à la main et que l’on remplit d’encre), Éric Durnez est remonté à trois reprises de son Gers d’adoption pour travailler à ce projet. 

Se balader, prendre l’atmosphère des lieux, évaluer la demande des commanditaires, rencontrer les acteurs réels, les carriers, s’imprégner, lire ; laisser les images, les mots, les situations faire leur chemin… Le poète synthétise un monde. Poète ? Celui qui révèle des formes de vérité par la langue, par les mots qui lui viennent et qu’il ordonne un peu et rigoureusement ? 

De la poésie appliquée. Au monde de la carrière, de la pierre, du travail pénible mais aimé… Alors, si ça marche, les carriers comprennent mieux leur amour ! Je pensais à cela quand nous sommes arrivés avec Sylvie à la caserne des pompiers de Lessines où nous allions écouter Éric lire cette version en chantier. Je me demandais, comment il avait travaillé. Cela m’intéressait beaucoup de suivre et de comprendre son cheminement. Et ce qui en avait résulté. 

Nous avons donc d’abord entendu le résultat. Et je dois dire qu’il m’a assez soufflé. (Éric Durnez avait (notamment) lu le Louis Scutenaire (surréaliste belge) de Raoul Vaneigem (chez Seghers) et retenu le nom de Rimbaud que « le Scut » aimait tant. Rimbaud était passé par Bruxelles et Charleroi. Pourquoi pas par Lessines ? En creusant ce filon, le Gersois d’adoption découvrait que plus tard Rimbaud allait gérer une carrière à Chypre…). 

La pièce que nous écoutions mettait en scène un jeune poète de 17 ans et de passage(s), voulant assister à une explosion de porphyre (de celles qui inspireront plus tard Magritte pour ses rochers suspendus dans les airs et qui pouvaient symboliser aux yeux du poète de 17 ans (revisité par Durnez), et à ses sens de jeune anarchiste, la destruction pour mieux reconstruire). La pièce avait aussi pour personnages sa logeuse, une jeune paysanne herboriste (le pays des collines, c’est en effet le pays des herbes sauvages magiques), veuve prématurée d’un paysan devenu carrier, et l’ « Ancien », le carrier qui a pénétré les mystères de la pierre, du sous-sol, approché celui du chaos des origines… Oulala, mon dieu (MaYaK tout-puissant), cela aurait pu être bien lourd… Mais en fait ce n’est que ma présentation, mal équarrie (tel un éclat de porphyre négligé), qui l’est… 

Car en fait, à l’audition, je constatais que toute cette matière éclairante, tactile, symbolique, mythique se distillait subtilement en courtes saynètes de dialogues entre le jeune homme fragile et exalté et la jeune fille qui se méfiait de ce « poète » et entre l’idéaliste révolutionnaire (ce même Rimbaud) et l’Ancien qui exprimait la noblesse mystérieuse et concrète de son travail… Alternance de point de vue sur les carrières et le travail des carriers. Échanges entre les personnages, qui s’approfondissaient de saynète en saynète. Des personnages qui se transformaient mutuellement par petits apports (langagiers). Méfiances par rapport à la langue du poète de qui la jeune fille et l’Ancien reconnaissaient pourtant la sensibilité à ce milieu qu’il cherchait à connaître. 

C’est évidemment jubilatoire (et périlleux) pour un écrivain de se mettre à la place de Rimbaud. Éric Durnez a procédé à de discrets collages d’expressions rimbaldiennes glanées notamment dans la correspondance du poète voyant. Correspondance, parlons-en : dans cette version de la pièce, les courtes saynètes de dialogue sont ponctuées de lettres où Rimbaud se lâche – nouvelle perspective, ou forme de langue, sur les carrières – et qu’il envoie à Bruxelles à un certain Verlaine (un poète, semble-t-il). 

Éric Durnez incarne donc Rimbaud avec une sobriété profonde mais aussi avec un humour discret (vous entendrez et verrez). En définitive, je trouvais très émouvante la manière dont il est parvenu à exprimer la fragilité de ce génial hypersensible face à une femme de
la Nature ( !), qui bien sûr le séduit, et à un homme d’expérience (qui, de plus en plus confiant, se livre progressivement à lui)… 

Tout ce travail de mise en forme au service d’une activité industrielle qui marque encore le Lessines d’aujourd’hui. 

Oui, engageons encore des poètes et qu’ils nous montrent mieux le monde dans lequel nous essayons de vivre ! 

Éric Durnez est venu hier à la potterée, siège mayaque. Je l’ai interrogé sur sa démarche et vous entendrez bientôt des extraits de cette conversation. La pièce sera créée à Lessines en juin prochain (Jean-Claude Drouot incarnera l’Ancien). Nous ne manquerons pas de vous avertir ! 

Hugues

 

 ricdurnezetatelierfazyoctobre2011004lr.jpg La pièce se termine bien




Jean-Claude Kangomba chez Thierry Umbreit dans une classe de texte-image à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai

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avrilmai2011cabanonpottere010blog.jpg JCK et le Chef mayaque modèles d’Académie

Chassé de chez lui (du Katanga) par une sorte d’épuration ethnique, un homme part sur les pistes, pour rejoindre le Kasaï, une région qu’il ne connaît pas mais dont sa famille et ses ancêtres sont originaires. Il y a presque vingt ans de cela. Jean-Claude Kangomba raconte cet exil dans deux nouvelles (Une odyssée ordinaire et Missive du camp de la mort) que Thierry Umbreit qui nous accueille, ce 6 avril vers 10h15, devant le porche de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai (Belgique), a donné à lire à ses étudiants de texte-image. 

À lire et à mettre en images justement. 

C’était il y a presque vingt ans au Katanga (un an avant les horreurs du Rwanda) et vendredi dernier à Tournai et pour toujours dans la mémoire de Jean-Claude qui dit aux étudiants : « Perdre tout (du moins les objets que j’avais, mon travail, ma villa, ma situation enviable), cela fait réfléchir ; on n’est plus comme avant, on est moins attaché au superflu : on a dû partir sur les pistes avec des boussoles, abattre des arbres et les élaguer pour passer une rivière dont le pont a été dynamité – une auto parfois reste coincée entre les troncs glissants de ce pont de fortune… Repérer les tireurs isolés, etc. » Il fallait écrire cette expérience-limite. Bientôt un recueil de nouvelles, édité chez Actes Sud… 

Les étudiants avaient donc lu ces deux nouvelles tombées du ciel (ou de l’enfer) et c’était touchant de voir comment ils voulaient comprendre mieux et interrogeaient JCK sur ce « fait d’actualité », vieux déjà mais toujours actuel.  Thierry avait suivi le processus de création de ses étudiants, avait entendu leur doutes et questionnements et les incitait à en faire part à Jean-Claude.  Ce dernier expliquait et entrait dans des détails précis : il décrivait ce camp de réfugiés à Mwene-Ditu sur lequel MSF veillait. Ces milliers de tentes autour de la gare de la ville kasaïenne, cette promiscuité qu’il ne parvenait pas à supporter. Après quelques jours, il vit passer, devant lui, par hasard (il y a là plus de cinq cent mille réfugiés), une de ses cinq filles transportant un peu d’eau. Il n’en croyait pas ses yeux, car cette fille, sa fille, avait un visage marqué et était squelettique, avec un gros ventre de mal nourrie. Camp où la seule solution qu’il trouve est de boire de l’alcool de canne pour assommer la douleur de voir cette misère et d’où il part, emmenant sa famille, quelques jours plus tard… 

JCK animait une table ronde au salon du livre de Tournai en novembre 2010 et jouait de la guitare électrique dans le concert « Writers meet musicians » (voir plus bas dans le blog). Cette visite de vendredi à l’Académie : donner de nouvelles formes à cette rencontre entre l’Afrique et Tournai… Une rencontre mayaque soutenue par le service de la Promotion des Lettres de la CFB.

Les travaux des étudiants seront exposés  au prochain salon du livre de Tournai, à la mi-novembre…

Hugues Robaye

avrilmai2011cabanonpottere020blog.jpg  avrilmai2011cabanonpottere014blog.jpg avrilmai2011cabanonpottere022blog.jpg avrilmai2011cabanonpottere025blog.jpg avrilmai2011cabanonpottere024blog.jpg deux travaux autour des nouvelles




Daniel Adam : Une histoire tue (mais lue…)

7082010

pottere11071002525.jpg

Deux extraits de ce livre que nous commentions naguère…

Lectures de Muriel Logist et du chef mayaque…







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