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Nos racines Lés arpes d’el drèfe

7112019

vern3 noté2 Installation, métamorphoses et acteurs observateurs… Chapelle Notre-Dame de Grâce, Tournai

Jacques Tati disait qu’il faudrait intégrer aux programmes d’enseignement des heures d’observation…

Un jour Isabelle Tesse passe par la drève de Maire (Tournai) et remarque les croix peintes qui condamnent certains platanes de cette large avenue au trafic intense. Elle en parle à Jean-François Van Haelmeersch : ce serait bien de garder trace de ces arbres qui peuplent notre jardin intérieur ; des empreintes ?

Et Jean-François Van Haelmeersch de s’y mettre : des frottis sur papier, des photos retravaillées de traits, des empreintes sur tissus du tarmac avoisinant ; à partir des photos et des frottis, il abstrait des xylogravures…

Il en parle à Caroline Léger, si sensible au végétal, qui se met à travailler, elle, à montrer l’alpha et l’oméga de nos amis les arbres : photos de jeunes pousses sous un éclairage d’exposition, les racines vitales et fragiles reliées au feuillage dansant par une tige gracile où passe un filet de lumière tel une veine ; un fut fait de pages d’un livre ancien reposant sur un rouleau de papier suggérant un tronc avec ses cernes et ses années.

JFVH en parle à Bruno Delmotte qui compose une suite poétique en picard traduite en français et assortie d’explications philologiques éclairant les racines de la langue française quand elle remonte le temps en passant par le picard. Il compose une sorte de bestiaire de la drève de Maire (« maire » renvoie aux marées de l’Escaut qui avaient transformé ce lieu en marais, jadis) : bestiaire d’habitants, animaux et humains, vivant dans la beauté de cette allée qu’en automobilistes pressés nous oublions de regarder…

Nous composons un livre et j’ai bien envie de décrire ce beau et bon travail d’observation en commun, à plusieurs ; toutes les formes qu’il prend, que lui donnent ceux qui ont pris le temps : 5 artistes soucieux du vivant : un travail éthique…

Nos racines Lés arpes d’el drèfe, Bruno Delmotte, Caroline Léger, Hugues Robaye, Jean-François Van Haelmeersch, Phare Papier 2019, 10 euros

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Les « Rencontres à Touvent » (Sivry), 28 avril 2019. Avec MaYaK !

23042019

Touvent2 Touvent3 touvent 7 Touvent, photos : Frédérique van Leuven

À Tournai, il y a ce lieu fourmillant : « La pépinière », où pratique du potager et de la pensée se fertilisent (avec en vue, souveraineté et ceinture alimentaires) ; les idées semblent germer mieux quand l’homme est en contact étroit avec la nature, et ventilé par elle : des idées sensibles, transformatrices, des visions du monde, visions complexes comme les appelait John Cowper Powys.

Je songe aussi à l’éco-centre « Oasis » de Ghlin, centre d’écologie appliquée où Rino Noviello et ses associés réalisent un(e) « oasis » au sens de Pierre Rabhi : un lieu qui pourrait être déshérité mais est réenchanté par des volontés humaines allant dans le sens du Tout, du Beau et du Bien (comme dirait Goethe en l’occurrence…).

À Touvent, hameau de Sivry (Hainaut belge), se sont installés Frédérique van Leuven et Thierry Génicot. Ils y ont aussi aménagé leur « oasis » ; où ils se ressourcent, y pratiquent la permaculture et commencent à y organiser des rencontres :

« Soigner les lieux pour soigner le monde ». C’est la question que nous proposons de partager à Touvent, un hameau anciennement densément peuplé, aujourd’hui réinvesti par quelques rares habitants, amoureux d’une nature encore un peu protégée.

Il y a mille et une façons d’aimer un lieu. On peut choisir de s’y retrouver seul, ou en famille, avec des amis, de participer à une coopérative… D’y cultiver des fleurs, des légumes, ou des plantes médicinales. Y trouver refuge, faire le vide, écrire de la poésie, courir dans les bois, sentir tous les vents contraires qui tournent autant que les milliers de questions du monde.

Nous vous y invitons à y rencontrer, une fois par mois, des femmes et des hommes, artistes, poètes, soignants, philosophes, cultivateurs venus de tous les horizons, qui nous raconteront comment chacun.e a inventé une façon d’habiter un petit bout de terre et d’y « tenir debout ».

À Tous Vents, ce 28 avril 2019, notre premier invité nous amènera un souffle chaud venu d’Afrique. Hugues Robaye habite une petite ferme à Flobecq. Il y a fondé la belle revue-livre MaYaK. Son action locale, qu’il définit comme l’ « écophilie », « recherches aimantes sur les lieux habités », l’a mené du fond du Hainaut jusqu’à un autre continent, dans un village un peu perdu du Burkina Faso, en voie de jumelage avec Flobecq.

« Je travaille actuellement cette question : Mort, résurrection & insurrection des villages. Une solution au consumérisme productiviste, grand ravageur de psychologies humaines et de milieux naturels, nous viendrait-elle des villages ? Comment les villages burkinabè, fermes familiales & pauvreté, richesse des peuples, sobriété heureuse ou simplicité volontaire, nous fourniraient-ils une sorte de « modèle » nous invitant à repenser comment nous habitons nos lieux ? »

Le dimanche 28 avril :

Visite du potager en permaculture à 16H30

Rencontre avec Thierry Génicot & Hugues Robaye, à 17H30

Entrée libre et sans réservation

Touvent7 Touvent6 Touvent5  HR et Blanche, photo : Ladida Brecht. Touvent photo : FvL




Good works : Phare Papier

12032019

L'avenirfb Phare Papier 2019fb Un article de Françoise Lison dans L’Avenir du lundi 18 mars 2019.

On ne chôme pas chez MaYaK/Phare Papier :

*Good work in landscape, Hugues Robaye, illus du peintre et graveur tournaisien Jean-François Van Haelmeesrch, préface du casseur de pub des premiers temps et antiproductiviste, Bernard Legros. Il s’agit d’un « petit MaYaK entre 8 et 9 » : première publication d’éléments de sens qui apparaîtront réagencés dans le MaYaK à venir.

Suite à un licenciement, HR s’interroge sur le sens du travail, sur sa place aujourd’hui. Il se concentre sur les travaux de l’association GE ! Groupe Esthéthique ! qui produit notamment MaYaK. Et travaille au cœur de ce paysage du Pays des Collines, en contact avec un jardin et une maison ancienne qui s’y enfonce comme une baleine échouée dans l’argile… Travail et lieu inspirant…

32 p couleur, papier munken, 6 euros

*Temples et refuges : Steve Houben/Luc Rémy. Un livret paysage autour des charbons de bois, œuvres moins connues du célèbre musicien. Images de Steve. Textes de Steve et de Luc. Manuscrits. Et un entretien entre eux sur leur amitié de longue date et les milieux artistiques qu’ils fréquentèrent ensemble… Un hommage à Luc Rémy qui se mourait…

44 p NB, papier Munken : 6 euros

*Héroïsmes ordinaires : livre textes/images de Hervé Yamguen, peintre et écrivain camerounais de Douala et du village. 18 textes sur le quotidien d’une grande ville africaine, sur le retour au village, sur la place de l’art dans la ville et la vie, etc. Textes, peintures et photos d’Hervé Yamguen.

52 p couleur, papier Munken : 10 euros

*Euphorie en Picardie, Layla Nabulsi : une tragi-comédie sur la mort des villages qui met en scène un garçon de 10 ans – Bonhomme Albert – qui fait l’expérience de toutes les délinquances que génère le consumérisme productiviste. 31 tableaux en vers libres ; humour noir et drame indissociablement liés. L’auteur aimerait en faire une base de discussion sur la question de la cohésion sociale dans les villages (mais aussi dans les villes). 14 xylogravures de Jean-François Van Haelmeersch

68 p NB, papier Munken, 10 euros.

Intéressé(e)s ? un mail à huguesrobaye@scarlet.be

envoi gratuit dès versement au compte TRIODOS du GE ! : BE29 5230 8021 7964

Même procédure pour toute autre commande ! Voyez notre catalogue simplifié et notre liste d’auteurs !

Merci ! Au plaisir de vous revoir !

Hugues !…




Euphorie en Picardie par LAYLA NABULSI

10102018

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C’est le titre du nouveau livre sorti chez Phare Papier, le cabanon d’édition du GE! (Groupe Esthéthique!). Et le voici en bonne compagnie :-)

Euphorie en Picardie par LAYLA NABULSI, avec 14 xylogravures de JEAN-FRANCOIS VAN HAELMEERSCH.

Texte fort, coup de poing, sur les délinquances que suscite notre mode de développement dominant, le consumérisme productiviste. Une sorte de tragi-comédie qui met en scène Bonhomme Albert, petit garçon de 10 ans à qui on donnerait le bon dieu, s’il n’avait quitté la Terre, dégoûté par les hommes ;-) ; un petit garçon qui spontanément expérimente toutes les déviations possibles : /réussir/ au plus vite… Un texte qui pose sur le mode de l’humour noir tranchant la question de la cohésion sociale aujourd’hui, ou du risque de son absence…

Euphorie en Picardie, Phare Papier, 2018, 68 pages sur papier bouffant munken, 10 euros.

Commande : huguesrobaye@scarlet.be. Envoi gratuit.




SWINGBOERDERIE

11062017

swing2 fb swing1blog mardi 30 mai 2017, Zarlardinge, Swingboerderie

« Swingboerderie ». Boerderij : ferme. Qui swingue ?

Nous l’avons visité un soir, cette ferme à Zarlarswing/dinge, en bordure de Geraardsbergen. Un soir de soleil et de grand vent. Koen, Christof, Abdoulaye, Jean-Marie, Olivier, Orlando et moi.

Une grande ferme en carré avec cour en pavés, des guirlandes de papier, des chiens assis en bois. Un établissement humain (et animal) remontant au Moyen Âge, des bâtiments conservés intacts, datant sans doute du 19e… Grands potagers en permaculture, champs de chanvre, de blé indigène d’une variété ancienne, service traiteur, cuisines professionnelles, cours de yoga, maison des hôtes… L’esprit et l’âme de Pierre Gevaert accompagne les visiteurs.

Koen, compositeur & Christof, cinéaste, travaillent à la ferme et assistent Sarah, la cadette de PG, grand agronome, pionnier de l’agroécologie, disciple de Georges Ohsawa, fondateur de la marque « Lima » ; Koen et Christof nous guident à travers l’exploitation : les potagers, les champs, les bocages, pacages, le bois, l’étang ; un troupeau de 90 daims traverse le paysage vallonné ; je me retourne : au loin, le clocher de la ferme dépasse des arbres vénérables qui la protègent des tempêtes.

Swing ? Ou plutôt dans les tonalités des compositions méditatives de Koen ? Abdoulaye est coordinateur d’ONG au Burkina Faso, renforce les microéconomies de 120 villages : agriculture, maraîchage, élevage, arboriculture, apiculture, culture et traditions… Jean-Marie cultive un « mécontentement dans la joie » à la Krishnamurti, impliqué dans les « Amis de la Terre », « Nature et Progrès », « Saint-Vincent de Paul », secouriste de longue date, dans les faits et dans l’âme, animateur de potagers collectifs en lien avec les échoués de notre « progrès » productiviste et consumériste ; Olivier, menuisier, ébéniste, tailleur de pierre, luthier sauvage, musicien, animateur d’un repair café. Orlando, chimiste, économiste, coach pour des projets entrepreneuriaux qui respectent la nature, le travail humain, privilégient les circuits courts, locaux et circulaires (« Groupeone » : dont les animateurs pensent que le travail qu’ils effectuaient dans la coopération et dans les pays du sud, il faudrait bien l’accomplir, chez nous, dans les campagnes industrialisées ; une pensée à la Thomas Sankara)…

Ainsi, nous nous sommes retrouvés là, chacun avec nos visions du monde complémentaires, nos activités diverses, nous avons échangé : dans la salle de la maison des hôtes autour du bar et d’une bière, près de la grande table de ferme, sous les voussettes et les poutres taillées : réseautage…

« Si nous voulons survivre, il convient de nous séparer du système actuel en nous inspirant à plusieurs niveaux des sociétés du passé et aussi en étudiant les différentes tentatives de sociétés alternatives. Cela ne veut pas dire, par exemple, que la ville n’aurait plus sa raison d’être, mais alors sans la démesure actuelle ! En adoptant le nouveau système (à prédominance agraire) aux nécessités sociales et écologiques devenues primordiales, on peut imaginer une société plus juste et renouer avec la durée. Honnêtement, il est difficile encore de douter que la société moderne d’inspiration occidentale, se soit trompée de route en créant le système industriel urbain. »

Alerte aux vivants et à ceux qui veulent le rester, Pierre Gevaert : « Mon ami Pierre Gevaert fait partie de ces personnalités trop rares auxquelles le qualificatif d’homme d’expérience s’applique parfaitement. » (Pierre Rabhi).

www.swingboerderie.com

Hugues Robaye




RINO NOVIELLO à Lessines, le 29 avril à 18h30…

14042017

Image3 cabaret des oiseaux 2 Tchéquie & Dendre…

C’est en parcourant « La p’tite gazette de la transition », le trimestriel de « Mons en Transition », que j’ai fait la connaissance de RINO NOVIELLO.

Un entretien était consacré à ce photographe et cinéaste ; il projetait Présent simple, l’un de ses documentaires, qui montre le quotidien de deux jeunes membres de l’association écologique « Les Amis de la terre », ayant pris la décision, lentement mûrie, d’aller vivre en Tchéquie, en roulotte, à l’emplacement d’anciens potagers communautaires, cultivant notamment une variété de simplicité volontaire…

Dans un autre numéro, Rino Noviello développait une réflexion sur la place du travail dans nos vies, sur nos façons d’entreprendre au sein d’une nature qui nous porte et/mais que nous détruisons. Il faisait référence aux « positive entrepreneurs », un réseau qui rassemble des initiatives entrepreneuriales respectueuses du bien-être et de l’épanouissement du travailleur comme de la nature…

J’apprenais qu’il avait été à l’origine de « Mons en Transition », de la locale montoise des « Amis de la Terre » et qu’il avait fondé avec un groupe d’amis un éco-centre à Ghlin (près de Mons). Éco-centre Oasis, selon l’appellation que donne Pierre Rabhi à des lieux d’espoir : même un lieu déshérité, s’il est habité par des personnes qui rayonnent d’un projet solide et harmonieux, peut devenir une oasis

Je découvrais cette oasis avec Rino : maison restaurée avec des matériaux bio lors de chantiers de volontaires internationaux (et nationaux) ; serre, four à pain et pizzas, potager ouvert chaque semaine et travaillé en permaculture, stages divers, projection, etc.  http://www.ecocentre-oasis.be/

 

Produire, consommer, vendre, acheter, il n’est pas prouvé que cela rende heureux… Que va-t-on faire de nos vies ? À quoi allons-nous nous consacrer ? Quel travail pour quel monde ?

Par son travail-vie, RINO NOVIELLO (qui a fondé sa scrl – société coopérative à responsabilité limitée – « Picturimage » et s’implique dans un réseau d’associations),  cherche et explore systématiquement des réponses à ces questions.

Un long entretien avec lui, dans le MaYaK8. Et nous souhaitions l’inviter à Lessines pour échanger autour de ces alternatives d’espoir…

Ce sera au « Cabaret des Oiseaux » (où Marianne Uylebroeck organise chaque mois des concerts), le long de la Dendre, le 29 avril, à 18h30.

Projection du documentaire Présent simple, rencontre avec RINO NOVIELLO et présentation du MaYaK8 qui sort le 20 avril !

Boissons et assiettes mixtes.

PAF ? En début de séance, Rino nous parlera de la notion de « participation consciente » que développe l’ « Université du Nous », un chapeau de l’artiste remodelé…

Hugues Robaye




Le MaYaK 8 va sortir. Souscrivez !!!

26032017

cover MaYaK8 définitive

MaYaK est de retour !!!! Métamorphosé !!!  Encore plus beau !

252 pages couleur, format A5, papier munken 90 gr (pour les caractéristiques techniques).

Une thématique brûlante :

« Basculements : travail et réseaux d’habitants chercheurs. »

Explorer des alternatives au consumérisme productiviste (produire/consommer jusqu’à l’écroulement…) tout en réfléchissant à la question du travail aujourd’hui…

20 auteurs texte & 17 auteurs image

La question centrale (qui se poursuivra dans le numéro 9) est de témoigner de voies de libération par rapport à un mode de développement dévastateur pour la nature et la psychologie humaine.

Depuis le corps humain jusqu’au corps de l’entreprise.

Des témoignages émouvants et inventifs de travailleu/rs/ses ; des mises en perspective (nord/sud) ; des enquêtes sur les alternatives et les initiatives.

Réserver dès maintenant votre MaYaK8, c’est marquer votre soutien !

Vos 25 euros sur le compte TRIODOS du « Groupe Esthéthique! » asbl : BE29 5230 8021 7964 (TRIOBEBB), c’est notre pérennité !

(indiquez bien, svp, votre adresse postale !)

MaYaK8 vous sera envoyé, port à notre charge, chez vous, en primeur, vers la mi-avril.

Hugues Robaye, directeur de publication




Michel Zongo : quand filmer change le monde : « La sirène de Faso Fani »

26092016

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« Faso Fani », c’était une grande usine de pagnes située à Koudougou au Burkina Faso et qui faisait la fierté d’une ville, d’une région, d’un pays. En 2001, elle est démantelée suite aux directives du PAS, programme d’ajustement structurel, que signe le Burkina Faso et qui exige la privatisation des entreprises d’état en vue du remboursement de la dette des pays africains. Pas de repreneurs privés, on ferme. La sirène de Faso Fani faisait rêver les enfants de Koudougou.

Originaire de Koudougou, Michel Zongo tourne en 2014 un documentaire consacré aux conséquences de cette fermeture, tout en retraçant l’histoire de l’usine et de la fabrication de ces tissus traditionnels de qualité qui s’exportaient bien en même temps qu’ils affirmaient l’identité des Burkinabè. Il rencontre d’anciens travailleurs, récolte leurs témoignages, retrouve des images d’archives – officielles ou tournées par les travailleurs eux-mêmes – des émissions radio couvrant la signature du PAS (et reflétant une confiance – qui a posteriori nous semble bien naïve – en les conséquences de ce traité-diktat).

Le dimanche 25 septembre, nous assistions à la projection du documentaire à la direction générale de la coopération, avenue Ki-Zerbo, dans la cadre du festival Consom’acteurs Burkina.

Les séquences du documentaires où l’on voit les anciens travailleurs énoncer leur chagrin, leurs regrets du temps béni de l’usine sont bien émouvantes. Mais dans les premières minutes du film, des séquences montrent un vieux tisserand à son métier construit par les forgerons de la ville. Et c’est en fait la question des modes de production qui s’esquisse déjà. Industriel ou artisanal ?

Je pense immanquablement à Joseph Ki-Zerbo qui répondait dans A quand l’Afrique, à l’historien René Holenstein : certes les Africains sont en retard d’industrialisation, mais l’industrialisation est-elle un passage obligé ? Je repense à EF Schumacher, le grand économiste anglo-saxon qui prônait une « technologie intermédiaire », des moyens de productions que le travailleur pourrait acquérir lui-même, ce qui lui assurerait une autonomie d’action (pas les machines perfectionnées de Faso Fani, construites dans un contexte de production portant l’obsolescence programmée…).

Et le documentaire bascule peu à peu. Michel Zongo investigue, filme les tisserands dans les cours de Koudougou. Une séquence-charnière : le réalisateur has a dream : et si on réunissait tous ces tisserands dans un lieu pour les filmer ? Ils sont une multitude ! : son interlocutrice qui tisse rit.

Mais le dream trouve des formes dans la réalité : et si on s’associait en coopérative pour produire mieux, suggère Zongo ? Les anciens travailleurs sont séduits par cette idée qui se concrétise peu à peu pendant le tournage.

Alors, chapeau bas! L’intérêt, l’attention, l’ amour du réalisateur pour le milieu qu’il explore transforme la réalité, donne en l’occurrence l’impulsion nécessaire à la création de cette coopérative qui fonctionne aujourd’hui. Un artiste transforme le réel en même temps qu’il est dans son processus de création…

Bien sûr, ces initiatives citoyennes ont du mal à naviguer. Au cours du débat qui suit la projection, Michel Zongo déplore qu’elles ne soient pas plus soutenues par les pouvoirs publics, encore faudrait-il que ceux-ci aient une vision (à l’instar de Thomas Sankara). Il déplore aussi que les jeunes universitaires burkinabè, économistes ou juristes qui se retrouvent souvent au chômage ou employés dans des tâches subalternes, ne s’intéressent pas à ces initiatives locales, originales et passionnantes qui auraient bien besoin d’un encadrement, notamment pour écouler avantageusement les créations de ces tisserands artistes qui inventent des modèles originaux de tissus selon leur inspiration du moment. Des intellectuels qui seraient au service des travailleurs, sur le modèle de leurs aînés : le pharmacien Pando Zéphirin Dakuyo, à Banfora, organisant la médecine traditionnelle, le sociologue Bernard Lédéa Ouédraogo, à Ouahigouya, les activités rurales ou le vétérinaire Boubacar Sadou Ly, à Dori, l’élevage. Organisant mais surtout valorisant, donnant sens, donnant vision…

Je ne puis m’empêcher de penser que ces questions concernent aussi le nord qui est à la recherche d’autres modèles de développement que le consumérisme productiviste meurtrier.

Michel Zongo a réalisé récemment un documentaire sur la dégradation des sols… Et en prépare un sur la culture du coton…

Hugues Robaye

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Les ciels et les dieux de Bouli Lanners

21032016

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« Oui, je suis croyant. Aujourd’hui, c’est presque plus difficile à avouer que par exemple : je suis homo, travesti ou je ne sais quoi… » : c’est ce que disait, entre autres (et plus ou moins), Bouli Lanners après la projection de Les premiers, les derniers au cinéma « Écran » de Ath, le mercredi 17 mars.

Ce film : un « western » contemporain au scénario sur-réaliste : deux détectives – Cochise et Gilou – reçoivent une mission : retrouver un gsm au contenu compromettant. En parallèle, un autre couple de personnages : Esther et son ami (Willy-qui-a-volé-le-g) parcourent un paysage désolé à la recherche de l’orphelinat où l’enfant de la jeune femme a été placé.

Un paysage de fin du monde (Esther est d’ailleurs angoissée par cette perspective), une campagne bien réelle : la Beauce aux champs kilométriques traversée par les vestiges de la voie d’essai de l’aérotrain d’Orléans. Des lieux hors repères : viaduc de béton à sdf, entrepôts, bars, motels, pensions, hôpital. Et surtout, en décor-personnage, le ciel et cette vastitude désolée du Loiret, une composition de l’image qu’on retrouve, à l’origine, dans les toiles que le réalisateur brossait avant de se consacrer au cinéma (et dans tous ses films, par la suite). Les deux couples de personnages vont se rejoindre dans cette profondeur de champ(s)…

Une première mission donc : retrouver le gsm des malfaiteurs. Mais les séquences qui ouvrent le film montrent Gilou de dos, occupé à regarder le panorama de la ville qu’il surplombe, et le ciel, depuis une grande baie vitrée de building, tenant un chien (déplacé dans ce genre d’architecture) en laisse (Gibus), tandis que derrière lui, dans un bureau, se règlent les détails de l’opération, en présence de Cochise… Gilou n’est pas dans son assiette depuis le début de cette mission et est rapidement terrassé… par une crise cardiaque. Tout foire ; batterie à plat, le thriller toussote à démarrer. (Bouli Lanners expliquait que ce rapprochement avec la mort, il l’a vécu lui-même et qu’il était à l’origine du film).

Les premiers, les derniers raconte ainsi la métamorphose de Gilou jusqu’à la séquence finale où la mission de départ se réoriente du tout au tout : les derniers des hommes, englués dans la violence retrouvent une origine…

Entre-temps : les ciels, et les passages d’un clochard céleste – une sorte de Benoît Labre – qui se présente comme le Christ (tout comme au début du film Eldorado) ; il assure le lien entre les personnages et détermine de façon discrètement bienfaisante le scénario oui, sur-réaliste. J’aime bien ce dernier mot qui désignait à la grande époque une révolution de la perception et de l’engagement dans le monde visant à instaurer un autre monde qui ne dépendît pas de calculs bassement matérialistes, bourgeois (avec dans le prolongement, notre consumérisme productiviste actuel qui gangrène le terre et nos psychologies…).

Un Christ vagant, mais aussi d’autres dieux (du cinéma), des monstres (gentils et) sacrés… qui passent, tels des ailes, sur la Beauce : Michaël Lonsdale (84 ans) et Max von Sydow (86), archanges qui travaillent à la rédemption de Gilou (et préparent une scène d’inhumation qui trouve son origine, l’apprenions-nous, dans des repérages pour Eldorado (2008) parmi les squats de Liège).

Fascinant comment au sein d’un scénario aux péripéties échevelées et souvent symboliques, Bouli est parvenu à construire des scènes d’une densité émotionnelle parfaitement partageable. Ce qui d’ailleurs caractérise aussi ses autres films qui partent d’un quotidien transfiguré par les ciels, de lieux ordinaires, mais qui déplacent les personnages dans une inquiétante étrangeté qui est au fond la condition de tout homme, perdu depuis sa naissance…

Il y a aussi cette musique entre rock et blues qui assure aussi ces décollages vers le ciel.

La violence : assumant seul le boulot, Cochise assomme tout de même au passage et de façon très convaincante – tel Obélix sans Astérix – quelques brutes et récupère un temps le gsm qui a filmé et montre toute la violence – insoutenable et infernale – du monde.

Mais en contrepoint, cette relation fraternelle, attentive, soucieuse de la santé de l’autre, entre les deux chasseurs de primes, justement… Aussi, cette compassion du garçon pour la fille angoissée, fragile d’un léger handicap mental. Je pensais aux scénarios improbables de l’écrivain japonais Haruki Murakami qui semblent également des prétextes à des confrontations de personnages, à des scènes où, au fond, se dégage un lien humain délicat, hors contextes, hors oripeaux ; une profonde empathie des uns pour les autres, de quoi pulvériser un instant les fins de monde…

Les bagnoles s’y mettent aussi (Bouli les aime) : les détectives arrivent en 4×4, repartent, premiers ou derniers, en caisse pourrie. Et il y a ce fabuleux antique corbillard américain azur (« vert émeraude » me dit Chloé, mais moi, je veux le croire azur tant il mène au ciel), piloté mollement par le seigneur suédois du Septième Sceau.

Il y a plein d’autres choses…

Où Bouli Lanners nous emmène-t-il donc ? 

« On n’en parle jamais, de l’essentiel. Moi, je suis croyant. La vie, pour moi, c’est un don. Mais quand on n’est pas croyant, c’est encore plus fort, c’est-à-dire qu’on sait que la vie est quelque chose d’extrêmement rare. C’est un coup de bol hallucinant, dans tout le cosmos, que sur cette petite planète, la vie ait émergé et des êtres humains soient arrivés. C’est quelque chose d’exceptionnel, une expérience unique, qui ne se renouvellera peut-être jamais. Le fait de vivre n’est pas du tout le quotidien du cosmos. Alors bon, on ne peut pas résumer l’existence à travailler à l’équilibre budgétaire ! Quant à la croissance… Moi j’aimerais bien qu’on amorce une décroissance, à tous les niveaux. Qu’on consomme moins. Qu’on se libère des biens matériels. Et qu’on en revienne aux besoins fondamentaux de l’homme : manger et avoir chaud. La logique économique d’aujourd’hui, c’est de fabriquer des besoins. »

Un extrait de l’excellent entretien de Nicolas Crousse avec Bouli Lanners, paru dans « Le Soir » du 5 janvier 2015 et disponible en pdf sur le net… 

Les premiers, les derniers avec Aurore Broutin, Suzanne Clément, Albert Dupontel, Bouli Lanners, David Murgia, Philippe Rebbot…

Hugues Robaye




Nos vœux pieux et pas pieux les plus sincères

30122015

avec Olivier le 13 novembre Avec Olivier Ducène, menuisier ébéniste, tailleur de pierre, constructeur de cerfs-volants et d’instruments de musique, musicien… Au repair café de Lessines, qu’il anime. 13 novembre 2015

En 2015, l’association GE ! (Groupe Esthéthique ! : aisthesis : art de sentir + ethos : art de séjourner : ou comment habiter au mieux cette terre en sachant que nous sommes mortels et pouvons donc disparaître demain (pas de panique pour autant, plutôt un certain humour détaché, insaisissable !) fêtait discrètement ses 10 ans d’existence.

Je voulais repréciser ses contours ou ses horizons sans limite (humour détaché, insaisissable…) : MaYaK, BurkiMaYaK, Observatoire écophile : les trois dimensions complémentaires de ces travaux associatifs qui suscitent ici et là des équipes différentes.

La revue-livre MaYaK : le noyau central de notre activité : nous préparons le MaYaK 8 dédié à la thématique : « Basculements : travail & réseaux de dons, gratuités, échanges ». Il s’agit d’appréhender ce qui se prépare à côté du modèle consumériste productiviste (nous produisons et consommons à l’infini et si tu veux pas (pour les objets), on te programme une obsolescence imparable…) : témoignages de personnes qui vivent autrement et réflexions (avec applications sur le terrain) sur le travail et les nouveaux modes de vie et d’échange. Les MaYaK exigent un travail très patient de composition. Ce numéro sera en quadrichromie. On prévoit une sortie pour l’été 2016.

BurkiMaYaK : depuis 4 ans, nous développons une « coopération relationnelle » avec des « habitants chercheurs » du Burkina Faso. Œuvrer ensemble au sein d’une relation d’amitié : c’est au village de Bendogo, au nord de Ouagadougou. Il s’agit d’essayer de mieux se comprendre et, pour nous, de participer, à notre modeste échelle, au développement endogène (selon l’expression du grand Joseph Ki-Zerbo) du village. Dernière initiative en date : la création d’un jardin-pépinière (en agroécologie) à l’école primaire, sous la conduite de notre ami, le travailleur social & permaculteur Patigidsom Koalga. En parallèle, nous menons une enquête sur le développement endogène au Burkina, faisons des rencontres passionnantes avec des chercheurs attachés aux valeurs des cultures africaines, soucieux de les partager et de les actualiser. Car cet intérêt mayaque pour le Burkina va bien dans ce sens : là-bas, l’agriculture, le maraîchage, l’élevage sont encore familiaux ; ce que nous essayons de retrouver ici. Les économies informelles foisonnent ; le pouvoir politique centralisé doit encore se plier à d’autres puissances plus locales : la chefferie ; la sécurité sociale est d’abord liée à la communauté, la médecine est encore bien souvent traditionnelle, etc. Des modèles de vie suggestifs qui sont menacés (et bien fragiles) mais que certains habitants chercheurs de là-bas tentent de protéger et d’améliorer. Depuis cette année, BurkiMaYaK est en relation avec une ONG locale qui intervient dans une 60aines de village pour renforcer les économies rurales et promouvoir l’agroécologie. Depuis très peu, BurkiMaYaK représente ici (et maintenant) une « fondation pour le travail décent » que cette ONG de Burkinabè supervise et qui a dans ses carnets des projets de valorisation des économies rurales…  « Habitants chercheurs d’ici et d’ailleurs » : comme toujours une publication raconte et réfléchit ce projet d’échange autour d’un monde où l’homme aspire à s’insérer le plus harmonieusement possible dans le cosmos…

Enfin, l’observatoire écophile : la recherche écophile, c’est une recherche « aimante » sur les lieux habités : villes ou campagnes, biotopes divers… Les premiers travaux portent sur la ville proche du siège du GE !: Lessines. Un « carnet écophile » sortira en mars (et une infinité d’autres sont prévus : nous commençons une recherche démesurée dont l’absence d’objectif absolument rationalisable est sans terme…). Une exposition se tiendra à cette occasion au « repair café » de Lessines (avec Olivier Ducène), avec concert sur des instruments bricolés à partir d’objets de récup, exposés et supports d’une jam à laquelle les visiteurs sont invités à participer, s’ils le souhaitent ! Peintures et traces des recherches écophiles seront aussi montrées. Une émission à « Radio Une » est prévue, orchestrée par Thierry Génicot.

La démarche écophile consiste en un premier temps à interroger des habitants chercheurs de la ville : des noyaux d’énergies habitant des foyers d’énergies, des lieux où les gens passent et se rencontrent. Noyaux et foyers d’énergies, c’est ce qui fait une ville en vie… La ville ce sont aussi les rues, les maisons, la configuration du peuplement : les carnets écophiles renouent avec la « géographie humaine ». La ville a besoin qu’on la regarde, qu’on l’aime ; elle est trop à la merci d’hommes sans scrupules ; elle a son mode de déploiement qu’il convient de respecter, son histoire qui remonte à bien avant ses habitants d’aujourd’hui et conserve pour eux des traces d’autres façons d’habiter, de se rencontrer, de travailler : des points de repère qu’elle nous montre pour que nous ne perdions pas le sens. Nous allons donc lire la ville… L’observatoire écophile invite des promeneurs artistes à regarder la ville, à l’interroger à recueillir des réponses… Des images qui s’associeront les paroles des habitants fidèlement retranscrites dans les carnets. Et qui seront montrées à l’expo…

Une recherche vivante sur la ville en vie…

Carnets écophiles, expositions, concerts, radio : des amorces à d’autres activités au cœur de la ville et des lieux habités, naissant d’elle et d’eux…

Ces trois dimensions complémentaires de la recherche mayaque s’exprime(ro)nt à travers les moyens de communication que nous développons depuis la création du GE !: cabanon d’édition (Phare Papier) ; audiovisuel (Muzifar records, TéléMaYaK) ; expositions, rencontres, concerts,

blog : MaYaK se construit : http://mayak.unblog.fr  

pages facebook : MaYaK/Phare Papier & Observatoire écophile…

Nous ne pouvons que vous souhaiter une année 2016 inventive et créatrice !

Hugues Robaye 

   







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